LES CONDITIONS MOHALES DÉTERMINANTES
Beaucoup d'autres circonstances dcterniinent le début du mal par un mécanisme analogue h celui que nous venons de voir dans le mariage, par exemple, les cliangemeuts de situation. Un professeur de l'enseignement secondaire se trouve sur le point d'être chargé d'un cours dans l'enseignement supérieur, un instituteur primaire va être changé de classe et va enseigner dans des conditions légèrement différentes: cela sulïit par déterminer des crises terribles de doute et d'angoisse. On a l'habitude de désigner ces phénomènes comme des émotions et de dire que dans ces cas la maladie a une origine émotionnelle. L'émotion me paraît ici secondaire, la question essentielle est de savoir pourquoi un changement de classe est émotionnel : il ne l'est que parce qu'il pose au sujet un problème, qu'il le force ii prendre une décision, à faire effort pour une adaptati-on nouvelle. Des faits de ce genre se présentent assez souvent au début de la folie du doute.
Voici les changements qui, chez mes malades, ont joué le plus souvent un rôle. Le fait de se retirer des affaires détermine la maladie dans deux cas, la nécessité de choisir une carrière intervient dans quatre cas, le problème de la vocation religieuse, entrer ou non au couvent, dans huit cas, le chanorement de résidence dans trois cas, le changement de fortune dans deux, un héritage embarrassé et des procès dans trois, l'introduction de domestiques nouveaux dans la maison ou le départ de domestiques anciens dans cinq. ■ Peut-être peut-on rattacher au même groupe les embarras moraux causés par un enseignement nouveau et les troubles apportés dans les anciennes croyances par des lectures nouvelles : c'est ainsi que dans deux cas la classe de philosophie a été pour des jeunes gens le point de départ des obsessions.
Un fait qui aune très grande importance au point de vue pathologique, c'est la première communion qui pourrait être rangée à la fois dans ce groupe et dans les suivants. Cet événement impose un effort d'attention qui rend l'acte dillicile, il pose des problèmes relatifs à la croyance, enfin il émotionne, c'est ainsi qu'il est si souvent le point de départ de la première crise d'angoisse ou de scrupule.
Dans un groupe voisin nous placerons les circonstances qui imposent au psychasthénique un effort, une lutte qu'il a toujours évités. Une plaisanterie obscène dans un cas, un reproche sérieux dans trois cas, la nécessité de cacher l'inconduite du mari dans
un cas, des nioquorics dans tiois cas, dps accusations, des proies dans six cas, des menaces une fois, des querelles deux fois, i!os examens six fois sont le point de départ de crises graves.
A côté il faut mettre les observations bien plus nombreuses où le sujet devient malade parce qu'il a perdu la personne qui, en réalité, faisait les efforts pour lui et décidait pour lui : la perte de ce directeur de conscience dans dix cas, la rupture avec un amant ou une maîtresse qui jouait ce rôle dans huit autres, le mariage du fils devenu le soutien moral dans un cas, enfin la mort du mari ou de la femme qui, dans ces cas, ne me semble pas avoir agi comme une émotion ordinaire dans trois cas me semblent être de ce genre. On peut remarquer à ce propos que cette perte du soutien, par une sorte de métaphore qu'affectionnent les malades, détermine souvent diverses variétés de l'agoraphobie.