‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 65 sur 114 · I. Ribot, Psychologie des sentiments, Paris, 1896, p · texte numérisé non relu

I. Ribot, Psychologie des sentiments, Paris, 1896, p

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tous trois peuvent songer à en finir par le suicide ; mais chez Famoureux et le coupable, si grandes que soient les tortures morales, elles sont justifiées par leur origine même, tandis qu’elles sont étrangement disproportionnées avec la cause chez Féreuthophobe.

Diagnostic avec les états pathologiques. Psychoses. — Les obsessions doivent être séparées non seulement des états physiologiques ou semi-pathologiqués, mais aussi des vrais états pathologiques qui s’en rapprochent, c’est-à-dire des psychoses et des névroses, puisqu’elles sont en quelque sorte intermédiaires entre les deux.

Mélancolie anxieuse. — Et d’abord, on peut confondre une névrose anxieuse, accompagnée d’obsession diffuse ou systématisée, avec la mélancolie anxieuse, dont elle n’est guère qu’une forme moins accentuée et dans laquelle elle peut verser comme nous l’avons vu. La confusion est d’autant plus possible que non seulement la névrose anxieuse et la psychose anxieuse se ressemblent avec de simples différences d’intensité mais encore qu’elles peuvent s’associer, en proportions diverses, pour former des sortes d’états mixtes, c’est-à-dire des neuro-psychoses.

Certains caractères cependant appartiennent tout particulièrement à la névrose anxieuse, qui revêt surtout le type neurasthénique. Nous n’insisterons pas sur les symptômes physiques tels que céphalée, amyosthénie, prurit nerveux, spasmes, pollakiurie, etc., etc., qu’elle présente. C’est particulièrement au point de vme mental qu’il est utile de montrer la différence. Contrairement à ce qui a lieu dans la mélancohe, même avec conscience, l’intelligence est ici ah-

solument intacte et il n’y a pas la moindre trace d’idée délirante. Tout se borne à de pures obsessions avec, le plus souvent, des tentations émotives de toute sorte, contre lesquelles lutte la volonté.

Un tel processus n’appartient qu’à la névrose obsédante et non à la mélancolie. Les obsessions pures et les tentations impulsives, en particulier les impulsions à rechercher des mots, à battre, à rire, à chanter, à danser, à tiquer, etc., sont absolument étrangères à la mélancolie. L’impulsion au suicide y est elle-même bien différente^ Le mélancolique, dans son désespoir, veut se suicider; il en recherche les moyens et fait appel à sa volonté pour avoir le courage d’accomplir sa tentative. L’obsédé, sauf le cas de suicide rationnel, ne veut pas se suicider ; au contraire, il a peur que sa volonté ne puisse résister à une obsession qui s’impose à lui et c’est pour ce motif que, pour ne pas y céder, il ferme sa fenêtre si elle est ouverte, s’éloigne de l’eau, cache armes, couteaux, allumetttes, s’il en voit, etc. Il a la peur du suicide, tandis que le mélancolique en a le désir, ce qui est bien different.

Paranoïa rudimentaire. — De même on peut confondre l’obsession, dans sa forme idéative, avec la paranoïa rudimentaire ou délire systématisé raisonnant hypocondriaque, jaloux, de persécution, etc., c’est-à-dire en somme, l’idée fixe de l’obsession avec l’idée fixe du délire. La distinction n’est généralement pas embarrassante, car dans l’obsession idéative, outre les symptômes d’angoisse, les paroxysmes et l’état général, qui font défaut dans le délire, il y a connaissance complète de la nature pathologique de l’idée et

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de ses caractères automatique et discordant. M. Rou- BiNOviTCH ^ a consacré un intéressant article à ce diagnostic entre le délire raisonnant et l’obsession. Il faut se rappeler cependant qu’il n’y a point de différence fondamentale entré les deux états et que certaines obsessions idéatives constituent des cas de transition vers la paranoia à laquelle elles peuvent même aboutir complètement. C’est ce que nous avons montré plus baut. Dans sa récente étude déjà citée sur'le Tic et la Paranoia, Sciamanna dit aussi que les tics psychiques (il appelle ainsi les obsessions avec images motrices) sont en quelque sorte intermédiaires entre les phobies simples et les délires systématisés, dans lesquels ils finissent parfois par verser.

Mélancolie simple. — L’obsession peut également être prise pour une mélancolie simple et il est quelques cas qui nous ont embarrassés à ce point de vue.

Une de nos malades, âgée de quarante-neuf ans, quelques jours après la mort de sa mère, est hantée par l’idée de cette mort sous la forme de questions obsédantes ; Quelle était la cause de la maladie ? La cause de l’aggravation ? N’aurait-on pu faire mieux ? A-t-on bien exécuté les prescriptions médicales ? etc. C’est en vain que la malade cherche à se débarrasser de ces pensées ; elles s’imposent à elle et la nuit même'elle voit sa mère en rêve. D’abord hésitants entre l’obsession et la mélancolie, nous ne tardâmes pas à conclure à l’existence de cette dernière, lorsque nous eûmes constaté que la malade croyait n’avoir

I. Rotjbinovitch, Idée fixe et obsession. Bulletin médical, 22 juillet 1896.

pas fait tout ce qu’elle aurait dû pour sauver sa mère (idée délirante de culpabilité imaginaire) et que, dans ces souvenirs détaillés qui lui revenaient à Fesprit, elle recherchait si elle n’avait pas commis quelque négligence. Guérison au bout de trois mois.

Dans ce cas et dans certains autres similaires, la détermination clinique est encore possible ; mais il en est où elle ne l’est plus pour ainsi dire, et où il s’agit encore de véritables états mixtes tenant à la fois de la mélancolie et de l’obsession.

Idées fixes des états infectieux et toxiques. Alcoolisme. — Signalons enfin, comme diagnostic psychopathique parfois embarrassant, celui de l’obsession avec certaines idées fixes délirantes, résidu de maladies infectieuses et toxiques \ en particulier avec certaines idées délirantes de Valcoolisme. Nous avons observé chez des alcooliques à la fois des obsessions vraies et des idées fixes délirantes, en général de nature jalouse. Comme pour la paranoïa rudimentaire, c’est surtout la connaissance ou la méconnaissance du caractère pathologique et irréel de l’idée qui constititue le principal élément de distinction.

Idées obsédantes symptomatiques. — On peut en dire autant de toutes les idées obsédantes, qu’il faut se garder de confondre, comme le dit M. Magnan, avec lés obsessions. Les idées obsédantes sont des idées délirantes irrésistibles qui peuvent se rencontrer dans nombre déformés psychopathiques, et qu’on

I. E. Régis, De la suggestion hypnotique dans le traitement des délires toxiques et infectieux (idées fixes post-oniriques). Congrès international de l’hypnotisme, igoo.

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différencie en ce qu’elles sont méconnues et qu’elles se rattachent à un ensemble morbide, en général caractéristique. On trouvera des détails à ce sujet dans une leçon de M. Séglas ‘ : « Des idées de grandeur et de persécution conscientes et obsédantes. »

Paralysie générale. — Les idées obsédantes dont nous venons de parler peuvent se rencontrer même dans la paralysie générale, surtout au début ; nous les avons observées deux ou. trois fois, facilement reconnaissables à leur caractère plus puéril. L’obsession proprement dite a pu être prise exceptionnellement, de son côté, pour une paralysie générale, comme dans le cas cité par Morel En dehors d’autres signes et de l’état mental, q;ui n’est plus le même, l’embarras de la parole qu’on rencontre parfois dans l’obsession est un embarras purement émotif, ne survenant que dans des circonstances bien déterminées et devant certaines personnes.

Névroses. — Le diagnostic de l’obsession avec les névroses simples n’est pas toujours facile, car elles peuvent s’accompagner de phénomèmes idéatifs ou émotionnels semblables à ceux de l’obsession, avec laquelle elles coexistent, nous Payons vu, fréquemment.

Idées fixes hystériques. — Les hystériques sont souvent sujets à des idées fixes, bien étudiées par M. P. Janet ®, qui leur viennent de diverses sources,

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