‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 272 sur 380 · INTERPRETATION DES SYMPTOMES · texte numérisé non relu

INTERPRETATION DES SYMPTOMES

Après avoir cherché à comprendre cette notion à mon avis féconde i\e\^ liiérarchie des pJiénomènes psychologiques, des çariations de la tension psychologique sous diverses inlluences déprimantes ou excitantes, il faut maintenant chercher à appliquer ces idées aux svniptômes de la maladie que nous avons décrits dans la première partie de cet ouvrage. Pour interpréter ces symptômes, je me préoccuperai d'abord de leurs caractères généraux tels qu'ils ont été résumés à la fin de chaque chapitre. Puis j'étudierai à part, comme un dernier problème, la spécialisation de ces svmptômes, leur application particulière à tel ou tel lait. Ainsi, je me propose de rechercher d'abord d'une manière générale pourquoi les sujets ont des sentiments d'étrangeté et des manies de recherche et ensuite pourquoi ils appliquent ces sentiments et ces manies à un objet ou à un acte déterminé.

i. -r- Interprétation des sentiments d'incomplétude.

Le premier phénomène que nous ayons à considérer est constitué par les sentiments bizarres, que nous avons appelés sentiments d'incomplétude, ils sont extrêmement variés et nombreux et portent sur toutes les fonctions de l'esprit, ils se rattachent évidemment aux insulïlsances réelles qui résultent de ce fait que l'esprit ne peut plus parvenir aux opérations du premier degré.

La dilliculté qui est ici plus psychologique que clinique consiste à savoir, comment le sujet arrive à se rendre compte de cette insuffisance et à la traduire par des sentiments. Il n'est pas probable qu'il y ait un fait de conscience, un sentiment directement en rappoit avec le degré de la force nerveuse ; du moins jusqu'à présent les sentiments qu'on a voulu rattacher à l'émission

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de la force nerveuse, à l'effort intérieur n'ont pas été démontrés. Mais je ne crois pas cependant qu'il faille tout de suite adopter la thèse de M. James et dire que nous ne sentons que le résultat physique de nos efforts, l'influence qu'ils ont sur nos muscles et sur nos viscères. Nous sentons aussi les résultats psychologiques de la tension nerveuse, l'unité et la complexité de nos états mentaux, 1 impression de réalité, de personnalité présente, d'unité, de liberté, etc. Nous remarquons bien vite que ces idées et ces sentiments cessent de se présenter dans les circonstances où d'ordinaire ils survenaient. C'est exactement ce que font nos malades. Quand Jean vient nous dire : « il me semble que je ne saisis pas, que je ne m'assimile pas les choses avec la force normale, » je crois qu'il fait simplement une observation psychologique juste. Ces observations qu'ils font eux-mêmes sur le fonctionnement de leur esprit sont facilitées par la disposition que nous leur avons reconnue à l'introspection psychologique.

Il y a ainsi trois grands phénomènes qui jouent un rôle dans la formation des sentiments d incomplétude : i° La diminution de la svnthèse mentale et par conséquent la diminution de la systématisation, de l'unité des éléments réunis dans le champ de la conscience. 2° La réduction de la complexité mentale, du nombre des éléments, sensations, images, mouvements, émotions qui remplissent d'ordinaire la conscience et qui nous donnent le sentiment de la réalité et du présent. 3° Le souvenir de la manière dont fonctionnait autrefois notre pensée, de son unité, de sa richesse, les comparaisons entre cet état passé et l'état présent et les interprétations inévitables qui se mêlent à ces comparaisons.

1° Un certain nombre de sentiments d'incomplétude sont plus immédiatement en rapport avec le premier phénomène, la diminution de la synthèse mentale. Ce sont par exemple les sentiments d incapacité intellectuelle, d'obscurité, d'incoordination, de conlùsion, et en même temps les sentiments de la difficulté de l'acte volontaire, de la difficulté de l'attention, de la distraction, de 1 instabilité.

Bien des sentiments de vague, de mvstère qui vont donner naissance à des tendances mystiques ou orienter le délire dans un sens particulier dépendent de cette difficulté qu'éprouve le sujet à unifier ses pensées, même quand leur nombre est réduit. Le sentiment de dédoublement, de multiplicité, qu'il s'applique aux

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choses ou quil s'applique à l'esprit, prend aussiison point de départ dans la même faiblesse de systématisation.

Je serais disposé à croire que le sentiment si important d'automatisme, d'absence de liberté, de domination se rattache aux précédents. Notre sentiment de liberté est surtout un sentiment d unité. L'accord s'est lait entre toutefe les tendances de notre être, entre les motifs imposés du dehors et les inspirations de notre caractère tout entier, l'action qui se fait résume en un seul système tous nos phénomènes psvcholooiques. C'est pourquoi on ne constate jamais de plus beaux sentiments de liberté que ceux des individus suggestionnés dont le champ de conscience est réduit sans doute, mais très unifié et rempli complètement par le développement d'une seule tendance.

Chez les psychasthéniques il n'en est pas ainsi ; ils agissent ou ils parlent, pressés par les nécessités de la vie sans que l'unité ait été faite dans leur esprit, quand il y a encore dans leur conscience des tendances, des habitudes, des caractères en opposition avec l'acte qui s'accomplit. Ils ne parviennent pas à rattacher davantage leur acte à toute leur personne. C'est ce qui se traduit par le sentiment d'automatisme, de domination, c'est-à^ dire d'action non volontaire, non personnelle, c'est ce qui donne naissance à ce sentiment de révolte perpétuelle, au sentiment qu'ils ne peuvent jamais accepterune situation donnée, c'est-à-dire mettre d'accord tout leur caractère, toutes leurs tendances avec la perception de cette situation.

2° Si le défaut de synthèse complète joue ainsi un rôle considérable, je crois que le défaut de complexité, de richesse mentale aune importance encore plus grande, car il intervient particulièrement dans la perte du sentiment du réel et dans le sentiment de l'ét.range, ces deirx phénomènes fondamentaux. M. Bergson qui iondait, commeon l'a vu, le sens du réel sur « la conscience d'un accompagnement moteur bien réglé » interprète riaturellementle sentiment de l'irréel et de l'étrange par la perte de cette association entre la sensation et le mouvement, a Qu'on lise, dit-il, les descriptions données par certains fous de leur maladie naissante, on verra qu'ils éprouvent souvent un sentiment d'étrangeté ou, comme ils disent, de «non-réalité» comme si les choses perçues perdaient pour eux de leur relief et de leur solidité. Si nos analyses sont exactes, le sentiment concret que nous avons de la

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rcalité présente consisterait en effet dans la conscience que nous prenons des mouvements effectifs par lesquels notre organisme répond naturellement aux excitations ; de sorte que là où ces relations se détendent ou se gâtent entre sensations et mouvements, le sens du réel s'affaiblit ou disparaît '. »

Il y aNJà une grjinde part de vérité, les sujets qui ont le sentiment de l'irréel ont peu d'activité, ils ont peu de disposition à se 1 servir de l'objet qu'on leur montre. Mais leur sentiment dépendil uniquement de cette réduction du mouvement ? Remarquons d'abord que chez eux l'association entre l'objet perçu et le mouvement n'est pas complètement rompue. Tout en disant que l'objet est irréel, ils savent encore s'en servir et reconnaissent très bien son usage : je n'ai pas vu le sentiment de l'irréel associé avec une véritable cécité psychique ni avec une véritable apraxie. D'autre part, les malades atteints de cécité verbale, ou même de cécité psychique, qui ont tout à fait perdu la notion des mouvements de la parole en rapport avec le mot écrit ou des mouvements de la main en rapport avec la vue de l'objet, sont loin d'avoir toujours en même temps le sentiment de l'irréalité de l'objet. Le défaut de mouvement n'est qu'un élément" dans le sentiment de l'irréel. .

M. W. James sembie disposé à dire que le défaut de réalité dépend d'une absence d'émotion, d'une indifférence en présence de l'objet perçu". Cela est encore en partie exact, car l'indifférence de ces sujets est incontestable, mais l'apathie peut être complète, chez quelques hystériques par exemple sans que ce sentiment prenne naissance et d'autre part des émotions inférieures comme l'angoisse peuvent accompagner la perception de certains objets sans les rendre plus réels.

M. Dugas a raison également de faire intervenir la diminution de la syutèse mentale, l'exagération de l'automatisme'. Mais ce n'est pas suHisant, car il est trop évident que l'irréel n'est pas hi conséquence de tous les états automatiques, m'ême les plus complets.

Il faut réunir toutes ces explications et dire que le sentiment du réel et du présent accompagne un certain degré élevé d'acti-

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