‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 47 sur 380 · Ladame, Ann. méd, pjych., i8'jo, Jl · texte numérisé non relu

Ladame, Ann. méd, pjych., i8'jo, Jl

ait des éclairs, qu'il y ait un soleil, qu'il fasse jour ou nuit? Si on n'avait pas de rivières et pas d eau comment est-ce qu'on ferait pour boire, pour laver ? Et si on n'avait pas d'yeux comment estce que l'on ferait pour voir ? »

Nb — à propos de la critique des sens et de l'intelligence se pose une foule de problèmes philosophiques : non seulement, comme nous l'avons vu, elle interroge sur le caractère direct ou indirect de la perception sensible, mais elle cherche aussi à comprendre la nature de l'entendement, la signification de la parole ou de récriture. « Comment des petits points noirs sur le papier peuvent-ils contenir une pensée ? Comment les mots viennent-ils dans ma bouche en même temps que je pense ? Est-ce donc une* indication de la pensée? Je me perds là-dedans... Comment la parole qui est un bruit peut-elle transporter la pensée qui n'est ^•ïsune chose matérielle..? Ah, si je pouvais oublier tout cela?... Comment se fait-il que je comprenne une personne en dehors de moi ? Comment se fait-il que j!aime ma fille qui est en dehors de moi ? »

Il est curieux de remarquer que ces spéculations ne se présentent pas uniquement chez les personnes intelligentes et cultivées, elles se retrouvent presque identiques chez des femmes du peuple absolument sans éducation. Nadia, qui est une femme très instruite et qui a beaucoup lu, s'interroge « sur la religion, sur la vie future, sur les mystères de l'âme... que deviendra mon âme, que deviendra lame du monde ? » Cela semble assez naturel. Mais Hm..., femme de 21 ans, domestique à la campagne, habituée aux durs travaux d'une ferme, qui sait à peine lire et qui ne sait pas écrire, est tourmentée après un accouchementpar les mêmes idées. « Je ne puis pas savoir comment cela se fait qu'il y ait du monde ; pourquoi y a-t-il des arbres, des bêtes, qu'estce que tout cela va devenir plus tard quand tout sera fini ?... » Il y a là un besoin de spéculation, de travail mental, qui s'effectue indépendamment des connaissances acquises et des capacités du sujet pour discuter les problèmes qu il se pose.

Les rnclierches précédentes s'appliquaient surtout aux idées, nous allons retrouver à propos des actions des manies du mémo genre que l'on peut aussi considérer comme des conséquences du

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besoin de précision. On remarquera en premier lieu, la man*" clos précautions, c'est-à-dire le besoin de faire une foule cl • petites actions accessoires qui sont destinées à rendre plus facile une action principale ou à empêcher une action que l'on redoute.

Zo..., qui a l'obsession des épingles, se détourne des boites au lait, fait des détours dans la rue pour ne pas passer auprès des marchands de comestibles, elle mange elle-même très lentement, divise ses aliments à Tinlini, etc. Dk... se met en tête d'écrire sur un carnet tout ce qu'il fait au cours de la journée afin de ne rien oublier. Cha..., qui a la manie de rechercher les noms et adresses des personnes qui lui parlent, ne vous aborde jamais sans vous prier d'écrire tout de suite votre nom et votre adresse sur un carnet qu'il porte constamment. Nadia prend toutes sortes de précautions dans son alimentation, j'en ai déjà parlé, elle se couvre le visage, ordonne à sa femme de chambre une attitude spéciale quand elle passé devant elle, etc. La manie des précautions se manifeste dans ses lettres surchargées de mots soulignés et terminées toujours par la formule : « veuillez, je vous prie, avoir la bonté de né montrer cette lettre à personne et de la brûler. » Vob... ne s'endort pas sans coudre le bas de sa chemise en dessous de ses pieds, sans attacher les manches de sa chemise aux draps par des épingles-, afin d'éviter pendant le sommeil les masturbations.

Jean présente bien des actions bizarres en rapport avec ses précautions : il marche très lentement, à petits pas, il prend de grandes précautions au tournant des rues, car s'il se permettait un mouvement un peu brusque, il y aurait un « frottement psychique » de ses parties qui provoquerait la masturbation et ses terribles,conséquences. Un jour, mais une fois seulement, il a été jusqu'à découdre son pantalon et à enlever la doublure « po\ir gagner de la place » il est resté une soirée avec son pantalon décousu sans être plus tranquille d'ailleurs. Il continue toujoijrs à tenir ses jambes très écartées quand il est assis, il arrange sa chemise et son caleço.n de manière spéciale. 11 ne peut couper son pain quand il est debout, ce qui occasionne l'idée de se crisper, il change la place de son lit, etc., il a des artifices pour se moucher « sans ébranlement », il réduit l'acte d'uriner et écarte les mictions jusqu'à perdre les urines par regorgement, etc.

Chez Claire il faut noter que ce besoin de précautions amène une extraordinaire et perpétuelle surveillance d'elle-même. Cesl

un effort perpétuel pour être sur le qui-vive ; je ne me donne pas une minute de liberté et j'absorbe toutes mes forces dans cette surveillance de moi-même ». La nuit même, elle s'oblige à rester parfaitement immobile dans une position déterminée et elle y réussit au prix d'une courbature de tout le corps. Les membres ne peuvent pas se laisser aller au repos, ils sont constamment à demi raidis. Nous retrouverons le même symptôme chez Lise, dans les grandes périodes de surveillance d'elle-même, et nous aurons à l'étudier encore comme une des manifestations physiques de l'état d'inquiétude.

A cette manie on peut ratlacher !a manie de la lenteur si curieuse chez Vk... Ce n'est pas une lenteur naturelle en rapport avec l'aboulie, c'est une lenteur voulue, calculée dans tous les actes qui lui paraissent avoir quelque importance. Il lui faut une demi-heure pour mettre son jupon et une autre demi-heure pour passer une robe, « si je vais plus vite je ne suis pas sûre que ce soit bien fait et la vue des gens pressés qui vont vite m'énerve ».

Parmi ces précautions que prennent les malades, la plus simple et la plus banale de toutes, ce sont àc?, précautions de propreté. Comme ils ont peur de faire avec leurs mains un acte qu'ils redoutent et comme, ainsi qu'on la vu, leurs craintes portent sur de petites choses, le meilleur moyen de garantir leurs mains, c'est de les laver. Il en résulte qu'un lies grand nombre de ces malades ont passé par une période où ils se lavaient les mains perpétuellement. Il est inutile de citer ici des noms, nous avons une vingtaine de malades qui se lavaient ainsi continuellement. D'autres se préoccupent aussi de la propreté de leurs vêtements et passent leur temps à^les brosser, « de peur qu'il ne soit tombé dessus une miette d'hostie, » ou bien ils lavent les meubles, les essuvent sans cesse de peUr de la poussière, des microbes, des parcelles métalliques.

Quelquefois cette manie de propreté est très loin de s'allier avec une propreté réelle. U... a surtout des idées hypocondriaqueet la crainte du microbe de la phtisie. Elle se lave continuellement les mains, mais elle a peur de toucher un objet de sa chambre et elle ne peut pas tolérer qu'une autre personne y touche. II en résulte que la salle n'est jamais nettoyée, que le lit n'est jamais touché et que des ordures invraisemblables s'amoncellent en un véritable fumier. Quand j'ai commencé à soigner cette peraoane.

j'ai (lu lui faire couper une chevelure énorme, transformée en matelas infect (ju'il était impossible de nettoyer autrement et ce résultat bizarre provenait d'une manie de propreté.

Bien entendu la manie de la propreté se compliquera des doutes précédents ; après s'être lavés, ils doutent qu'ils se soient lavés et ils recommencent à se laver. Cette manie se joint h celle des interrogations et celle des répétitions. « Le doute, dit Legrand du Saulle, s'est mis au service du délire du contact et il se demande s'il s'est bien lavé les mains*. »

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