‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 66 sur 114 · Morel, Loc. cit., p. 4oo · texte numérisé non relu

Morel, Loc. cit., p. 4oo

3 . P. Janet, Automatisme psychologique, 1889. — Étude sur un cas d’aboulie et d’idées fixes. Revue philos., 1891, I, 280. — État mental des hystériques: les stigmates mentaux, les accidents

sont souvent tout à fait ignorées, et les dominent complètement. Dans bien des cas, il n’y a pas, entre ces idées fixes et les obsessions, de différences bien tranchées, car les obsessions des hystériques s’alimentent souvent à ces idées fixes. D’une façon générale, cependant, elles ne s’accompagnent pas, au même degré, de troubles émotionnels, et surtout elles ont un caractère de subconscience qui ne se retrouve pas dans l’obsession, bien que pour M. Janet l’idée fixe dite consciente soit souvent elle-même plus ou moins subconsciente.

Idées fixes neurasthéniques. — La distinction est plus difficile encore avec les idées fixes des neurasthéniques. Il est de ces malades entièrement préoccupés par un souci, celui de leur santé en particulier, qui ressemblent à des obsédés. Nous avons réuni un certain nombre de ces observations, vis-à-vis desquelles nous nous sommes trouvés un certain temps embarrassés. Néanmoins, en se reportant aux caractères fondamentaux de l’idée fixe de l’obsession, on arrive le plus souvent à constater que ces caractères font plus ou moins défaut dans l’idée fixe simple de la neurasthénie, qui n’est pas appréciée par le malade comme une idée parasite, automatique et discordante avec le cours régulier des pensées.

« Les simples neurasthéniques sont toujours préoc-

menlaux (Collection Gharcot-Debove, 1898). L’amnésie continue,. Revue générale des sciences, 3 o mars 1898. — L’idée fixe. Revue philosophique, février 1894 ; Arch. de neurologie, mai 1895-, Presse médicale, i^r ^uin 1896 : Revue philosophique, février 1897. — Névroses et idées fixes, 1898 (en collaboration avec le P'' Raymond). — La maladie du scrupule. Revue philos., 1901.

DIAGNOSTIC

cupés de leur propre personne. Ils sont inquiets de leur état maladif, ils sont attristés de leur impuissance ; ils craignent pour leur santé, pour leur vie ; tout le reste leur est indifférent. Les idées qui tourmentent les obsédés se rapportent au contraire la plupart du temps à des objets étrangers à leur personne. Ils ont peur d’accomplir des actes criminels, de porter tort à autrui, de commettre des sacrilèges, et quand ils ont peur des maladies, c’est une peur intellectuelle, raisonnée, qui ne ressemble que de fort loin à l’inquiétude égoïste du pur neurasthénique. De plus, ils se rendent parfaitement compte que les idées obsédantes qui les tourmentent sont des idées parasites, illogiques, absurdes. Et comme ces idées s’imposent irrésistiblement à leur conscience sans altérer leur jugement, ils en arrivent en fin de compte à une forme très particulière et très curieuse de désagrégation psychique qui ne s’observe jamais dans la neurasthénie : le dédoublement conscient de la personnalité. « J’ai deux moi, disent-ils presque tous quand on les prie d’expliquer ce qu’ils ressentent, l’un malade qui s’émeut pour des bêtises, l’autre sain qui assiste impuissant aux agissements absurdes du premier ». Aussi l’état d’obsession est-il toujours accompagné d’un effort fait par le malade pour repousser l’idée obsédante d’une lutte entre le moi normal et le moi morbide, effort et lutte dont il n’existe pas trace chez les neurasthéniques‘ ».

Épilepsie. — Mickle a insisté sur le diagnostic

I. A. Pitres, L’état mental neurasthénique. Journal de médecine de Bordeaux, 3 novembre 1901.

de robsession avec Fépilepsie : « L’émergence soudaine du fin fond de la conscience des éléments de l’obsession, dit-il, peut rappeler l’attaque d’épilepsie. Cependant, ce n’est pas de l’épilepsie vraie ; ce n’est pas non plus de l’épilepsie larvée. Il n’existe pas là, à titre primaire, de ces obscurs états de la conscience ou quelque chose d’analogue, quoique l’obtusion mentale puisse survenir, et même à un degré chaotique, comme élément secondaire, dans quelques rares cas, par suite de l’iiTésistibililé avec laquelle le sujet est obligé de suivre le cours de ses pensées, qui changent avec une rapidité toujours croissante, jusqu’à dégénérer en une sorte de confus « tourbillon mental ». Mais ces états d’obtusion secondaire diffèrent absolument de l’absence primaire, du voile momentané, de l’imperception, des états nuageux de l’épilepsie.

« Des obsessions peuvent immédiatement précéder l’attaque convulsive, à titre à’aura, ou peuvent survenir chez des épileptiques dans les intervalles quasilucides, mais jamais aa moment précis où l’esprit est sous le coup d’une attaque. Il existe aussi dans ces cas, au moins d’ordinaire, un état de dégénérescence mentale.

« Comparons un instant les caractères généraux de l’obsession avec impulsion et ceux de l’impulsion épileptique a non contrôlable ».

« Obsession. — Conservation entière (ou presque) de la conscience. D’ordinaire, parfait souvenir de l’attaque. Anxiété et angoisse concomitantes. Inquiétude du malade sur son état mental. Dégoût de la vie. Fréquemment, stigmates physiques de neurasthénie cérébrale.

DIAGNOSTIC

« Épilepsie. — Explosion soudaine de l’attaque. Inconscience ou état de trouble, ou grande obscurité mentale pendant l’explosion. Perte plus ou moins complète du souvenir de l’attaque. Souvent, ressemblance absolue de détails entre plusieurs attaques impulsives. »

Mickle aurait pu ajouter, parmi les caractères différentiels importants, que l’impulsion de l’obsession est précédée d’idée et de lutte, tandis que l’impulsion de l’épilepsie est soudaine et se réalise aussitôt. Les dissemblances entre la dromomanie de l’obsédé et l’automatisme ambulatoire de l’épilepsie, pour ne citer que cet exemple, sont tout à fait caractéristiques.

Diagnostic des obsessions entre elles.— Mais il ne suffit pas de distinguer l’obsession des autres états pathologiques. Il faut encore différencier les unes des autres les diverses formes d’obsession.

Les détails dans lesquels nous sommes entrés sur les caractères spéciaux des divers états obsédants : état obsédant panophobique, état obsédant monophobique, état obsédant monoïdéique ou obsession proprement dite, nous permettent de n’y pas revenir. Nous avons également, à diversès reprises, indiqué les signes distinctifs entre les obsessions accidentelles et les obsessions constitutionnelles, qui se font surtout remarquer par leur origine héréditaire, souvent dégénérative, leur précocité, leur forme plutôt intellectualisée (obsession idéative ou impulsive), leur chronicité, leur curabilité moindre, leur inaccessibilité à la suggestion hypnotique.

Nous nous bornerons donc à résumer, en quelques

mots, les différences entre les obsessions hystériques et les obsessions neurasthéniques.

Les obsessions hystériques débutent plus ou moins brusquement à la suite d’un choc moral, d’une émotion vive. Elles revêtent très souvent la forme de phobie, diffuse ou systématisée, avec réviviscence, parfois hallucinatoire, de l’émotion première. Elles ont des rapports fréquents avec les rêves, dont elles peuvent émaner, ou par l’intermédiaire desquels elles se renforcent. Elles coexistent avec des stigmates ou des accidents hystériques et ont un caractère plus ou moins subconscient. Elles sont curables par suggestion.

Les obsessions neurasthéniques surviennent plus lentement, très fréquemment à l’occasion d’un état d’épuisement, d’infection, de surmenage ou d’un accès aigu de neurasthénie. Elles peuvent revêtir toutes les formes, mais sont basées en général sur un fond d’inquiétude, causée et entretenue par des sensations subjectives réelles. Elles s’accompagnent de stigmates neurasthéniques : céphalée, rachialgie, troubles digestifs, etc. Elles sont curables, mais à un moindre degré que les hystériques et habituellement réfractaires à la suggestion hypnotique.

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