‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 5 sur 380 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

pormet de pénétrer bien plus avant dans l'étude d'nn très grand nombre de ces sentiments dits « sentiments intellectuels » ainsi que dans l'étude de plusieurs sentiments sociaux très importants pour compreridre .les relations sociales.

Quelle que soit l'importance de ces analyses psychologiques j'insiste sur un problème dont la discussion revient très souvent dans ces pages et dont l'étude forme la partie principale de cet ouvrage. Je veux parler de l'étude des opérations psychologiques qui permettent à l'homme d'entrer en rapport avec la réalité, d'agir sur elle et de saisir son existence avec certitude. La fonction du réel, avec les opérations de la volonté, le sentiment du réel, le sentiment du présent occupe la première place dans la hiérarchie des phénomènes psychologiques et son étude est aussi importante pour la métaphysique que pour la psychologie.

Cette étude des psychasthéniques est divisée en- deux volumes. Le second que je publierai en collaboration avec M. le P^Ravmond contiendra les observations cliniques d'un très grand nombre de ces malades, plus de deux cents, il renfermera des descriptions, des documents psychologiques et cliniques qui ne pouvaient prendre place dans les études plus générales du premier volume, il apportera en quelque sorte la justification et les preuves des interprétations présentées par celui-ci.

Le premier volume renferme la plupart des études relatives aux psychasthéniques, la première partie est descriptive et analvlique, la seconde est plus théorique et plus générale.

Dans la première partie, après quelques indications sur lesmalades étudiés etsur leur attitude assez caractéristique, l'étude de leurs obsessions sera faite d'une manière analytique en descendant des caractères les plus apparents, jusqu'aux phénomènes plus profonds dont les premiers semblent dépendre. C'est ainsi que j'étudierai d'abord le contenu ou la matière de ces obsessions, c'est-à-dire le sujet auquel s'appliquent lea pensées du malade. Ce sera, par exemple, la pensée du démon, ou l'idée du meurtre, ou celle du suicide, qui tourmente le plus son esprit. Cet aspect, que l'on peut appeler intellectuel àe l'obsession a été, dans ces derniers temps, un peu négligé, depuis que l'on a remarqué très justement le rôle considérable que joue l'émotion dans cette maladie. Il ne me semble pas juste de le négliger complètement, il

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(Mîcupe une nrjm.l»' placo dans les syniplômes que préseule ce o;rt)ii|>o paiiiciilit'r des obst'dés que je range sous le nomde scrupuleux. Peut-être son élude nous perinetlra-t-elle de classer ces diverses obsessions, de remarquer qu'il y a cntic elles beaucoup d'analogies et que le contenu de ces idées est loin d'être insignilianl pour l'interprétation de la maladie.

Ensuite, je me propose de réunir sous ce titre « les agitations forcées » les divers troubles qui accompagnent les idées obsédantes ou qui les remplacent. J'entends par là toutes ces opérations exagérées et inutiles qui constituent les manies mentales, les tics, les phobies ou les angoisses.

Enfin, je voudrais chercher dans l'analyse d'un état psychologique spécial, qui ne me parait pas être précisément une émotion, mais qui doit se ranger dans le grand groupe des s<?«^m2e/i?s intellectuels^ dans l'analyse de l'état d'inquiétude, le point de départ plus profond d'où proviennent et ces idées spéciales et les diverses agitations.

Il sera plus facile alors, dans une deuxième partie plus générale et plus synthétique, d'examiner les différentes hypothèses qui ont été présentées pour interpréter cette curieuse altération de l'esprit. Je rechercherai, à ce propos, ce que ces troubles, qui sont do véritables expériences psychologiques, peuvent nous apprendre sur le mécanisme de l'esprit sur l'importance de tel ou tel phénomène. Ces altérations de la pensée mettent en lumière le rôle important de certains faits qui restent confondus au milieu des innombrables phénomènes qui remplissent le cours de la vie normale. C'est ainsi que nous pourrons étudier n la fonction du réel » et les divers degrés de « la tension psychologiqiie ». Cette même partie contiendra également les études générales relatives au diagnostic, au pronostic, au traitement et à la place de la psychasthénie parmi les psyciio-névroses.

Ces études sur les psychasthéniques ont été faites sur un assez grand nombre de malades ; j'ai réuni depuis quelques années 325 observations qui, malgré une grande et intéressante diversité, me sembi(int assez comparables pour constituer un groupe. Une partie de ces observations a été prise dans le service de M. Jules F'alret ii la SalpAliière ; une autre partie, la plus importante, a été recueillieiila cliniciuedoM. le P' Raymond, mais un grand nombi'e de ces malades ont été étudiés eii dehors de riiôpilai. 11 estiuté-

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ressant de remarquer déjà que cette catégorie de malades se rencontre un peu plus souvent dans la clientèle de la ville que dans celle de l'hôpital, car, ainsi qu'on le verra, un certain deffi»é de culture intellectuelle joue un rôle dans son développement.

Je n'essaierai pas de résumer ici toutes ces observations ; il suffit d'indiquer sur leur ensemble quelques remarques générales. Sur ces 826 malades, je compte 280 femmes et 96 hommes, la plus grande fréquence de la maladie, dans le sexe féminin, est donc bien manifeste. La plupart de ces malades ont de 20 à 40 ans ; c'est à cette période de la vie que la maladie prend un plus grand développement; 6 de ces sujets sont au-dessous de 16 ans et nous permettent d'ajssister aux premiers symptômes du trouble mental, tandis que 9 malades qui ont dépassé 60 ans nous en présentent les formes ultimes.

Ne pouvant décrire avec précision tous ces malades, j'en choisirai quelques-uns qui présentent les phénomènes de la façon la plus précise et la plus intéressante et qui, d'ailleurs, ont été étudiés avec plus de soin pendant de longues périodes et je grouperai les autres cas autour de ces observations prises comme types. Les malades sur lesquels j'insisterai le plus sont surtout les cinq suivants: Claire (Obs. 222)' est une jeune fille actuellement âgée de 28 ans, que j'ai étudiée et traitée depuis 9 ans. Cela prouve que la maladie ne se guérit pas aisément, puisque cette jeune fille est encore au moins une anormale, décidée à ne pas se marier et dont on ne peut blâmer la résolution. Elle habite la province et vient de temps en temps passer plusieurs mois à Paris, c'est à ces moments* que je la vois régulièrement. Ces alternatives entre hes périodes de traitement et les périodes d'interruption déterminent des alternatives intéressantes dans l'évolution de la maladie qui nous fourniront quelques constatations intéressantes. Lise (Obs. 228), pour lui conserver le nom

1. Il est impossible (ie donner d'une façon complote tontes ces observations, je dois me borner à indiquer d'une façon sommaire les faits présentés par chaque malade et qui ont un intérêt pour la discussion générale. Cependant comme cf"^ observations présentent un certain intérêt, comme elles contiennent certains renseignements utiles, les antécédents héréditaires ou personnels, la durée et l'évolution de la maladie, les résultats du traitement, etc., je compte les résumer dans le second volume de cet ouvTage que je publierai, je l'espère, prochainement en collaboration avec M. le P"" Raymond. C'est pourquoi le nom conventionnel ou les lettres qui désignent un malade seront suivie dans cet ouvrage d'un numéro d'ordre qui permellra' de retrouver son, observation dans le second volume.

XIV I.IvS OBSESSIONS ET LA PSYCHASTIIEME

sons lt'(|ii('l je l'ai drjà sigiialt'-e dans diverses études, est nne Irnune de Ho ans. i\uo je suis régulièiement à pou près sansintcrvnption depuis 5 ans. Sa maladie, très grave au début, a pu ôtre amendée peu à peu ; c'est une femme iiitelligente, instruite, rapal)le de hien obsoiver. Jean (Obs. 167) est un bomme de 3l ans, dont la mahidie mentale, mélange de scrupule et d'bypocondrie, est des plus graves, et quoique je l'observe depuis un an, je dcses[)èie de l'améliorer autant que les malades précédentes. Nadia (Obs. iG()), ce pseudonyme a été choisi parla malade ellemènie, est une jeune fille de 28 ans, que j'observe également tlepuis plus de G ans et qui est particulièrement bien connue, puisqu'elle a l'habitude, rare chez- les scrupuleux, de m'écrire de longues lettres, où elle note, avec de grands détails, beaucoup d'incidents de sa maladie. Gisèle (Obs. 171) est une femme -de 3o ans, remarquable par son aptitude à l'analyse psychologique et par ses descriptions imagées, qu'elle consent souvent à écrire comme la précédente et qui m'ont souvent rendu service. Autant que possible, ces cinq malades seront cités de préférence, «t les autres, 'moins étudiés, leur seront comparés.

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