‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 96 sur 114 · Sollier, Les troubles de la mémoire, Paris · texte numérisé non relu

Sollier, Les troubles de la mémoire, Paris

Hystérie. — L’impulsion, dans l’hystérie, est aussi polymorphe et aussi variable que la plupart des autres symptômes.

Elle peut s’y présenter sous le type : conscient, subconscient, inconscient, mnésique, hypomnésique, , amnésique ; obsédant, automatique, instinctif.

De même, elle peut y revêtir une quelconque des nombreuses formes et variétés signalées plus haut, depuis les plus légères jusqu’aux plus graves, depuis Facte simplement excentrique jusqu’aux pires attentats. Quelques-unes, sans lui être exclusives, s’y rencontrent assez fréquemment, comme ces décharges psycho-musculaires appelées tics.

L’hystérie donne aussi son empreinte ,à la plupart des impulsions, qu'elle accommode, agrémente, orne et complique à sa façon, souvent caractéristique.

Pourtant, la question s’est posée de savoir si Fimpulsion chez les hystériques, en particulier l’impulsion perverse, n’était pas dans bien des cas attribuable à la dégénérescence qui l’accompagne. C’est là, notamment, l’opinion de notre savant ami M. Ballet L

Il est certain : d’une part que l’hystérie se trouve couramment associée à la dégénérescence ; d’autre part, que les impulsions sont fréquentes dans cette association. La catégorie la plus nombreuse d’inculpés que nous avons eue à examiner, dans notre carrière d’experts, est celle des dégénérés hystériques^. Le plus souvent, il s’agissait d’impulsions.

I. Ballet, Rapports de l’hystérie et de la folie. Rapport au Congrès des aliénistes et neurologistes, Clermont-Ferrand, 1894.

3. Pareau, Les dégénérés hystériques au point de vue médicolégal. Thèse de Bordeaux, 1899.

IMPULSIONS DANS l’hYSTÉRIE ET l’ALCOOLISME 35 g

Mais quel est, des deux états morbides, celui qui déterminait les impulsions ? l’hystérie ou la dégénérecesnce ?

Nous croyons, en ce qui nous concerne, que chacun d’eux pouvait revendiquer sa part d’influence, attendu que les actes incriminés rappelaient par leur nature, leurs particularités, les uns la névrose, les autres la dégénérescence, quelques-uns même à la fois les deux. Il nous semble cependant que la dégénérescence constituait, dans l’espèce, le facteur prépondérant, car la fréquence et la gravité des délits ou des crimes variaient surtout en raisoii directe de l’élément dégénératif.

Alcoolisme. — Les impulsions sont très fréquentes dans l’alcoolisme. Elles doivent être envisagées séparément dans les accès de délire et en dehors des accès.

Les impulsions qui surviennent au cours des accès délirants et qui sont les véritables impulsions alcooliques sont le résultat direct du délire. On sait que le délire alcoolique est un délire essentiellement onirique, c’est-à-dire un rêve en action. Les malades vivent leur cauchemar et, pénétrés de la réalité des scènes qu’il fait naître, se livrent à toutes sortes d’actes impulsifs en rapport avec ces fictions.

L’un frappe sa femme, tranquillement couchée auprès de lui, la prenant pour une bête féroce, pour un ennemi ou s’imaginant la voir aux bras d’un amant;, un autre tue un passant inofiensif, qu’il croyait le poursuivre ; un autre se jette à l’eau ou sè précipite d’une croisée quelconque pour échapper à ceux qui le traquent; un autre enfin accourt haie-

tant devant la police pour s’accuser d’un soi-disant crime qu’il vient de commettre.

En un mot, sous l’influence des illusions dont ils sont le jouet, les alcooliques exécutent de nombreux actes qui ré vêtent souvent le caractère impulsif. Ces impulsions sont habituellement rapides, violentes, accomplies, comme des impulsions hystériques, dans la subconscience de l’onirisme et, revenu à lui, le malade en a un souvenir plus ou moins confus. Quelquefois, cependant, Famnésie est complète.

Dans Valcoolisme chronique on peut aussi, en dehors de tout accident délirant, observer des impulsions. Ces impulsions ont alors une origine et un caractère difiérents. Elles proviennent de FafFaiblissement intellectuel et moral produit à la longue par l’intoxication, en particulier par la diminution progressive de la volonté. Aussi ressemblent-elles aux impulsions des cerveaux invalides, c’est-à-dire à celles des débiles et des déments. Ce sont des vols à l’étalage, des exhibitions obscènes, des viols, des crises paroxystiques de fureur et de violences.

Les impulsions de l’alcoolisme -représentent le type des impulsions dans toutes les intoxications. On peut donc en rapprocher les impulsions du morphinisme, du haschischisme, etc., ainsi que celles des psychoses auto-toxiques et infectieuses. Elles ressemblent aussi aux impulsions des états seconds, ressemblance qui s’explique par le fait que le délire alcoolique ne serait luimême, comme tout délire toxique, qu’un état second*.

I. E. Régis, Le délire onirique-des intoxications et des infections. Académie de médecine, 7 mai 1901.

IMPULSI01SS DA3NS LA PARALYSIE GÉlNÉRALE 361

Démence. Paralysie générale. — Tous les états de démence, quels qpi’ils soient, en affaiblissant les facultés Intellectuelles et morales, déterminent une tendance aux impulsions. On la rencontre dans la démence sénile et dans la démence organique sous forme de vols, d’obscénités, de suicides, et surtout dans la paralysie générale ou démence paralytique.

Les impulsions, dans la paralysie générale, se manifestent surtout au début, dans la période justement appelée, pour ce motif, période médicolégale C’est là qu’elles ont vraiment de l’intérêt et de l’importance car, dans les périodes ultérieures, elles deviennent à la fois plus rares et plus manifestement pathologiques

Durant la phase prodromique, les impulsions, dans la paralysie générale, traduisent l’excitation psychomotrice du cerveau. Elles consistent soit en explosions violentes mais passagères de colère, soit en propensions irrésistibles à la marche, à la-boisson, à la salacité, au vol.

Ces impulsions au vol sont, pour ainsi dire, caractéristiques. Ce sont des actes d’enfant, naïfs, absurdes, ridicules, imprévoyants. Tentés par un objet quelconque qu’ils aperçoivent sur leur route, lés malades s’en emparent aussitôt, sans presque se cacher

1. Legrand du Saulle, Étude médico-légale sur la paralysie générale, 1866.

2. Kovalewsky, La paralysie générale au point de vue médico-légal. Bulletin de la Société de médecine mentale de Belgique, décembre 1898.

3 . Fortineau, Des impulsions au cours de la paralysie générale Thèse de Paris, i 885 .

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et vont quelquefois jusqu’à l’emporter ostensiblement avec la candeur de l’innocence et comme s’ils accomplissaient l’acte le plus naturel.

Nous recevions il y a quelque temps, dans notre cabinet, un paralytiqué général au début. L’ayant fait passer un instant dans une pièce voisine, pour expliquer à sa femme ce dont il s’agissait, nous le retrouvâmes bientôt, les pocbes pleines à déborder, de tous les objets qu’il avait pu .trouver: porte-plumes, crayons, encriers, presse-papiers, calendriers, livres de médecine, échantillons de médicaments, etc., et tenant encore dans chaque main un petit tableau. On eût dit un déménageur. Il revint ainsi chargé, l’air souriant, et se laissa dépouiller avec la plus grande facilité.

Ces impulsions existent dans toutes les formes de paralysie générale. Dans les formes délirantes, on peut nécessairement observer en plus des impulsions en rapport avec la nature du délire, c’est-à-dire des impulsions de mégalomaniaque, de mélancolique, ou de persécuté, toutes marquées du reste au coin de la démence, caractéristique de la maladie.

Vésanies. — Toutes les grandes vésanies : manie, mélancolie, folies systématisées, ont leurs impulsions.

Dans la manie, les impulsions sont des réactions motrices violentes, habituellement subites, c’est-àdire aussitôt exécutées que conçues et se traduisant principalement par des actes de destruction, plutôt que par des attentats contre les personnes. Plus l’état est aigu, plus ces impulsions sont soudaines, imprévues, multiples, furieuses. La manie aiguë est, pour ainsi dire, un état perpétuel d’impulsion.

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