‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 274 sur 380 · INTERPRÉTATION DES SENTIMENTS D'INGOMPLÉTL'DE , SH<J · texte numérisé non relu

INTERPRÉTATION DES SENTIMENTS D'INGOMPLÉTL'DE , SH<J

conservation, et, comme on le verra, développement de l'autoaiatisme, l'état paraîtra évidemment passé. Quanta le reconnaître, à le localiser à une ou à plusieurs époques plus ou moins reculées du passé, ce sont des détails dus à l'interprétation du sujet.

Ces mêmes sentiments d'irréel, d'étrangeté, ces sentiments que le phénomème est par un certain côté un phénomène de souvenir sans en avoir cependant tous les caractères, troublent toutes les opérations de l'esprit, ils déterminent la gêne, l'inquiétude, ils rendent l'action et l'attention encore plus incomplètes qu'elles n'étaient, la perception encore plus insutfisante ; ils se compliquent par des sentiments perpétuels de doute, d'obscurité, de rêve, de découragement, d'indécision.

Si ces sentiments sont éveillés à propos de la perception extérieure, le sujet les exprimera à sa façon suivant sa puissance d'observation intime et suivant son éducation psychologique et il dira que tout est « drôle, étrange, nouveau pour lui, qu'il est tombé dans un autre monde, qu'il est loin des choses, qu'elles sont devenues petites, qu il est dans le vide, » etc.

Si ces sentiments s'éveillent à propos de la perception personnelle, les malades répéteront comme Pr... qu'ils se sentent étranges, drôles; c'est la remarque la plus simple que l'on puisse l'aire sur un état semblable. D'autres trouvent qu'ils sont faux, qu'ils jouent la comédie (Claire, Gisèle). Cela correspond assez bien à la perte de la fonction du réel qui est l'essentiel,

Le troisième fait qui joue un grand rôle, sinon dans la constitution au moins dans 1 expression des sentiments d'incomplétude, c'est le souvenir de l'état d'esprit antérieur à la maladie ou de l'état d'esprit qui réapparaît de temps en temps dans les instants clairs dus aux oscillations ascendantes de la tension nerveuse. Les malades font involontairement une comparaison perpétuelle entre leur état présent et leur état antérieur.

C'est pourquoi beaucoup se disent changés, soutiennent qu'ils sont devenus une autre personne (Xvb..., Pot..., To...) ; il me semble qu'ils n'ont pas entièrement tort, car il est certain qu'ils ne sont plus ce qu'ils étaient. Enfin, un très grand nombre emploient les mots : « descendre, décadence, » ou parlent de précipice : « j'ai le sentiment de ma décadence, dit Jean, je sens qu'elle n'est pas de naissance, mais acquise, j'avais une certaine vivacité d'esprit, tout cela a baisse. Ce que je voudrais la

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pleine possession de moi-ni6me, de la mesure avec laquelle je suis né ; je ne puis plus supporter ce voile, ce nuage, tout ce que vous voudrez qui me sépare de la réalité. »

Un degré de plus et les malades vont avoir le sentiment qu'ils ont perdu leur personne, ou du moins leur personne ancienne, qu'ils ne sont plus eux-mêmes. Le sentiment de dépersonnalisation n'est pas autre chose qu'une sorte de perception interne du trouble de la fonction dvi réel. C'est une forme du sentiment d'étrangeté, d'incomplet, d'irréel appliqué à la personne au lieu d'être appliqué aux choses. Le malade constate qu'il n'agit plus que dune manière automatique, qu'il répète le passé et ne s'adapte plus au présent, il sait vaguement qu'être c'est agir, et que ne plus pouvoir concentrer ses pensées, ses désirs dans une action présente, c'est ne plus être une personne. Ces remarques se traduisent en un sentiment de non-existence personnelle, la disparition de la personnalité ancienne.

M. Dugas en arrive également à dire que « le processus de la dépersonnalisation c'est l'apathie, la dissolution de l'attention, la mise en liberté de l'activité automatique* ». Le fait fondamental c'est l'abaissement de la tension psychologique ainsi que je l'ai définie.

Enfin il est bien clair que toutes sortes d'autres phénomènes peuvent se mêler avec ces sentiments fondamentaux. De l'agitation ou des n^anies que nous allons interpréter dans le paragraphe suivant s'ajoutent au sentiment d'incomplétude pour former l'inquiétude. Dans des phénomènes complexes comme diverses hontes, dans le besoin d'être aimé, d'être dirigé, dans l'ambition même qui n'est que l'inquiétude jamais satisfaite du présent, dans le mysticisme qui est le défaut d'appréhension du réel joint à une certaine agitation de l'esprit et au besoin de se repaître de chimères, l'influence de mille conditions et même l'interprétation des troubles par le sujet lui-même devient de plus en plus considérable.

Quand Vof. .., après avoir été mordue par un chien, vient nous dire « je suis luimiliée d'avoir été mordue, c'est comme si cette morsure m'avait flétrie^ je ne suis plus comme les autres, je suis comme honleune après cette morsure », il y a là un sentiment très délicat et très complexe. La vérité c'est qu'après la morsure, il y

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