CHAPITRE PREMIER
Aperçu historique. — Conception psjxho-pathologique de l’obsession. — Caractères généraux des états obsédants. — Définition et classe-
Aperçu historique. — Les phénomènes morbides désignés sous les noms d’obsessions, didées fixes, de peurs maladives, de phobies, dimpulsions conscientes, ont été pendant fort longtemps considérés comme des symptômes vésaniques appartenant a cette forme mal définie de psychopathie qu’on a tour à tour appelée : manie sans délire (Falret), monomanie (Esqüirol, Marc, Georgeï), pseudo-monomanie (Delasiaüye), folie lucide (Trélat), folie avec conscience (J. Falret, Raillarger, Ritti), paranoia rudimentaire (Arndt, Morselli), monomanie abortive (Spitzka).
Morel le premier, en 1866, détacha la ma.jeure
1. Morel, Du délire émotif, névrose du système nerveux ganglionnaire viscéral. Arch. gén. de méd., 1866.
PiTREs ET Régis. i
partie de ces troubles psychiques des états de folie où ils restaient à peu près ignorés, et, dans une magistrale étude, les décrivit à part sous le nom de délire émotif, qu’il considéra, non comme une psychose, mais comme une névrose, comme une maladie spéciale de l’émotivité.
Quatre ans après, en 1870 \ Krafft-Ebing, de Vienne, étudie à son tour l’influence qu’exercent sur les voûtions certains troubles de la représentation qu’il désigne sous le nom, devenu classique en Allemagne, de Zwangsvorstellungen. Il est revenu depuis à diverses reprises sur le même sujet, notamment en 1878, dans un important travail^.
Westphal, enfin, en 1877®, analyse très finement les mêmes phénomènes, qu’il décrit à nouvèau sous la dénomination de Zwangsworstellungen ou idées obsédantes. Ils consistent pour lui en idées parasites qui, l’intelligence restant intacte et sans qu’il existe un état émotif ou passionnel, se dressent devant la conscience, s’y imposent contre la volonté, ne se laissent pas chasser, traversent et empêchent le jeu normal des idées et sont toujours reconnues par le malade comme anormales, étrangères à son moi.
Une différence fondamentale, indépendamment de
1. Krafft-Ebikg, Ueher gewisse formate Stô'rungen des Vorstellens und ïhren Einjluss auf die Selbstbestimmungsfahigkeit. Vierteljahresschrift f. gerichtl. u. ôffentl. Medicin, 1870, Ja-
2. JJeber Geistesstôrung durch Zwangsvorstellungen. Zeitschrift fûr Psychiatrie, Band 35.
3. Westphal, Ueber Zwangsvorstellungen. Berliner hlinische Wochenschrift, 1877.
bien d’autres, sépare ici la conception de Westphal de celle de Morel. Morel, ainsi que nous l’avons vu, fait de l’obsession un trouble essentiellement émotif, tellement émotif qu’il en locabse le point de départ non dans le cerveau, mais dans le système nerveux ganglionnaire viscéral, source supposée des émotions. Pour Westphal, au contraire, l’obsession est un trouble avant tout intellectuel, dont l’élément idéatif est le symptôme principal. Quant à l’élément émotif, ou il est absent, ou, s’il existe, il est secondaire et provoqué par l’idée obsédante, dont il représente une simple réaction.
Ces deux conceptions différentes semblent avoir inspiré les travaux, de plus en plus nombreux, qui ont suivi sur la matière.
Tout d’abord, c’est l’opinion de Westphal qui prévaut, et les obsessions sont généralement considérées comme des troubles proprement intellectuels. Ce sont, pour les uns, des idées fixes (idee fisse, de Buccola)*, des idées incoercibles (idee incoercibili, de Tamburixi)^, des idées impératives (impérative ideas, de Hack-Tuke) ^ ; pour les autres, des délires avortés (abortive Verrücktheit, de Metxert)^, de la paranoia rudimentaire (paranoia rudimentaria, de Morselli)^ : c’est-à-dire, en somme, des troubles psychiques ayant pour base une idée fixe et divisés