‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 329 sur 380 · Les tics · texte numérisé non relu

Les tics

Une des formes de début les plus remarquables et les plus souv Mit méconnues, ce sont les tics. Je compte au moins i5 de mes malades qui ont débuté par une période de tics et qui ensuite ont suivi toute l'évolution de la psych'asthénie avec les sentiments d insulFisance, les obsessions et les phobies variées.

Je rappelle ici quelques exemples de cette évolution qui est importante et mal connue. Gisèle, à l'âge de 10 ans, a eu des secousses de la tête « comme si elle disait oui » cela a duré plus de deux ans ; puis ce tic a diminué, quand elle a eu des périodes d'inertie semblables à des sommeils, mais remplies par des rêveiies. A quinze ans les tics et les sommeils sont entièrement disparus, parce que la malade s'interroge pour savoir si elle n'a pas la vocation religieuse ; le délire du doute avec les grandes crises de rumination qui durent encore à 80 ans est constitué. Xu... a eu des tics, secousses de l'épaule droite et grimaces depuis l'âge de 9 ans jusqu'à l'âge de 20 ans. En cherchant à guérir ce tic, elle se demande si elle ne. fait pas des grimaces exprès, si elle n'est pas coupable à ce propos, etc. I^e tic diminue, puis disparaît quand les crises d'obsessions sont complètes. Les observations de jNLau..., de Fok..., de Fie..., de VI..., de Bab..., de

fiî50 L'ÉVOLUTION

Vy... sont absolument semblables: les tics semblent avoir précédé les obsessions.

Cependant dans les cas les plus fréquents, l'obsession se développe en même temps que le tic. Ser..., âgée de i6 ans, a un tic qui consiste à secouer un peu la tête et à frapper son oreille avec sa main gauche, très rapidement, trois fois de suite ; ce tic est en rapport avec une manie de vérification. Elle est forcée de vérifier si sa boucle d'oreille ne tombe pas. On lui a retiré ses boucles d'oreilles, mais le besoin de vérifier et le tic persistent, d'ailleurs tout un délire de propreté se développe chez cette malade avec manie de brosser ses vêtements, de se laver les mains, etc. Il est intéressant de remarquer que la mère de cette malade, qui est encore une scrupuleuse, a eu fort longtemps des tics dans sa jeunesse ; elle ne se souvient plus si les tics ont précédé ses obsessions ou les ont accompagnées comme chez sa fille. Bé..., femme de 42 ans, a le tic de se frotter sa robe à droite, si bien que toutes ses robes sont usées à cet endroit. C'est une obsédée qui a des angoisses à la pensée qu'elle a dans le ventre un « ver araignée ». Rn..., fillette de i3 ans, a le tic de frapper du coude droit sur la table, sur les meubles ou contre les murs, elle a en même temps la manie des présages et la manie des compensations « si je ne frappe pas du coude ou si je ne compte pas les dalles..., je mourrai, cela portera malheur à mes parents ». Myl..., garçon de i3 ans, a toutes sortes de tics, tous en rapport avec des idées obsédantes, il secoue la tète « c'était au début pour voir si elle lui faisait mal, s'il y avait encore un grelot dedans ». Il lève les épaules « pour voir si mon col me gêne. » Il ouvre les paupières démesurément « pour voir s'il voit clair », etc. En même temps ce pauvre garçon a la manie de répéter certains mots trois fois et de douter de tous ses actes ; il a la phobie du diable, du salon rouge et de la lune. Quelles que soient les illusions que l'on se iait aujourd hui sur la guérison facile de la prétendue maladie des tics, je crains bien qu'il ne commence une triste carrière d'obsédé. On retrouve chez lui dès le début cette « association des troubles musculaires et des troubles psvchiques » que signalait récemment M. JoflVoy'. Déjà l'étude psychologique des tics nous avait amenés à les rattacher aux phé-

I. A. .lofTrov, Association di-s troublos mnscnlairos et des tron!)les nsycliiqiies, rirctic ncuniUitjuine. i5 avril 1902, p. 28g. ^

LES PRINCIPALES VARIÉTÉS CLINIQUES 6.')l

nomènes de dérivation qui lésulten^ de l'abaissement de la volonté exactement comme les autres manies mentales, létude de l'évolution de la maladie nous amène au même résultat, il faudra en tenir compte dans le diagnostic.

Aux tics doivent se rattacher les diverses manies mentales qui sont le plus communes dans les débuts, les manies de propreté, la manie de se laver les mains et certaines manies de conjuration qui se traduisent par des gestes ou des paroles prononcées à demi voix. Dans une dizaine d'observations les parents se sont avisés de la maladie en entendant le sujet répéter tout bas certaines paroles toujours les mêmes : « non, non..., je ne veux pas, ...un, deux, trois », ce sont des formules de conjuration dont on a vu l'importance.

Tous ces phénomènes caractérisent les débuts de la maladie; il était important de les connaître et de noter leur fréquence.

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