‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 179 sur 380 · Rêverie · texte numérisé non relu

Rêverie

De cette disparition de l'attention il résulte que leurs pensées ressemblent beaucoup plus à un état de rêve, à une rêverie perpétuelle. Chaque tait provoque des associations d'idées qui vont absolument à la dérive sans que le malade puisse les diriger. « Mes idées, dit Lise, ne sont jamais nettes au fond, je suis incapable de m'y débrouiller. Elles viennent sul)itement, occupent l'esprit une demi-journée et puis s'en vont. J'ai une paralvsie dans la tète qui m'empêche de les secouer. » \Ve... (170) rêve toute la journée, elle remarque elle-même que ses idées se présentent la nuit en rêve de la même façon que dans la journée. Il n'y a pas pour elle une grande différence entre la veille et le sommeil.

Chez Claire la rêverie est très bien décrite. « Je rêve toujours tant de choses que je n'en sais même pas la moitié. » Ce ne sont pas toujours des idées ayant rapport à son délire, ce sont des choses qu elle a vues, qui viennent, elle ne sait d'où, qui se mêlent confusément et elle ne peut fixer une de ses idées sans qu'il en vienne une foule d'autres tout autour. « Quand je regarde en arrière je ne sais pas comment j'ai vécu, je trouve des rêveries sans fin sur tout. Toutes mes pensées se tournent en rêve ; quand on me parle, quand on me touche, on me fait sursauter comme si je n'y étais plus, comme si j étais toujours dans un autre monde. »

Gisèle a remarqué qu'elle n'est jamais entièrement à ce qu'elle fait parce qu'il y a toujours trois vies en elle : la vie extérieure en rapport avec les choses du dehors, c'est la moins développée, la vie intérieure des réflexions, la plus intér.essa:ite et la plus déve- 'loppée et une troisième vie dont elle se rend mal compte et qu'elle sent au tond d elle-même CQmnie si quelque chose rêvait

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en elle encore plus profondément. Ces divisions de la pensée qui se produisent quand diminue l'efTort de l'attention justifieraient ce mot bien juste de M, Espinas « une conscience affaiblie c'est une conscience dispersée ». On ne sera plus étonné de la rêverie rie Lib... que j'ai décrite comme un accident, une asfiiation mentale diffuse : ce n'est que l'exagération d'un stigmate que nous retrouvons sous une forme atténuée chez tous les autres malades.

Dans ces conditions il semble bien difficile que ces esprits puissent 'arriver à une conclusion nette sur un fait ou sur un raisonnement. Krafft-Ebing, disait justement que ce qui frappe immédiatement c'est l'impossibilité d'amener ces malades à une conclusion'. Ce sentiment de doute que nous avons constaté dans les sentiments d'incomplétude est l'expression dans la conscience de ce travail insulTisanl de l'attention. « C'est, disait M. Ribot, un état d'hésilation constante pour les motifs les plus vains avec impuissance d'arriver à un résultat définitif'. »

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