Influence des cmolions
Le problème le plus intéressant nous est posé par le rôle pathpgénique que jouent les émotions et surtout certaines émotiofis. Dans les cas les plus connus que nous aurons à étudier plus tard l'émotion semble déterminer la nature de l'obsession, mais ce ne sont pas, à mon avis, les cas les plus fréquents ni les plus intéressants.
Il y a des cas très nombreux où l'émotion qui semble le début de la maladie n'a aucun rapport avec les pbobiesou les obsessions qui vont suivre. Lt. ... comme on vient de le voir, est devenue malade parce qu'elle >a ramassé son neveu tombé mourant d'un échafaudage. L'émotion était assez intense pour amener un trouble et le sujet semblait antérieurement bien portant, mais ce qui m'étonne c'est que la maladie consécutive est simplement l'agoraphobie qui semble avoir un rapport bien lointain avec la mort
du neveu. Gat instituteur, change de poste sur sa demande :
ce changement, la vue d'une école nouvelle l'impressionne; il est atteint d une obsession criminelle et II est poursuivi par le remords du meurtre d'un enfant. Chu... a des contrariétés de famille et se dispute avec une belle-sœur, la voici qui prend la phobie de la saleté et qui éprouve le besoin de se laver les mains dix fois de suite. J'ai peine avoir dans ces obsessions ou ces manies, et on en pourrait citer cent du même genre, la reproduction de l'émotion primitive.
Dans quelques cas l'origine de l'obsession se comprend assez bien ; mais on voit que son contenu ne dépend en aucune façon de l'émotion qui a cependant déterminé la maladie. L'obsession est la reproduction d'un événement ou d'une idée très antérieure qui. au moment de son appaiition, n'avait déterminé aucun trouble, mais qui devient patholooifjne à l'occasion de l'émotion nouvelle. Les faits de ce genre mont toujours intéressé : j'en ai décrit de remarquables à propos des hystériques. En voici un que je rappelle parce qu'il est typique. Un homme âgé de :-•() ans, mécani- •nen de locomotive, est blessé gricvemciit dans n\\ l;iniponnement,
528 THEORIES PATHOGÈNIQUES
il a une plaie grave au ventre qui n'est guérie qu'an bout de six mois. Cependant il ne conserve aucun accident névropathique, il ne reste pas impressionnable et il reprend son service sans aucune, difficulté. Onze ans après, à l'âge de ^o ans, il a une grave émotion : il se réveille le matin près du cadavre de sa femme morte subitement pendant la nuit. Eh bien, à la suite de ce bouleversement il commence des crises d'hystérie, dans lesquelles il voit une locomotive se précipiter sur lui, dans laquelle il a du météorisme abdominal avec utie énorme hyperesthésie de sonancienne cicatrice indolente pendant onze ans.
Qn observe des faits tout à fait semblables chez les psychasthéniques. Fé... femme de ^9 ans, a éprouvé une vive contrariété : la fille de son mari, qu'elle avait élevée comme son enfant, s'est fait enlever par un amant et n'a plus voulu rentrer chez ses parents. Fé... éprouve de l'ennui à ce sujet, mais ne devient aucunement obsédée et reprend régulièrement le cours de sa vie. Huit mois après elle doit subir une opération chirurgicale grave, i'hystérectomie totale. Cette opération lui a causé de grandes. angoisses et de grandes fatigues. A la suite de cette opération la voici obsédée par la pensée de la fugue de sa belle-fille : « Cette fille s'en est allée de ma maison, tout le monde lésait, c'esthonteux pour moi. C'est moi qui suis coupable... etc. » et la voici qui a des angoisses à la pensée de rentrer chez elle. Lep..., femme de 89 ans, perçl unfils de 18 ans, elle paraît s en consoler, et reste parfaitement raisonnable. Dix mois après elle fait une chute de voiture et en est très émotionnée. Elle reste troublée, se plaint de ne plus voir les choses de la même façon et se tourmente à propos de la mort de son fils : « si j'avais cherché un autre médecin, si je l'avais envoyé à la campagne, il vivrait encore, c'est moi qui suis coupable, je devrais me tuer, etc. » Jui..., homme de 38 ans a été léché par un chien dans la rue quand il avait l'âge de 26 ans, il en a été ennuyé, car il était déjà peureux, mais il a bien compris que ce n'était rien. A 3o ans il se marie et cet événement détermine bien des émotions ; c'est à ce moment et à ce moment seulement qu'il s'inquiète sérieusement à propos de ce chien qui l'a léché il y a cinq ans, et qu'il est pris d'une phobie de la rage. Il guérit au bout de quelques mois. A 33 ans il perd un enfant et ce chagrin ramène de nouveau la phobie de la lage, depuis il a eu nombre de crises de cette même phobie toujours à propos d'émotions quel-
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conques n'ayant aucun rapport avec le chien. « C'est désolant, je ne puis avoir la plus petite émotion, même pas le cIé[Mt de rater un omnibus, sans que cela me donne l'idée du chien enragé. » J'avoue que dans ces cas j'ai de la peine à comprendre comment on peut rattacher directement la phobie à l'émotion, et comment on peut expliquer le rôle de rémotion.
Enfin un dernier groupe me semble plus embarrassant encore, c'est le groupe des cas très nombreux où l'émotion déteimine un trouble qui n'est pas du tout l'obsession ou la phobie, mais qui est simplement une insuffisance psychologique. Dan"s le cas le plus simple et qui se rapproche le plus des précédents, l*émotion crée simplement l'émotivité. Des personnes qui n'étaient pas impressionnables ou qui l'étaient modérément sont transformées après un accident qui les a révolutionnées. Dorénavant elles éprouvent des émotions violentes pour la moindre des choses, elles ont des perturbations physiologiques remarquables avec troubles cardiaques et respiratoires, avec de grandes angoisses pour desfails insignifiants qui les auraient certainement laissées froides auparavant. Morel, Freud, Pitres et Régis ont très bien décrit des cas de ce genre sous le nom d'anxiété diffuse ou de panophobie, « chaque événement, chaque incident de la vie devenait ainsi matière à décharge pour son angoisse momentanément spécialisée par le hasard'. »
J'ai observé un grand nombre de cas de ce genre que j'ai déjà cités et que je rappelle brièvement. Cs... (/^i) a accouché à l'âge de 3i ans, elle se porte bien et se remet de sa fatigue, quand trois jours après l'accouchement la garde effrayée d'une grimace de l'enfant laisse échapper une exclamation des plus sottes : « oh, Madame, s'écrie-t-elle, le bébé a des convulsions, je crois qu'il va mourir. ». L'enfant n'avait absolument rien, mais la mère reste bouleversée, se plaignant de beaucoup souffrir dans la tête et dans les épaules, gémissant et pleurant sans pouvoir s'arrêter. Depuis ce moment, son caractère est complètement changé: elle était autrefois vive, mais suffisamment cal-me pour avoir dirigé une maison de commerce avec succès, pour avoir surmonté bien des difficultés. Maintenant elle a à propos de tous les faits les plus insignifiants des émotions épouvantables qui lui font perdre la tête. Si un de
t. Pitres et Régis, op. cit.. p. rg, ^g.