Legrand du Saulle, Folie du doute, p
2. Saary, Les dégénérés, étude sur la folie héréditaire, 188G.
3. Magnan, Héréditaires dégénérés. Archives de neurol., 1892, I, 3o5.
6i8 ,'ÉVOLUTION
Dans 8 cas seulement pour loo je ne trouve rien de bien notable chez le père et la mère, il est probable qu'une étude plus attentive de la famille aurait encore réduit ces cas sans hérédité. D'ailleurs c'est dans ces cas qu'il faudrait rechercher les troubles du caractère, la timidité, l'autoritarisme, etc., qui sont plus qu'on ne le croit la préparation de l'état psychasthénique. Dans 12 cas l'un des parents était atteint de tuberculose ou de syphilis. Cette proportion me semble un peu forte, elle est due à ce que la plupart de ces malades appartiennent à la population parisienne pauvre. Dans 7 cas pour 100 je note chez l'un des parents, ou dans quelques cas chez les deux, des formes graves de l'arthritisme, l'obésité, le rhumatisme chronique, la goutte. Cette constatation n'est pas sans importance clinique.
Dans i5 cas, l'un des parents était alcoolique. Dans 17 des cas l'un des parents était atteint d'une névrose grave : épilepsie, hystérie, asthme. Pour l'aliénation proprement dite, nous ne bornons pas notre enquête au père et à la mère, mais aux collatéraux immédiats, oncles, tantes, cousins germains, nous trouvons alors dans 3o cas des antécédents atteints d'aliénation. Ces cas se décomposent ainsi : là malades ont leur père ou leur mère atteints d'aliénation et 16 comptent des aliénés parmi leurs collatéraux. En outre, dans 7 observations il faut noter que le père, la mère ou un collatéral immédiat se sont suicidés.
Dans ces derniers cas il y a souvent accumulation, dans le cas deWeu... le père alcoolique est mort de delirium, la grand'mère paternelle est morte aliénée, lanière était atteinte de délire circulaire, une sœur de la malade est hystérique et deux frères morts dans l'enfance étaient idiots. Voici la généalogie de Fa...
Grand-père, Grantl-père,
alcoolique, aliéné, assassin. alcoolique.
Oncle, Père, Mère, Tante,
alcocilique. asthmatique, liYsItrique. délire mélancolique
I crises de sciniineil, 1
Cousin, aliéné. ' '
obsédé, suicide. 1
Fa.... Sieur, frère,
obsédée. hystérique. épileptique et imbécile.
Dans le second volume de cet ouvrage on trouvera be;uicoup de
eas de ce genre.
L'HÉRÉDITÉ 6i9
Cequi paraît le plus curieux c'estque dans '47 cas, c'est-à-dire 28 pour 100, je trouve à un degré plus ou moins accentué ce que l'on peut appeler une hérédité similaire; dans 12 de ces cas l'hérédité est absolument semblable et la maladie se répète quelquefois dans tous ses détails. Le père de Mb... avait une manie d'interrooation, de vérification qui ressemble tout à lait aux interrogations que fait maintenant sa fdle parvenue au même âge sur la valeur des différents sens. L'obsession du suicide que j'observe actuellement chez Er... existe aussi chez sa sœur, elle a existé chez la mère et chez la grand'mère de ces deux jeunes filles. Dans le cas de Sol... la mère et le fils présentenl en même temps la même obsession qui les pousse à penser constamment avec terreur à la mort subite. .Dans les autres cas les parents ont d'autres obsessions, d autres manies bien caractérisées. La mère de Dob.. . avait des obsessions de jalousie, et Dob... est une agoraphobe. Bow... nous présente la microphonophobie, son fils a la phobie du bégaiement. La grand'mère de Gisèle avait des craintes de dépenser de l'argent, de le voler et de l'amour fou pour les bètes. La fille de cette malade, à 6 ans, présente des manies d'ordre et des remords obsédants, elle sent déjà « qu'elle n'est pas comme les autres petites filles qui savent avoir des idées gaies ». Trousseau avait déjà remarqué qu'il y a des familles chez qui les tics sont héréditaires, il y en a de même chez qui les phobies et les scrupules se transmettent de génération en génération comme les traits du visage. Lise et sa plus jeune sœur, qui ressemblent à leur père, ont .des scrupules comme lui ; son frère, qui ressemble physiquement à la mère, échappe à la maladie.
Dans beaucoup d'observations, où j'ai compté les par'mts comme sains ou bien comme ne présentant que de l'arthritisiiK;, on trouve cependant chez eux des troubles psj'chologiques extrêmement intéressants. Ce sont des gens bizarres, des agités, ou bien des mous et des inertes ne pouvant se décider à rien, ou bien des violents, des entêtés incapables de se diriger ou de se contraindre. La mère de Mm... reste absorbée dans ses idées : elle a toujours été une rêveuse ne pouvant jamais se décider à agir, mais elle n'a jamais souffert de l'obsession ; sa fille a le même caractère rêveur, mais elle souffre de ses idées. Le père de Chv... est un inquiet, sans énergie qui s'est tourmenté toute sa vie sans motif, sa fille est une hypocondriaque et une phobique. La mère de Lep..., le
filO L'ÉVOLUTION
père de Ade..., le père de Bu..., le père de Claire, le père et la mère de Nadia, la mère de Wye..., etc., sont de véritables abouliques, ne terminant jamais ce qu'ils entreprennent, désespérés et tourmentés par des hésitations au moment d'un changement d'appartement, malades pour le plus petit changement de leurs habitudes. J'ai déjà signalé ces familles comme celle de Ho..., de Sim..., de Za..., où l'un des parents était remarquable par un caractère horriblement autoritaire et j'ai montré que'^c'était déjà là un trouble de la volonté qui, chez les enfants, aboutit au scrupule.
L'observation de Jean est particulièrement intéressante : il me semble qu'il a fallu une évolution constante dans la même direction pour arriver à constituei' son esprit. Le grand-père paternel était un homme à la fois triste et aoité,il se tourmentait et s'affligeait d'une manière excessive, il est mort après avoir été plusieurs années dans un éiat voisin de la mélancolie anxieuse, état déterminé par la mort de sa femme. Le père est un homme extrêmement intelligent, méditatif, mais timoré, sans activité et sans énergie. Pour le plus léger ennui, il tombe dans des états de dépression mentale, n'agitplus etne parle plus pendants plusieurs jours; il est très préoccupé de sa santé d'une manière, il est vrai, encore raisonnable, mais qui touche bien à l'hypocondrie. Enfinlefds, Jean, tout à fait aboulique, présente au plus haut degré le délire du scrupule et de l'hypocondrie. On pourrait dire ici avec M. Féré « l'hérédité a besoin d'être accumulée, capitalisée en quelque sort avant de se montrer sous une forme nettement caractérisée, avant de se traduire par une entité morbide à laquelle on puisse imposer un nom' ».
Ces dernières observations sur l hérédité sont intéressantes : elles nous montrent que la maladie de l'obsession n'est que le dernier terme d'une évolution caractérisée par l'abaissement del'activité mentale qui correspond probablement à un abaissement parallèle de l'activité vitale se manisfestant par l'arthritisme. Comme cet abaissement de l'esprit, cette diminution des phénomènes supérieures de synthèse, de volonté et d'attention et leur remplacement par les phénomènes inféiicurs de l'agitation mentale, de la rêverie, do l'émotivité est aussi le point de départ de la plupart des aliénations et des névroses, il n'est pas surpi-enant que des lamilles engagées dans cette voie descendante n'aboutis-