‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 108 sur 114 · L. Laxde. — A. Pitres. — E. Régis · texte numérisé non relu

L. Laxde. — A. Pitres. — E. Régis

N. B. — B... a été condamné par le tribunal correctionnel à trois mois de prison avec bénéfice de la loi Bérenger.

Abus de confiance. — Dégénérescence hystérique. — Impulsions à la fugue * et aux vols. — Responsabilité très atténuée. — Condamnation avec application de la loi Bérenger. — Traitement par la suggestion hypnotique. — L’étude du dossier de l’inculpé est loin de lui être favorable ; M...nous apparaît comme un jeune escroc, habile, roué, ayant commis depuis deux ans toutes sortes de méfaits dans lesquels rien, à première vue, ne trahit l’impulsion ou la maladie.

Un jour, par exemple (i4 avril 1897 ), il se rend chez M. G..., arquebusier, achète une paire d’épées et donne l’ordre de les apporter tout de suite avec facture acquittée dans une maison garnie, qu’il indique, afin de les montrer à son père. La bonne de M. G... arrive bientôt après portant les épées. Dès qu’il la voit, M... s’écrie aussitôt: «Et mon fusil?— Quel fusil Prépond la bonne. — Mais celui que j’ai commandé. Allez vite le chercher et laissez là les épées en attendant. » La bonne retourne au magasin et quand, après une courte explication avec son maître, elle revient, M... avait disparu avec les épées.

Une autre fois, le 2 .septembre 1897 , M... va louer chez M. V... une bicyclette et différents accessoires et, avec l’intention manifeste de le tromper, il signe le bulletin de location d’un faux nom suivi d’une fausse adresse.

Pitres et Régis.

C’est du reste pour cette affaire qu’il est poursuivi et que nous avons à l’examiner.

11 est évident que ce sont là des actes de pure escroquerie, si bien qu’on est tenté d’abord, à ne juger que par eux, de considérer M... comme un individu parfaitement responsable.

Mais l’impression change du tout au tout, si, au lieu de s’en tenir au seul examen des actes incriminés, nous envisageons la personnalité de leur auteur et les mobiles qui ont pu le guider dans leur accomplissement.

Et d’abord, M... appartient à une famille tarée au point de vue névropathique. Sa grand’mère maternelle qui, sur sept grossesses, eut six fausses couches, était une grande hystérique sujette à des attaques convulsives. Sa mère a eu également de i4 à 4o ans de nombreuses attaques hystériques. Elle est de plus bizarre, emportée. Elle tombe souvent, le jour, dans un état de rêvasserie somnambulique . qu’elle ne distingue pas de la réalité et à la suite duquel, encore à demi hallucinée, elle a des colères impulsives.

M..., ainsi prédisposé par son origine, a de plus des antécédents personnels mauvais. Enfant, il a été atteint de convulsions. A 11 ans il a eu une fièvre, typhoïde très grave qui s’est accompagnée pendant trois semaines d’un délire aigu.

Comme il arrive souvent chez les prédisposés, cette fièvre typhoïde a eu sur M... un effet déplorable. Enrayant son développement intellectuel et moral, elle l’a laissé débile d’esprit, incapable d’apprendre et de retenir, indolent, indifférent e tout, si bien qu’à i4 ans, au sortir de pension, il ne savait pas grand’chose et n’a pu se livrer depuis à aucun travail sérieux et régulier.

Mais tout ne s’est pas borné là. Bientôt deux tendances instinctives ont apparu chez lui ; d’une part le besoin impérieux, irrésistible, subit, de tout quitter à certains moments pour partir au loin, à l’aventure ; d’autre part.

le besoin de posséder, n’importe par quel moyen, tout ce qui éveillait son désir.

Les fugues accomplies par M... sont déjà très nombreuses. Un jour, sous un prétexte quelconque, il quitte sa mère au cimetière, court à sa chambre, jette au hasard quelque peu de linge dans une cage, se rend à la gare avec cette valise improvisée et bien que n’ayant pu prendre son billet que pour Tonneins, descend à Agen, sort en se faufilant par la gare des marchandises et s’empresse de louer une bicyclette sur laquelle lise promènejusqu’à ce que sa mère prévenue vienne le chercher.

A diverses reprises, il a ainsi échappé à sa famille, même enfermé, sortant par la fenêtre, rentrant par la cave et chaque fois, réussissant à louer une bicyclette, il s’en va au loin. En avril 1897 , par exemple, ayant donné rendez-vous à un marchand au Parc bordelais, pour l’essai d’une bicyclette, il monte sur la machine, fait quelques tours tranquillement suivi de l’employé, puis tout à coup enfile une porte et disparaît à toute vitesse. Quelques jours après, il était arrêté à Roy an et conduit de là d’abord à Marennes, puis à Bordeaux, au Fort du Hâ, d’où il sortit en liberté provisoire.

Il est certain que la bicyclette exerce sur M... une attraction particulière. Il a déjà loué ainsi, dans des conditions plus ou moins délictueuses, un assez grand nombre de machines avec ou sans accessoires, et s’il n’y a pas eu plus de plaintes contre lui, à ce point de vue, c’est que sa mère a désintéressé la plupart des plaignants.

Mais ce n’est pas la bicyclette elle-même qui passionne M... Ce qui l’attire en elle, c’est qu’elle est le meilleur instrument de ses fugues impulsives. Et ce qui le prouve, c’est que dans certaines circonstances il a usé d’autres moyens pour satisfaire son besoin pathologique de locomotion. Voici, par exemple, en quelques mots, le récit de sa deirxième escapade, très significative.

LES IMPULSI 03 (.S

Le 20 septembre 1897 , M... échappe comme d’habitude à sa mère, emportant quelques petites affaires dans un journal. Il prend le train jusqu’à Bayonne, descend dans un hôtel où il s’inscrit sous le nom de M. H... de Siluos, étudiant en médecine, loue une voiture et un cheval, se rend à Saint-Jean-de-Luz, perd son argent au casino, et là, arrêté sur la plainte du voiturier, est conduit à la prison de Bayonne. Après interrogatoire et semonce du magistrat instructeur, il est relaxé.

Sorti de prison avec l’intention de rentrer à Bordeaux, il ne tarde pas à rencontrer dans'la rue un jeune homme qu’il connaît. Aussitôt ses bonnes résolutions s’évanouissent, il offre à son camarade une partie de promenade, loue deux chevaux et part avec lui. Le soir venu, son compagnon plus prudent ou plus raisonnable fait reconduire son cheval au loueur par un commissionnaire; quant à lui, il continue sa course, va toujours de l’avant sans s’inquiéter de rien et le surlendemain, il est arrêté à Saint-Pé par la gendarmerie qui le conduit de nouveau à la prison de Bayonne. Après une dizaine de jours de prévention, durant lesquels il casse tout, le magistrat le rend à sa mère qui s’engage à le faire examiner au point de vue mental.

Telle est la première tendance morbide deM... La seconde, désir irrésistible de posséder tout ce qui éveille son envie, n’est pas moins caractérisée.

Cette tendance, qui date déjà d’assez longtemps, s’est surtout accentuée, comme la première, depuis deux ans. M... est absolument comme un enfant. Lorsque quelque chose le tente, il faut qu’il l’ait, et commeiln’a pas d’argent, il l’achète sans payer. C’est ainsi que pendant un temps, il a amené chez lui un tas de chiens de toute race et de toute taille qu’il se faiss&t donner ou vendre et qu’il obligeait sa mère à nourrir. A une époque plus rapprochée, il s’est mis à accumuler des achats de trousses de

médecine, de boîtes de pharmacie de poche, de seringues de Pravaz, etc..., qu’il donnait ordre d’apporter chez lui. Il a acquis dans les mêmes conditions les objets les plus disparates, des épées, des bottes, des costumes, etc., etc.

Cette tendance se manifestait avec des caractères tels que sa famille ne s’était pas trompéesur sa nature etqu’elle l’avait, paraît-il, considérée comme pathologique. C’est ce qui résulte de la note publiée par elle dans la petite chronique du journal La Petite Gironde du 5 septembre 1897, à l’occasion d’une des fugues de M..., sous la rubrique : cc Disparu. » Elle est ainsi conçue : « Un jeune homme d’une vingtaine d’années, faible d’esprit, a disparu depuis lundi de son doinicile. Voici son signalement ; taille i'” 75, blond, portant les cheveux très longs et vêtu d’un complet de cheviotte noire. Ce jeune homme qui se présente très bien, a la manie des achats. Prière de ne rien lui livrer. Les personnes qui pourraient fournir des indications sur ce jeune homme sont priées de s’adresser rue

Chose curieuse et qui achève de donner à cette « manie d’achats 3> de M... son véritable caractère impulsif, c’est que non seulement il n’a jamais volé, au sens propre du mot, bien que cela lui eût été souvent facile, mais que jamais non plus, il n’a cherché à tirer un profit quelconque des objets dontil faisait l’acquisition frauduleuse. Le plus souvent, il les accumulait chez lui ou les donnait.

Les actes délictueux de M..., si manifestement coupables au premier aspect, ne sont donc en réalité, lorsqu’on les examine de près, que des actes impulsifs, éma-j nés d’un débile d’intelligence et de volonté.

M... est en effet un dégénéré. Déjà prédisposé, nous l’avons vu, par son hérédité, il a été enrayé dans son développement mental, d’ahord par des accidents cérébraux infantiles, ensuite et surtout par une fièvre typhoïde très grave. Depuis cette époque il est resté d’un niveau Intel-

lectuel très inférieur, sans idées suivies, sans mémoire, sans jugement, d’une mobilité etd’uneinstabilitéinouïes; très sensible, mais au fond indifférent à tout et sansaffection, même pour les siens, incapable de bien ou de mal, impuissant à résister à un désir, s’amusant encore avec les enfants en bas âge. Avec cela, quelques stigmates physiques de dégénérescence ; rriicrocéphalie, malformation de l’oreille, myopie oculaire avec strabisme, etc.

Mais M... n’est pas qu’un dégénéré débile ; c’est aussi, comme sa mère et sa grand’mère, un hystérique. Il n’a pas comme elles de grandes attaques convulsives, mais il présente en revanche un grand nombre de symptômes de petite hystérie. Il est très émotif, très impressionnable, très peureux ; il est fréquemment sujet à la houle hystérique, au clou hystérique, à des accès de pleurs caractéristiques. Il a le mauvais sommeil, les rêves, les cauchemars des hystériques.

De plus, il tombe fréquemment, comme sa mère, surtout depuis 4 ans, dans des états de demi-somnambulis^ me, de subconscient diurne. Cela lui arrive surtout après les repas ou quand il est contrarié. Alors sa céphalalgie s’augmente, il s’isole et bientôt il reste immobile, les yeux ouverts, fixes, entendant vaguement ce qui se passe autour de lui, mais n’y répondant qu’une fois réveillé. Dans cet état de subconscience, c’est presque toujours des scènes de voyage qui se présentent à lui : il calcule, combine, suit un itinéraire dans tous ses détails. Nous n’avons pu savoir au juste si, ce qui arrive parfois dans ces cas, il exécute au réveil le voyage dont il a ainsi rêvé, mais ce qui est certain, c’eât què c’est le plus souvent à la suite d’une de ces crises somnambuliques qu’il s’enfuit et, chose curieuse, il lui est arrivé, à maintes reprises, d’éprouver dans le cours d’une de ses fugues, en face d’un paysage nouveau pour lui, cette sensation si particulière qu’on appelle le « déjà vu ».

RAPPORTS ÎVIÉDICO-LÉGAUX

Quoi qu’il en soit, lorsqu’il part, il a de la céphalalgie, des bourdonnements d’oreilles, du tremblement nerveux, mais tous ces symptômes se dissipent lorsqu’il est hors de portée. Le lendemain, il se sent isolé, a comme un regret de sa sottise, mais n’a pas la force de revenir.

M... est donc un dégénéré hystérique, dépourvu de toute volonté, de toute domination sur lui-même. Il obéit sans lutte, sans résistance aux désirs qui lui viennent et c’est ainsi qu’il part subitement, qu’il loue, qu’il achète, ne s’arrêtant à aucune objection, à aucun scrupule, employant ce qu’il peut avoir d’intelligence, de finesse et de ruse pour arriver à son but.

Il sait assurément, au moins dans une certaine mesure, qu’en agissant ainsi qu’il le fait, il agit mal ; mais il ne calcule rien, il est dominé par son désir. Aussi quelle que soit la conséquence de son méfait, qu’elle lui attire des réprimandes, des corrections, la honte ou même la prison, il n’en a cure : il recommence presque aussitôt, comme cela lui est arrivé à Bayonne. En réalité, il ne saurait se comporter autrement, étant le jouet de ses impulsions.

Nous concluons donc ainsi qu’il suit ;

1° M... est un dégénéré hystérique avec grande débilité intellectuelle et morale, incapable de résister aux sollicitations impulsives dont il est l’objet.

2" Sa responsabilité pénale, sans être mille, est cependant très atténuée.

Bordeaux, le 27 janvier 1898.

E. Bégis.

Comme complément à ce rapport et à ces conclusions, nous pouvons dire que dans le double but de vérifier le côté hystérique de M..., mais surtout de tenter d’améliorer son état, nous avons commencé de le soumettre à

l’action de la suggestion hypnotique, pour essayer de le corriger de ses tendances impulsives.

Nous sommes parvenu, non sans peine, à le plonger dans un état d’hypnose légère, mais avec suggestibilité marquée et amnésie au réveil, et nous lui avons, en nous mettant autant que possible à l’abri de la supercherie, fait ainsi un certain nombre de suggestions curatives.

Nous ne savôns ce que pourra donner chez lui ce traitement, car dans les états constitutionnels aussi marqués, la psychothérapie, pour amener des résultats durables, doit être longuement, patiemment, méthodiquement poursuivie durant des années. Ce qu’il y a de certain, c’est que depuis deux mois, époque de nos premières suggestions, M... est manifestement changé : il est devenu doux, obéissant et, chose remarquable, ne s’est livré à aucune nouvelle fugue. Nous tâchons, en ce moment, de lui inspirer le goût du travail, d’une occupation régulière et suivie, totalement absent chez lui.

La cure est douteuse, mais il nous a paru utile de l’essayer, au moins pendant quelque temps C

Désertion militaire par fugues impulsives. — Condamnation à 4 ans de prison par le conseil de guerre. — Auto-accusation délirante de meurtre. — Dégénérescence hystérique. — Examen mental. — Internement dans un asile d’aliénés .— Le nommé G... (Émile), âgé de 18ans, est un soldat engagé du i44®de ligne, condamné en sep-

I. M... fut l’objet d’aune condamnation légère, avec application de la loi Bérenger.

Après quelques mois, durant lesquels la suggestion hypnotique parut l’améliorer, le rendre plus stable, plus docile, plus laborieux, et le délivrer de ses tendances impulsives, il commença d’aller moins bien, renouvela ses escapades et, finalement, disparut.

RAPPORTS AIÉDICO-LÉGAUX SqS

tembre 1898 à quatre ans de prison pour désertion à l’intérieur et évacué de la prison sur l’hôpital militaire de Bordeaux pour y être mis en observation à raison de son état mental que nous avons examiné avec le médecin en chef, M. Challan de Belval.

Depuis son arrestation, en effet. G... a manifesté une attitude assez étrange. Indifférent à sa situation d’inculpé militaire et aux conséquences qui pouvaient en découler, il n’a eu, semble-t-il, qu’une préoccupation : se dénoncer et se faire reconnaître comme l’auteur de divers crimes de droit commun accomplis antérieurement, en particulier de l’assassinat d’un marchand de vins de la rue de la Gaîté, qui fit beaucoup de bruit à Paris il y a quelques années.

Ces aveux, formulés et maintenus avec la plus grande énergie, ont eu un certain retentissement dans la presse et ont provoqué une enquête de la part du parquet de Paris. Cette enquête a démontré de la façon la plus positive que G... ne pouvait être coupable du crime dont il s’accusait, attendu que ce crime avait été commis non au mois de septembre 1889, comme il le prétend, mais le II mars 1886, et qu’à cette époque G..., à peine âgé de onze ans, était interne dans le pensionnat des frères Saint-Nicolas de la rue de Vaugirard. Malgré l’évidence, G... a continué de soutenir qu’il en était réellement l’auteur.

C’est dans ces conditions que nous avons eu à l’observer et à l’examiner au point de vue mental. Cet examen, particulièrement délicat et que nous avons dû compléter par l’étude attentive du dossier et de divers autres documents, nous a finalement conduit aux résultats suivants, que nous résumons dans leurs points essentiels.

G... est, dans toute l’acception scientifique du mot, un dégénéré. Nous n’avons pu élucider d’une façon complète ses antécédents héréditaires, très probablement mau-

vais, mais nous savons qu’il a eu dans la jeunesse une fièvre typhoïde des plus graves qui a dû exercer une action fâcheuse sur son développement intellectuel.

Ce qui est certain, en tout cas, c’est que G... présente physiquement et psychiquement les stigmates classiques de la dégénérescence, en particulier : une asymétrie cranio-faciale croisée, diverses malformations osseuses et auriculaires et, avec une intelligence en apparence vive et subtile, un défaut d’équilibre complet des facultés.

Aux stigmates de dégénérescence se joignent divers troubles névropathiques (céphalalgies, pollakiurie, hyperhydrose), parmi lesquels des accidents nettement hystériques, tels que altérations de la sensibilité et crises convulsives dont une s’est déroulée sous nos yeux.

Cette déséquilibration mentale, véritable pierre de touche de la dégénérescence, qui consiste dans un défaut constitutionnel de proportion et d’harmonie entre les divers éléments intellectuels et moraux et se traduit par de l’instabilité, un manque absolu de suite dans la conduite de la vie, une difficulté plus ou moins complète d’adaptation au milieu social, souvent aussi par des idées fixes, des obsessions, des impulsions, se retrouve de la façon la plus nette chez G... Quoique très jeune encore, il a déjà fait plusieurs métiers sans s’attacher à aucun, sans se fixer jamais. Échappé de l’école où il n’a plus voulu retourner, il a été successivement commis de nouveautés, employé de banque, garçon coiffeur, restant à peine quelques semaines ou quelques mois dans chaque place que, satisfait ou non, il abandonnait un jour brusquement, par une sorte de besoin irrésistible de changement et de déplacement.

A certains moments, du reste, cette tendance à l’impulsion s’est manifestée chez lui sous une forme plus précise et plus grave, par exemple lorsque, étant garçon coiffeur, il était pris de l’envie, en rasant un client, de lui

RAPPORTS MÉDICO-LÉGAUX SqS

couper quelque chose. « Cela, écrit-il lui-même, me fit réfléchir pendant longtemps, car je n’en voulais à personne et je me demandai ce qui pouvait bien me produire une pareille tentation. Je n’en parlai jamais, ça me semblait trop drôle; j’y faisais attention sans y faire attention, comme d’une chose que je ressentais instinctivement. y) Les faits de cette nature ne peuvent laisser place au doute et sont absolument confirmatifs de la dégénérescence mentale.

A côté de ces tendances impulsives. G... fait preuve également d’idées et de goûts anormaux. Très épris de liberté, du théâtre, du café-concert, de la vie de Paris, qu’il entrevoit à travers le prisme de son imagination malade, surtout dans ses vices et dans ses crimes, il s’est formé des êtres et des choses une conception bizarre,

. mélange de mysticisme, de fatalisme, de pessimisme, de naïveté et d’orgueil absurdes. C’est ainsi qu’à l’instar de beaucoup de dégénérés, atteints du délire du doute, il a été souvent hanté par des incertitudes morbides. « Je ne pus jamais, écrit-il, trouver quelque chose qui eût du sens, qui fût bien fondée, en qui je puisse puiser un peu devrai. Pas plus à cette époque que plus antérieurement. Je vins même à douter du mot patrie, ne pouvant pas saisir ce qu’il pouvait bien définir. Quand je travaillais, je ne me rendais pas bien compte pour quoi je restais à telle place, pourquoi je faisais telle chose, ne trouvant que du vide dans tout. » — Et ailleurs ; « Il faut vous dire que je n’ai jamais pu rien comprendre à la vie, et je ne vois pas ce que je fais en écrivant ainsi: je me demande pourquoi ça intéresse, je ne puis pas le comprendre. Moi, rien ne m’intéresse, je m’ennuie toujours, je sens du vide au fond de toutes choses. Vous ne pouvez pas vous douter combien j’ai réfléchi, combien je me suis creusé la tête pour trouver un but à l’existence. » Il croit aussi «que certains individus, soumis à un mau-

vais génie, planant sur leur tête, sont voués au vice et au crime ; que d’autres portent en eux une espèce de fièvre, n’ont pas de bonheur, ne réussissent presque jamais dans leurs affaires, mais n’ont pas de mauvais génie à chasser ; ils sont à plaindre aussi. D’autres enfin ont des peines de cœur, n’ont pas de caractère fixe, tournent, ne savent pas ce qu’ils veulent, sont malheureux toujours: bien entendu, ce sont ceux-là qu’il faut plaindre le plus. » Pour lui, sans indiquer nettement dans quelle catégorie il se range, probablement dans la dernière, il ne peut s’empêcher d’exprimer à plusieurs reprises cette idée «que tout ce qui est grand l’attire, autant le mal que le bien, qu’il trouve le mal beau et qu’il a rêvé souvent de lai donner une certaine illustration ». Cette espèce d’aveu, de profession de foi échappée aux indiscrétions de sa plume, a pour nous importance particulière, car c’est là sans doute qu’il faut chercher le mobile de l’auto-accusation actuelle, que G... ne veut ni avouer ni expliquer.

Incapable de travailler régulièrement et de gagner sa vie. G... est poussé par son père à s’engager. Il ne proteste pas, se laisse faire et signe, car il est sans volonté. Le jour fixé, on le conduit au train et il arrive à Bordeaux. Mais au lieu de se rendre à la caserne, poussé par on ne sait quoi, il s’installe à. l’hôtel, y reste quelques jours et retourne chez ses parents. Son père cette fois fait le voyage avec lui et le présente à la caserne, où il reçoit d’un officier un accueil encourageant. Quelques heures après. G... repartait encore et regagnait Paris. Du 9 février 1893, époque de son entrée au corps, jusqu’au 27 août 1898, jour où il est déclaré déserteur, c’est-à-dire en six moix à peine, il s’est livré à cinq absences illégales, c’està-dire à cinq fugues, pour lesquelles il a été condamné à diverses peines, notamment à 60 jours de prison. Le reste du temps, il l’a passé presque tout entier à l’infirmerie.

BAPPORTS MÉDICO-LÉGAUX

Lors de sa dernière fugue, au moment où il a été arrêté comme déserteur, G..., porteur d’un revolver, tentait de pénétrer par escalade dans la maison de son père qui, d’après les documents versés au dossier, paraît redouter quelque mauvais parti de la part de son fils. Il faut noter que G... avait déposé une partie de ses effets militaires chez un cordonnier de Paris où on les a effectivement retrouvés sur ses indications. L’autre partie est restée introuvable malgré les renseignements qu’il a pu fournir.

Il est impossible de ne pas'reconnaître, d’après le nombre et le caractère des fugues de G..., qu’en les exécutant il a agi comme il l’avait toujours fait jusqu’alors, en impulsif, cédant spontanément à la sollicitation du moment, incapable d’apprécier la portée de son acte et la gravité de son manquement à la discipline militaire.

S’il nous était permis de placer ici une réflexion d’ordre plus général, nous dirions que les dégénérés constituent une véritable plaie pour l’armée. Engagés pour la plupart, soit spontanément, soit sur l’intervention de leur famille, ils sont inaptes à supporter l’existence régulière, laborieuse et soumise du soldat. C’est parmi eux que se recrutent bon nombre des indisciplinés, des déserteurs, des délinquants qui alimentent la prison et le conseil de guerre, et qui sont d’un si fâcheux exemple pour leurs camarades.

Quant aux aveux criminels de G..., ils nous paraissent relever également de sa dégénérescence mentale. Nous avons dû nous demander tout d’abord si, en s’accusant ainsi. G... ne jouait pas un rôle, dans un but quelconque. Mais outre que le bénéfice qu’il eût pu retirer de cette façon d’agir est tout à fait problématique, il faut ajouter qu’à aucun moment G... n’a essayé de se poser en aliéné et qu’il s’est toujours énergiquement défendu d’être en proie à un délire quelconque, à des hal- PiTRES ET Régis. 28

lucinations, à des symptômes de folie. G... n’est donc pas un simulateur, mais un malade qui, en se donnant comme un criminel et un assassin, a obéi non pas à un calcul, mais à une sollicitation morbide de son esprit.

Reste à rechercher quelle a été cette sollicitation. Ici, la solution est plus difficile et nous ne pouvons qu’indiquer les probabilités.

L’auto-accusation chez les aliénés, ainsi que cela a été démontré dans des travaux récents, s’observe surtout dans la lypémanie et dans la psychose alcoolique. Dans la lypémanie, elle est une des formes du délire de culpabilité ou criminalité imaginaires qui torture les malades et les pousse à s’accuser de forfaits hoi-ribles pour lesquels l’échafaud les attend. Dans la psychose alcoolique, elle est le résultat des hallucinations fantastiques qui déroulent aux yeux des sujets des scènes de meurtre, de pillage ou d’incendie qu’ils croient perpétrer eux-mêmes, et pour lesquels ils vont ensuite de bonne foi se dénoncer aux autorités. Il est de notion courante qu’à Paris, toutes les fois qu’un crime retentissant est commis, un certain nombre d’aliénés viennent s’en déclarer les auteurs et que, presque toujours, il s’agit soit de lypémaniaques, soit d’alcooliques.

G..., on peut l’afiErmer, n’appartient pas à ces deux catégories de délirants : il ne présente en effet aucun des signes classiques de l’alcoolisme ou de la lypémanie.

Mais à côté de ces malades, il en est d’autres encore qui peuvent, parfois, s’accuser de forfaits'imaginaires ; ce sont, comme l’a fort bien indiqué le D’'Cullerre dans son rapport au congrès de médecine mentale de La Rochelle sur \q?, faux témoignages des aliénés devant la justice, les dégénérés.

Chez les dégénérés, le point de départ de l’auto-accusation peut varier. Ce peut être, comme chez les hystériques, et cela a lieu surtout, par suite, chez les dégénérés

hystériques, un rêve devenu à ce point objectif qu’il persiste à l’état de veille et prend les caractères de la réalité. Ce peut être aussi une invention forgée de toutes pièces par le malade qui, sans y ajouter foi aucunement, cherche ainsi à se mettre en évidence pour acquérir à sa façon la célébrité.

C’est cette dernière hypothèse que nous croyons devoir retenir en ce qui concerne G..., car c’est celle qui répond le mieux à ce que nous connaissons de lui, de sa nature, de son tempérament, de ses idées antérieures, de son désir déjà ancien de donner au mal une certaine illustration. iNous pensons que G... sait parfaitement qu’il n’est pas coupable des méfaits dont il s’accuse et qu’en se donnant comme l’auteur d’un grand assassinat, il a obéi à une suggestion morbide de son cerveau déséquilibré, à l’envie de se glorifier dans le mal, sans calculer quelles pouvaient être les conséquences de son faux aveu, pas plus qu’il n’a calculé les suites possibles de ses nombreuses désertions. A certains moments même, pressé par nous, il ne s’est plus défendu que mollement et a presque reconnu qu’il en était ainsi ‘.

I. Dès le lendemain de la rédaction et de la remise de ce rapport, G..., vaincu par nos sollicitations, écrivit au médecin en chef de l’hôpital militaire une longue lettre dans laquelle il donnait la clef de son auto-accusation. Il expliquait qu’à l’époque où le crime fut commis, on en parla beaucoup dans le quartier où vivaient ses parents. Son imagination fut frappée. 11 avait toujours cela dans l’esprit. lien vint à en rêver. « Des cauchemars me travaillaient la nuit. Je me mutais à la place de l’assassin, je voyais la victime me montrant son cou, me reprochant mon crime. Je me voyais moi-même dans un torrent de feu, hideux, le regard atroce. Je me réveillais en sueur, songeant au châtiment. Je voyais la Cour d’assises, l’échafaud. En un mot, je ne faisais que méditer sur ce sujet.

« Petit à petit je m’y habituai ; c’était pour moi comme un

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En résumé, nous croyons pouvoir conclure de la façon suivante :

I®. — G... est un dégénéré atteint de débilité mentale avec déséquilibration intellectuelle et psychique, accidents hystériques et tendance aux impulsions irrésistibles :

2°. — En se livrant à ses fugues, c’est-à-dire à ses actes de désertion militaire, et en s’accusant faussement de crimes, il a obéi à des entraînements morbides dont il doit être considéré comme irresponsable.

3 °. — Il est absolument inapte à la vie militaire et,

secret dont j’étais heureux de connaître tous les détails, que je nourrissais de tous mes instants. Un jour, en passant devant la distillerie (lieu du crime), étant sur le trottoir devant la maison, je détournai la tête et jetai un regard dans l’établissement avec orgueil, puis je m’éloignai rapidement, emportant avec moi mon secret. » A diverses reprises G. fut tenté de se dénoncer, mais résista. Son idée fixe diminuait d’ailleurs d’intensité suivant les moments. Enfin, pris de désespoir après sa condamnation en Conseil de guerre, il n’y tint plus et s’accusa.

Nous avons tenu à joindre au rapport cette note complémentaire parce qu’elle éclaire d’un jour particulier et intéressant, dans ce cas, la genèse de l’auto-aceusation. Il s’agit, on le voit, d’un événement réel qui, frappant fortement l’imagination d’un enfant, éveille en lui une idée forte laquelle, passant dans son onirisme nocturne, dans son subconscient d’hystérique, arrive par degrés à transformer un rêve, une fiction, en une conviction non entière peut-être, mais suffisante pour le pousser à une au to-dénonciation.

On remarquera qué nous avions songé à ce mécanisme psychologique chez le sujet, mais que, voyant surtout en lui le dégénéré et non l’hystérique, nous avions penché pour une interprétation plus directement en rapport avec sa dégénérescence. Ce qui prouve bien que, dans l’association hystéro-dégénérative, l’hystérie peut, tout comme la dégénérescence, revendiquer sa part d’influence sur les déterminations et les actes morbides.

RAPPORTS IMÉDICO-LÉGAUX

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en raison des dangers qu’il pourrait faire courir à la société, il doit être interné dans un établissement spécial d’aliénés.

Bordeaux, le ii janvier 1894,

E. Régis.

Conformément à ces conclusions. G... fut transféré à l’asile d’aliénés de Cadillac.

Dégénérescence. Tendame impulsive constitutionnelle à la fugue, à la boisson, à l’incendie, au suicide, à l’homicide. — Service militaire : fugues et désertion. Auto-accusation de neuf incendies réellement commis. Expertise. Condamnation à 20 ans de travaux forcés par le Conseil de guerre pour certains de ces incendies. — Nouvelle instruction pour les autres devant la justice civile. Deuxième expertise. Ordonnance de, non-lieu. Internement.

Il est impossible de bien comprendre la nature de Ra... et de se faire une idée exacte de sa cérébralité sans connaître en détail l’histoire de sa vie.

Nous nous bornerons pour ne pas allonger inutilement notre étude, à résumer ici les points principaux de cette histoire.

Le père de l’inculpé était un buveur qui est mort il y a trois ans d’une affection cardiaque, après une longue maladie.

Sa mère et sa sœur unique sont mortes tourtes deux de tuberculose.

En ce qui le concerne, il a manifesté dès l’enfance une tendance singulière au vagabondage, à la boisson, à l’incendie, favorisée d’ailleurs par le semi-abandon dans lequel il s’est trouvé de très bonne heure, à la mort de sa mère et de sa sœur.

Sa disposition au vagabondage, qui a débuté à l’âge de trois ans par une fugue dans les bois, n’a fait que s’accentuer depuis. Ra... s’est échappé ou a cherché à s’échapper de partout ; du domicile paternel, de l’école primaire, de chez ses patrons, delà colonie pénitentiaire agricole, enfin du régiment, indifférent aux conséquences qui en pouvaient résulter, car c’est de là que lui sont venues la plupart de ses condamnations. 11 est le type du vagabond ou du trimardeur de tempérament, ne se sentant'vraiment bien que sur la grande route, respirant, vivant et marchant à sa guise en pleine liberté.

Son amour de la vie errante, en dehors même des fugues innombrables qu’il a accomplies et durant lesquelles il a parcouru la France entière et certains autres pays d’Europe, se manifeste à nous par deux indices bien caractéristiques. Le premier, c’est le tatouage de sa poitrine où se lit en magnifiques majuscules l’inscription suivante : « Vive le trimardeur. Voilà le bonheur. »

Le second, c’est l’existence, dans ses maigres papiers, d’une carte de la France arrachée à un indicateur des chemins de fer, sur laquelle il a tracé un itinéraire suivi par lui lors d’une de ses fugues du régiment, ainsi que d’une feuille de papier où sont inscrites, avec la date et la mention de certaines particularités, les localités par lesquelles il a passé.

La disposition à l’incendie s’est également montrée de bonne heure chez Ra... Tout jeune, il aimait à jouer avec des allumettes, à enflammer du papier et un jour, vers 8 ans, il incendia la porte de l’hahitation de famille, ne trouvant pas d’autre moyen, dit-il, pour y rentrer.

Cette disposition, contrairement au vagabondage, paraît s’être atténuée pendant l’adolescence ; mais dans les dernières années, elle a reparu avec une recrudescence toute particulière puisque Ra... aurait commis en peu de temps, au cours de ses pérégrimations et sur les points

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les plus divers de la France, au moins neuf incendies, dont plusieurs considérables.

Quant à la tendance à la boisson, elle est apparue, comme les précédentes, à un âge peu ordinaire, à 11 ans. Depuis, elle a persisté, non pas d’une façon continue, mais par périodes, par à-coups.

Avec de telles tendances, Ra... ne pouvait évidemment s’adapter à aucune existence régulière et suivie. De fait, sa vie tout entière n’a été qu’une longue suite de déplacements, de changements et de frasques. C’est en vain que son père au début, le fit rapatrier plusieurs fois ; en vain qu’on l’enferma jusqu’à 20 ans dans une colonie pénitentiaire ; en vain qu’il essaya à diverses reprises, notamment dans les débuts de son séjour au régiment, de devenir stable et de bien faire ; son démon l’a toujours emporté et malgré des punitions et des condamnations sans nombre, dans la société comme à l’armée, il a continué de se livrer à des actes de plus en plus graves jusqu’au jour où déjà frappé de 20 ans de travaux forcés par le Conseil de guerre de Lyon pour désertion et incendie, il vient répondre actuellement à la justice civile des incendies commis par lui après sa radiation des cadres militaires.

Les' faits que nous venons d’énumérer très succinctement devaient nécessairement éveiller, par leur étrangeté, l’idée d’une tare mentale chez Ra...

Effectivement tous ceux qui l’ont connu l’ont toujours considéré comme un déséquilibré et l’ancien directeur de la colonie pénitentiaire agricole où il fut enfermé pendant plusieurs années a écrit sur lui cette note qui semble résumer l’opinion générale à son sujet : « Je le crois déséquilibré, impossible à soumettre à une discipline quelconque, et en résumé, un fou lucide et dangereux (pièce du dossier). »

Cette opinion, déjà plausible en se basant uniquement

sur la manière d’être et les actes de la vie de Ra..., que nous avons indiqués plus haut, devient tout à fait légitime si l’on songe en outre que cet individu présente des tendances au suicide et à l’homicide, qu’il est sujet à des attaques de nerfs, à des accès de somnambulisme et que c’est lui-même qui, alors que personne ne songeait à l’incriminer, s’est accusé par lettre au Procureur de la République d’avoir commis neuf incendies.

11 y a là un ensemble de particularités tellement significatives que lorsque le juge d’instruction de Trévoux s’est trouvé en présence de la lettre d’auto-dénonciation de Ra..., il a songé aussitôt à un trouble mental et l’a fait examiner.

L’expert commis, bien qu’ayant rempli très sérieusement sa mission, ainsi qu’en témoigne son rapport médico-légal, n’était sans doute pas très familiarisé avec la psychiatrie. C’est ce qui- explique que, sans discussion suffisante de l’état mental de l’inculpé, il ait pu conclure ;

« Que Ra... n’est pas aliéné et n’en porte aucun stigmate — que c’est un hystérique — que son inconstance, son humeur vagabonde, ses départs précipités et non motivés, son insouciance dans le recouvrement de son salaire, ses incendies multiples accomplis dans des conditions à peu près identiques, surtout chez des inconnus contre lesquels il n’articule jamais aucun grief, ne sont pas autre chose que le résultat d’impulsions particulières de nature hystérique — qu’il est responsable, mais qu’en raison de son état hystérique avéré, de ses impulsions plus ou moins vives, cette responsabilité doit être un peu atténuée. »

Ces conclusions, dans lesquelles l’expert n’a vu en Ra... qu’un simple hystérique plus ou moins impulsif, à peu près entièrement responsable de ses actes, devaient nécessairement peser sur les juges du Conseil de guerre, avec d’autant plus de raison que les chefs de Ra... le

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regardaient simplement comme un soldat indiscipliné. Il ne faut donc pas être autrement surpris si le Tribunal militaire a condamné Ra..., pour sa part, à 20 ans de travaux forcés, à la dégradation militaire et à 10 ans d’interdiction de séjour.

Quoi qu’il en soit, le hasard ayant voulu que dans le nombre des incendies en série commis- par Ra... du 2 août au 28 octobre 1900, les uns ressortissent, vu leur date, à la justice militaire et les autres à la justice civile, après en avoir fini avec la première il est tombé sous la juridiction de la seconde et a été réclamé par le parquet du tribunal de Ribérac où il avait à répondre du plus grave des incendies qui restaient à sa charge.

Le juge d’instruction de Ribérac a dès l’abord compris la nécessité d’un nouvel examen mental et c’est ainsi que Ra... a été transféré à la prison du Fort du Hâ, à Rordeaux, pour y être soumis à notre étude.

Le cas de Ra... présentait un tel intérêt au point de vue médico-légal, que nous avons tenu à l’observer sérieusement et longuement.

Nous ne relaterons pas ici tout le détail de nos observations, ce qui nous entraînerait trop loin. Nous nous bornerons simplement à en résumer les points essentiels, susceptibles de légitimer nos conclusions.

Et d’abord un mot sur les accès de somnambulisme et les attaques de nerfs de Ra...

Les accès de somnambulisme nous paraissent avoir existé surtout dans son enfance et dans son adolescence. Il en a eu chez lui ; il en a eu également chez un de ses patrons, à i 4 ans, ce qui motiva son renvoi. On avait peur, en effet, qu’il ne lui arrivât malheur, car, il se levait fréquemment la nuit, sans se rappeler rien au

réveil et une fois même, on l’avait surpris endormi debout sur une fenêtre.

Les attaques de nerfs se sont également montrées chez lui de bonne heure. La première a eu lieu à lo ans, à la suite d’un accès d’ivresse. Depuis, elles se sont reproduites à divers intervalles, le plus souvent après de grands excès, d’autres fois en dehors de toute libation, par exemple, à l’hôpital de Montélimar où elles ont été constatées par M. le médecin-major Hublé, et ici même à la prison du Fort du Hâ.

Ces attaques de nerfs ont été considérées par le D'' Hublé comme des attaques hystériques, opinion qui concorde bien avec l’existônce, chez Ra..., des accès de somnambulisme précités et de certains troubles de la sensibilité générale et spéciale.

Nous pensons qu’il s’agit là en effet d’attaques hystériques. Toutefois, il ne paraît pas y avoir que de S hystérie chez Ra..., il semble y avoir aussi de Vépilepsie, soit que ses attaques de nerfs tiennent à la fois des deux névroses, soit plutôt qu’il existe chez lui des attaques séparées d’hystérie et d’épilepsie.

Ce qui nous fait penser ainsi, c’est que à plusieurs reprises, on l’a trouvé gisant dans l’eau des fossés, dans un état de perte de connaissance, d’inconscience et d’insensibilité qui appartient bien plutôt à l’épilepsie qu’à l’hystérie, même alcoolique, et que l’attaque convulsive qu’il a eue à la prison du Fort du Hâ s’est passée la nuit, durant son sommeil et qu’il ne l’a connue que par les dires de ceux qui étaient auprès de lui.

Impulsions. — La tare pathologique prédominante chez Ra..., c’est l’impulsivité. Nous avons déjà indiqué, dans le résumé de sa vie, les tendances à la fugue, à l’incendie, à la boisson, qu’il présente depuis l’enfance et qui dans les dernières années, se sont notablement accentuées. Or, ces tendances sont, à n’en pas douter.

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des impulsions irrésistibles. Ra... quitte le lieu où il se trouve, quel qu’il soit et si bien qu’il y soit, brusquement, spontanément, sans réflexion, par une Æorte de besoin instinctif de se déplacer, de marcher, le prenant par crises. C’est dans les mêmes conditions qu’il met le feu ou qu’il s’alcoolise, sous l’influence d’entraînements par accès qui le font agir pour ainsi dire automatiquement. C’est impulsivement enfin, qu’il est poussé à l’homicide et surtout au suicide, car il a déjà accompli plusieurs tentatives graves, dont une précipitation par la fenêtre, à la caserne, mise faussement par lui, tout d’abord, sur le compte d’un accident.

Ra... est donc avant tout un impulsif, c’est-à-dire un individu dominé par des forces impératives qui l’entraînent irrésistiblement à des actes morbides et dangereux.

Le premier médecin-expert qui l’a examiné n’a pas hésité à voir là, lui aussi, des impulsions. Mais il les a considérées comme des impulsions de nature hystérique, et n’atténuant qu’unpeulà responsabilité de l’accusé. Il y a là,-à notre sens, une double erreur.

Et d’abord, une impulsion, quelle què soit sa nature, n’en est pas moins une impulsion, un acte accompli en dehors de la volonté libre. Qu’elle soit due à l’hystérie, à l’alcoolisme, ou à tout autre facteur pathologique, du moment qu’elle est une impulsion, un acte non volontaire, elle échappe à la responsabilité et cela dans une mesure variant non pas avec son origine, mais avec son intensité.

D’autre part, les impulsions chez Ra... ne sont en rien des impulsions hystériques ; ce sont très nettement des impulsions de dégénéré. La précocité même de leur apparition, leur forme, leur type clinique, ne peuvent laisser aucun doute à cet égard.

On sait que l’impulsivité, chez le dégénéré, est la

traduction d’un défaut d’équilibre constitutionnel, particulièrement d’un vice d’organisation delà volonté, qui se manifeste dès le bas âge et durant toute la vie du sujet par de l’instabilité mentale et physique et par toutes sortes de sollicitations involontaires, mais conscientes et mnésiques, qui peuvent aller depuis la simple idée obsédante d’action, ou obsession impulsive, jusqu’à l’acte instinctif absolument réflexe ou automatique, en passant par l’impulsion irrésistible intermédiaire.

Plus la tendance à l’acte l’emporte sur la résistance de la volonté, plus nécessairement l’impulsion est grave et fatale. C’est pourquoi au premier degré, dans l’obsession impulsive, le sujet résiste de toutes ses forces et quelquefois victorieusement. Au second degré, dans l’impulsion simple, il résiste peu ou pas et obéit fatalement. Au dernier degré enfin, dans l’impulsion réflexe, il n’est plus qu’un automate dirigé au gré de son aveugle entraînement.

Or il suffit d’étudier la vie de Ra..., et en particulier ses tendances morbides, pour constater qu’il s’agit là, non seulement d’impulsions de dégénéré, mais encore d’impulsions appartenant surtout au second degré, à celles dans lesquelles l’obéissance à la propension motrice ne s’accompagne déjà plus de résistance et se fait passivement. Que l’inculpé accomplisse une fugue, qu’il se mette à boire, qu’il allume un incendie ou fasse une tentative de suicide, il exécute son acte impulsif spontanément, sans que sa volonté intervienne pour l’empêcher ou même pour essayer d’y résister.

Cet état de pure passivité vis-à-vis de son impulsion est des plus évidents en ce qui concerne les incendies. On sait comment Ra... les accomplit : au cours de ses pérégrinations vagabondes, il couche çà et là, au hasard, dans une grange. Au réveil, lorsqu’il va repar-

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tir, tout à coup l’idée lui vient de mettre le feu, le plus souvent à l’endroit même où il a couché. Il ne sait comment ni pourquoi surgit cette idée, car elle n’a aucune raison d’être ; néanmoins sans la repousser, sans même la discuter, il la subit et le voilà qui enflamme une allumette, la jette dans une meule de foin ou de paille et s’en va tranquillement, sans se retourner pour savoir quel a été le résultat de son acte.

C’est là, à un degré des plus marqués, l’impulsion du dégénéré.

Ainsi qu’il arrive parfois chez les êtres même les plus dépourvus de volonté, lorsque la tendance impulsive est d’une nature particulièrement grave et odieuse, elle peut éveiller certaines résistances, provoquer certaines révoltes de la part du sujet. C’est ce qui est arrivé à Ra... qui un jour, notamment, se sentant pris de l’irrésistible idée de pousser dans une rivière et de noyer un compagnon de route, rencontré par hasard et endormi là, ne trouva d’autre moyen, pour échapper à cette tentation le dominant malgré lui, que de s’enfuir, en déposant à côté de l’individu, auquel il ne voulait aucun mal, la moitié du petit pécule qu’il possédait. Ici, il y a eu, non pas lutte et victoire de la volonté, mais tout au moins soustraction par la fuite à une impulsion reconnue inéluctable.

Il ne peut donc exister le moindre doute sur l’impulsivité extrême de Ra... et sur son caractère de dégénérescence. Ra... d’ailleurs est un dégénéré avéré. Il l’est psychiquement par son impulsivité, comme par ses autres lacunes et déviations intellectuelles, morales et affectives. Il l’est physiquement, par ses vices de conformation, en particulier par l’asymétrie de sa face et le prognathisme de sa mâchoire supérieure. Il l’est enfin héréditairement, par l’influence de l’alcoohsme paternel.

Auto-accusation. —Il existe encore dans les actes de

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Ra... un fait qui, au point de vue médico-légal, offre un intérêt particulier et dont il convient ici par conséquent de dire un mot. Ce fait, c’est de s’être accusé lui-même, alors que rien ne l’y forçait et qu’il n’était même pas soupçonné, des divers incendies qu’il a commis.

A priori, s’accuser ainsi de crimes ou délits, constitue le plus souvent une manifestation pathologique, ce que l’on appelle médicalement Y auto-accusation ou Vautodénonciation délirante. Aussi la première pensée du juge d’instruction de Trévoux, en recevant la lettre de Ra..., a-t-elle été, comme nous l’avons vu, qu’il s’agissait d’un aliéné.

D’habitude, l’auto-accusation morbide consiste à s’accuser de crimes inexistants et imaginaires, ou bien de crimes réels mais qu’on n’a pas commis. Elle peut cependant consister à s’accuser, en se chargeant, de crimes réellement commis soit pour aller au-devant du châtiment, soit pour se faire mettre hors d’état de nuire à nouveau, soit pour se glorifier par aberration vaniteuse de ses forfaits, soit pour tout autre motif.

11 suffit de lire la lettre dans laquelle Ra.., se dénonce pour comprendre qu’elle émane d’un malade. Voici cette lettre que nous reproduisons en raison de son importance.

Montélimar, i 3 mars 1901.

« Monsieur le Procureur,

ce Ennuyé par toutes sortes de mauvaises idées, je ne peux m’empêcher pour le coup de garder pour moi les méfaits que j’ai causés. Est-ce le remords qui me fait agir ainsi ? Je n’en sais rien, mais je ne suis pas tranquille. Peut-être suis-je la cause de la mort de certaines personnes, ou ai-je fait accuser ou soupçonner, peut-être condamner pour des faits dont moi seul j’en suis l’au-

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teur. C’est-à-dire que pendant que j’ai déserté, l’esprit du mal m’a suivi, acharné comme un oiseau de proie, enfin sous l’empire d’une hallucination je prenais une allumette pour enflammer ce qui se trouvait devant moi : soit meules de paille, soit maison d’hahitation ; dont principalement par mon souvenir aux endroits suivants : Villars, canton de l’Ain, du 4 au 5 octobre 1900, à Bourg, dans le faubourg, enfin dans trois endroits différents, dans la même contrée, d’un jour à l’autre. Puis à Saint-Denis, petit village près de Sens (Yonne). Puis sur Saint-Quentin, des meules de fourrage. Dans un faubourg de Cambrai, à une maison construite en chaume. Ensuite, entre Issoudun et Châteauroux, à un château tout près d’un passage à niveau, puis sur la route, nationale à un chaume environ de ces deux villes. Puis à la colonie de Jommelière dans une grange, dans la Dordogne. Puis à la Roche-Chalais, canton de la Dordogne, dans une maison d’habitation. Puis entre Thouars et Saumur, à une ferme. Puis toutes sortes de méfaits, vols de lapins et de volailles et de vêtements. Tout cela du 2 août 1900 au 28 octobre 1900, jour que je fus arrêté.

« Et pressé sous l’impression de recommencer, qu’il vaut mieux me ligotter sans faire de nouvelles victimes. Je sais bien qu’on va me mettre en prison en vous disant : ça, c’est un coup de biribi. Je m’attends à toutes sortes de tortures, tant de l’âme que de la moralité, avant celles du corps ; mais qu’importe s’il y a des innocents condamnés à ma place, il ne le faut pas. Vous ferez de moi ce que vous voudrez, mais, si a'ous voulez m’avoir, ne tardez pas trop, car l’oiseau peut s’envoler à temps.

« Toute l’assurance du respect qui vous est dû, quoique de la part d’un être dépravé.

« Ra..., André.

4 I 2 LES IMPULSIONS

« P.-S. De cette façon, j’ai fauté, je veux en être puni ; une fois la punition faite, je pourrai m’endormir tranquille, vous pourrez faire de vif, ce serait presque le meilleur. C’est tout ce que je peux vous dire déplus ; en attendant, je dirai adieu à toutes les joies et les plaisirs du monde ; mais pas à l’horreur, aux sortes de souffrances, ainsi qu’à toutes les Infamies.

« Un dépossédé !

« Ra..., André, au 52 ®, bataillon, 3 ® compagnie. »

Et juste trois mois après, le i 3 juin, Ra... écrit de nouveau au magistrat la lettre suivante qui précise et complète la précédente.

« Trévoux, le i 3 juin 1901.

« Monsieur,

« Dernièrement, j’ai reçu la visite d’un médecin légiste en deux fois pour m’examiner. Dans quel but, sans doute pour constater si j’étais doué de toutes mes facultés mentales. Dans ce cas ou dans un autre, ce serait pour atténuer la gravité de ma situation, ou pour l’aggraver davantage. De là j’ai pensé que cela devait venir de ce que je vous ai fait part, mais qu’il en soit ainsi ou autrement, il ne faudrait pas croire que je cherche à me disculper, au contraire ; je trouve que je suis entièrement coupable et je dis que la peine qui me sera prononcée ne sera jamais assez forte ; du reste, j’ai bien l’intention que si toutefois la Cour d’assises se montrait indulgente, de me rendre justice. Me laisser vivre pour me donner la faculté de me livrer à de nouveaux forfaits, ce n’est pas la peine. Si je parle ainsi, c’est que parfois je me sens poussé à de mauvaises choses et quand ces idées noires seront trop fortes, j’agirai infailliblement. Du reste, je ne comprends pas que

Ton m’épargne, moi qui ne crains pas de retrancher la vie à d’autres.

« Maintenant je serai désireux de savoir si je passerai aux premières assises et si tous mes faits passeront ensemble.

« Dans un moment de raisonnement, veuillez agréer, Monsieur le Juge d’instruction, tout le respect qui vous est dû. »

L’état mental de Ra.^. et les caractères de son autoaccusation ressortent de ces lettres avec la plus entière évidence. C’est l’auto-accusation d’un dégénéré qui, prenant un instant conscience de sa situation et des faits, s’accuse de ses actes criminels, réclame un châtiment, le plus terrible possible et ayant peur de luimême et de ses impulsions, demande instamment à être mis désormais hors d’état de nuire.

On sait que tous les incendies dont s’est accusé Ra... ont été reconnus exacts et cju’il les a relatés dans ses interrogatoires avec une fidélité et une exactitude complètes, particularité qui non seulement -montre son entière bonne foi, mais prouve encore qu’il garde de ses actes, comme de tous les endroits par où il a passé, le souvenir le plus net et le plus vif, ainsi que cela a lieu précisément dans toutes les impulsions dégénératives.

Ici, nous avons un fait nouveau et peut être important à signaler.

Dans un récit complémentaire de sa vie que Ra... nous a écrit, sur notre demande, après avoir rappelé les diversincendiescommis par lui, il ajoute: «puis, en 1899. Là c’est un mystère pour moi que je n’ai jamais pu définir. Je me serai couché près de Luzarcbes dans une meule de paille, d’où les gendarmes en ronde de nuit m’auraient demandé mes papiers, et leur aurais donné une mise en liberté du parquet de Pontoise et que le

lendemain en me réveillant j’avais sur moi un revolver chargé, un béret et une ceinture qui n’était pas à moi. Tout surpris, je me levai et partais vers Chantilly lorsque chemin faisant, je vis un homme étendu sous un arbre. Je m’en approchai et constatai qu’il était mort. Ma casquette, qui était disparue, était près de lui. Je pensai au revolver et me demandai si ce n’était pas moi qui l’aurais tué. Je continuai mon chemin, j’avertis quelques personnes de la Morlaye, où j’ai su que l’homme mort était du pays et qu’on croyait à un suicide. J’y pense constamment et ne me semble pas avoir rêvé x.

A priori, ce récit ressemble à un événement purement imaginaire, tel qu’en produit le délire onirique d’intoxication, dont le délire alcoolique est le type ordinaire et dans lequel un rêve est pris pour la réalité. Ra... luimême ne sait à quoi s’en tenir à cet égard et, contrairement à la certitude qu’il garde de ses impulsions accomplies en pleine veille et conscience, bien que sans volonté, ici il doute et se borne à dire qu’il croit n’avoir pas rêvé.

Pas plus que lui, nous ne pouvons dans ces conditions rien affirmer à cet égard et nous pensons que des recherches et une enquête spéciales sont seules capables de démontrer si le fait dont parle Ra... n’a eu lieu que dans son imagination délirante, ou bien s’il est réel et, dans ce cas, s’il y a ou non participé.

Il nous paraît bien difficile, après l’exposé même incomplet que nous venons de faire, car nous avons dû, pour éviter d’être trop longs, passer sur bien des points accessoires, de voir autre chose dans Ra... qu’un malade gravement atteint et ne possédant pas la liberté de ses actes.

Nous n’hésitons donc pas à conclure ainsi qu’il suit :

i“ Ra... est un dégénéré, taré constitutionnellement, sujet à des accidents hystériques et somnambuliques, peut-être aussi épileptiques ; mais par-dessus tout entraîné, sans possibilité de lutte et de résistance, à des impulsions de toutes sortes,particulièrement à la fugue, à la boisson, à l’incendie, au suicide, à l’homicide ;

2° Il ne peut être considéré comme responsable des actes ainsi accomplis malgré lui, contre sa volonté ;

3 ° Ses impulsions n’étant pas le fait d’un trouble accidentel et passager des facultés, mais la conséquence même de sa dégénérescence, c’est-à-dire d’un état psychopathique permanent et indélébile, elles ne peuvent que persister et se reproduire ;

4° Ra... est donc un dégénéré impulsif qui sera dangereux dans l’avenir, comme il l’a été dans le passé, comme il l’est dans le présent.

Il doit donc être interné dans un asile d’aliénés.

Du 8 mars 1902.

Lande. Pitres. Régis.

N. B. — Conformément à ces conclusions, Ra... a été l’objet d’une ordonnance de non-lieu et interné dans une asile d’aliénés. Lors de son passage aux cellules d’observation de l’hôpital Saint-André, il eut des crises nocturnes, manifestement épileptiques.

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