I. Legranrl du Saullo, Folie du doute, p
a. Bail, Froiitirres de la folie. Revue scientifique, i883, I, p. 3.
recommencent indéfiniment tandis qu'ils n'hésitent pas pour les -litres. Yor... (iSy), quand elle a uriné, éprouve un mécontenement que j'ai déjà signalé, aussi retourne-t-elle immédiate- .nent aux cabinets, elle en ressort « sans être certaine d'avoir évacué les dernières gouttes ». Elle retourne ainsi soixante fois aux cabinets avant de se coucher et ne s'arrête que tout à fait épuisée de fatigue. Un de nos malades Rk... répète chaque phrase qu'il lit, chaque phrase qu'il prononce ou bien il fait répéter chaque phrase que l'on prononce devant lui : «Mon Dieu,penset-il, voilà encore une phrase qui s'en va dans l'éternité et je ne l'ai pas bien comprise. »
D'autres pour ne pas recommencer indéfiniment se fixent une limite, un nombre de fois déterminé. Nous retrouvons ici cet amour pour les chiffres, dont la précision apparente les enchante et ils recommenceront l'acte quatre fois, dix fois, espérant par là être sûrs qu'il sera bien fait. Nadia veut faire chaque action six fois, Ser... se borne à trois fois, Jean à quatre fois ou à un multiple de quatre. Rien n'y fait malheureusement, car ils ne sont plus sûrs maintenant d'avoir bien compté : pour être satisfaits, il ne leur faut plus recommencer l'acte mais la série des actions. Une pauvre femme pour se tranquilliser veut réciter une dizaine de chapelet, puis elle la recommence parce qu'elle croit qu'il en manque, aussi fait-elle des dizaines de quatre heures du matin jusqu'à midi.
Une forme curieuse de ce besoin de recommencer, forme qui donne lieu à bien des erreurs, c'est le besoin du retour en arrière. Pour recommencer l'action il ne faut pas s'éloigner du milieu où elle doit être faite, il ne faut pas quitter trop vite les circonstances au milieu desquelles l'acte doit avoir lieu. Ces malades désirent donc ne pas changer de place. Cette haine du changement, fondamentale chez eux, en raison de leur aboulie est ici fortifiée par le désir d être à même de recommencer les pensées, les sentiments, les actes dans les mêmes conditions où ils ont déjà été accomplis. Ils cherchent donc, comme Claire à retourner en arrière, à reprendre la même pensée aux mêmes -heures, au même endroit. Ils craignent qu'on ne les déplace malgré eux et trop rapidement. Dès que Claire est à Paris elle veut repartir à la campagne « comme il me semble, dit-elle, que je n'ai jamais fait ce que je devais, je crois aussi que je ne suis pas à la place qu'il faudrait, que je devrais retourner à la place précé-
l'iO LES AGITATIONS FORCÉES
dente ». On comprend quel trouble terrible npportent les voyages en chemin de fer qui entraînent rapidem-ent loin de la place' précédente. Cela met cette jeune fille au désespoir, elle voudrait revenir en arrière, à son point de départ, au moins à la station précédente.
Cette ijdée est très fréquente. M. Ameline signalait au dernier congrès de psychologie une jeune fille du service de M. Magnan qui n'aimait pas, en chemin de fer, voir les maisons rester en arrière à mesure que le train avançait. « L'impression du sol qui fuit sous mes pas me laisse un vide et tout en me rendant compte que je dois continuer mon chemin, j'éprouve des hésitations à poursuivre vers mon but. Quand je suis arrivée il me semble que j'ai été trop vite ; il faut que je retourne à mon point de départ. Quand au lieu de faire un trajet à pied, je le fais en voiture, j'éprouve le même vide en voyant les maisons et tout fuir sur la route et si je n'étais pas en voiture, il w>e semble que je m'arrêterais'. »
On retrouve ce retour en arrière chez Fé..., chez Byl..., qui croit toujours « laisser un vide derrière elle en passant trop vite ». Je crois que cette manie de retourner à la même place et au même moment où a débuté l'action joue quelquefois un rôle dans la phobie des chemins de fer. Il est facile de voir qu'elle se rattache non seulement à la manie de la répétition mais aussi à la manie du symbole ; ce retour en arrière est une façon de svmboliser le besoin de recommencer, le mécontentement de l'action.