‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 359 sur 380 · I. Legrand du Saulle. A'joraphnbie. p · texte numérisé non relu

I. Legrand du Saulle. A'joraphnbie. p

Pour réussir à calmer les malades f)ar ces commandemenls et ces affirmations qu'on leur impose, il y a une certaine difliculté (jii'il faut savoir sui'monter et en même temps un procédé qu'il faut bien connaître. N'oublions pas que le psychasthénique a perdu la volonté agissante et la croyance mais qu'il est loin d'avoir perdu l'intelligence proprement dite. Quand il vientnous dire que dans telle circonstance donnée il ne sait que faire, ni que croire, il ne faut pas le prendre complètement au mot. En réalité, comme il est intelligent, il sait fort bien quelle est l'action qui serait préférable, quelle est la croyance qui serait la plus juste. Il a presque toujours cette préférence intellectuelle; mais ce qu'il ne peut pas faire c'est réaliser cette préférence, « croire sa croyance ou agir son acte » comme me disait très bien Qsa... ,11 en résulte qu'il ne faut pas faire à ces malades un commandement quelconque ou leur imposer une affirmation quelconque. Si notre commandement tombe en opposition avec le désir secret du malade, cette contradiction ajoute à ses troubles au lieu de les dissiper. Sans doute on peut souvent l'imposer tout de même à force d'autorité et je crois même qu'il ne faut pas dans ce cas revenir en arrière. On perd son autorité quand on modifie ainsi les commandements et on donne au malade l'exemple pernicieux de l'oscillation. Mais il est évident qu'il vaut mieux éviter cette contradiction quand elle n'est pas nécessaire. « Je ne veux pas, disent les malades, être traité comme un enfant à qui on impose une idée; je ne tiens pas du tout à ce qu'on me contredise, je veux qu'on m'aide à agir mon acte, qu'on me pousse dans le sens où je veux aller ». Cela est très juste et à moins de nécessité, le médecin doit ordonner au malade l'acte ou la croyance que celuici avait déjà conçu intellectuellement comme préférable.

Cette recommandation paraît fort simple en théorie, elle est cependant d'une application très difficile, car le malade se garde bien de nous indiquer quel est l'acte ou la croyance qu'il préfère. Indiquer cet acte au médecin pour que celui-ci commande <ie le faire, ce serait déjà choisir cet acte effectivement, ce serait déjà en quelque manière « agir cet acte » et notre psvchasthéniqueestpres- (jue toujours incapable de pousser jusque-là la fonction du réel. Ainsi arrive-t-it chez son directeur non seulement en montrant I indécision de sa volonté, mais en simulant une indécision Inlellectuelle qui n'est pas dans son esprit. Plus il aura caché son vi^iiUible désir, plus il sera heureux de le voir conllimé, plus il

.^M'a entraîné à agir et à croire par une affirmation qu'il croira •)ontanée. Il en résulte que non seulement, le médecin, avant de )mmander, doit rechercher ce qui est juste dans le cas donné, liais qu'il doit encore deviner ce que pense son malade et décider en conséquence. Sauf dans des cas particuliers où le sujet très malade n'a aucune idée relative à l'action, le directeur doit se borner à préciser l'idée de l'acte, à en déduire les moyens d'exécution, à en diriger la réalisation. Il doit faire en un mot ce que li' malade ne peut pas faire, effectuer le passage de l'intelligible au réel. C'est alors surtout que son autorité sera acceptée avec reconnaissance et qu'elle rendra le calme au malade en supprimant les dérivations.

Sans doute, dira-t-on, ce procédé ne peut pas réussir toujours, et l'influence d'un médecin doit finir par s'useï'. Cette remarque est très juste, mais qu'importe ? J'ai déjà vu une influence de ce genre se conserver pendant des années, pendant cinq, six et neuf ans dans certains cas et si l'on procure le calme au malade pendant tout ce temps, ce n'est pas insignifiant. Quand l'influence sera usée, le malade trouveiaun autre directeur de conscience et arrivera ainsi à traverser les péiiodes dangereuses de sa vie. II est vrai que cette direction force le malade à revenir régulièrement à l'hôpital : une infirmité permanente exige un traitement permanent. Nous ne sommes pas surpris de voir des malades qui ont besoin d'être sondés ou d'être pansés tous les jours pendant des années ; il en est de même pour l'esprit et il vaut mieux se faire gronder et commander tous les quinze jours que de perdre la raison \

4. — Le relwement de la tension psychologique, la rééducation

de l'émotion.

Les obsessions des psychasthéniques ne sont pas comme les idées fixes des hystériques des systèmes isolés qui se développent automatiquement en dehors du reste de la conscience, ce sont des symboles, des expressions résumées auxquelles le malade s'attache d'une manière permanente parce qu'elles expriment un état

I. .T'ni fli'i.'i (li'crit los carnrtfTCS et les conséquences de celle rlirrclion permanente dan? iiii 1r;.viiil prccidonl : Kècroses et Idées fixes, I, chapitre xii, le besoin de direction, p. l^■J'6,

permanent. Il en résulte que le traitement ne peut pas se bornei à atta(jiier l'idée elle-même qui a au fond peu d'importance et que le sujet remplacera facilement par un autre analogue, c'est l'état sous-jacent qu'il faudrait pouvoir modifier. Si on y parvenait, le sujet n'ayant plus rien à exprimer renoncerait de lui même à son obsession; le traitement précédent ne se bornait pas à nier l'obsession, il donnait au malade sur tous les points une décision et une croyance, ce qui supprimait en partie l'incomplétude et la dérivation. Le succès n'était que partiel parce que le malade sentait bien que la décision ne venait pas entièrement de lui-même et qu'en définitive il n'apprenait pas à parvenir luimême à cette décision.

Pour aller plus loin dans le traitement, pour attaquer le mal à la racine il faudrait apprendre au malade à retrouver cette fonction du réel qu'il a perdue. Le véritable traitement serait une rééducation de la fonction du réel. Or, la perte de cette fonction est en rapport avec un abaissement de la tension psychologique, ce qu'il faudrait donc en définitive ce serait relever la tension du système nerveux central et par conséquent la tension psychologique. Nous ne savons pas encore relever directement cette tension; mais, en étudiant les oscillations du niveau mental, nous avons vu un certain nombre de conditions qui agissent sur elle d'une manière favorable. Le traitement doit s'efforcer de tirer parti de cette observation et de chercher à reproduire artificiellement ces conditions excitantes.

Une des plus intéressantes de ces conditions est l'émotion, non l'émotion vague et élémentaire qui à son dernier terme constitue l'angoisse de la phobie, mais l'émotion plus précise en rapport avec les circonstances et bien appréciée consciemment par le sujet. Parvenir à déterminer des émotions de ce genre chez les psychasthéniques, c'est un des plus remarquables moyens de traitement. Déjà la première visite chez le médecin, l'examen fait d'une manière qui étonne le sujet en lui montrant que sa maladie est bien connue, la démonstration qu'on lui a faite que son état est une maladie et non un état diabolique ou un remords moral et que cette maladie est en général curable, tout cela a déterminé une émotion heureuse et a fait remonter le niveau mental. C'est pourquoi presque toujours le malade est amélioré pendant les jours qui suivent la première visite chez un médecin nouveau.

Dans les succès obtenus par les séances d'hypnotisme, il est

bien probable qu'une grando part doit être attii})uée à la même cause, lémotion. Le sujet désire Ihypnotisme et il en a peur: il se figure qu'il va se passer des choses extravagantes. Il lui faut du temps et des préparatifs pour qu'il se décide à affronter une opération aussi grave. Si le médecin par ses commandements et par se& encouraoements est arrivé à le décider, c'est comme s'il l'avait amené à taire une action très dilTicile et le sujet a en plus l'émotion de la difficulté vaincue. Il est content de lui pour s'être décidé à commencer un traitement aussi sérieux, de là une oscillation en hauteur qu'il est inutile de rattacher à la suggestion hypnotique et qui s'explique très facilement par l'effet excitant de l'émotion.

Puisque nous connaissons ce mécanisme, il faut en tirer le maximum d'effet. Quand nous voulons hypnotiser une hystérique, nous prenons toutes les précautions possibles pour lui présenter l'hypnose comme très insignifiante, car nous ne désirons pas l'effet émotif et nous redoutons une crise convulsive. Avec le psychasthénique il ne faut pas trop prendre ces précautions ; le malade ne verra que trop tôt combien 1 hvpnotisme est chez lui insignifiant, il faut au contraire lui montrer ce traitement comme important et préparer son émotion.

Quand on connaît cette valeur de l'émotion, il faut chercher g la produire de toutes manières même en dehors de ces séances d'hypnotisme. iSIalheureusement il n'y a guère pour cela de procédés techniques à indiquer et le succès dépend beaucoup de l'habileté individuelle. Il faut deviner le point qui est encore resté sensible chez le malade et agir sur ce point pour déterminer des émotions réelles. Chez les uns il faut se servir de l'affection, de la sympathie, chez les autres de la honte ou de la ciainte. Lise a caché sa maladie à une partie de sa famille, on obtient beaucoup en lui faisant entrevoir que sa maladie mentale va êtie connue.de tous, en lui faisant peur de l'asile de fous : « c'est désolant, disait-elle, quand elle se sent transformée par ces menaces, je n'agis que par la peur ». Claire est sensible à l'affection, il faut la traiter avec douceur, lui montrer qu'elle n'est pas aussi isolée quelle le croit ; si l'on parvient à la faire pleurer elle est guérie au moins pour quinze jours. Erasme Dar-win réclamait pour les malades tourmentés par une obsession amoureuse « l'émotion du saut deLeucade ' » ; ce serait peut-èlre un peu excessif,

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