‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 236 sur 380 · LA TENSION PSYCHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

LA TENSION PSYCHOLOGIQUE

elle ne peut être admise sans interprétation. En effet, un lait fondamental dominé la psychologie du douteur, c'est qu'il n a pas d'anesthésies véritables. Ces sujets qui doutent de la réalité, qui doutent de ce qu'ils sentent ou de ce qu'ils voient, sentent et voient cependant aussi bien que l'homme qui ne doute pas. Leurs sensations ne sont pas diminuées quantitativement, ou ne le sont que d'une manière insignifiante, incapable d'expliquer leur doute. En réalité, ils ont une sensibilité forte dans le sens ordinaire du mot, puisqu'ils sentent fort bien les excitations les plus minimes ; ils ont une vision puissante puisqu'ils lisent très bien les plus petites lettres du tableau et malgré cette force, cette acuité de leurs sens, ils n'ont pas le sentiment du réel.

Une seconde hypothèse serait bien simple et bien séduisante, elle consisterait à rattaclier cette différence entre le réel et l'imaginaire à l'intervention du mouvement. Ce qui semble le plus difficile dans le premier groupe, c'est l'action et l'attention, or dans l'une et l'autre interviennent les fonctions motrices. Ne pourrait-on pas supposer que dans cette maladie il y a un engourdissement des centres moteurs corticaux avec conservation de l'activité des centres sensoriels ? Cela n'expliquerait-il pas cette difficulté de l'action et cette facilité de l'imagination.

Une conception à peu près semblable à celle-ci forme l'idée fondamentale du livre de M. Bergson auquel je faisais allusion dans un passage précédent: « L'actualité de notre perception, dit-il, consiste dans son activité, dans les mouvements qui la prolongent et non dans sa plus grande intensité, le passé n'est qu'idée, le présent est idéo-moteur*... C'est justement parce que j'aurai rendu un souvenir actif qu'il sera devenu actuel, c'est-àdire sensation capable de provoquer des mouvements ^.. Le sentiment concret que nous avons de la réalité présente consisterait donc dans la conscience que nous prenons des mouvements effectifs par lesquels notre organisme répond naturellement aux excitations, de sorte que là où ces relations se détendent ou se «ratent entre sensations et mouvements, le sens du réel s'affaiblit et disparaît^ ».

I. Bergson, Matière et mémoire, i8gG, p. 6a. a. Id., ibid.. p. i66.

'6. Id., ibid., p. 192.

«00 THÉORIES PATHOGÉNIOUES

Prise au pied de la lettre, celte conception diffère moins qu'on ne le croit de la précédente. Au lieu de Faire dépendre la fonction du réel 'de l'intensité des sensations, elle le fait dépendre de l'intensité des mouvements qui ne sont connus que par des sensations. Elle contient sans doute une part de vérité, mais ne peut être admise sans restriction, car il ne me semble pas juste de dire que le mouvement par lui-même, en tant que mouvement de notre corps, suffise à donner le sens du réel et à constituer le groupe des phénomènes psychologiques supérieurs.

Mon objection à cette conception est semblable à la précédente: de même que les douteurs ont conservé les sensations, ils ont conservé les réflexes, les mouvements et la sensation précise de ces mouvements.

Il y a même chez eux des mouvements qui se présentent comme tout à fait élémentaires et faciles. Lestic's, les agitations motrices peuvent donner lieu à des mouvements considérables et même violents. Les phénomènes d'émotion nécessitent aussi la production de mouvements et s'accompagnent souvent d'une agitation extrême : cependant malgré ces mouvements les malades restent dans le doute, loin du réel. On ne peut donc pas dire que tout mouvement soit difficile, que tout ce qui détermine l'élévation d'un phénomène dans la hiérarchie ce soit l'intervention du mouvement. Il ne faut pas croire qu'un phénomène psychologique soit élevé, demande un plus grand travail parce que le mouvement physique qui le manifeste au dehors est un mouvement plus violent. Un mouvement violent peut, au point de vue qui nous occupe, correspondre à un phénomène psychologique et cérébral hiérarchiquement très élémentaire.

Sans doute la théorie précédente fera un progrès si au mot « mouvement », comme d'ailleurs M. Bergson le fait souvent, on substitue le mot « action », c'est-à-dire si l'on remplace le mouve ment simple JDar un système bien coordonné de mouvements. « Il y 'a bien autre chose, disait M. Bergson, entre le passé et le présent qu'une différence de degré. Mon présent est ce qui m'intéresse, ce qui vit pour moi, ce qui me provoque à l'action (l'auteur dit souvent à l'action utile et bien adaptée) au lieu que mon passé est essentiellement impuissant'. » Mais cela n'est pas encore suffisant, car ces sujets exécutent des actions bien réglées

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