I. Thulié, Le dressage des jeunes dégénérés, Paris, Alcan
séances, il se lasse, le médecin aussi parfois et finalement, après des hauts et des bas et des oscillations multiples, le sujet retombe définitivement. Nous avons suivi ainsi pendant plusieurs mois, même pendant plusieurs années, des dégénérés hystériques enclins aux impulsions auxquels nous appliquions méthodiquement le traitement ,par l’hypnose et chaque fois, les choses finirent, à la longue, par tourner mal. Le cas d’un de ces individus, kleptomane et dromomane, qui, après avoir paru s’améliorer, recommença la série de ses actes délictueux et disparut, se trouve relaté à la fin de ce chapitre. Un autre, également kleptomane et dromomane, dont l’un de nous a publié ailleurs l’observation, rechuta également et s’est, en fin de compte, suicidé
En résumé, la psychothérapie, sous toutes ses formes, peut rendre de réels services dans le traitement des impulsions, mais il convient de ne pas s’en exagérer la valeur et de ne l’employer qu’à bon escient.
De par la nature même du phénomène qu’ils présentent, les impulsifs sont des malades essentiellement dangereux, lu internement s’impose donc le plus souvent pour eux, ne serait-ce que par mesure de sécurité. Cette nécessité de l’internement est évidemment d’autant plus impérieuse que l’impulsion elle-même revêt une forme plus violente, plus agressive, plus dangereuse et qu’elle offre un degré plus grand d’irrésistibilité.
I. E. ^ ÉGis , Kleptomanie et hypnothérapie. Société de médeae de Bordeaux, 1896.*
TRAITEMENT
C’est dire qu’elle l’est beaucoup moins vis-à-vis des impulsions psychiques ou obsédantes, souvent platoniques, dans lesquelles la volonté reste encore, au prix d’efforts et de lutte, maîtresse du terrain et nous ne pouvons que renvoyer à cet égard à ce que nous avons déjà dit dans la première partie de cet ouvrage sur l’internement dans les obsessions.
Il y aurait peut-être à examiner ici la question de savoir si les aliénés impulsifs, non pas les impulsifs d’occasion, mais les impulsifs d’habitude, c’est-à-dire les aliénés réellement dangereux, pour ne pas dire criminels, devraient ou non être placés dans un asile spécial et être maintenus là jusqu’à preuve parfaite de guérison.
Notre opinion à cet égard est celle de la majorité des aliénistes de tous les pays. Nous estimons qu’au moment où l’hospitalisation des aliénés est en train de subir des modifications profondes dans le sens de l’accroissement de la liberté des malades, il devient plus indispensable que jamais de rendre ce progrès possible en séparant des autres les aliénés vraiment redoutables, susceptibles de faire courir des dangers permanents à la société. Nous pensons que l’asile de plus en plus ouvert pour les aliénés inoffensifs, doit avoir pour complément ou pour mieux dire pour contre-partie l’asile de sûreté pour les aliénés dangereux et criminels, soumis là aux dispositions spéciales proposées à leur égard par les projets modificateurs de la loi de i838 et que M. le député Cruppi voudrait si justement voir détacher et voter, en raison de leur importance exceptionnelle, de l’ensemble d’une loi de réforme qui semble vouée depuis 22 ans à n’aboutir jamais.
Mais, en vertu du vieil adage que « mieux vaut prévenir que guérir », il serait préférable à tout d’attaquer le mal dans sa racine, c’est-à-dire, d’organiser Vassistance et Véducation des dégénérés qui, nous l’avons vu, constituent la majeure partie des récidivistes impulsifs.
Cette question du traitement social du criminelmalade par la prophylaxie du dégénéré, fait actuellement l’objet de Tétude des criminologistes, médecins et magistrats, et elle a été parfaitement résumée dans l’intéressant rapport cité plus haut de Jules Morel, au Congrès de l’Anthropologie criminelle de 1901 . Ce rapport conclut à la nécessité de placer les jeunes dégénérés, délinquants de l’avenir, dans des établissements médico-pédagogiques spéciaux, sur le type, à perfectionner, des maisons de réforme et de préservation déjà instituées à l’étranger, comme la Reformatory d’Elmira.