L'éducation
A ce caractère fondamental, héréditaire et préparé, comme on
LES CONDITIONS MORALES DÉTERMLNANTES e37
l'a vu, par plusieurs générations évoluant dans le même sens s'ajoute très souvent une éducation déplorable qui tend à développer les tares de ces esprits. Cette éducation est due à ce fait ([ue les parents, sans avoir été malades à proprement parler et par conséquent sans avoir ressenti les inconvénients graves de cet abaissement de la tension mentale, ont eux-mêmes un caractère absolument semblable. Ils semblent faire tous leurs eli'orts poui enlever à leurs eniants les occasions d'agir, ils prennent pour eux toutes les décisions, ils les empêchent d'affronter aucun danger d'entreprendre aucune lutte, ils ne leur donnent que des leçons de prudence et d'abstension. Témoin ce pauvre Jean, qu'une bonne jccompagne au lycée alors qu'il a déjà iS ans, -de peur qu'il ne se relioidisse ou qu'il ne se batte avec ses camarades (!!) et qui devient la risée de tout le collège.
A l'influei ce des parents s'ajoute l'éducation absurde des jeunes Français qu'on laisse pendant d'interminables heures d étude rêver deirière leurs dictionnaires et à qui on interdit tout mouvement et tout exercice pratique. Je suis Irappé de voir combien cette éducation des jeunes gens et même des jeunes tilles en France développe chez eux le tempérament aboulique et comme elle prépare des scrupuleux. Je me suis posé à ce propos une question que je ne peux pas résoudre : dans les pavs où l'éducation est toute différente, en l'Angleterre en particulier, est-ce que cette maladie des obsessions est aussi répandue qu'en France? C'est un problème qu il serait intéressant de résoudre par quelques statistiques.
Après ces conditions générales du caractère antérieur et de l'éducation, quelles sont les circonstances morales qui jouent un rôle dans léclosion de la maladie?
Je signalerai d'abord les problèmes posés par la vie. Quelles que soient les précautions des parents pour épargner à leurs enfants toute dilliculté à résoudre, quelle que soit la prudence du sujet pourn'enghger de lutte avec personne et pour ne se mêler de rien, il est impossible d'éviter qu'il ne se présente jamais une décision à prendre, un problème à résoudre. Très souvent, dans une douzaine de mes observations, par exemple, l'accident survient à propos du mariage. Tout a été si bien prépaie que le
mariage s'est presque fait tout seul, mais cependant il arrive un moment où notre débile doit enfin faire quelque chose lui-même, c'est-à-dire prononcer le « oui » sacramentel. Il faut se décider, décider si « oui » ou « non » on consent à ce mariage : le sujet s'aperçoit alors peut-être pour la première fois de sa vie qu'il doit choisir, conclure et que cela a quelque importance.
Le moment où il s'aperçoit de cette nécessité est plus ou moins tardif. Los uns, ce sont les plus sages, sentent la difficulté avant les fiançailles, les autres, toujours heureux de retarder une décision à prendre, disent « oui » aux fiançailles sans réfléchir et sans se décider simplement, suivant leur habitude, pour ne pas désobliger et ne pas engager de lutte : ils se réservent pour plus tard. La nécessité de la décision leur apparaît au moment du mariage. D'autres attendent plus tard encore, et se laissent marier sans savoir ce qu'ils font, puis se posent la question au moment de l'acte conjugal ou même plus tard encore, après quelques mois de vie commune ils se demandent, si oui ou non, ils acceptent ce mariage. Quoi qu'il en soit de ces différentes époques, une fois la question posée, la situation est toujours la même. Le malade par suite de l'abaissement de sa tension psychologique est incapable d'arriver à une décision. Ses efforts aboutissent seulement à des phénomènes de dérivation, ruminations interminables, folie du doute, angoisses, etc.. J'ai cité déjà trop d'exemples de ces jeunes filles qui se demandent si elles aiment ou si elles détestent leurs fiancés, de ces hommes qui ne savent pas s'ils pourront s'habituer à leurs femmes pour y révenir ici. M. Savage a décrit quelques-uns de ces « troubles de l'esprit déterminés à lOccasion des fiançailles ». Il admet que « ce qui produit le trouble c'est la concentration des sentiments et des émotions vers les organes de la reproduction, c'est l'accumulation des désirs et des besoins par défaut d'assouvissement* ». Si j'admets l'importance du fait, j'hésite à admettre l'explication : l'incapacité de prendre une décision en présence d'une situation nouvelle et grave me paraît bien plus importante qu'un inassouvissement génital très hypothétique. D'ailleurs le même trouble, comme je l'ai dit, survient même après le mariage et d'ailleurs il existe dans des actes très diflereiils.
I. C. Savagp. Des troubles d'osprit (ïf'vf'lopp<''s à l'occasion dos fiançailles. Journal (tf me ut ni Sciriicc, octobre i8l<'S, Irad. de V. Parnnt, Encéphale, 1888.