I. l)osloic\v.sk.i, Crime et CluUiinciil, H, p
LA HlEKAhClIlL: Dliô pUÉNO.MÈxNES PSYCHOLOGIQUES 49:,
quand celles-ci ne sont même plus soumises aux règles rigoureuses de la mémoire et qu'il suffît de les laisser aller à la dérive suivant les hasards de l'association des idées. On sait la place qu'occupe la rêverie dans la maladie que nous étudions, le développement énorme qu'elle peut prendre. Enfin, le dernier degré de facilité est obtenu quand les rêveries cessent même d'être originales et se répètent les unes les autres avec monotonie.
Cette facilité plus grande des raisonnements abstraits et de la représentation des images rend compte d'un caiactère souvent observé et qui ne me parait pas toujours avoir été bien compris. Non seulement ces individus se vantent d'être « des penseurs, e'es analystes » mais ils montrent un goût prononcé et quelquefois un certain talent pour l'observation psychologique intérieure, pour l'auto-observation*. Cette aptitude à l'introspection psychologique me paraît simplement une conséquence de la faiblesse de leur esprit. Entendons-nous : l'observation psychologique bien faite et surtout l'observation psychologique objective est extrêmement difficile. A toutes les dilhcultés de l'observation réelle du monde physique se joignent les difficultés des phénomènes sociaux, de l'appréhension d'une conscience étrangère à la nôtre. Mais l'introspection qui consiste à se regarder penser est d'un tout autre ordre. Cousin et JoufFroy avaient déjà remarqué autrefois qu'elle ne peut s'exercer pendant l'acte même ou au moment de l'émotion elle-même, que par conséquent elle s'exerce surtout sur des images et des souvenirs. Ajoutons que cette introspection peut s'exercer avec autant d'intérêt sur n'importe quelle image et n'importe quel souvenir et qu elle ne demande aucune précision à l'esprit. Il en résulte qu'elle se rapproche de la rumination et de la rêverie. Il suffira que certaines curiosités déterminées par les sentiments d'incomplétude inclinent le sujet vers cette introspection pour qu'il s'y plonge avec délices à cause de son extrême facilité.
Je crois que l'on peut placer au-dessous de ce troisième degré une opération mentale encore plus basse, c'est le développemeni de l'émotion, quand cette émotion n'est pas exactement en rap-
I. N. Vaschi(1e et Cl. Vurpas, Délire par introspection mentale. Nouvelle iconographie de la Salpètrirre, lyoi, p. 338. Contribution à la psycliologio de la genèse des hallucinations ijsycliu-molrices, Archives de neurolotjie, I^o.^ , p. ItGli.
496 THÉORIES PATHOGÉNIQUES
port avec la perception d'une situation présente. L'excitation de ces réactions viscérales et vaso-motrices que l'on considère conune un élément essentiel de l'émotion doit être bien facile, puisque nous la voyons persister à un si haut degré chez les individus les plus affaiblis, parfaitement incapables d'accomplir les opérations supérieures. Cette émotion devient encore plus facile, quand elle perd les caractères qui lui permettaient de revêtir des lorines distinctes. Au-dessous de la colère, delà peur, de l'amour se place une émotion qui n'est plus rien de spécial, qui est un ensemble de troubles respiratoires et cardiaques très vagues, n'éveillant dans l'esprit la pensée d'aucune tendance, d'aucune action particulière. C'est ce qu'on appelle l'angoisse, la plus élémentaire des opérations mentales.
Je placerai à côté d'elle, peut-être un peu au-dessous, la production de mouvements inutiles mal adaptés à la situation présente et réelle, c'est-à-dire les tics de toute espèce. Bien entendu ces mouvements seront encore plus simples quand ils n'auront même plus cette coordination ancienne que l'on retrouvait dans les tics, anciens mouvements adaptés qui sont simplement sans rapport avec le présent. Les agitations motrices, les mouvements incoordonnés qui se rapprochent des convulsions semblent évidemment les opérations plus basses et les plus élémentaires.
Il est facile de constater ce qui caractérise ces trois derniers groupes et ce qui les distingue des premiers. Dans les opérations qui portent sur des images et sur des idées abstraites, comme la mémoire, la rêverie, le raisonnement, le rapport avec la réalité et le sentiment juste ou faux de la réalité a beacoup diminué. Ces phénomènes ne portent que sur le passé ou sur le futur qui n'ont aucunement à nos yeux le même degré de réalité que le présent et souvent ils portent sur l'imaginaire auquel nous n'accordons qu'un minimum de réalité. Dans les derniers groupes le rapport avec la réalité et le sentiment de réalité disparaît encore plus complètement. Comme je l'ai fait remarquer à chaque page en décrivant les tics, les agitations motrices, les phobies, leg angoisses, ces opérations fonctionnent à vide si l'on peut parler ainsi, elles n'ont pas d'action sur le réel, et elles ne font à personne ni bien ni mal sérieux, ne donnent pas au sujet l'impression du réel: le sujetsent toujours leur inutilité, leur vanité, et il se sent forcé de travailler dans le néant. Les premières opérations, la première surtout, avaient les caractères exactement inverses :
La hiérarchie des phénomènes psychologiques 49^
elles aoissaient sur le réel, le transformaient, le faisaient connaitre avec plus ou moins de vérité, peu nous importe, ou du moins donnaient au sujet l'impression, le sentiment de la réalité. Ce caraetèrea diminué dans les opérations désintéresséesqui restaient encore présentes, mais avec un sentiment moins vit du réel; il s'est fortement réduit dans le troisième groupe où ne se trouve plus que le sentiment du passé, de l'avenir, ou de limaginaire ; il a disparu dans les derniers groupes.
Ce caractère essentiel des faits de l'esprit, qui consiste à agir sur la réalité ou à la faire connaître même en apparence, à en donner le sentiment, au moins à lui correspondre, suivant l'expression de Spencer, pourrait être distingué sous le nom de coefficient de re'alité d un lait psychologique. On peut alors préciser ce que j'entends par cette hiérarchie des phénomènes psvchologiques : si on considère l'ordre de fréquence et de rapidité avec laquelle se perdent les fonctions psychologiques chez nos malades, on constate qu elles disparaissent d'autant plus i'ite que leur coefficient de réalité est plus élevé et qu'elles persistent d'autant plus longtemps que leur coefficient de réalité est plus bas. J'en conclus que ces opérations forment une série de difficulté et de complexité décroissantes suivant que leur relation avec la réalité au point de vue de l'action, de la reconnaissance, en un mot de la correspondance va en diminuant et c'est à cette disposition en série que je donne le nom de hiérarchie psychologique.
Provisoirement, et simplement à titre de résumé, on peut établir le tableau hiérarchique de cette manière :
UtEKARCHlË DliS PHENOMENES PSYCHOLOGIQUES
l l'action efficace sur la réalité
SOCl
ialé.
r ,• ; \ pl'Ysiqiie.
1 action < ,, . ,
/ l'action nouvelle avec sentiment J
l ( de liberté.
La fonction j / j^ perception avec sentiment de réalité.
du ruel. j V ]a certitude, la croyance.
l'atlcnlion dans < la perception d'objets nouveaux.
la perception de ^ avec sentiment de réalité.
la personne / avec sentiment d'unité.
la prrsentifiration, la perception et la jouissance du présent.
498 THÉORIES PATHOGÉiNlQUES
l'action habituelle.
f du présent.
11. L'activité dé- \ l'action sans le sentiment } de l'unité.
sintéresséc. j ' de la liberté.
la perception sans le sentiment de la certitude, avec le senti-
\ ment vague du présent.
/ la mémoire purement représentative.