‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 165 sur 380 · L'inachè\>ement · texte numérisé non relu

L'inachè\>ement

Dans le même ordre d'idées quand on considère les caractères qui manifestent un léger trouble de la volonté antérieure aux manies et aux obsessions, il faut insister sur un détail souvent observé par la famille elle-même. Ces personnes commencent quelquefois des actions mais ne les achèvent jamais: chez Ka..., ce caractère existe à son insu d'une façon tout à fait curieuse. Il n'a pas la moindre idée fixe sur ce point, il ne sait même pas que sa femme a constamment observé ce trait de sa conduite : qu'il soit assis à un travail ou qu'il commence à ratisser une allée de son jardin pour se distraire, il n'achève jamais ce qu'il a commencé, il en est dégoûté un peu avant la fin. Il fait de même en mangeant et n'achève jamais ce qu'il a mis dans son assiette, il y a là une instabilité toute particulière qui lui fait prendre en dégoût les choses quand elles approchent de leur fin.

Ce caractère se retrouve chez tous les autres malades et contribue à leur instabilité caractéristique. Cet inachèvement des actes correspond au doute et à l'oscillation des idées, comme l'a remarqué autrefois Debs dans son « tableau de l'activité volon-

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taire » si remarquable pour l'époque': « les velléités sont dans le pouvoir volontaire ce que dans l'intelligence sont les conjectures, jugements douteux auxquels l'esprit n'attache qu'un commencement d'adhésion et qu'il abandonne sans effort un instant après. De même qu'il y a tous les degrés de la croyance, il y a entre la velléité et la résolution parfaite qui s'achève un nombre infini de volitions différemment énergiques. »

g. — L'absence de résistance.

On donne souvent comme preuve de la force de volonté conservée par les obsédés leur résistance à l'impulsion. « Il n'est pas absolument vrai de dire comme on le croit généralement que la volonté chez les obsédés soit très amoindrie. Beaucoup sont susceptibles de donner des preuves d'une énergie peu commune et c'est très réellement qu'ils combattent leur idée fixe...'^ » Je ne suis pas certain que cette prétendue résistance à l'impulsion soit une preuve d'énergie peu commune. Ils ont des manies de se dire, de se croire, de se montrer en proie à des tentations et ils ont des manies de lutter désespérément contre une impulsion qu'ils inventent. Ce qui serait une preuve d'énergie, ce serait de cesser ce combat grotesque et de penser à autre chose et c'est ce qu'ils ne peuvent pas faire.

Gomme nous l'avons souvent remarqué la faiblesse n'existe pas seulement dans la volonté active, mais aussi dans la volonté qui se borne à résister passivement. .Ces malades qui ne font rien euxmêmes sont incapables de résister à ceux qui veulent faire quelque chose. Ils ne savent ni lutter, ni se défendre contre ceux qui les dépouillent et les tourmentent. J'ai été très frappé de ce trait de caractère dans l'enfance de tous les malades. Ils sont très malheureux dans les internats, ils deviennent les victimes, les souffre-douleurs de tous leurs camarades. Dk... (210) a toujours été tourmenté au collège. Jean surtout a eu sur ce point une jeunesse déplorable : à 12 ou i3 ans il était la victime de tous les élèves du Ivcée. Il n'était pas de farce qu'on n'essiv^^ât de lui faire, on lui faisait supporter la conséquence de toutes les fautes de ses

1. A. Debs, Tableau de l'activité volontaire pour servir à la science de l'éducation,

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