‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 77 sur 114 · I. — Caractères généraux des impulsions · texte numérisé non relu

I. — Caractères généraux des impulsions

Morselli, dans le second volume, paru il y a quelques années, de son remarquable Manuel de séméiotique des maladies mentales, est le seul auteur, à notre connaissance, qui ait traité avec quelques détails la symptomatologie générale des impulsions, qu’il décrit sous le nom de disprassies partielles ou troubles particuliers de l’activité (dé •ïï:pà3C7a), je fais, j’opère, je conduis à terme). C’est de ce travail que nous nous inspirerons donc surtout ici.

Les impulsions se distinguent généralement, pour Morselli, par les caractères suivants : i“ elles sont endogènes, c’est-à-dire dérivées de motifs exclusivement internes ; 2 ° elles sont fortes, impérieuses, d’où leur immission violente et subite dans la voie de la décharge motrice ; 3° elles sont aberrantes, c’est-àdire contrastant avec le caractère de l’individu et avec les exigences de la vie sociale en commun ; 4“ elles sont le plus souvent conscientes et involontaires, en

d’autres termes représentées à la conscience avec plus ou moins de précision, mais impossibles à. inhiber ; elles peuvent même être entièrement inconscientes et naturellement involontaires.

Quand, dit Morselli, un acte est accompli avec cette séméiologie caractéristique, qu’il existe ou non une folie confirmée, nous devons l’appeler un acte impulsif morbide.

Endogenèse. — Nos tendances, au point de vue psycho-physiologique, sont, comme on sait, de trois ordres : 1 “ \es, actes instinctifs, mouvements spontanés organisés depuis longtemps dans l’espèce et héréditaires chez l’individu, tendant à s’actualiser par les voies nerveuses centrifuges et les appareils musculaires, en suite d’une stimulation interne ; 2 “ les actes automaticiues, résultat des habitudes acquises chez l’individu et organisés en lui, tendant à s’exécuter mécaniquement sous l’influence de sollicitations également internes ; 3“ les actes volontaires, répondant à des excitations nouvelles ou insolites provenant de l’intérieur (émotions, images, idées) ou de l’extérieur (impressions sensorielles) et tendant à s’effectuer en se représentant à la conscience associés avec les images musculaires de leurs mouvements antagonistes.

Les impulsions, dans les maladies mentales, reconnaissent exactement les mêmes origines. Elles émanent, en effet, d’une exaltation ou d’une perversion soit des besoins primordiaux de l’organisme, soit des habitudes automatiques, soit enfin des phénomènes de l’émotivité ou de l’intellectualité. C’est même ce qui a conduit beaucoup d’auteurs à classer les impul-

CARACTÈRES GÉNÉRAUX SqS

sions en impulsions instinctives, automaticjues, émotives et intellectuelles.

Dans tous les cas et sauf peut-être lorsqu’elles sont dues à certaines aberrations sensorielles particulières, les impulsions sont de cause interne.

Incoercibilité. ,— La force et l’incoercibilité des impulsions dépendent de plusieurs facteurs, en particulier : de leur autonomie dans la vie mentale de l’individu ; de l’absence ou de l’inefficacité des tendances antagonistes ; de leur réitération ; de l’intensité de leur accompagnement émotif; de leur contenu même, c’est-à-dire de la nature du mouvement ou acte qui est représenté à l’esprit.

Dans beaucoup de cas, notamment dans les impulsions hallucinatoires, comme dans celles de l’épilepsie, de l’hystérie, de la manie, de la mélancolie anxieuse, de la stupeur, de la psychose catatonique, de la paralysie générale, de la démence même, la puissance de la propension impulsive est le plus souvent telle qu’elle s’accomplit par une véritable nécessité mécanique. Les malades sentent très bien, dans les impulsions conscientes, cette irrésistibilité qui les entraîne et, dans les impulsions inconscientes, ils la traduisent, revenus à eux, par leur attitude caractéristique de stupéfaction et de douleur.

Aberrance. — Les impulsions, pas phis que les idées délirantes, ne sont pas toujours par elles-mêmes absurdes. Elles sont simplement, comme dit Morselli, aberrantes, c’est-à-dire soit en désaccord avec les conditions psychiques normales de l’individu et avec ses besoins, soit en opposition avec les idées et les intérêts de la société. Telles les impulsions aux jurements.

aux blasphèmes, aux sacrilèges chez les sujets essentiellement religieux, les impulsions aux anomalies sexuelles chez les chastes, au vol chez les scrupuleux, à l’infanticide chez les mères qui adorent leurs enfants.

Il y a là divergence et souvent contraste avec les sentiments et les penchants naturels du malade.

Conscience. — Relativement à leurs rapports avec la conscience, les impulsions peuvent se présenter sous différents états ;

i“ Le malade n’a aucune conscience de l’acte au moment où il l’accomplit, et il n’en garde, après, aucun souvenir. Ces impulsions, essentiellement caractérisées par une inconscience et une amnésie absolues, appartiennent surtout, comme nous le verrons plus loin, à l’épilepsie;

2° Le malade a une conscience obscure de l’acte au moment où il l’accomplit, mais il ne peut en aucune façon l’inhiber.

Il s’agit là surtout des impulsions subconscientes, par lesquelles peut se décharger à l’improviste la tension nerveuse dans les psychopathies caractérisées par un état convulsivo-tonique des centres psycho-moteurs ou par un arrêt inhibitoire des mouvements (mélancolie anxieuse, stupeur, catatonie). Dans ces cas, l’impulsion a lieu, bien que perçue dans le vague ou l’inertie de la pensée, et, le plus souvent, sans prodromes. Parfois cependant, il se produit quelques signes précurseurs susceptibles d’éveiller l’attention : contraction du visage, fixité du regard, dilatation des pupilles, rougeur ou pâleur subites, palpitations, suffocation, spasmes et mouvements musculaires divers. A ces impulsions subconscientes appartiennent

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