‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 347 sur 380 · Marro, La puberté, [>. ^ib · texte numérisé non relu

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LA PROPHYLAXIE 70o

Enfin il faut cheicher dans ces exercices et ces actions un autre caractère, lecaractère social. De très bonne heure ces enfants prédisposés doivent être habitués à la société et à la société de peisonnes qu'ils ne connaissent pas. Cette habitude ne s'acquiert pas si l'enfant est toujours accompagné par ses parents ou par sa bonne. Rien ne rend un enfant timide comme la présence de ses parents, parce que, en leur présence, il ne sent pas la nécessité de faire un effort, de tendre son activité mentale et qu'il se laisse aller à cette aboulie qui est la source de l'émotivité. On est tout surpris de voir que le même enfant cesse d'être timide, quand il est laissé seul dans la même société. Le fait d'être abandonné à lui-même suffît pour qu'il se tende et que son esprit fonctionne à un niveau supérieur. Il n'est pas nécessaire que la société où il se trouve ait toujours de la sympathie pour lui comme il le désire : il est bon qu'il trouve devant lui des résistances, des jalousies, des compétitions, en un mot des luttes. Tout à l'opposé de ce pauvre père de famille qui jusqu'à la fin de la classe de philosophie faisait accompagnei- et rechercher par une domestique son fils aux classes du lycée « pour qu'il ne pût jamais se battre avec ses camarades «je crois qu'il est extrêmement important de forcer notre jeune psychasthénique à se battre. S'il réussit à le faire et si par hasard il triomphe, ce qui est fort possible, il en sera transformé et le souci de son avenir vaut bien le danger de quelques horions.

L'éducation intellectuelle ne vient qu'en second lieu chez ces personnes : elles ne sont que trop disposées au développement de l'intelligence pure. 11 faut éviter l'enseignement abstrait dépure mémoire, qui n'est que trop répandu en France. Dans l'état psychasthénique l'esprit semble être développé en étendue et non en profondeur, il y a comme une dispersion de la pensée. C'est là une indication -dont on doit tenir compte, le grand nombre des études diverses, faites d'une manière superficielle est pour ces jeunes gens d'autant plus dangereux qu'ils réussissent facilement à acquérir ainsi quelques notions en apparence brillantes. Il faut que l'intelligence soit dirigée avant tout vers l'observation, vers l'observation physique plus que vers l'observation morale. Il faut se méfier surtout de l'observation subjective dans laquelle ces individus sont passés maîtres. Cette disposition à l'introspection chezlesscrupulenxdépenden partie de leurinquiétude eten grande

LES OBSESSIONS. 1. — jjj

partie de ce fait que les images et les associations d'images sont des phénomènes d'ordre inlérieur, plus facile et plus nombreux que les phénomènes de perception extérieure dans des cerveaux dont la tension est abaissée : le développement de l'introspection n'est qu'une variété de la rumination. Pour lutter contre cette tendance, des études sur les objets, les animaux, les plantes doivent intervenir pour une bonne part dans leurs travaux.

Il faut surtout surveiller l'application de leur attention, il faut chercher par toutes sortes d'exercices à la maintenir fixée sur (|uelque étude précise et il ne faut jamais permettre la rêverie vague. Une des choses les plus funestes ce sont les longues heures d'études, où on laisse les enfants libres de faire tout ce qu'ilsveulent, pourvu qu'ils restent immobiles et silencieux. Ils eniploient trois heures à faire un petit travail médiocre, qu'ils pourraient faire en une demi-heure et tout en feuilletant nonchalamment leur dictionnaire, ils se laissent aller à toutes leurs rêveries vagues, premières ébauches de leurs ruminations futures; il leur faut des études courtes et un travail mental actif, rapide et objectif. Sans cesse on doit les pousser à la rapidité, à l'exactitude, à l'activité pratique.

Ce genre d'éducation, qui bien appliqué lutterait contre la tendance héréditaire aux névroses et aux obsessions, est bien difficilement appliqué par les parents eux-mêmes qui sont poussés par tous leurs sentiments à donner à leurs enfants une direction absolument inverse. Trop souvent l'enfant n'échappera à la prédisposition que s'il est élevé en dehors de sa famille.

Aucune de ces précautions n'a été prise, l'hvgiène comme l'éducation ont été aussi absurdes. que possible et la maladie s'est déclarée ou plutôt, de latente qu'elle était depuis des années, elle est devenue apparente pour l'entourage. Celui-ci attend en général le plus tard possible et refuse longtemps de croire à l'existence d'une maladie mentale. Ce n'est que poussé parla nécessité, quand le malade depuis plusieurs mois est incapable d'aucune occupation, ne dort plus et s'agite continuellement, c'est quand il rumine toute la journée, qu il paile tout haut, qu il ilit sans

cesse ses (oimules de conjuration, qu'il est tourmenté par des pliobies et des angoisses continuelles, que sa famille se décide à l'amener au médecin. Quelle doit être alors la conduite de celui-ci, quelles sont les médications ou les traitements physiques ou moraux qui peuvent avoir une certaine influence et préparer la terminaison de cette crise?

Il est important que le médecin fasse vite son diagnostic, car il doit prendre vis-à-vis de ces malades une attitude particulière et toute hésitation serait des plus fâcheuses. Toutes les descriptions précédentes permettent de reconnaître vite la maladie dont il s'agit, d'autant plus que ces malades présentent une remarquable uniformité et que l'on retrouvera vite les formes et même les expressions que l'on connaît comme caractéristiques.

Le malade arrive avec une disposition d'esprit toute particulière dont il faut se défier. Sans en être bien certain, car il doute de tout, il est disposé à croire qu'il n'est pas un malade ou du moins qu'il n'a pas une maladie ordinaire. Il sent bien que son état n'est pas naturel, mais il croit que c'est un état extraordinaire, unique au monde, que personne n'a jamais vu et que les médecins, en particulier, ignorent complètement. Comme il ne veut faire aucun eflfort, comme il sait qu'il n'a fait aucun effort pour se guérir, il aime à penser que cette maladie exceptionnelle est absolument incurable et qu'il n'y a rien à faire. Il le dit en entrant : « c'est sa famille qui l'a forcé à venir voir un médecin, mais il sait très bien que c'est inutile et que son état est tout à fait en dehors de la médecine. »

Si le médecin hésite sur son cas et semble surpris par la bizarrerie des svmptomes que le malade d'ailleurs exagère à plaisir, le sujet se confirme dans son opinion et en profite pour se laisser aller encore davantage. II faut que le médecin puisse montrer rapidement une grande assurance et lui donner i'impression que sa maladie est parfaitement connue, qu'elle est des plus banales, et que le traitement curatif est tout à fait stéréotypé.

Pour y parvenir le médecin doit deviner les svmptomes au lieu de s'en étonner. Dès que le malade a un peu expliqué son état, on voit facilement dans quelle catégorie il se range, s'il a jdus de ruminations ou plus de phobies, dans quel sens sont ses obsessions principales. 11 suffit alors de lui énumérer les manies de précision, d'oscillation ou de réparation, de liiiparler desserments, des pactes, des formules de conjuritlun des angoisses physiques

7U8 LE DIAGNOSTIC lîT LE TRAITEMENT

ou morales, etc. Il est bien rare que l'on ne tombe pas juste sur des symptômes qu'il a présentés. Il faut alors les lui décrire avec une précision qui l'étonné ; puis on lui allirme que sa maladie est curable, ce qui est vrai au moins dans les deux tiei-s des cas, que dans tous les cas il n'est pas très difficile de lui procurer quelque soulagement. Comme le malade malgré son affirmation était loin d'être convaincu de son incurabilité, il se laisse assez facilement persuader et accepte un traitement au moins à titre d'essai.

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