I. — Les a/n/iésies
D'api'ès ce que je viens de dire, il est évident que les troubles se renc(mtreront peu parmi les phénomènes intellectuels abstraits ; les raisonnements, les jugements, la généralisation sont tout à fait corrects surtout quand cps opérations s'exécutent d'inn^ manière involontaire sans que les malades aient à . fixer leiir attention volontairement.
La mémoire semble bien souvent être plutôt exagérée, Wo... a de la minutie dans les souvenirs, elle peut, probablement par suite d'une longue habitude de cet exercice, se remémorer toutes les sensations qu'elle a éprouvées d'un moment à un autre, tous lés mots prononcés pendant une visite. Lise conserve indéfiniment le souvenir de tous les plus petits incidents de sa vie, elle se plaint de ne pas savoir oublier ; la mémoire de Jean, on l'a déjà vu, touche à l'invraisemblable. Ces souvenirs sont si nets que beaucoup de ces malades, comme le disait Lowenfeld, vivent plus dans le passé que dans le présent.
Malgré ce caractère général de la mémoire des psychasthéniques, plusieurs auteurs ont constaté des altérations des souvenirs dans certaines circonstances particulières. M. Séglas remarque que Révocation des souvenirs est quelquefois pleine d'incertitude \ surtout quand il s'agit de retrouver le souvenir d'une crise. Les malades croient également avoir une très mauvaise mémoire et s'en plaignent bien souvent. Dans les ca's de dépersonnalisation, ils soutiennent avoir perdii leurs souvenirs comme leurs sensations. Bien souvent les crises d'interrogation sont causées par l'incapacité ou sont les sujets de retrouver un souvenir. Bre... (i/ii) en est un exemple remarquable : depuis qu'elle a perdu son mari, elle est tourmentée par le chagrin d'avoir oublié sa physionomie, les traits de son visage, elle ne peut évoquer dans son imagination cette image qu'elle chérissait. Aussi passe-t-elleses journées à rechercher la figure de son mari, les photographies lui semblent insuffisantes, elle ne les reconnaît
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366 LES STIGMATES PSYGUASTHÉNIQUES
pas suffisamment, il faut qu'elle cherche mieux ; à force de chercher, elle sent qu'elle oublie de plus en plus tout ce qui a rapport à la figure du mari. Ainsi elle peut évoquer, dans son imagination, des fleurs, des monuments, l'Arc de Triomphe, des figures de femmes, mais non des figures d'hommes, et surtout pas des figures d'hommes portant des moustaches. Elle oublie la voix du mari, ses paroles, son métier et même son mariage. Cette malade ressemble au cas célèbre présenté par Charcot comme une perte de la représentation visuelle, elle a la conception logique que « son mari avait des yeux noirs, un grand nez et une moustache foncée, mais elle ne peut pas se le représenter devant les yeux ». Il est probable que le malade de Charcot, qui pouvait « définir l'ogive et non se la représenter », était un scrupuleux du même genre.
Que faut-il penser de ces amnésies au moins apparentes ? M. Séglas remarque justement qu'elles sont pairoxystiques, se présentent par crise avec une impulsion violente à chercher, que l'on ne retrouve pas dans d'autres amnésies '.
Même dans ces moments de crise ces amnésies sont-elles toujours réelles et profondes? On.remarque facilement, surtout dans les cas de dépersonnalisation, que les sujets n'ont pas réellement ces oublis. Dès qu'ils veulent bien se laisser aller, ils racontent tout ce qu'on leur demande. Il n'est pas nécessaire d'évoquer des souvenirs subconscients comme chez les hystériques, il suffit que l'évocation ne soit pas volontaire. Ce qu'ils font mal en effet c'est l'évocation volontaire, ils ont comme des crampes de l'attention sur un point et ne peuvent la mouvoir pour passer à l'évocation de faits voisins : dès qu'ils ne se surveillent plus ils expriment facilement tous les souvenirs.
Cette persistance des souvenirs se retrouve, à mon avis, presque toujours et je ne suis pas tout à fait d'accord avec M. Séglas quand il admet Un certain degré d'amnésie des périodes de crise. Cette amnésie serait importante car elle rapprocherait ces crises du somnambulisme : elle ne me paraît pas bien nette. La plupart de mes sujets m'ont raconté leurs crises de rumination et d'angoisse avec un luxe inouï de détails. Jean pourrait raconter combien de fois son cœur a fait « ploc ploc » et combien « il a dû soulever des poutres en nombre répété », il n'a pas du tout d'amnésie et je crois qu'il en est ainsi de presque tous les