‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 24 sur 380 · Séglas, Lcrons sur les maladies mentales, 1896, p · texte numérisé non relu

Séglas, Lcrons sur les maladies mentales, 1896, p

3. ÎSicoulau, Tliaiiatopliobic et suicide. Ann. méd. psrrhol.. i8r)3, T, p. 189.

en rapport avec leurs obsessions. Ce seront, pour prendre quelques ejcemples, les honteux de leur corps qui refusent réellement de manger, les dipsomanes, "les morphinomanes et les malades du même genre qui s'intoxiquent réellement, les boulimiques qui mangent trop, les dromomanes qui marchent pendant des heures, tes érotomanes qui cèdent à leur passion, les individus poussés à rechercher la soufifrance et qui se brûlent ou se blessent réellement.

On a déjà vu le cas typique de Nadia qui, de peur de grossir, de se développer, ne mangeait plus chaque jour qu'un peu de bouillon, un jaune d'œuf, du thé et du vinaigre. Voici un second cas du même genre : Red..., une jeune fille qui avait toujours été très impressionnable et très scrupuleuse, a, vers i8 ans, une première crise de refus d'aliments. Elle fut examinée à ce moment par MM. Brissaud et Souques* qui publièrent une observation dans la nouvelle Iconographie de la Salpètrière sous ce titre Délire de maii^reur. Elle était, en effet d'une maigreur squelettique, elle guérit cependant en ce sens qu'elle consentit rapidement à s'alimenter et reprit ses forces et son embonpoint. INIais à 20 ans le même accident reparut, plutôt plus grave ; elle recommença à refuser de manger et en outre elle s'efforça de provoquer les vomissements quand elle avait mangé et prit l'habitude de vomir très facilement. La maigreur et la faiblesse redevinrent de nouveau très inquiétantes et elle fut reconduite à la Salpètrière où j'ai pu étudier cette seconde crise.

Elle était dans un état d'inanition très avancé, très maigre, la peau sèche, rugueuse, froide, la langue sèche et rouge, la respiration rapide, le pouls petit et précipité ; elle avait certainement poussé très loin le refus des aliments et les efforts de vomissement. J'hésite cependant, comme pour Nadia et pour les mêmes raisons à faire de cette malade une anorexique hvstérique. Dans toute son histoire, avant et après cet accident, Red... n'a jamais présenté aucun phénomène hystérique; pendant longtemps, avant l'apparition des accidents graves, elle avait conservé le sentiment de la faim ; elle n'a jamais eu de besoin exagéré de mouvement. D'autre part, c'était tout à fait une scrupuleuse : elle avait commencé par se reprocher les oublis de confession, elle avait

I. Brissaut et Souques, Délire de maigreur. Nouvelle Iconofj raphie de la Salpètrière, 1896.

imaginé de s'astreindre à bien des pratiques superstitieuses et malgré ses efforts elle était sans cesse inquiète et .tourmentée. Elle était obsédée par la vue des misères, dés maladies, par l'état même de la température : « c'était sa faute s'il y avait tant de malades, c'était sa faute s'il faisait mauvais temps et si les pauvres gens en souffraient. » Dans ces conditions elle avait cru voir un cercle de feu et l'avait interprété en disant qu 'elle était damnée. Elle restait obsédée par la pensée que sa damnation la rendait indigne de manger. C'est ce qui avait déterminé la première crise de refus d'aliments, à i8 ans. Ce refus avait cessé à l'hôpital en vertu de ce raisonnement : « ici on me tbrce à manger, je ne suis donc pas responsable si je le fais. » La seconde crise à l'âge de 20 ans se rattachait également au scrupule d'une manière très nette quoique différente : elle était devenue honteuse d'elle-même, à la suite de toutes les réflexions précédentes, elle s'imagina que sa digestion était ridicule, qu'elle déterminait des rougeurs au visage et surtout des éructations bruyantes. Elle avait d'autant plus honte de ces choses qu^elle devait se rendre après son repas au cours d'un professeur dont elle était tout à fait amoureuse. C'est à ce moment qu'elle se sentit poussée à ne plus manger et à vomir pour débarrasser l'estomac. Je cite rapidement pour montrer la fréquence du fait le cas d'un jeune homme de 26 ans, As... (102), parvenu lui aussi comme le montre sa photographie' à un état de maigreur invraisemblable. Il avait pris l'habitude des vomissements provoqués pour des raisons du même genre dépendant de la honte du corps et de l'hypocondrie. Dans ces cas, l'impulsion semble donc se réaliser d'une manière grave par le refus d'aliments et l'inanition.

A ces observations, je voudrais rattacher un cas plus curieux où le scrupule amène aussi une malade à faire de grandes sottises. On a vu l'obsession amoureuse de Byl..., cette jeune fille qui par suite de la honte d'elle-même, à force de s'imaginer qu'elle était laide, indigne de tenir son rang était devenue amoureuse d'un garçon jardinier de la maison. Ce qui est curieux c'est que l'acte chez elle semble avoir suivi l'obsession : elle attend qu'elle ait 21 ans pour avoir sa liberté, la nuit à l'aide d'une échelle elle monte dans la chambre de ce garçon, lui fait sa déclaration, l'embrasse, et lui fait promettre de la demander à ses parents.

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