‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 295 sur 380 · I. Jûiiah Royce, Psych. Rcview, 1894, 1> iSg · texte numérisé non relu

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tentenicnt de la conduite. Il est trop évident que les sentiments d'humilité, de honte sont le point de départ des obsessions de la honte de soi et de la honte de corps.

Les idées criminelles ont la même origine. Doh... dans un wagon de chemin de fer, se sent si peu maîtresse de sa volonté qu'elle se demande si sa main ne va pas malgré elle ouvrir la portière. De là à penser que l'on est capable de commettre un crime il n'y a qu'un pas. Bien souvent les malades qui prétendent être poussés à l'homicide ou au suicide expriment simplernent par là le sentiment qu ils ont de leur faiblesse de volonté. Bien entendu, la manie du contraste joue un rôle et les crimes inventés sont ceux qui sont les plus dangereux dans la situation du malade : la caissière a des impulsions à voler, le musicien « à taire exprès d?s fausses notes à l'orchestre de l'Opéra ».

Très souvent le malade se rend compte que ce crime n'est pas présent et par les manies de remémoration, de recherches dans le passé, il les transforme en remords. Il cherche avec une ardeur incrovable où et comment il a bien pu tuer quelqu'un il y a quinze jours, ou bien il invente tout un délire rétrospectif dans lequel ses maîtres auraient abusé de lui à l'école primaire. Rk... va plus loin encore et il cherche si à 1 âge de quatre ans, quand il venait avec sa petite sœur de un an moins âgée dans le lit de son père, il n'a pas attenté à la pudeur de celle-ci. Déjîi dans ces cas l'obsession séloione un peu du sentiment initial, mais ce n'est qu'une apparence. Quand Kl... est obsédé par la pensée que son enfant n'est pas de son mari, il est évident qu'elle dissimule un remords génital, c'est comme si elle se demandait si elle a trompé son mari, et cette question qu'elle ne précise pas dans son esprit résulte du sentiment qu elle a de ne plus être maîtresse de sa volonté.

Les sentiments d'incomplétude intellectuelle qui sont si nombreux et si ijitéressants deviennent le point de départ d'une foule d'obsessions qui semblent tout à fait incompréhensibles si on ne ee reporte pas à cedébut ; je n'en signalerai que quelques exemples, dm... (i35), femme de 21 ans, quivient d'accoucher il y a trois mois, est obsédée pas la pensée que son enfant est un monstre; quand elle le voit, elle constate qu'il est normal, mais dès qu'elle le quitte des veux, elle pense qu il présente les difformités les plus extraordinaires. Fatiguée par la grossesse, elle a eu ilcs troulilcs

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de perception « le monde me paraissait drôle, je ne pouvais pa< mettre le monde h sa place, il y avait quelque chose de dérangé qui m'empêchait de voir les choses comme elles étaient... » Puis elle eut, comme phénomène de dérivation, la manie mentale d'interrof'-ation. Cette manie était systématisée par le sentiment précédent. « Comment cela se fait-il qu'il y a du monde, pourquoi et comment y a-t-il des arbres, comment les bêtes ont-elles cette fioure étranue?» L'enfant naquit sur ces entrefaites et, l'attention de la malade se (ixant sur lui, fit naître à son propos les inquiétudes et les interrogations précédentes. Le trouvant étrange, s'interrogeant à son propos pour savoir comment et pourquoi il avait cet aspect bizarre, Hm... en vint tout naturellement à la conception qu'il était un monstre étonnant.

Le même mécanisme se retrouve dans bien des cas, We... n'a pas seulement l'obsession de la vocation manquée en rapport avec les sentiments d'iricomplétude volontaire, elle a une obsession assez fréquente l'obsession de la signification. Elle croit que tous les objets, les plus petits événements ont un sens mystérieux, qu'il lui faut chercher. Il nous faudra plus tard reprendre l'étude de cette pensée à propos des mystiques. Chez cette malade l'explication de cette obsession est fort simple et elle la donne ellemême : « que voulez-vous, dit-elle, il y a si longtemps que je vois les choses d'une manière drôle, bizarre, pas naturelle ; je ne puis plus m'empêcher de croire qu'il y a quelque chose là-dessous, vous en feriez autant si vous voyiez toutes les figures de vos amis vous faire des grimaces ».

L'obsession idéaliste de Rk... qui spécule sur « l'irréalité du monde », l'obsession psychologique de Mb... qui recherche « la différence de certitude entre la vue et le toucher » n'ont pas d'autre origine que ce sentiment de rêve à propos de la perception.

Ria..., après une opération chirurgicale, a trouvé que les objets avaient un aspect étrange; comme elle est fort ignorante elle ne s'est pas élevée jusqu'à la conception de l'idéalisme, elle s'est bornée à accuser ses yeux et elle a une obsession relative à une maladie des yeux « qui fait danser les objets. » Dans le même cas Hot..., jeune fille de 16 ans, arrive à la conception qu'elle est absolument aveugle, bien que l'examen de ses yeux montre une vision parfaite. « Mais je vois drôle, cela me fait penser que je ne vois pas ^). Le même sentiment d'étrangeté dans la percep-

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tion extérieure joint au sentiment de dépersonnalisation va faire naître l'obsession si remarquable du Btu... « Je suis morte, je suis enterrée dans un tombeau tout noir, d'un noir d encre. »

D'autres formes particulières des sentiments d'incomplétude vont simplement se transformer en idée, en obsession correspondante. Le sentiment de dépersonnalisation, passager, variable, incomplet, va faire naître une idée nette, abstraite, «que la personnalité est toujours perdue, que le moi est supprimé ou transformé ». Le sentiment passager de « déjà-vu » va donner dans le cas de M. Arnaud l'obsession précise et perpétuelle du « déjà-vu il y a un an ». « La continuité de l'illusion, dit très bien M. Arnaud, n'est qu'apparente, elle est le résultat d'une sorte d'entraînement, d'une habitude ayant déterminé un faux pli de l'esprit, un véritable délire '. »

Enfin une des observations plus fréquentes, tout à fait banale chez ces * malades, c'est l'obsession de la folie. Plusieurs auteurs disent que cette obsession « est une forme objectivée de l'angoisse. » Je ne comprends pas pourquoi des états d'angoisse doivent s'objectiver sous forme d'idée de folie : les cardiaques qui ont de l'angoisse sont-ils donc obligés de se croire fous? S'ils n'avaient qael'angoisse pure et simple, les psychasthéniques n'arriveraient pas non plus à cette idée de folie. Elle est pour moi l'expression de sentiments plus profonds : « si je dis que je deviens folle, ditDep..., femme de 28 ans, c'est que je sens mon esprit vague, engourdi, drôle... ». « Si j'ai peur de devenir folle, dit Zb..., femme de 82 ans, c'est parce qu'il me semble que je ne suis pas maîtresse de mes actions, que je suis dans un cauchemar et parce que dans les cauchemars on fait des crimes et des folies ». « C'est parce que je me sens comme une machine que je me dis fou » (Lois...).

Bien des obsessions ne sont ainsi que l'expression plu» logique et plus générale des sentiments d'incomplétude.

0. — L'influence des insuffisances psychologiques sur le contenu des idées obsédantes.

Les insutrisances des sentiments, les apathies, les émotivités et surtout Icssentiments anormaux qui se développent à ce propos,

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