‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 326 sur 380 · I. — Sentiments pathologiques · texte numérisé non relu

I. — Sentiments pathologiques

Les symptômes moraux sont évidemment plus importants encore: les sentiments d'être « comme endormi » (Dd...) et tous les sentiments d'insuffisaiioe psychologique se développent so.uvent des années avant l'éclosion apparente de la maladie.

L'aprosexîe, les cloutes, l'incapacité pour tout travail menta! sont souvent des signes de début. Les sentiments d'automatisme sont déjà plus caractéristiques : dès sa première jeunesse Xa... n'est « plus sûre de gouverner elle-niême ses mouvements, elle a comme une idée qui la pousse à se jeter sous les roues des voitures, à mettre le feu, à dire des gros mots, cela n'aboutissait jamais et cela passait assez vite mais cela l'eflrayait déjà ». Déjà à dix ans, dit Vi..., quand je n'étais pas encore malade, il me semblait que ce n'était pas moi qui faisais mes compositions et plus tard cela m'a amenée à croire que le diable me les inspirait. » Vers le même âge. Lise commençait à être très tourmentée parce que quelque chose la poussait à entrer au couvent et à se faire religieuse, tandis qu'au fond d'elle-même elle savait bien qu'elle ne le voulait pas : le même sentiment de dédoublement se retrouve chez trois autres malades.

Ce qui est plus fréquent au début ce sont les sentiments perpétuels d'inquiétude, de crainte vague et sans raison suffisante : (Ade..., Dk..., Claire) « depuis l'âge de huit ou neuf ans, dit cette dernière, j'ai vécu dans l'inquiétude, je l'ai dit cent fois à mes parents et même au médecin qui n'a pas voulu s'en occuper ». Ain... (83), Xa..., Mrc..., Pot..., Er..., Cha... nous parlent ainsi « ma vie n'a été qu'une appréhension continuelle ». Dans une douzaine d'autres cas c'est également par l'inquiétude que la maladie a débuté.

A bien plus forte raison la maladie est-elle probîible quand l'inquiétude prend déjà des formes systématisées et se porte de préférence sur certains points. On sait que dans un très grand nombre de cas le début est caractérisé par les inquiétudes de confession : il ne faut pas considérer comme une chose insignifiante les gémissements de ces petites filles qui pleurent pendant six semaines parce qu'elles ont peur d'avoir touché l'hostie avec les dents ou parce qu'elles ont oublié des péchés en se confessant. Une autre inquiétude fréquente au début ce sont les inquiétudes de pudeur : il s'agit de petites filles qui dès l'âge de huit ou neuf ans craignent toujours de n'être j)as assez couvertes, qui veulent être toutes seules quand elles s'habillent, qui ne veulent plus être embrassées parleur père, ou qui se désolent « parce qu'elles ont regardé le pantalon de leur frère » (Vob...) Nadia se préoccupait du mariage à g ans, elle avait entendu dire que les hommes préféraient les femmes grosses et elle ne voulait pas engraisser pour

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qu'aucun homme ne voulut délie. La maladie commence aussi de très bonne heure par des inquiétudes sous forme de remords. A laansLeg... sinquiète beaucoup, par crainte d'avoir dit du mal des gens et Pv... par crainte de n'avoir pas été assez respectueuse avec le curé.

A côté de l'inquiétude, il faut placer parmi les formes du début beaucoup d'autres sentiments, lennui perpétuel, symptôme de l'aboulie et prélude des névroses, qu'on observe à un si haut degré chez Dk..., Zo..., Ku..., Van..., etc. Un état de tristesse permanente avec manie de rechercher les pensées qui entretiennent cette tristesse se manifeste chez Vor..., chez Vk..., chez Nadia dès sa jeunesse, comme chez Mt... à /io ans après l'opération ({ui a été le point de départ des troubles nerveux. On note chez d'autres également au début un état hvpocondriaque avec douleurs vagues disséminées de tous côtés Cs..., Mor..., Her..., Ml. . ., Mae...

Une timidité bizarre, excessive, qui rend ces personnes tout à fait paralvsées, se développe de plus en plus au début de la maladie. Cette timidité, comme on l'a vu, s'accompagne d'idées d'humilité, « je ne suis pas comme les autres, je suis laide, j'ai une tète de chat, je suis un monstre, tout le monde se retourne quand je passe » (Byl...).

Ces mêmes personnes timides honteuses d'elles-mêmes, ont très souvent des amours tout à fait excessifs qui ne sont nullement en rapport avec le développement des passions normales. Ce sont des attachements invraisemblables pour un maître, pour un camarade. 11 faut avoir présents à l'esprit les caractères des besoins d'aimer et d'être aimé propres aux scrupuleux pour reconnaître ce signe en général assez précoce.

Par suite de cette tristesse, de cette timidité et de leur maladresse déjà signalée, ces malades ne peuvent plus fraver avec le monde, ils perdent ou quittent leurs amis et on les voit s'isoler de plus en plus. Ser..., jeune fille de i6 ans, enfant jusque-là intelligente, cesse de bien travailler et ne fait plus aucun progrès, elle cesse de jouer avec les autres enfants de l'école, elle déclare qu'elle les trouve sales et s'isole de plus en plus : peu de temps après, commencent des actions en rapport avec ta folie du doute. En même temps que ces malades s'isolent, ils prennent ce caractère renfermé que nous avons déjà étudié chez les. scrupuleux, ils ne veulent plus et bientôt ne peuvent plus exprimer ce qu'ils

ressentent. Il en résulte que les parents ne comprennent rien à leur état et que I9 folie qui finit par apparaître surprend loul le montle car on n'a jamais soupçonné son développement.

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