I. Rodeiibach, La nœur aux seriipitles, p
LES OB'-ISSIONS. ' L — Q
laO LES AGITATIONS. FORCÉES
raent Ips diverses aciions qu'il a faites, les diverses phases par lesquelles a passé chaque action. Il passe des heures à vérifier dans sa mémoire comment il a passé .d'un mouvement insignifiant à un autre aussi futile. Si par malheur dans cette revue, il y a un instant dont le souvenir ne lui soit pas précis, le voilà au comble du désespoir. Qu'a-t-il pu faire dans cet instant? C'est là que se glisse l'obsession et il fait les plus grands efforts de mémoire pour se convaincre que pendant cette seconde, il n'a pas accompli quelque horreur. Il en est de même pour Dk... : « à quel moment a-t-il pu tuer cette femme ? de quelle manière s'y est-il pris ? quel est l'instant de la journée où il n'était pas occupé à autre chose? » Il emploie des heures à cette recherche.
La recherche indéfinie est un des grands caractères de Lise, car, pour son malheur, elle ne se pose ces questions que sur line époque éloignée où la vérification minutieuse de l'emploi du temps est horriblement difficile. Il y a un an, le vendredi soir de telle date, s'est-elle laissée aller à vouer ses enfants au diable? Pour le savoir, il'faut rechercher, si à cette époque, elle a désiré quelque chose assez fortement pour prier le diable de le lui accorder, si elle a cédé à la tentation d'obtenir ce qu'elle désirait par le sacrifice des enfants, ou si elle a su résister en disant la formule d'exorcisme : « Non, non, /4, 3, 2. » Voilà un petit problème qui n'est pas facile à résoudre : il faut trouver minutieusement l'emploi de son temps afin de constater une sorte d'alibi moral, a Ça ne disparaît pas une minute de mon esprit. Je sens que je recherche tout le temps et ce sont des heures d'immobilité dans cette recherche stupide. » Or, elle recherche ainsi toutes les promesses qu'elle a pu faire à Dieu ou au diable, toutes les paroles qu'elle a prononcées, tous les signes qu'elle a faits jusqu'à s'afToler complètement.
Un cas intéressant de cette manie de rechercher un souvenir est celui de Bre... (i4i), femme de 1x2 ans; elle a perdu son mari il y a trois ans dans des conditions assez émotionnantes. Depuis ce moment, elle a le sentiment qu'elle a oublié la figure de son mari. Nous aurons à étudier jusqu'à quel point cel oubli est réel; pour le moment nous constatons que ce prétendu oubli est le point de départ d'une manie de recherche. Il lui faut arriver à se représenter visuellement la figure de son mari : elle se sert pour y parvenir des portraits, des descriptions, des souvenirs de toutes sortes, elle travaille nuit et jour et ne parvient pas suffisninment à son gré à cette représentation, i^uis elle s'excite à rechercher de la nrême
manière le souvenir de sa voix, de ses actions, etc. Elle croit avoir oublié tout ce qui le concerne, avoir oublié de la même manière tous les visages d'homme et ne plus même se souvenir d'avoir été mariée et elle s'épuise à retrouver avec précision tous ces souvenirs.
C'est à cette manie de rechercher des souvenirs que se rapportent le plus souvent les manies qui ont été décrites par Charcot et Magnan-' sous le nom (ï onomatomanies. Dans le cas le plus remarquable décrit par ces auteurs, le malade recherche toute la nuit le nom d'une petite fille dont il a lu l'histoire dans le journal; son état de crise déterminé par cette manie de recherche est épouvantable jusqu'à ce que le matin il puisse retrouver dans un journal le nom de Georgette.
On pourrait citer bien des exemples semblables : Hg-.- (i3o), femme de 5o ans, a été conduite à la manie des recherches d'une manière singulière : elle a été très ennuyée parce que l'on a bâti un mur devant la fenêtre de sa cuisine et toute la journée elle se demandait ce qui se passait derrière ce mur. La manie s'est peu h peu déplacée et maintenant elle remarque une ressemblance quelconque à propos de la figure d'un passant et il faut absolument qu'elle trouve le nom de la personne qui présente cette ressemblance avec le passant. Cha... (i3i), un homme de 76 ans, est encore à cet âge tourmenté par une manie semblable. A-t-il dans la journée causé avec une personne peu connue, il faut absolument qu'il retrouve le nom et l'adresse de cette personne, et il passe des jours et des nuits à rechercher dans sa mémoire ces renseignements. Aussi dès qu'il nous aborde, nous prie-t-il d'inscrire notre nom et notre adresse sur un carnet qu'il ne quitte jamais.
C'est aussi à cette manie du passé qu'il faut rattacher toutes les manies de remémoration qui peuvent prendre des formes variées. M. Raymond en a décrit un cas curieux : « Un homme de !\o ans, quand il voyage, regarde toujours attentivement les sites qui se déroulent sous ses yeux ; lorsqu'il a parcouru une certaine zone, il cherche à se remémorer l'aspect du paysage aperçu. S'il ne peut pas y arriver, il souffre tellement qu'il refait souvent le voyage pour combler les lacunes de sa mémoire... Parfois, il
I. Charcol et Alagnan, Onomalomanie, Arcluoes de neurologie, septembre i885.
liaiisioe avec lui-m6mc et ciivoio nn domestique vérifier certaines particularités restées incertaines dans son esprit*. »
Dans un cas de M. Lthvenfeld^, la manie du passé sembleencore plus indépendante de la recherche et de l'interrogation. Depuis l'âffe de i3 ans, le malade se plaint « que la pensée est envahie par des souvenirs obsédants d'une exactitude j)hotographique... » Il en résulte, dit l'auteur, « un effacement remarquable du moment présent, le malade vit plus dans le passé que dans le présent ». C'est là une remarque très importante, mais elle a rapport à des phénomènes essentiels que nous devons étudier plus tard isolément. Chez une de nos malades, chez Cz..., femme de 33 ans, nous 1 etrouvons cette manie de remémoration sans recherche précise : « Autrefois, dit-elle, je recherchais mes souvenirs pour savoir si je devais me reprocher quelque chose, pour me rassurer sur ma conduite, mais maintenant ce n'est plus du tout la même chose. Je me raconte tout le temps ce que j'ai fait il y a huit jours, il y a quinze jours, j'en arrive à voir les choses exactement et je n'ai aucun intérêt à les revoir, cela m'agace tout simplement, mais cela revient malgré moi. »
A cette manie du passé on peut joindre certaines manies de conservation des objets, certaines manies de collection. Plusieurs malades (Nadia, Lod..., etc.), gardent précieusement des tiroirs pleins de petits papiers sur lesquels sont écrits leurs serments, leurs promesses ou simplement des résumés de leur vie, d'autres conservent des enveloppes, des lettres (Jean), des boites en carton (U...), des chiffons (Vk...), et ne veulent pas que l'on détruise rien. M. S. de Sanctis' a décrit ces manies de collection, mais son étude vise surtout des malades différents des nôtres, atteints de paralysie générale pu de divers délires svstématiques, quelques-uns seulement de àes exemples se rapprochent des cas que j'étudie ici.
Dans tous les cas précédents la manie pousse les malades à dépasser le moment présent par la recherche et la considération du passé.
1. F. Raymonfl, Journal de médeeinc et de chirurcjie pratuinex. i^f)9' P- •'66.
2. LOvvculV'kl (Munich), Psychinli Uche Wocheiischrifl, lo juin iSyij.
3. S. de Sanctis, Collezvonisnfio e impuisi collezioriisti. Dull. délia Sociela Lancisiana degli osprdnli di Roiua, XVII, fasc. I, 1897.
f.a recherche peut aussi porter sur l'avenir, les malades cherchent quelles sont les conséquences lointaines de leurs actions ou cherchent à se représenter simplement les événements futurs. Jean appelle cela ses pressentiments, il imagine toujours tout ce qui va arriver dans quinzejours, dans un mois et il se plonge dans cette contemplation. Bab..., lenime de 28 ans, présente une maladie de l'avenir curieuse, des imaginations obsédantes, tout à fait analogue aux souvenirs obsédants de Lôwenfeld. Devant le berceau de sa petite fille qui a 18 mois elle cherche quelle robe elle mettra au mariage de cette enfant « et cette cérémonie de mariage me tracasse énormément, il faut que je combine toute la cérémonie, toutes les invitations, que je cherche comment je pourrai payer la robe de la mariée, c'est une véritable fatigue ». Lise dépasse toujours le moment présent se répétant ce qui arrivera quand elle aura fini ce travail, quand elle sera vieille, quaiid elle sera morte. « J'arrive toujours à la pensée de la mort parce que c'est le dernier terme. » Nous retrouverons cette pensée à propos des manies de l'extrême.
La recherche peut dépasser les faits du passé et ceux de l'avenir ; elle peut porter sur tous les problèmes scientifiques ou philosophiques. C'est la recherche pour la recherche, sans intérêt immédiat.
Cette forme de la manie est la plus connue, elle se trouve décrite souvent sous. le nom de folie de l'interrogation, folie métaphysique, etc. C'est le Crûhelsûcht, le Fragetrieb des auteurs allemands, c'est l'une des formes de la psychasthénie qui a été décrite en premier lieu par Griesinger. Un de ses malades ne pouvait entendre le mot « beau » sans se poser malgré lui une série inextricable et indéfinie de questions sur les problèmes les plus obstrus de l'esthétique. Le mot « être » le lançait dans la série des discussions métaphysiques. « Je ruine ma santé, disaitil, en pensant sans cesse à des problèmes que la raison ne pourra jamais résoudre et qui malgré les efforts les plus énergiques de ma volonté me fatiguent sans trêve. Le cours de ces idées est incessant,.. Cette réflexion métaphysique est trop continue pour être naturelle..., chaque fois que ces idées reviennent, je tente de les chasser et je m'exhorte à suivre la voie naturelle de la
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pensée, à ne pas m'einbroniller le cerveau de cliosos abstraites et insolubles et cependant je ne puis me soustraire à l'impulsion continuelle qui martèle mon esprit. » Depuis ce travail de Griesinger, cette manie mentale a été décrite bien souvent. « L'obsession peut prendre la forme interrogative, disait M. Saury : « Pourquoi les couleurs sont-elles inégalement réparties, les arbres verls, les pantalons rouges, le deuil en noir? Pourquoi les hommes ne sont-ils pas plus grands?' » Une observation de M. Ladame est fort remarquable : il s'agit d'une femme qui depuis l'enfance se posait à elle-même toute espèce de questions insolubles dont elle cherchait en vain la réponse de manière à troubler toute son activité. Ce sont des questions relatives à la création (Schtipfungsfragen). « Est-ce que le monde a pu se faire tout seul? Peut-on diviser un objet en parties infiniment petites? Comment l'âme sort-elle du corps, etc.?^ »
J'ai pu observer chez de nombreux sujets tous les degrés de ces recherches depuis les questions les plus humbles sur le costumes, jusqu'aux plus grands problèmes métaphysiques. Elg..., jeune femme de 19 ans, s'interroge à propos du costume que porte la personne qu'elle regarde : « Pourquoi porte-t-on un tablier? Pourquoi met-on une robe..? Pourquoi les messieurs n'ont-ils pas de robes ? » et quand elle s'absorbe dans ces questions elle peut ni écouter ni répondre. Un homme de 87 ans, Qs..., s'interroge sur la fabrication des objets, « comment a-t-on pu faire une maison ? un bec de gaz?... » Il essaye de s'arrêter en murmurant : » Allons ne t'emballe pas, n'y pense pas, » mais il revient à la question : « Comment peut-on faire brûler du gaz ? Comment de l'air peut-il s'enflammer et éclairer ?.. » Rost... se borne à chercher « la définition du violet». Za... s'interroge sur des problèmes de morale : « Qu'est ce qu'une mauvaise pensée? En ai-je eu avec ou sans mon consentement ? Car tout est là, mais qu'est-ce que c'est qu'un consentement ? » Za... est resté trois ans à méditer sur le mot « consentir » sans arriver à une solution.
Nem..., après avoir éprouvé un sentiment d'élonnement en voyant un individu qui lui paraissait drôle, trouve tout surprenant et s'interroge sur tout. « Comment se fait-il qu'il tonne, qu'il y