‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 360 sur 380 · I. Erasme Darwin. Zoonomie, IV. p, gg · texte numérisé non relu

I. Erasme Darwin. Zoonomie, IV. p, gg

mais il faut lour rocommandcr tout ce qui les excite et détermine chez eux une émotion.

On peut s'étonner que le médecin réussisse par son attitude, par sa parole, à déterminer des émotions intenses, tandis que les événements réels qui devraient avoir bien plus d'influence sur le malade le laissent indifférent. On peut demander surtout comment cette émotion déterminée artiUciellement peut être utile au malafle tandis qu'il souffre d'oidinaire d'une éiiiotivité excessive qui rend les autres émotions dangereuses. C'est la différence de l'art et de la réalité, l'art est capable de déterminer des émotions plus fortes que la réalité elle-même et surtout des émotions' mieux adaptées et plus élevées. Voici une observation qui m'a beaucoup frappé et qui me paraît fort instructive. Af..., jeune homme de 28 ans, déjà neurasthénique et engourdi, indifférent à tout si ce n'est à ses préoccupations hypocondriaques, s'est trouvé mêlé à une triste aventure. Il est entré le premier dans la chambre d'un voisin qui, à la suite d'un délire, venait de se pendre. Af. .. connaissait le désir de suicide de ce voisin et sa triste situation, il s'attendait à ce suicide commes les autres personnes de la maison, aussi resta-t-il très indifférent. Il coupa la corde, étendit la cadavre sur le plancher et sortit très calme, sans aucune émotion. Toute la journée suivante, il continua à gémir sur son propre sort et sur ses m,aladies imaginaires sans se préoccuper une seule fois du triste spectacle qu'il avait vu le matin. Le lendemain, il lut dans le Petit Journal le récit de ce suicide : le journaliste avait décrit la chambre en désordre, la corde fatale, la figure convulsée du malheureux et son récit était très dramatique. Af. .. fut stupéfait en lisant cet article : « Comment c'était là la scène à laquelle il avait assisté la veille le premier de tous, il ne se doutait pas que ce fût si affreux. » Cette lecture l'impressionna d'une manière très vive, lui enleva sa torpeur, le rendit plus-actif et lui fit oublier pendant plus de deux mois son hypocondrie. Ce petit exemple montre d'une manière saississante comment les psychasthéniques ont besoin qu'on les aide pour parvenir à l'émotion précise et comment il est possible de les aider dans ce sens.

Le médecin ne se borne pas a exciter l'émotion, il la dirige et la développe; il en surveille les manifestations pour arrêter et empêcher les dérivations. C'est une véritable rééducation de l'émotion qui cherche à substituer aux ruminations, aux agita-

tions, aux angoisses élémentaires des émotions hiérarchiquement supérieures. Le malade doit se prêter à ce travail et. quoique cela semble singulier, faire des efl'orts pour arriver à des émotions précises.

5. — La direction des efforts, la rééducation de l'attention.

Je viens de dire que le malade doit faire eflort. Il ne faut pas se figurer, en efiet, comme on le croit trop souvent et comme les sujets sont les premiers à le croire, que la volonté personnelle du malade soit sans action sur ces phénomènes dont on a très mal compris à mon avis la prétendue irrésistibilité. Les obsédés ont beaucoup plus d'action sur leur maladie que n'en ont les hystériques précisément parce qu'il y a chez eux beaucoup moins d'automatisme. En étudiant les oscillations du niveau mental nous avons vu cette influence considérable des eflorts de la volonté et de l'attention, il faut encore faire servir cette influence au traitement.

Dans des cas particulièrement heureux et rares, il suffit, de faire comprendre au malade quelle est au fond sa maladie et comment il peut en sortir. La guérison de \Vy..., jeune homme de 20 ans, après une simple indication de ce genre, m'a causé une réelle surprise. Ce jeunehomme est venu me raconter ses misères : depuis plus de cinq ans il était accablé par des scrupules génitaux insensés. Tourmenté par la pensée des organes génitaux, il croyait les voir chez les hommes et chez les femmes, il s'imaginait assister à des scènes lubriques même dans sa famille et il pienait en horreur son père et sa mère. Effrayé par ses propres organes, il leur trouvait une gi'osseur, une odeur toute particulière que tout le monde devait remarquer : il avait pris peu à peu une foule de tics qui primitivement avaient pour but de dissimuler ses parties et qui amenaient des contorsions perpétuelles du tronc et des jambes. Je lui expliquai ce que je pensais de cette maladie, son point de dépait dans le défaut d'énergie de l'attention et de la volonté, la perte du contact avec le réel, la rêverie et la rumination, l'inquiétude et le mécontentement, puis une interprétation quelconque qui donnait un prétexte aux ruminations et aux angoisses. Après avoir réfléchi il finit paT me dire : « 11 y a longtemps que je me doutais de tout cela, mais j'ai fini par écarter cette idée, d'abord parce qu'on m'a répété

que j'étais neurasthénique et ensuite parce que cette idée m'aurait Imposé des cU'orts pénibles. » En raison de sa situation, C6 oarçon ne pouvait suivre un traitement régulier et je ne l'ai revu qu'un an après. « -En vous quittant, me dit-il, j'ai voulu guérir et je me suis mis au travail : cela a été dur, mais j'ai réussi et depuis plus de six mois je ne pense plus du tout à mes bêtises ». Il se peut qu'il y ait plus tard des rechutes, c'est même piobable ; mais cette guérison d'une longue crise par les efforts du malade seul et livré à lui-même est bien remarquable.

Le plus souvent, il nous faut diiiger et exciter perpétuellement l'eiVort du malade. Dans quel sens doit-on le diriger ? rj'abord, je ne crois pas que l'on doive pousser le sujet à lutter directement contre son idée fixe : il n'arriverait qu'à des ruminalions semblables à celles qu'il fait depuis longtemps. Il faut redouter énormément les efforts faux, les crises d'efforts qui ne sont que de l'agitation physique et morale stérile, qui ne sont que des dérivations, et non de la véritable tension mentale. II faut amener le sujet à faire des efforts physiques ou moraux quelconques en dehors du sujet ordinaire de leurs méditations, en ne se proposant qu'un seul but qui est de se rapprocher du réel autant que possible.

L'effort pour un exercice physique est excellent, j'ai déjà signalé quatre malades guéris pendant plusieurs années par les exercices militaires aussi bien que par la discipline du régiment. Le jardinage, la bicyclette chez Bow..., les travaux du ménage chez AI..., la gymnastique chez beaucoup ont eu d'excellents effets : voici plus de dix ans que j'ai eu l'occasion de guérir des tics physiques aussi bien que des tics moraux en forçant le malade soit à maintenir l'immobilité, soit à faire des mouvements précis, des actes physiques énergiques ou délicats avec attention et avec efl'ort. Il se peut comme le dit M. Lagrange, que la gymnastique permette à ces malades d'éliminer leurs toxines \ il est possible qu'elle contribue à l'augmentation du tonus musculaire, élément important de la cœnesthésie comme le remarque M. Hartenberg -. Mais à ces influences physiques s'ajoute une influence morale énorme, qui joue un rùle infiniment plus consi-

I. Lagrange, Les mouvements mnthodlques et la mécanothérapîe, 1899, P* ^'^ (Paris, F. Alcan).

a. Hartenberg, Les timides el la tiinidilo, p. a33 (Paris, F. Alcan).

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dérable et qui est en rapport avec l'exercice de l'attention, avec le sentiment de l'énergie morale dépensée utilement, avec le sentiment du danger surmonté. M. G. Th. Ew^art dans un article curieux avait déjà remarqué « les bons effets du vélocipède dans l'aliénation mentale' ». Mais il ne parle que de la distraction que cette exercice procure. Quand j'ai remarqué à mon tour les bons effets de l'exercice de la bicvclette chez les obsédés, chez les tiqueurs ou les angoissés, j'ai noté que ce bon eti'et se manifeste surtout au début, quand ils commencent cet exercice et n'y sont pas encore trop habitués ; je crois que cet exercice vaut surtout par l'efl'ort d'attention qu'il exige, par la dilFiculté quil faut vaincre et par la satisfaction d'avoir. traversé un petit danger qu'il procure à ces timorés.

En dehors des efforts physiques proprement dits, il faut exciter tous les efforts moraux, en premier lieu il faut essayer de restaurer graduellement le travail et surtout le travail professionnel. M. Marro a écrit quelques pages remarquables sur l'influence du travail et surtout du travail rémunéré chez les neurasthénique^ dégénérés* Arriver à leur faire gagner quelque chose par leur travail personnel, c'est souvent déterminer chez eux une excitatiou extraordinaire de la volonté. On ne se figure pas ce que l'on peut obtenir de Jean, en lui faisant faire, pour une revue, un petit compte rendu payé quelques sous : il est si heureux de gagner quelque chose qu'il en oublie la méningite et le diabète.

Un autre effort essentiel doit être dirigé vers les actions sociales, si importantes chez les abouliques. Il faut arriver à faire parler les malades renfermés, les habituer à exprimer leurs pensées et surtout à démêler leurs sentiments confus pour en faire part à d'autres personnes. Plusieurs auteu *s ont justement noté l'amélioration que présentent les malades quand ils réussissent à se faire comprendre : M. A. de Jong\ M. Tuczek '* remarquent combien l'aveu précis est pour les obsédés un soulagement. M. Claparède ' estétonné de voir que sa malade éreutophobe guérit

1. C.-Th. Ewart, Le vélocipède dans l'aliénation mentale. Journal of menUl Science, juillet 1890.

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