I. F.-L. Arnaud, Anii. iné'liro-p.tych.. iiiiii-juiri
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comme le besoin de clominei' et le besoin d'être aimé vont donner naissance, sous linfluence de la réflexion et des manies mentales de précision, à toutes sortes d idées obsédantes.
Il sullit d'en rappeler quelques exemples : j'ai souvent fait allusion à rinsiidisance des émotions génitales, elle a déjà été le point de départ de manies de perfection appliquées au coït et d'érolomanies singulières. Elle amène aussi, chez Loa..., Len..., Lup..., des idées de persécution contre le mari rendu responsable de cette insuffisance, « ce n'est pas un hoznme comme les autres, etc. ^. Mais ce même phénomène en amène une plus curieuse chez une femme Deb... et chez un homme Rk — c'est l'idée de l'inversion sexuelle. Ils se figurent que l'amour homosexuel leur réussirait mieux et croient avoir « une âme d'homme dans un corps de femme » et réciproquement. C'est trop souvent sur des cas semblables que l'on a fondé les théories des invertis sexuels. Beaucoup de hontes du corps ou de hontes portant sur tel ou tel organe ont un point de départ analogue.
Quelquefois ces apathies inspirent des idées de jalonsie, nous avons vu Fa..., femme de 34 ans, jalouse de toutes les personnes qu'elle rencontre, parce qu'elle leur prête- des sentiments complets, a Ils ont bien de la chance de pleurer leur père, en voilà qui ont du bonheur d'être ainsi secoués par un grand malheur. »
D'autres malades beaucoup plus nombreux en tireront l'idée qu'ils ont besoin d'un remède à leur engourdissement et que ce remède c'est une excitation. L'obsession du besoin de boire, du besoin de se faire des piqûres de morphine, l'impulsion à la marche, l'impulsion au jeu, etc., ou plus simplement le désir de l'extraordinaire, de l'inédit, le besoin de faire une action absurde qui. les secoue, se développe à la'.suite de ces apathies et détermine bien plus souvent qu'on ne le croit les conduites les plus inexplicables en apparence. Quand Plo... se sent ainsi abaissée dans une crise de psycholepsie, elle rêve de se faire engager comme artiste aux Folies-Bergères, elle veut prendre un amant dans la rue ; il faut qu'elle scandalise sa famille par son langage.
Les émotivités donnent naissance à des colères ou à des peurs et à des obsessions en rapport avec ces sentiment, de là naissent bien des obsessions impulsives et bi^n des phobies que j'ai déjà signalées. I^a réflexion peut se mêlera ces peurs et les transformer en apparence... Fi... est en réalité un agoraphobe vulgaire, l'origine de son mal se trouve dans son aboulie et sa timidité. Sa
crainte de la lutte, sa crainte de tous les dangers possibles l'a conduit à ne plus pouvoir sortir au dehors sans angoisses. Il ne veut pas avouer cette faiblesse ni aux autres, ni à lui-même, et il cherche à s'expliquer sa crainte de la rue par la préoccupation d'un danger réel. Dix ans après le début évident de l'agoraphobie, il trouve l'explication, c'est que dans son enfance, trente . ans auparavant, il a été mordu par un chien enragé et qu'une nouvelle morsure lui donnerait infailliblement la rage. Va-t-on soutenir que cette obsession du chien enragé qui s'exprime à ko ans est en rapport avec l'émotion de cette morsure subie à l'âge de lO ans? Cette obsession est simplement une interprétation rétrospective de son troubre fondamental de la volonté et des sentiments.
Le besoin de domination chez les niiloiitaires se rattache comme on l'a vu à leur aboulie, il cause bien des obsessions. La microphonopliobie de Bow... n'est pas une hyperesthésie de l'ouïe, c'est une ol)session en rapport avec l'idée que les autres personnes le dérangent dans son travail et ses pensées. Ce sentiment des autoritaires joue un rôle capital dans le délire de persécution peut-être plus que dans le déliic du scrupule.
Il sutFit de rappeler toutes les obsessions amoureuses en rap- ' port avec, le besoin d'être dirigé, le besoin d'aimer, le besoin d'être aimé. Je ne puis insister ici que sur quelques formes particulières. Qi... est amusante avec ^on obsession d'être petit enfant, de laisser flotter ses cheveux dans le dos et son désir fou d'être appelée « Xénetie ». Cr..., femme de 33 ans, est poursuivie par l'obsession qu'elle veut avoir un enfant, elle court les hôpitaux pour demander la fécondation artificielle et regarde sous toutes les portes pour trouver un enfant abandonné à adopter « c'est parce que son amant l'épousera si elle a un enfant. C'est aussi parce que cet enfant lui sera un soutien si elle est seule ». Lour..., femme de [\[\ ans, a des obsessions de jalousie qui ne sont pas . identiques à celles de Fa... que je viens de citer. « Depuis que je me sens faible, il me semble que mon mari ne s'occupe pas assez de . moi, qu'il me laisse isolée, qu'il ne me console pas, il me semble que je n'arrive plus à le comprendre, à le croire, et j'en viens à penser qu'il n'est plus comme il devrait être. »
On pourrait énumérer bien d'autres obsessions et montrer qu'elles sont des interprétations plus ou moins compliquées portant sur les insudisances et sur les sentiments qui en dérivent.
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4. — L'influence des événements extérieurs sur le contenu de l'obsession.
Quoi qu'il en soit, l'observation nous montre que les événements extérieurs ont, eux a'issi, une action et qu'ils déterminent assez souvent le contenu de l'obsession surtout quand ils sont l'occasion d'une violente émotion. La maladie de Lf... a commencé quand elle a ramassé son neveu tombé mort d'un échafaudage, celle de Ger..., parce qu'elle tenait sa belle-mère pendant un évanouissement et que celle-ci est morte dans ses bras; celle de Cas..., parce qu'elle a vu son fils tomber à l'eau. Cette dernière malade à peu près guérie a eu, dix ans après, une rechute parce qu'elle a appris brusquement que sa mère était devenue folle et avait été enfermée. We... a commencé très jeune cette maladie quand on lui a fait embrasser son grand-père qui venait de mourir. Je note au début des grandes périodes de maladie, chez Lise une scène avec le mari, chez Voz... un examen, chez Lo... le mariage, chez Vof. .. la morsure par un chien, chez Mnd... (179) la vue d'une folle, chez Gt... la vue d'un morphinomane, chez Alx... un vertige survenu au café, etc.
On peut remarquer que certaines émotions semblent jouer un rôle prépondérant. Ce sont d'abord les émotions religieuses, surtout celles de la première communion et plus tard des confessions. Ce sont aussi les émotions génitales qui ont joué un grand rôle chez Bu..., chezKi..., chez Jean, c'est de cette remarque qu'est née l'opinion de Freud, soutenue par Tamburini ' que les obsessions dérivent toujours d'un trouble des sentiments sexuels, nous avons déjà eu l'occasion de remarquer l'exagération de cette thèse. Il n'en est pas moins évident que les événements extérieurs qui déterminent de l'émotion ont une action certaine sur le développement de la maladie des obsessions.
Mais cette action est extrêmement complexe : On a vu dans les études sur les oscillations du niveau mental que les événements capables de provoquer de fortes émotions peuvent déjà agir en déterminant un abaissement de la tension psychologique et quelquefois dune manière inverse en déterminant une élévation. 11
r. Tamburini, Obsessions sexuelles et obsessions du suicide, autosadisme, Congrès 'de neurologie de Bruxelles, i^'J7-
faut constater aussi que si le sujet est déjà abaissé par quelqu'une des causes précédentes, l'événement émotionnant peut encore jouer un autre rôle, il peut déterminer le contenu de l'obsession, la nature de l'idée qui va devenir obsédante.
Cela ne peut arriver à mon avis que si le sujet était antérieurement préparé par tous les troubles précédents. L^dée fournie par l'événement ne devient obsession que si elle est d'accord avec un état intérieur dont le sujet avait le sentiment depuis quelque temps. Cette idée qui est remarquée par le sujet devient 1 expression qu il cherchait de son état. Claire avait depuis longtemps ses sentiments d'abaissement, de mécontentement, quand elle s'aperçut qu'elle avait une excitation génitale à l'église et que ses regards se portaient avec des curiosités malsaines vers la statue du Christ. Cela lui parut répugnant, odieux et cette idée la frappa que c'était peut-être là le crime contre nature qui lui causait tant de remords inexpliqués. Dur... (5A) passe une soirée à la fenêtre attendant son mari qu elle soupçonne de la tromper. Cette attente la rend furieuse, elle remarque qu'elle se refroidit et qu'elle se rend malade à cause du mari. Cette idée la frappe comme le résumé et le symbole de longues inquiétudes antérieures et elle commence à ce moment une obsession singulière qui consiste à répéter que son mari l'a rendue phtisique. Cette idée ne l'a frappée que parce qu'elle était inquiète, qu'elle se sentait fatiguée, qu'elle avait le^ besoin d'une diiiection morale perpétuelle et qu'elle se croyait abandonnée si son mari ne s'occupait pas sans cesse d'elle.
VI... a grand tort de rapporter son éreutophobie à une consultation médicale où le médecin aurait parlé d'eczéma du nez ; la rougeur du nez n'est qu un prétexte qu'elle a adopté avec enthousiasme pour résumer son aboulie et sa timidité. Toq... remplace successivement sa honte des moustaches par sa honte des joues rouges, Nadia sa honte des mollets sous sa jupe courte, par sa honte des pieds, des mains, de la poitrine, de la figure, etc. L'événement ne détermine que la nuance particulière de l'expression.
Ce besoin d'une préparation antérieure explique un petit détail assez curieux de la genèse des obsessions, j'avais remarqué ce petit fait depuis longtemps et j'ai été heureux d'apprendre que M. Arnaud l'avait remarqué de son côté ; cela montre qu'il a quelque généralité. Dans leur récit, il est rare que les sujets rap-
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portent leur maladie à une seule émotion : presque toujours ils en racontent deux consécutives et leur obsession se rapporte tantôt à la première, tantôt à la seconde. Nous avons déjà noté le fait, quand nous avons étudié l'influence de l'émotion sur les oscillations mentales, nous avons vu des malades ne commencer l'obsession relative à une émotion déjà ancienne qu'au moment où ils sont bouleversés par une seconde émotion sans rapport avec la première. Nous pouvons citer maintenant le fait inverse ; Dsy..., femme de 38 ans, est d'abord très émotionnée par le suicide de son mari. Elle reste malade, sans volonté et très inquiète, mais elle n'a pas d'idées fixes ; cinq mois après on arrête un voleur caché dans sa maison, ce qui l'efFraye beaucoup, à ce moment se développe l'obsession qu'elle ne peut pas rester seule, de crainte des voleurs. Chy... doit soigner son mari pendant une opération, chirurgicale gravé ; elle reste troublée, tout à fait aboulique, incapable de se lever et en proie à une inquiétude continuelle, mais sans idée fixe déterminée. Survient un petit incident assez insignifiant, une serviette qu'elle tenait à la main est tombée dans un vase qui contenait de l'huile et cela a déterminé aux alentours quelques éclaboussures, la voici frappée de cette idée qu'elle est maladroite et sale, qu'elle ne peut plus rien toucher sans éclabousser de la graisse et tout un délire de propreté se développe.
Il me semble visible que l'une des émotions, la première dans ces observations, la seconde dans celles qui ont été rapportées précédemment a déterminé un abaissement de l'esprit dans le sens où nous l'avons entendu, l'autre émotion fournit simplement au sujet une interprétation des troubles qu'il ressent. Chez ces derniers malades, l'interprétation vient après la chute mentale, dans d'autres cas, le -sujet remonte en arrière pour trouver cette interprétation et l'accident qu'il prend comme explication a eu lieu longtemps avant le début réel de la maladie.
Quand on a compris ces divers rôles de l'émotion en considérant des cas typiques où ils sont séparés, on conçoit facilement que dans des cas particuliers toutes ces diverses opérations puissent se confondre. Une seule émotion violente peut à la fois déterminer l'abaissement qui va permettre le développement de la psycholepsie et en même temps fournir au sujet l'explication qui va former l'obsession. Mgi..., homme de 36 ans, prétend qu'il n'avait aucun trouble antérieur à une visite malheureuse qu'il a
L'INTKHl'UKTATION DE L'IDÉE OBSÉDANTE
faite 11 un médecin. Celui-ci lui aurait déclaré brutalement qu'il était phtisique : «cela m'a frappé, dit le malade, d'une manière indigne, je passe les jours et les nuits sans repos à attendre la mort, je ne vois que des enterrements et des morts, rien ne peut me distraire et je suis incapable de faire le moindre travail. » Si Mo-i... a dit vrai, mais je me défie un peu sur ce point des dires des malades, une seule émotion a déterminé k la fois le trouble et l'interprétation. Mais ce n'est pas la forme la plus commune, car l'obsession est en général une interprétation, une expression, un symbole qui résume dans l'esprit du malade des troubles déjà anciens portant sur -les fonctions psychologiques supérieures et déterminant depuis longtemps des ruminations et des phobies.
Enfin le contenu des obsessions présente certains caractères qui ont été mis en évidence dans les chapitres précédents. Ces caractères me semblent faciles à comprendre si on considère l'obsession comme l'expression d'un état pathologique antérieur, car ils ne sont pas autre chose que les caractères de cet état lui-même. Ainsi les obsessions portent le plus souvent sur les actes du sujet, elles portent sur des actes mauvais que le sujet voudrait ne pas faire : elles constituent surtout un délire d'auto-accusation. Cette direction générale des obsessions se rattache simplement à leur point de départ. Elles se sont développées dans l'esprit du sujet comme des interprétations d'un état d'impuissance dans lequel aucune pensée ne pouvait être poussée à son terme, dans lequel le trouble portait surtout sur les actions et les croyances ; il est tout naturel que ces interprétations même puériles soient en rapport avec les sentiments d'inconaplétude du malade et expriment surtout la critique des actes et des croyances. En un mot je trouve que les obsessions du malade sont en partie justifiées malgré leur apparence allégorique et symbolique.
Si nous passons à d'autres caractères de l'obsession nous avons remarqué qu'elle portait sur des actes extrêmes et que le sujet poussait toujours jusqu'au dernier terme possible son idée de crime, ou de sacrilège. C'est encore la conséquence de plusieurs caractères qui se trouvent déjà dans la rumination; la généralisation désordonnée, le passage à l'infini ont déjà été remarqués dans ces méditations qui restent abstraites et sans aucune des limites qu'impose la perception de la réalité.
L'étude du contenu des obsessions me semble donc vérifier
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notre interprétation précédente des états psychasthéniques et notre hypothèse qui met au premier rang les troubles de la volonté et de l'attention, ou du moins les troubles de cette fonction du réel qui nous a paru la plus élevée des fonctions cérébrales.
11 nous reste à montrer que cette interprétation, ou plutôt cette représentation d'ensemble des faits, rend encore assez bien compte de la forme que prennent les obsessions proprement dites dans l'esprit du malade. J'ai insisté, au début de cette étude, pour montrer que les obsessions des psychasthéniques avaient toujours des caractères spéciaux très différents, en particulier, de ceux que présentent les idées fixes des hystériques. Ces caractères se trouvent-ils justifiés par une conception qui cherche le point de départ de l'obsession dans l'état mental sous-jacent, dans l'abaissement de la tension psychologique et la disparition des phénomènes considérés comme supérieurs, ceux de la fonction du réel?
Le premier caractère des obsessions c'est d'être obsédantes, c'est-à-dire de se prolonger pendant un temps extrêmement long dans l'esprit du sujet, de réapparaître perpétuellement et absolument à tout propos. Peut-on mieux expliquer ce caractère qu'en considérant les obsessions comme les expressions d'un état mental sous-jacent qui est perpétuel. Si l'idée du crime, de la honte de soimême, de la folie, de la maladie, n'est au fond qu'une manière de nous dire que Tesprit est abaissé, qu'aucun phénomène ne va à son terme, qu'il y a un sentiment d'incomplétude, ces idées dureront tout naturellement autant que rinsulTisance elle-même. Or, cette insuflTisance peut se prolonger pendant vingt ou trente ans en restant toujours exactement la même. Il n'est donc pas très surprenant qiïe le sujet ayant adopté une fois pour toute une manière de l'exp'rimer ne change pas cette manière et conser# la même idée indéfiniment. Ainsi que Bail le disait très bien \: « la répétition des mêmes questions et des mêmes pensées tient à un phénomène organique qui ramène sans cesse les m.êmes impressions. C'est ainsi que dans un rêve, nous nous débattons péniblement dans une situation dont nous ne pouvons sortir, parce que la répétition incessante des mêmes impressions physiques reproduit la môme