TROUBLES DE L'INTELLIGENCE
autres. Les malentendus sur ce point dépendent, je crois, de deux choses. D'abord il ne faut pas que le malade fasse trop d'efforts volontaires pour retrouver le souvenir de la crise, il fccut attendre que le récit lui vienne à l'esprit spontanément, ensuite il faut éviter de rechercher ce récit trop tôt après la crise ellemême.
Ces malades se rappellent d'autant mieux une chose qu'elle est plus ancienne, ils m'ont semblé avoir souvent un certain degré de « mémoire retardante^ ». Cela s'accorde d'ailleurs avec la remarque précédente, on sait que l'évocation volontaire des souvenirs est d'autant plus difficile que le souvenir est plus récemment acquis, d'autant plus facile qu'il est plus ancien : il est tout naturel qu'avec une puissance d'attention et d'évocation volontaire , faible la mémoire soit retardante. *
Je crois cependant. que l'on peut dans certains cas constater après les crises certains oublis quand on interroge les malades non sur leurs propres idées et leurs propres sentiments, mais sur les événements qui ont eu lieu en dehors d'eux pendant cette période. Claire sait bien qu'elle est restée à genoux aux cabinets parce qu'il lui semblait qu'elle avait une hostie collée à l'anus et qu'elle faisait des efforts pour « passer cette idée » ; elle sait comment l'idée s'est déroulée, les mouvements qu'elle a faits. Mais il est visible qu'elle ne sait pas si c'est sa mère ou sa bonne qui est venue la chercher et l'a forcée à cesser ses contorsions. D'autres malades, Gb... ou Sy..., qui ont été malades toute la journée, ne savent plus où elles ont été, si elles ont mangé ou non, si on leur a parlé. Il y a là un certain degré d'amnésie continue pour les événements extérieurs en rapport évidemment avec un état de distraction.
D'ailleurs, d'une manière générale, les troubles de la mémoire les plus nets que présentent les psychasthéniques se rattachent au type de Vamnésie continue. Le malade semble évidemment distrait, il se répète souvent la même chose , il radote , il oublie qu il vient de nous raconter tout cela et quand on le lui fait remarquer il prétend qu'il n'a pas fait ces questions et qu'on ne lui a pas répondu. « Il m'est impossible de retenir un mot, disait déjà un malade de Baillarger, après avoir lu et relu une lettre, rien ne me reste à mesure que je lis, j'oublie. Il en est de même en écri-
I, Cf. Névroses el Idées fixes, I, p. i5a.
368 LES^TIGMAÎËS PSYcWASTIlÈiNlQUËS
vaut, j'oublie ce que je viens d'écrire'. » Chez quelques malades (lue ) ai déjii décrits dans mon étude précédente sur « raniuésie continue », eU particulier dajis le cas de Sch... (observation IV)", (lui se rattache tout à l'ail à notre groupe des psychasthéniques, on trouve une amnésie dçs événements récents qui se développe dune manière continue à mesure que la vie se déroule : « Elle ne peut laire aucune course, aucune commission, car aussitôt dans la rue elle perd et le souvenir des adresses et le souvenir même de ce ([u'elle doit l'aire. Ou bien, au contraiie, elle lait les choses plusieurs l'ois, tout étonnée par exemple de trouver son lit déjîi l'ait ou surprise de constater que sa soupe n'est pas mangeable car elle l'a salée dix fois. Ce n'est qu'en raisonnant sur ses occupations habituelles qu'elle peut supposer assez vaguement ce qu'elle a l'aitJiier ou ce matin. Cet oubli n'est pas continuellement aussi profond et aussi rapide, il augmente aux anniversaires de la catastrophe, il diminue dans l'intervalle. » Les autres observations de cette étude sur l'amnésie continue avaient surtout rapport à des hystériques chez lesquelles d'ailleurs le symptôme est bien ])lus accentué. Mais il serait facile d'ajouter ici bien des cas aussi netè chez des psychasthéniques. On retrouve l'amnésie continue chez des tiqueurs comme Myl... ou As... ou Lrm..., chez des phobiques comme Ku... ou Dob... « qui ne sait plus à quoi elle a employé ses journées », chez des obsédés comme Bei..., «incapable de se rappeler au bout de deux minutes ce qu'ell'e vient de faire », chez Claire a qui ouj^lie tout au fur et à mesure ■>■>.
Malgré la banalité de ce symptôme que l'on retrouvera chez presque tous les malades, je crois cependant qu'il ne faut pas s attendre à le trouver parfaitement net chez les psychasthéniques comme chez quelques hystériques ou comme dans la psychose polynévritique de Korsakof. Très souvent les souvenirs réapj)araissent plus ou moins complets au bout d'un certain temps quand le sujet ne cherche plus à les évoquer volontairement. Il y a surtout mémoire retardante et troubles de l'attention dans la fixation et l'évocation des souvenirs.
I. Baillarger, Hechcrchcs sur les matadies mentales, 1890, 1, 568. a. Névroses el Idées fixes, I, p. ii5.
XaUUBLES DE LIMELLIGENCE 369