‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 283 sur 380 · INTERPRÉTATION DES AGITATIONS FORCÉES · texte numérisé non relu

INTERPRÉTATION DES AGITATIONS FORCÉES

prendra qu'il ne paisse pas parvenir à cet acte, à cette émotion supérieure. C'est aloçs que les diverses angoisses interviendront comme de simples phénomènes de dérivation.

Enfin nous retrouvons ce mécanisme de l'angoisse dans les accidents déterminés par l'effort d'attention. M. Santé de Sanctis sous ce titre : « un trouble spécial de l'attention chez un dégénéré », fait la remarque suivante : « Loin de rendre la perception plus distincte, l'attention rendait la perception obscure, confuse, jetait le chaos dans l'esprit du sujet et amenait une grande angoisse*. » Cette observation sur l'effort d'attention qui amène l'angoisse peut se répéter presque expérimentalement sur une dizaine de nos malades. Mais chez tous, on observera les deux faits suivants : i" l'angoisse ne se développe que si l'attention est impuissante et n'arrive à constituer aucune idée ni aucune croyance ; 2° si en aidant, en encouragant le sujet on le pousse à dépasser ce point, si on réussit à fixer son attention, à la rendre capable de percevoir le réel, l'angoisse disparait : elle n'était qu'une dérivation en rapport avec l'insuffisance des phénomènes supérieurs,

Les émotions ont un effet analogue : Dob... parle exactement comme Lise, sauf qu'il s'agit chez elle d'excitations viscérales et non de travail mental inférieur : « c'est toujours à propos d'une petite émotion, dit-elle, que l'angoissedevient énorme. Cette petite émotion devrait être le plaisir d'une rencontre, une surprise, une frayeur même. Mais non, mon émotion ne se développe pas ; car tout de suite, j'étouffe, mon cœur bat, mes jambes flageollent, je sens ma tête s'égarer et je suis prise par cette terreur de devenir folle, qui est toujours suspendue au-dessus de moi comme une épée de Damoclés. » On répéterait les mêmes observations chez Ul..., chez qui tout effort et toute émotion se transforment en angoisse et chez beaucoup d'autres dont nous avons cité des des exemples.

J'ai insisté sur cette interprétation de l'angoisse et j'ai ajouté de nouveaux exemples de la transformation de ces phénomènes psychologiques supérieursen angoisses à tous ceux que j'avais déjà cités, car je considère cette question comme très intéressante en psychiatrie. On fait jouer un rôle considérable à V cmotwitc ; mais on ne paraît pas se rendre bien compte de ce qu'est l'émoti-

î. Santé de Sanctis, Bolletino dclla Soc. lanctana degll Ospedall di Roma, XVI, 1897, p. a.

o74 THÉORIES PATHOGÈNIQUES

vite. 11 lie faut pas se borner à en faire une exagération derémotion normale. Car il en résulterait que les émotifs ont une supériorité sur les individus bien équilibrés, qu'ils sont capables de plus de finesse et de délicatesse dans les sentiments. Orcela n'est pas exact, l'individu considéré au point de vue pathologique comme un émotif n'a pas une sensibilité morale plus délicate, il a au contraire des émotions inférieures et plus grossières. Ce qui le caractérise, c'est qu'il est un faible, un insuffisant, non seulement au point de vue de la volonté ou de l'attention mais souvent même au point de vue de la sensibilité morale, de l'émotion elle-même. L'émotivité n'est chez lui qu'une disposition à remplacer les phénomènes supérieui's par de grossières excitations viscérales.

^. — La dérivation dans la rumination mentale.

Les mêmes observations peuvent être faites à propos de la rumination mentale qui n'est qu'une dérivation vers des phénomènes mentaux d'ordre inférieur. L'essentiel de la rumination mentale, c'est ce développement de pensées sans valeur réelle, sans rapport à l'action, sans certitude, en relation avec le passé, l'avenir o.u l'imaginaire et non avec le présent. Ces pensées, étrangères à notre personne, à notre présent, à notre action, semblentn'avoir aucune liberté, être imposées du dehors. Elles ont donc tous les caractères des phénomènes inférieurs de basse tension.

Cette agitation mentale qui remplace « l'attention à la vie » me paraît d'une grande importance : son étude permettra de comprendre bien des phénomènes qui excitent à tort l'admiration. On a beaucoup parlé récemment de la prétendue excitation mentale des mourants ', de leur vue panoramique du passé et on en a cherché bien des explications. Sans pouvoir insister ici sur ce point, je signale en passant cette hypothèse simple: cette prétendue excitation ne survient-elle pas au moment ou par le choc, par l'asphyxie, la conscience est très abaissée, au moment où les efforts réels pour se sauver sont impuissants et supprimés et ne pourrait-elle pas être un fait analogue au mentisme, à la rumination, c'est-à-dire une dérivation de l'activité mentale dont la tension est abaissée vers des phénomènes très inférieurs ?

Page 1