‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 216 sur 380 · Les périodes psychasthéniques · texte numérisé non relu

Les périodes psychasthéniques

Ces phénomènes psychologiques et physiologiques que j'ai appelés des stigmates psychasthéniques ne sont pas continuels pendant toutelavie du malade, ils n'existentpas sans interruption, même dans les cas les, plus graves, depuis la naissance jusqu'à la mort. Je crois que cette notion est capitale et qu'elle n'a pas assez frappé l'esprit de ceux qui considèrent cette maladie comme une simple dégénérescence mentale. Le raisonnement seul pourrait d'abord faire prévoir ce caractère : la plupart des sentiments anormaux exprimés par les malades ne sont intelligibles que si on suppose dans leur esprit une comparaison entre l'état actuel de maladie et un état de saulô antérieur. Les sujets vous disent sans cesse qu'ils descendent, qu'ils ont perdu leur force, leur intelligence, leur personne : il faut donc admettre qu'ils aient été plus haut, qu'Usaient eu à un moment donné une autre force, une autre intelligence, une autre personne.

Le sentiment du réel dont nous ignorons presque complètement le mécanisme, doit être un phénomène relatif et dépendre d'un certain degré d activité moyenne auquel lindividu est accoutumé. Un idiot qui a eu toute sa vie une activité mentale faible arrive cependant à un certain sens du réel qui lui suffit. Il est

LliS UbStSSIUNb. l. 39

LES STIGMATKS PSYGHASTHÉNIQUÉS

bien probable que si nos malades avaient toujours eu cette même faiblesse de pensée, ils ne s'en apercevraient pas maintenant et ne se plaindraient de ne pas saisir la réalité, de trouver que tout est lointain, que tout est mort. Ce raisonnement qui peut s'appliquer à presque tous les symptômes montre bien que les stigmates psychasthéniques appartiennent à un état accidentel et de nature transitoire, comme une véritable maladie.

D'ailleurs l'observation est sur ce point très démonstrative : sans entrer dans l'étude de l'évolution de la maladie à laquelle je consacrerai un chapitre spécial, je puis faire remarquer ici que chez tous les malades sans exception ces stigmates constituant l'état psychasthénique se sont présentés par périodes. Il estvi-ni seulement que dans les cas graves ces périodes peuvent durer très longtemps. -

Dans certains cas particulièrement typiques les périodes sont très précises et peuvent ne durer que quelques jours. Dans ces cas on peut bien noter l'apparition des troubles, leur évolution. et leur disparition. Les auteurs qui ont décrit la dipsomanie, comme M. Magnan, ont bien remarqué les troubles mélancoliques, la confusion qui précède souvent de plusieurs jours L'impulsion proprement dite'. M. Séglas est l'un de ceux qui ont le mieux noté chez les obsédés l'apparition de ces périodesqui «réalisent, dit-il, comme une forme atténuée de la confusion mentale... Il x a pendant deux ou trois jour5 une exageration.de quelques symptômes neurasthéniques... Les malades ne se reconnaissent plus euxmêmes, ne se trouvent plus comme auparavant. L'attention est très défectueuse, difficile à fixer, facile à fatiguer ; la mémoire est paresseuse et infidèle, la volonté est atteinte dans sa forme motrice et l'aboulie se traduit par une invincible apathie"" ».

Chez beaucoup de nos malades on peut observer ces périodes de psychasthénie qui préparent les crises d'obsession : les choses se passent ainsi chez Got..., chez Pot... Je prendrai surtout comme exemple l'observation de Kl... Cette femme a eu autrefois de longues périodes maladives durant des années; actuellement les périodes sont courtes, elles ne durent que (juelques jours et elles cessent d'une manière assez nette. Le trouble survient en général quelques jours api'ès la fin des

Page 1