I. — Étiologie
Les impulsions n’ont pas, à proprement parler, d’étiologie spéciale et leurs causes se confondent avec celles de l’aliénation mentale, en particulier avec celles' des états psychopathiques auxquels elles se hent.
Ce qu’on peut dire, c’est que l’impulsivité, c’est-àdire la tendance au retour vers le réflexe élémentaire, marquant une infériorité psychique de l’individu, innée ou acquise, elle relève surtout des facteurs qui engendrent cette infériorité, dégénérescence ou démence.
Or, les grands facteurs de la dégénérescence et de la démence sont, cela est avéré aujourd’hui, les troubles de nutrition de l’organisme. Ce sont donc surtout les intoxications et les infections qui les provoquent, soit directement, soit par voie héréditaire et, parmi elles, en tête, l’alcoolisme et la syphilis. C’est ce que faisaient ressortir encore dans de récents et
intéressants travaux M. Bourneville^ et Louise Robinovitch^, à propos de rimbécillité et de l’idiotie.
On peut même faire à cet égard une constatation curieuse : c’est que les intoxications donnent lieu bien plus que les infections à des troubles cérébraux accompagnés d’impulsions. Que l’on compare, par exemple, chez l’individu même, les psychoses alcooliques et les psychoses syphilitiques : les impulsions sont incomparablement plus fréquentes dans les premières que dans les secondes.
Et cette différence se poursuit, en s’accusant davantage encore peut-être, dans la descendance. La descendance des syphilitiques peut atteindre tous les degrés de l’échelle dégénérative, jusqu’à l’idiotie ; mais ses représentants sont beaucoup moins portés aux réactions violentes, dangereuses, que les hérédo-alcooliques. C’est parmi ceux-ci que se recrute, assurément, la majeure partie de l’armée du crimé et, en particulier, les précoces criminels de l’heure présente qui attirent si justement l’attention des magistrats et des médecins (P. Garnier).
Notre ami le D'’ Jules Morel, de Mons, a rapporté tout récemment à cet égard, des statistiques précises et intéressantes. Il résulte de ces documents que: i° sur i68 récidivistes n’ayant subi que de petites condamnations, 8g, dont ig âgés de i8 à 3o ans, étaient adonnés
1. Boukneville. Rôle de la syphilis, de l’alcoolisme et des professions insalubres des parents dans l’étiologie de l’idiotie. Congrès des Aliénistes et Neurologistes, Limoges, août 1901.
2. Louise Robinovitch. Idiot and imbécile children; various causes of idiocy and imbecility. The journal of mental pathology, New-York, 1901, no® i et 2.
ÉTIOLOGIE
aux excès alcooliques et 67, dont 20 également âgés de 18 à 3o ans, avaient un père ou une mère ivrognes ; 2“ que sur i58 récidivistes ayant subi des condamnations à cinq ans et plus, 92, dont 46 âgés de 18 à 3o ans, avaient fait des excès alcooliques et 55, dont 39 également âgés de 18 à3o ans, avaient des parents adonnés à la boisson b
En parlant de l’action si évidente de l’hérédité, dans la genèse de l’impulsion, il ne faut pas omettre de rappeler que cette hérédité peut se manifester sous une forme identique. C’est ce que l’on observe par exemple dans l’impulsion héréditaire au suicide, homologue et même homocrone dans certaines familles et aussi, très souvent, dans l’impulsion à boire.
Un point tout particulièrement intéressant de l’étiologie des impulsions est celui relatif à l’influence de la contagion, et de Vimitation.
Nous avons déjà signalé, à propos de la tendance au suicide et aux perversions sexuelles, la possibilité pour ces impulsions de se manifester simultanément ou de proche en proche, chez plusieurs individus. Nous croyons devoir revenir à nouveau ici sur ce fait parce qu’il éclaire d’un jour spécial la genèse d’un certain nombre de crimes commis en commun.
Sans entrer dans des détails qui ne sauraient trouver place ici, disons seulement que ces impulsions par contagion ou suggestion peuvent, tant au point de vue psycho-pathologique que médico-légal, être
I. Jul. Morel, La prophylaxie et le traitement du criminel récidiviste. Rapport au Congrès d’anthropologie criminelle, Amsterdam, août 1901.
classées en deux catégories : i® celles qui, sous l’influence d’un même trouble mental, sont exécutées par deux individus seulement ou par les membres d’une même famille, d’un même milieu restreint (impulsions à deux, impulsions familiales) ; 2 “ celles qui sont exécutées par des groupements plus étendus, des collectivités réunies fortuitement (crimes des foules).
Les premières rentrent, à un degré plus ou moins marqué, dans la grande classe des folies à deux. Comme les folies à deux, elles peuvent se produire soit par action d’un individu sur un ou plusieurs autres (débre communiqué de Lasègue et Falret, délire d’imitation de Pronier), soit par action réciproque de l’un sur l’autre ou les autres (délire simultané de Régis. Ces types d’impulsions en commun, mais à sphère restreinte et intime, sont représentés par certains suicides à deux ou à plusieurs chez des amants désespérés ou déséquilibrés, des pessimistes, des mélancoliques, ainsi que par certains homicides en collaboration, crimes de famille pour la plupart, par exemple le parricide. « Le parricide par cupidité est celui de paysans âpres au gain, intéressés, supportant impatiemment l’obligation d’une rente à payer aux vieux parents ou simplement de les nourrir etqui, V homme souvent poussé par la femme et s’exaltant l’un l’autre par degrés, en arrivent, après l’avoir accablé d’injures et de privations, à se débarrasser enfin (souvent dans un moment d’entraînement impulsif) de l’inutile et gênant aïeul‘. »