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I. Pitres et Régis, op. cit., p. gS

nent des troubles de l'alimentation, de la déglutition, de la défécation, de la miction, de là marche, de l'écriture et surtout des fonctions génitales. IKest essentiel de ne pas faire de tous ces troubles des lésions du pharynx, de l'estomac, de l'intestin ou de la moelle épinière. Cela est surtout important ici, car un taux diagnostic confirme le malade dans ses appréhensions et aggrave la maladie mentale. On se souvient de ce qui arrive aux jeunes mariés que l'émotion rend insuffisants et à qui on parle de maladie de la moelle épinière. Il suffit en général de rechercher avec beaucoup de précision les symptômes de la maladie organique simulée et de les rechercher en silence sans expliquer au malade ce que l'on vérifie. Sans doute la suggestibilité du malade n'est pas aussi redoutable que celle des hystériques, mais le désir d'être pris pour un malade sérieux, la crainte de s'entendre appeler « hypocondriaque » suffit pour amener sinon une véritable simulation, au moins une aggravation du symptôme bien faite pour embarrasser le médecin. Si l'on ne retrouve en aucune façon ces symptômes des maladies organiques, il faut rechercher les symptômes des phobies, des angoisses, le sentiment de l'irrésistibilité et la conscience de l'absurdité qui en général ne manquent point, puis tous les troubles de la volonté, de l'attention, de l'émotivité qui en général sont assez nombreux pour ne laisser aucun doute. Quelquefois cependant le diagnostic reste délicat, au moins pendant un certain temps. C'est qu'au début le symptôme peut paraître isolé comme il arrive dans l'hystérie monosymptomatique et que tous les troubles de l'état psychasthénique semblent 3e grouper plus tard autour de ce phénomène particulier. L'évolution ne tarde pas à lever la difficulté.

Je n'insiste pas sur le diagnostic de la maladie des tics parce que cette maladie me parait singulièrement conçue : on s'est uniquement préoccupé en l'établissant de séparer le tic de la chorée sans se préoccuper de diagnostiquer l'état mental dont les tics n'étaient que la manifestation. A mon avis cet état mental peut appartenir à deux maladies, soit à l'hystérie, soit à la psychasthénie. Si un tic n'est pas hystérique et ici nous retombons dans le diagnostic de l'hystérie, il forme un phénomène de dérivation propre k l'aboulie psychasthénique. M. Oddo' insistait dernière-

I. G. Oddo, Diagnostic différentiel de la maladie des tics et de la chorée de Sydenham. Presse médicale, 3o septembre 1899.

ment sur la gravité du tic au point de vue du pronostic. « Si le tiqueur n'est pas encore un dégénéré en fait, il le sera, il est marqué pour le devenir; la cure^bilité de certains tics ne contredit pas cette opinion, car les obsessions et les phobies elles-mêmes sont curables au moins dans certains cas. » 11 y a tout avantage à mon avis, après avoir séparé les tics hystériques, h faire rentrer les autres tics dans le groupe des agitations forcées avec les ruminations, les phobies, les obsessions dont tous leurs caractères psychologiques les rapprochent.

Le diagnostic le plus intéressant à propos de ce groupe de phénomènes est celui de l'hystérie, il se présente àpropos des crises d'agitation motrice qui sont souvent prises pour des crises d'hystérie (Vod. . . , Nadia), à propos des ruminations qui constituentquelquefois des périodes semblables à des somnambulismes (Gisèle), à propos des refus de mouvement, des refus d'aliments, à propos des tics, etc. Théoriquement le diagnostic devrait être fait très facilement grâce à la recherche des stigmates : une hystérique avec hémianesthésie nette et rétrécissement du champ visuel ne ressemble pas à une scrupuleuse qui n'a que des troubles de l'attention; mais d'uiae part nous avons vu que les scrupuleuses dans les états graves comme Claire et Lise peuvent présenter des diminutions de la sensibilité et d'autre part j'en arrive à croire que nous avons exagéré, sinon la fréquence, au moins la généralité de l'anesthésie complète chez l'hystérique. Dans ce diagnostic souvent délicat on sera guidé par les antécédents, il y a certains faits nettement hystériques: les contractures, les vraies paralysies, les somnambulismes typiques- suivis d'amnésie qui n'existent pas chez les psychasthéniques ; on pourra se servir de quelques expériences, l'hypnotisme vrai, la suggestion, les actes subconscients n'existent pas davantage chez ces malades.

Le véritable diagnostic doit se faire par l'examen de la forme psychologique que prennent les troubles principaux. Le trouble principal de l'hystérie porte sur la perception personnelle des phénomènes et détermine un rétrécissement du champ de la conscience ; il en résulte que cette maladie mentale est caractérisée par la suppression complète de certains faits et par l'exagération de certains autres. Tandis que des sensations, des souvenirs, des images motiices sont complètement disparus de la conscience personnelle, ce qui constitue des anesthésies, des amnésies, des paralysies, etc., les phénomènes psychologiques con-

LE DIAGNOSTIC ET LE TRAITEMENT Cm

serves vont jusqu'à leur terme extrême ; on constate des impulsions à des actes qui s'exécutent complètement, au moins pendant certaines crises, des hallucinations complètes, avec illusion de la réalité, des convictions irrésistibles. C'est là ce qui constitue chez l'hystérique, le rétrécissement du champ de la, conscience. Les psychasthéniques au lieu de ce rétrécissement du champ de la conscience présentent un abaissement de la conscience dans sa totalité. Ils ne présentent aucune des lacunes complètes de l'hystérique, ni anesthésie, ni amnésie, ni paralvsie, ni subconscience, ni suggestion qui résultent de ce rétrécissement ; ils ne présentent pas non plus ces conservations complètes ou même ces exagérations de certains phénomènes isolés des autres. D'autre part cet abaissement général qui n'est pas compensé par un rétrécissement du champ de la conscience leur donne des sentiments d'incomplétude bien plus accentués qu'ils ne sont d'ordinaire dans l'hystérie. Tandis que l'hvstérique a tous les sentiments extrêm-es, vous aime ou vous déteste avec une égale perfection, le scrupuleux ne sait jamais d'une façon précise s'il vous aime ou s'il vous déteste ; l'hystérique perd certains phénomènes, mais elle exagère les autres; le psychasthéniquéne perd aucun phénomène, mais il n'en exagère et même n'en termine aucun. Si on considère les phénomènes en particulier on trouvera dans chacun d'eux les conséquences de ces grandes différences. L'anesthésie, l'amnésie, la subconscience donnent aux phénomènes automatiques des hystériques, aux agitations, aux tics, aux impulsions une perfection, une régularité, un rythme qui n'existent plus chez les autres malades. Il y a un inachèvement caractéristique dans toutes les manifestations morbides des psychasthéniques.

Quelques auteurs pensent que la neurasthénie et l'hystérie se confondent, se combinent souvent. Cela peut exister au début quand les symptômes de l'état psychologique sont encore peu accentués, mais alors il me semble inutile de préciser un diagnostic qui n'a pas de raison d'être. On peut reprendre à ce propos le vieux mot de nervosisme qui sera suffisant pour désigner ce trouble psychologique vague. Si je ne me trompe, cette confusion ne continue pas longtemps : d'ordinaire les malades ne tardent pas à verser franchement dans l'une ou dans l'autre des deux formes de l'abaissement psychologique. Seul l'état d'esprit des extatiques n^e semble être un intermédiaire entre l'état d'esprit scrupuleux et l'état

mental hystérique. La difficulté même qu'éprouve l'extatique à réaliser dans l'extase l'isolement, l'unité de l'esprit qu'il cherche, les elTorts qu'il doit faire pour se rapprocher de la catalepsie si facile aux hystériques montre bien l'opposition réelle qui existe entre ces deux grandes névroses.

Si nous arrivons au troisième groupe de symptômes et si le malade présente surtout des obsessions, nous retrouvons d'abord quelques-uns des problèmes précédents : il ne faut pas confondre les troubles amenés par des obsessions de la honte du corps avec les maladies organiques correspondantes. Nous retrouvons aussi le diagnostic de l'hystérie, car les hystériques ont aussi des idées fixes ; mais dans cette névrose, les idées fixes prennent plus ou moins la forme somnambulique, elles déterminent des actes, des hallucinations, des convictions complètes, elles sont suivies d'amnésie, ou elles sont accompagnées de phénomènes subconscients. En un mot la distinction devrait être faite de la même manière que tout à l'heure à propos des agitations et des paralysies.

Nous arrivons à un nouveau problème que nous présentent les délires systématiques à leur début, les paranoias rudimentaires qui vont constituer le délire hypocondriaque, .la folie mystique, le délire de persécution. Les anciens auteurs confondaient presque toujours ces délires systématisés avec le délire du'doute, Delasiauve en 1869 donne comme exemple de « pseudo-monomanie » un cas typique de délire de persécution. Marcé en 1862 confond en un même groupe le délire de persécution et les « idées forcées » des obsédés. Ici encore le. diagnostic théorique est fort simple, il consiste à constater l'existence de^ ces signes qui sont adoptés par tous les auteurs d'une manière classique pour établir la différence entre l'idée fixe et l'obsession. « L'idée fixe, disait M. Roubinovitch, est une conception délirante, inconsciente, dominant toute la personnalité psychique ; l'obsession est une idée inutile ou nuisible, reconnue fausse qui occupe l'esprit du malade contre sa volonté. L'idée fixe est permanente, l'obsession procède par paroxysme ; chez le premier malade c'est le jugement, la faculté d association des idées qui est lésée, c'est chez le second la sphère émotive, la volonté'. » 11 en est ainsi sans doute dans

I. Roubinovitch, Bnllelin méd., 22 juillet 1896. Cf. Kéraval. L'idée fixe. Archives de ncuroloijie, 1899, II, ^4-

les cas typiques et un persécuté au terme de son délire manifeste une conviction absolue, en exprimant des idées de persécution et de grandeur, il accomplit des actes en rapport avec ses idées, il entend des voix hallucinatoires et il ne ressemble aucunement à un obsédé qui s'interroge indéfiniment sur son scrupule et qui n'a que des pseudo-hallucinations.

Cependant je crois qu'il y a lieu d'être très embarrassé si l'on considère les malades à leur début. M. Marandon de Montiel, MM. Vigouroux et Decasse ont montré comment les idées délirantes des persécutés se rattachaient également chez eux à des troubles antérieurs de l'émotivité et de la cœnesthésie *. J'ai été tout surpris d'observer chez les persécutés un grand nombre des caractères de nos psvchasthéniques : on constate dans le développement de leur maladie la même influence de toutes les causes débilitantes, des maladies infectieuses, des émotions, les mêmes oscillations du niveau mental, les mêmes troubles de l'insuffisance psychologique, l'aboulie, l'aprosexie, le besoin de direction et surtout les sentiments d'automatisme. « Ce n'est plus moi qui lis, on lit à ma place, répètent-ils souvent ». On retrouve également chez les persécutés systématiques les sentiments de dédoublement, d'étrangeté du corps, d'étrangeté du monde extérieur. Inversement on peut retrouver chez l'obsédé le plus tvpique le même contenu des idées que dans le délire svstématique : les idées obsédantes mystiques sont, comme on l'a vu, fréquentes, les idées de persécution se mêlent très souvent aux obsessions de la honte de soi. Le plus souvent il est vrai, l'obsédé s'accuse lui-même à propos des troubles qu'il ressent, mais il n'est pas rare de l'entendre en accuser les autres. Rp... (laS) obsédé tout à fait typique, avec manie des présages et pseudohallucinations symboliques est tourmenté par l'idée « que depuis son enfance des juifs puissants ont la patte sur lui et lui enlèvent toute liberté. » Lrm... (282) qui présente les luttes symboliques si amusantes contre un personnage X est en réalité tourmenté par l'obsession que X le persécute. On trouve également chez les obsédés des idées de grandeur, M. Séglas en a rapporté un exemple curieux^, j'en ai déjà cité plusieurs dans les descriptions pré-

I. Marandon do Montiel, Do la genôse des conceptions délirantes et des hallucinations ùaus le di'liri- systématisé. Gazrtli' des hôpitaux, ô juin 1900. 3. Ségîas, Leçons sur les maladies mentales, p. 76^.

cédentes. En un mot, tous ces phénomènes sont tellement senblables que dans une douzaine d'observations je soutiens que le diagnostic n'était pas possible au début.

Il y a des malades qui au début oscillent visiblement entre le délire de persécution et le délire du scrupule. Ha... (208). femme de 35 ans, a toujours été une scrupuleuse, se reprochant de ne pas travailler suflfisamment, craignant de ne pas gagner sa vie. Elle a eu longtemps la manie des serments, des alternatives, des pactes, elle se disait à elle-même « si tu vas aux halles tu seras une vieille putain, si tu ^^as aux Tuileries tu seras une vieille folle. » Elle va aux halles et se dit à elle-même; « c'est vrai que tu es une vieille garce ». Mais depuis quelque temps le délire de persécution s'accuse, « on l'endort dans sa chambre, on l'hypnotise, on la pousse dans le dos, on lui fait faire des pirouettes. Mais surtout on lui parle à travers le mur : des voix qu'elle croit réelles se mêlent de tout ce qu'elle pense, répètent ses pensées, les tournent en ridicule, cherchent à se moquer d'elle, en lui disant qu'une de ses tantes a i3o ans ou bien l'insultent, l'appellent garce, putain, la menacent de la faire mourir à la Salpôtrière, etc.. » Il est évident qu'elle évolue lentement avec des oscillations du scrupule à forme obsédante vers la persécution à forme systématique.

Toute l'observation de Ex..., serait des plus curieuses à ce point de vue, c'est avant tout une psychasthénique, avec tous les sentiments d'incomplétude, sentiment d'absence de liberté, d'automatisme, de folie, de la perte de la vie, de dépersonnalisation et en même temps interprétation délirante que tous ses biens lui ont été ravis par des anarchistes dont son mari est le roi, par des initiés qui lui lancent des poudres pour paralyser sa volonté. Elle semble croire ce qu'elle affirme, puisqu'elle a commis une foule d'excentricités qui l'ont fait enfermer ; mais cependant elle ne peut jamais parler des initiés ou des poudres sans se tordre de rire exactement comme Lise quand elle parle du démon.

En un mot, je crois qu'il y a une série de gros problèmes psychologiques à résoudre dans l'étude du persécuté : il faudrait expliquer sa manie d'objectiver, de chercher toujours l'explication en dehors de lui tandis que le scrupuleux cherche le plus souvent celte explication en lui-même, il faudrait examiner le degré de sa conviction qui, si je ne m-; trompe, n'est pas toujours absolue et varie énormément suivant les oscillations du niveau

l.E DIAGNOSTIC ET LE TRAITEMENT 097

'mental. Il faudrait étudier ses fameuses hallucinations de l'ouïe et expliquer pourquoi il n'est halluciné que de l'ouïe, c'e sens du langage, ce sens social qui se trouble plus facilement que les autres chez les individus qui ont précisément de laboulie sociale. Si l'on faisait ces études on verrait, je crois, qu'il y a au début infiniment de phénomènes communs en.tre les psychasthéniques et les paranoïaques et l'on pourrait indiquer avec précision le point où s'effectue la séparation, ce qui aujourd'hui ne peut être fait que d'une manière assez vague.

Quoi qu'il en soit, le problème consiste actuellementà distinguer les états psvchasthéniques qui ont une tendance à évoluer vers les délires svstématiques et ceux qui sont destinés à se borner aux obsessions. La tendance antérieure du caractère, l'autophilie, l'orgueil, la susceptibilité, le caractère autoritaire montrent une disposition à objectiver les troubles psychologiques, à rendre les autres responsables de tous les phénomènes de l'insuffisance psvcholo-

o-inue. En outre on trouve chez ces malades une tendance à svs-

tématiser, moins de disposition au doute quand il s'agit de l'interprétation délirante : ces caractères doivent faire craindre que l'état psychasthénique n'évolue vers cette variété particulièrement dangereuse qui est le délire systématique de persécution. Les caractères inverses, la douceur, l'humilité, la tendance a l'analvse subjective, font plutôt prévoir les obsessions du doute et du scrupule. C'est toujours l'analvse psvchologique des divers symptômes qui permet de donner quelque précision au diagnostic.

DEUXIÈME SECTION

Indépendamment du diagnostic différentiel qui nous permetde ranger le malade dans telle ou telle catégorie dont l'évolution est plus ou moins dangereuse, on peut distinguer des formes de la maladie dont le pronostic n'est pas le même.

En général, je crois qu'il faut commencer par reconnaître que cette maladie est grave : il me semble que l'on a souvent l'habitude, en opposant les obsessions aux délires proprement dits, en se souvenant qu'elles n'aboutissent pas à la démence intellectuelle complète, de répéter que c'est là une maladie mentale bénigne. Ce n'est pas tout à fait mon avis : si l'on songe que presque tous les cas, à moins qu'ils ne soient insignifiants, vont se prolonger de 8 à 12 mois, qu'il y a très souvent, dans les trois quarts des cas des récidives ordinairement plus graves que la première atteinte, qu'un bon nombre, à peu près le dixième des cas, est destiné à passer à la chronicité, si l'on songe que pendant son évolution cette maladie non seulement cause de très grandes souffrances, mais éloigne presque complètement le sujet de la vie normale et l'amène, si elle se prolonge, à une complète incapacité de travail, lui supprime la famille et les relations sociales et le conduit à l'isolement complet, on verra que malgré la conservation de la conscience, c'est une triste maladie de l'esprit. Il est bon de faire cette remarque, non pour la communiquer au malade lui-même, mais pour avertir ses parents, s'il en a de sensés, et pour rendre sérieux les efforts nécessaires au traitement. On doit aussi chercher à reconnaître les formes dont le pronostic est plus particulièrement sérieux. Un premier caractère joue un rôle capital, c'est l'hérédité, sur laquelle il est toujours dilHcile d'avoir des renseignements précis. L'existence d'aliénés dans la famille, surtout de ces aliénés qui sont voisins des psvchasthé ifjues, des obsédés du même genre, des mélancoliques, . ^^ persécutés, dos paranoïaques prend évidemment une grande importance. Si dans

la famille il y a déjà des obsédés, il est bon de bien connaître l'évolution de la maladie chez eux, car cette évolution se répète souvent absolument semblable. 11 faut aussi tenir grand compte dans la recherche de l'hérédité des névroses et surtout, à mon avis, de Tépilepsie.

A côté des aliénés et des névropathes proprement dits, il est très important de s'enquérir de l'existence dans la famille de ce que l'on appelle communément des bizarres. M.Maghan ajustement remarqué que ces individus bizarres, originaux, excentriques, ayant des tics, des manies. Un caractère difficile, autoritaires à l'excès, sont précisément ceux qui laissentle plus souvent àleurs descendants les tares psychasthéniques. Cela se comprendfacilement si l'on songe que ces bizarreries sont déjà des marques de l'insulFisance de l'adaptation sociale, de l'insuffisance des fonctions du réel, et de l'aboulie. Parmi ces bizarreries, j'insiste sur ce genre de caractère que l'on voit se transmettre pendant plusieurs générations en se perfectionnant à chacune et qui consiste dans une prudence allant jusqu'à la poltronnerie, dans une indécision de la volonté, un défaut de résistance, une gravité allant jusqu'à la tristesse. On constate en même temps une grande délicatesse des sentiments et une tendance à préférer la vie idéale à la vie réelle. Ce caractère qui ne laisse pas d'être élevé et sympathique à ses débuts ne tarde pas à aboutir dans les générations suivantes à l'aboulie, à l'inquiétude permanente et donne, enfin naissance à des douteurs, des scrupuleux, des obsédés. Il est bon de s'informer de ces caractères surtout chez celui des parents auquel le malade ressemble le plus. Plus ce caractère se sera développé dans plusieurs générations, plus il sera difficile de remonter ce courant et plus le -pronostic sera sérieux.

Après l'hérédité, l'âge du début a une grande importance, je parle du début réel et non du début apparent, de l'époque d'apparition des phénomènes d'insuffisance psychologique et des sentiments d'incomplétude. Plus ce début est précoce, plus il a une signification grave, les phénomènes qui apparaissent de bonne heure dans le développement sont ceux qui sont le plus fortement héréditaires qui font le plus partie de la constitution. Jl faut donc se défier de ces enfants qui sont déjà des sages, des prudents, des réfléchis à cinq ou six ans, ce caractère devient vite dangereux quand ils sont des lents, des hésitants, des repentants. On apprend vite, quand on interroge bien le malade, qu'à

700 LE niAr.\o>;Tic et le tilmtement

cinq ans il était malheureux si ses vêtements n'étaient pas bien '.anges avant de se coucher, si on ne hii donnait pas partout et toujours exactement hi môme place. Ce début précoce est en pénéial un mauvais signe. 11 faut faire une exception pour les liébuts très fréquents qui apparaissent à la puberté, ou qui sur- \iennent au moment où les enfants grandissent beaucoup ; sans doute, ils montrent toujours une disposition constitutionnelle à l'insuffisance psychologique, mais on peut espérer que cette insuffisance est en rapport avec les grandes dépenses de vitalité que l'organisme doit faire à ce moment d'un autre côté et qu'elle disparaîtra au moment du développement complet. C'est pour la même raison que 1-e pronostic s'aggrave quand la fin de ce développement est arrivée sans amener la terminaison de la maladie, chez une femme, par exemple, le pronostic devient plus grave si la maladie se prolonge après 26 ans.

Il faut tenir compte également des circonstances qui ont déterminé le début. A peu près comme dans toutes les maladies mentales, le pronostic est d'autant plus grave que les circonstances ont été plus insignifiantes. Les débuts lents, insidieux, sans graves maladies, sans grandes émotions déterminantes sont plus graves que les débuts rapides à la suite d'un état infectieux, d'un grand trouble moral, d'une violente émotion. Dans ces derniers? cas on peut espérer qu'il s'agit de la forme accidentelle, acquise de la maladie plutôt que de sa forme constitutionnelle.

Enfin il faut se préoccuper pour le pronostic de la forme qu'a prise la maladie. MM. Pitres et Régis font observer justement que les obsessions devenues intellectuelles sont plus dangereuses que les phobies et surtout que les états émotionnels non systématisés.

Cela me semble juste à la condition que l'on ne confonde pas avec les obsessions bien constituées les états de rumination mentale qui ne sont que des sortes de tics, des phénomènes de dérivation exactement comme les phobies elles-m-êmes. La gradation au point de vue du pronostic se retiouvera être celle que j'ai adoptée dans l'interprétation des symptômes : au plus bas degré, les phénomènes d'insuffisance dans lesquels rentrent non seulement l'émotivité, mais encore toutes les formes de l'aboulie, en second lieu les accidents de dérivation qui ne comprennent pas seulement les phobies plus ou moins systématisées, mais encore tous les tics et les ruminations mentales, enfin en dernier lieu les

«bsèssions qui moiilrcnt que le malade entre dans la période des interprétations délirantes, quoique son délire conserve le caractères de l'hésitation et du doute qui sont les troubles fondamentaux de la maladie.

Quand le malade est parvenu au dernier degré et que la maladie est tout h fait chronique il faut, pour établir le pronostic, tenir compte de l'activité que conserve encore le sujet, du nombre de relations qu'on peut lui garder, des travaux qu'on peut lui faire exécuter : l'isolement et l'inertie complète étant le terme le plus triste des états psychasthéniques:

Je ne fais que signaler l'importance du point de vue médicolégal bien discuté dans un grand nombre d'études'. En général ces obsessions ne déterminent pas d'actions véritables, mais une exécution plus ou moins incomplète peut survenir à linsu du malade et au cours de ses manies de tentation et de demi-exécution. L'impulsion peut être plus grave et le pronostic bien plus réservé quand à l'état psychasthénique proprement dit se joignent l'épilepsie, la débilité mentale, l'alcoolisme ou d'autres intoxications.

En dehors des crimes proprement dits, des actes absurdes comme des promesses de mariage, des fugues, des conduites inconvenantes peuvent être en rapport avec les obsessions de honte ou les besoins d'excitation. Non seulement il faut songera mettre quelquefois le malade hors d'état de nuire aux autres, mais il faut aussi dans certains cas, le défendre contre lui-même.

I. En particulier dans les travaux suivants : Renaudin, Observations médicolégales sur la monomanie. Ann. méd. psych., i85A, p- 336. Delasiauve. Des pseudomonomanies et de leur importance légale. Ann. méd. psych., iSôg. Motet. Sociélé de médecine légale de Paris, i3 février 1890. P. Dénommé. Des impulsions morbides au point de vue médico-légal. Thèse, Lyon, 1890. Bérillon, les phobies neurasthéniques au point de vue du service militaire. Revue de l'hypnotismeir 189^, p. 2l\i. G. Carrier (de Lyon), Contribution à l'étude des obsessions et des impulsions à l'homicide et au suicide chez les dégénérés au point de vue médico-légal, 1899.

702 LE DIAGNOSTIC Eï LE TRAITEMENT

TROISIÈME SECTION

LA THERAPEUTIQUE

De semblables états psychopathiques se développent lentement, souvent au coui^s de plusieurs générations et chez le malade luimême ont besoin de plusieurs années pour arriver à leur terme, il en résulte que les efForts dirigés contre eux doivent s'exercer avant le développement complet du mal. Il serait évidemment utile de prévoir l'apparition de ces troubles mentaux et de retarder leur écl-osiôn. Ensuite interviendront les efiPorts du traitement proprement dit quand lu psychasthénie est constituée.

i, — La prophylaxie.

En réalité cette prophylaxie devrait commencer avant la naissance et tenir compte du principal facteur des états psychasthéniques, c'est-à-dire de l'hérédité. Il faudrait redouter les unions avec les familles tarées qui contiennent des aliénés, des névropathes, des alcooliques. M. Cazalis écrivait sur ce point des articles éloquents et courageux quand il réclamait pour le mariage un certificat médical. Cette opinion qui parait aujourd'hui une paradoxe deviendra bientôt une vérité élémentaire. On finira par comprendre qu'il n'est pas nécessaire de rechercher avant tout l'augmentation numérique des populations, mais qu'il faut se préoccuper aussi de leur qualité et qu'il est dangereux d'encombrer un pays de ce nombre croissant de névropathes et de débiles.

Si on se place au point de vue particulier de cette maladie du scrupule, il faudrait se préoccuper non seulement de l'aliénation proprement dite, mais encore de cette tendance croissante dans certaines familles à l'inertie, à la timidité, à la méditation : on ne peut évidemment pas faire de ces caractères qui vont d'ordinaire avec la délicatesse des sentiments et l'affinement de lu race une

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