‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 289 sur 380 · I. — La spécialisation des insuffisances psychologiques · texte numérisé non relu

I. — La spécialisation des insuffisances psychologiques

Etudions d'abord le premier fait : comment se fait-il quand la volonté, l'attention, la sensibilité baissent d'une manière générale, qu'un certain acte soit le seul à manifester cet abaissement ? Je répondrai d'une manière générale que c'est tout simplement parce que cet acte est par nature ou qu'il est devenu par accident le plus difficile de la vie du malade.

Pour le comprendre, il faut se souvenir d'une notion générale aussi importante que celle de la hiérarchie des phénomènes, c'est que toutes 'les actions ne présentent pas toujours la même difficulté et n'exigent pas toutes pour être suffisantes^ le même degré de tension. L'homme n'a pas besoin de dépenser toujours son maximum d'effort, il n'est pas nécessaire qu'il atteigne perpétuellement les termes les plus élevés de la hiérarchie mentale, même quand il est capable de le faire. Ce que nous avons dit de l'acte proprement volontaire, de la décision, de la croyance, du sentiment profond adapté au réel est vrai de certains actes parfaits et non pas de tous. Nous agissons très souvent sans avoir besoin de prendre à chaque instant des résolutions volontaires, des décisions nouvelles qui transforment notre vie ; nous pensons sans avoir besoin de choisira chaque instant entre «les croyances et des négations. Il en est ainsi même pour la perception du réel : il ne faudrait pas croire que ce travail considérable, tel qu'il a été décrit, s'effectue à chaque instant dès que nous ouvrons les yeux. Il se lait de temps en -temps et il nous laisse un souvenir suffisant pour que l'impression de réalité subsiste malgré une perception réduite à des traits essentiels. On l'a dit bien souvent, nous percevons par symboles : un signe, une image nous suffisent pour reconnaître une personne et il nous suifil de savoir vague-

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ment qu'avec un peu d'attention nous amènerions cette pciccption à un degré complet de certitude et de réalité. Cette simple idée nous suffit pour nous rassurer et nous faire attribuer à toute la perception le caractère de réalité. En un mot ce n'est que dans certains phénomènes que se manifeste cette tension psychologique complète qui est parfaitement inutile dans les autres.

Il en résulte une conséquence curieuse, c'est qu un individu, peut être psvchasthénique très longtemps sans s'en douter : il n amène pas les phénomènes à leur dernier terme, mais comme il n en a pas besoin, il ne cherche pas à le faire et ne se rend pas compte qu'il a perdu ce pouvoir. A quel moment va-t-il s'apercevoir de cet abaissement du niveau mental ? Quand les circonstances vont le mettre en- présence d'un phénomène qui exige cette tension supérieure ; il est donc tout naturel que le sentiment d'incomplétude ne survienne qu'à propos d'actes déterminés.

Quels sont ces actes ? Ceux qui par nature sont les plus difficiles pour les hommes, et il faut mettre au premier rang, ainsi que je le répète sans cesse, les actes sociaux, ceux qui supposent la considération des hommes présents et de leur sentiment à notre égard. Cette préoccupation des sentiments que les autres hommes peuvent avoir à notre égard ajoute immédiatement à l'acte que nous faisons une complication énorme et demande une tension nerveuse infiniment plus considérable ; c'est pourquoi la timidité qui n'est que de l'aboulie sociale, l'intimidation qui n'est qu'une dérivation émotionnelle à la suite de cette aboulie sociale vont être les premiers phénomènes que l'on va rencontrer. Nous avons vu dans des cas très nombreux que tous les accidents ne commençaient qu'en présence de la société. La peur de la rougeur, la honte des moustaches, la honte des mouvements du corps, les sentiments variés de honte à propos du corps, des mains, des pieds, de la poitrine, des boutons sur le nez, de la figure, des convulsions des yeux, tous ces troubles innokmbrables que nous avons énumérés ne comiiiencent qu'à l'occasion d'actes sociaux ; toutes ces personnes, quand elles sont seules, ne présentent plus aucun de ces accidents.

Dans certains cas, la différence entre les actes se précise admirablement : Dev. .. joue très bien de son instrument quand il est seul dans sa chambie et il cesse de pouvoir en joueur quand il fait partie de l'orchestre de l-'Opéra. On appelle cehi la phobi-de l'orchestre, c'est d'abord l'aboulie de l'orchestre. Bien des

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