‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 298 sur 380 · LA REPRÉSENTATION ANATOMIQUÈ DES THÉORIES · texte numérisé non relu

LA REPRÉSENTATION ANATOMIQUÈ DES THÉORIES

leur terme qui est l'acte et l'hallucination. Pour moi l'obsession exprimant une maladie générale de l'esprit participe naturellement au caractère de cette maladie. Or le caractère essentiel de toute la maladie, c'est qu elle supprime le dernier terme des opérations psychologiques, qu'elle rend impossible tout ce qui dépend de la fonction du réel. Le malade, qui d'une manière générale est incapable d'agir et de croire, n'arrive pas plus à agir et à croire dans son obsession.

Enfin ces obsessions sont avant tout des obsessions conscientes, des folies lucides, c'est-à-dire que le sujet garde le pouvoir de les critiquer et de rire de lui-même. Cela revient à dire tout simplement que ces obsessions restent incomplètes et n'arrivent pas jusqu'à la certitude. Mais la maladie est justement une folie du doute qui supprime partout les croyances, il est donc tout naturel qu'elle les supprime aussi dans l'obsession qui la résume. Nous avons vu que les obsessions des psychasthéniques, par opposition aux idées fixes des hystériques, sont des systèmes d'images avec développement incomplet. Ce caractère qui résume les précédents résume aussi la maladie qui est, comme on l'a vu, une impuissance à compléter les phénomènes psychologiques. Tous les caractères de l'obsession ne sont en somme que les caractères de l'état psychasthénique, il est donc tout naturel d'admettre qu'elle en dérive.

S. — La représentation anatomique des théories.

Beaucoup d'auteurs ont essayé de donner à leurs explications de la maladie des obsessions une couleur anatomiqiie, il faut au moins signaler les tentatives qui ont été faites dans ce sens.

Je n'insiste pas sur les trui l)les de l'estomac et des divers viscères qui ont déjà été signalés, il est admis à peu près généralement que ces troubles sont secondaires. Mais il ne faut pas oublier que ces troubles donnent naissance à des auto-intoxications qui ont la plus grande influence sur le développement de la maladie. La lésion principale est peut-être une susceptibilité spéciale des cellules cérébrales pour toutes les intoxications. Comme le système nerveux altéré n'excite plus siilFisamment les fonctions gastro-intestinales, il en résulte de nouvelles fermentations et de nouvelles intoxications. Ce cercle vicieux joue un rôle considé-

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rnl)le, mais il n'en est pas moins vrai quo le trouble gastrique ne siillirait pas à lui seul pour déterminer toute la maladie si le système nerveux était sain.

Il faut faire une place aux auteui'S qui sont disposés à expliquer la plupart des troubles des névioses par des altérations dans le fonctionnement des glandes à sécrétion. interne. MM. Léopold Lévi et Henri de Rothschild' semblent disposés à croire que bien des dépressions et des agitations mentales dépendent d'une insuffisance ou d'une exagération de la sécrétion du corps thyroïde. Il y a dans cette hypothèse une certaine part de vérité et j'avais déjà signalé des phénomènes d'àthyroïdisme chez des névropathes obsédés"; mais je ne puis croire que le fait soit général et que ce soit là uiîe explication suUisante de toute la maladie.

Les troubles auxquels on a attribué le plus grand rôle sont ensuite les troubles circulatoires. J'ai déjà signalé les travaux de Angel, et la thèse de Lubetzki sur le rôle de la congestion et des troubles vaso-moteurs dans les céphalalgies et dans les douleurs de la plaque sacrée. M. de Fleury explique les angoisses « par un spasme général de l'arbre circulatoire s'accompagnant probablement de l'hyperactivité fonctionnelle du cœur. La crosse de l'aorte, organe presque entièrement élastique et dénué de fibres musculaires, se trouve prise entre deux forces contraires qui tenent à la distejîdre violemment, le lacis nerveux dont elle est entourée se trouve tiraillé et souffre de cette douleur réti^osternale qui cohstitue l'élément essentiel de l'angoisse* ». J'ai déjà signalé le rôle que cet auteur fait jouer à l'hypertension et surtout à l'hypotension artérielle.

Un des auteurs qui a le plus insisté sur l'origine circulatoire de la psychasthénie est M. Auguste Voisin. Déjà dans ses leçons cliniques il se montrait disposé à rattacher beaucoup de maladies mentales à l'anémie cérébrale*. Plus tard il chercha à montrer les relations « du délire du douté avec la sthénie et l'asthénie vasculaires ^ ». L'auteur présentait des tracés sphigmographiques

1. Léopold Lévy et Henri de Rotiiscliild. Élurles sur la pliysio-palhulogie du corps tliyroïde et de ihypoplnsc, igo8.

3. Fleury, Les fjraiids symptômes ncnraslhéniciucs, 1901, p. 98 (Paris, F. Alcan).

4. A. Voisin, Leçons cliniques sur les muladies mentales, 18-G.

0. A. \oisin. Délire du doute, ses relations palhogéniques avec la sthénie et l'aslhcnic vasculaircs. Union médicale, 20 mars iSgS.

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et se fondait sur l'action de certains médicaments comme la caféine et la morphine sur ces troubles vasculaires.

Ces théories contiennent une part de vérité caries troubles circulatoires sont évidemment fréquents. Mais il est peu probable qu'ils soient primitifs : tous les auteurs sont naturellement amenés à admettre un trouble d'un centre circulatoire ou vaso-moteur et par conséquent à se rapprocher des théories nerveuses.

Parmi celles-ci il faut distinguer d'abord celles qui veulent rattacher la maladie à des organes nerveux en dehors du cerveau proprement dit. ^lorel et Legrand du Saulle parlaient déjà d'une névrose du svstème nerveux ganorlionnaire viscéral '. M. Féré remarquait le grand rôle du sympathique au moins « comme organe périphérique des émotions ». M. Hartenberg a essayé d'aller plus loin : dans une communication présentée au congrès de psychologie en 1900 et dans son travail sur la névrose d'angoisse il concevait les obsessions et surtout les phobies comme une névrose du sympathique. Ces auteurs, j'en suis certain, reconnaissent eux-mêmes combien tout cela est aujourd'hui hypothétique. Quel est le rôle exact du sympathique dans l'émotion ? Les maladies connues des ganglions cœliaques déterminent-elles des troubles analogues à la folie du doute et aux manies du serment ? N'est-il pas aujourd'hui bien plus vraisemblable que les centres corticaux dû cerveau jouent un rôle considérable dans les émotions et dans les obsessions ?

M. Dallemagne. semble disposé à rattacher ces maladies à des troubles émotionnels et ceux-ci à des altérations « des centres nerveux inférieurs... qui servent comme de transition entre les fonctions médullaires automatiques et inconscientes et les fonctions corticales conscientes et d'apparence spontanée^ ». Il semble peu probable que les angoisses des psychasthéniques soient assez élémentaires pour être rattachées uniquement à des lésions bulbaires. Celles-ci n'ont guère déterminé des troubles comparables à ceux des scrupuleux et tous ces auteurs n'hésiteront pas à ajouter aux troubles des organes qu'ils signalent le rôle prépondéiant des troubles du cei-veau.

Les théories cérébrales de la psychasthénie sont très peu nom-

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