LA BALANCE
(Planche II, fig. 2.)
Elle est en bronze et bien conservée, véritable romaine composée d’un fléau inflexible, arrondi dans les deux tiers de sa longueur, aplati dans le reste. Il est long de 12 '/2 centimètres et peut être suspendu par deux crochets occupant les bords opposés de sa partie plate. Tous deux divisent le fléau en deux bras inégaux, l’un des crochets laisse un long bras de 10 centimètres, l’autre de 2 centimètres ; l’autre crochet laisse un long bras de 11 !/2 centimètres, l’autre de un demi centimètre.
Sur les faces opposées du fléau, correspondantes à l'insertion des crochets, on voit deux échelles différemment graduées, elles servent à indiquer le poids des corps en expérience. L’échelle gravée sur le bras mesurant 10 centimètres de long porte onze points suivis d’une barre verticale, puis encore cinq points au-delà, ils sont également espacés. La face opposée correspondante au crochet le plus rapproché de l’extrémité du fléau présente alternativement un point et une barre, en tout douze divisions, tandis que l’autre échelle en présentait seize. Cette dernière servait aux pesées les plus légères.
A l’extrémité du bras le plus court s’attache une chaîne longue de 3 */2 centimètres, portant à son extrémité inférieure une boule de bronze mesurant 7 y2 centimètres de circonférence. De sa partie inférieure descend une chaîne
semblable à la première, longue de 2 V2 centimètres, qui donne attache à deux autres chaînes du même genre que les précédentes, supportant deux crochets auxquels on suspendait les corps à peser.
Le poids de la balance est perdu Cet instrument est d’un maniement très facile. Un poids courant sur le fléau en allongeant ou raccourcissant le bras du levier, donne immédiatement la différence du poids entre deux objets, sans qu’on doive pour obtenir ce résultat, recourir à un certain nombre de poids représentant des fractions de plus en plus petites de l’unité de pesanteur. On a plus vite compté sur le fléau combien de divisions on a fait parcourir au contre-poids avant d’obtenir l’équilibre.
Ces romaines ne sauraient soutenir la comparaison au point de vue de la sensibilité avec nos balances modernes qui trébuchent au milligramme. Mais nos lointains confrères Gallo-Romains ne maniaient pas les foudroyants alcaloïdes dont nous nous servons aujourd’hui et leurs balances suffisaient à leurs besoins.
Ces petites balances ne sont pas très rares, nous en possédons quelques reproductions. Eugène Toulouze en a trouvé une en 1889 en bordure de la rue Legoff, à Paris. Elle était encore munie de son poids, datait de l’an 77 de notre ère et présentait cette particularité remarquable qu’elle portait une inscription attestant qu elle avait été vérifiée par l’autorité publique.
Nous possédons une reproduction d’une romaine du même genre trouvée dans le camp de Dalbeim (Grand- Duché du Luxembourg), fondé par Drusus et détruit en 313. Nous la devons à l’obligeance de M. le Conservateur Van Verveken. Elle est munie de son poids.
Une de ses faces est divisée par trente points en espaces égaux, subdivisés par six et douze ; l’autre face est divisée
en neuf parties égales au moyen de traits cl les moitiés de ces distances sont marquées par des points. Cette graduation a beaucoup d’analogie avec celle que nous voyons sur la balance de Firmius Severus.
Nous possédons la reproduction d’une autre romaine trouvée à S. Maria di Capua (Italie) et qui se trouve au Musée du Cinquantenaire à Bruxelles. Nous la devons à l’obligeance de M. le Conservateur Destrée. Elle est munie de son poids; la graduation n’est pas faite par des points, mais la face supérieure du fléau est divisée en espaces égaux portant les chiffres I, II, III, IV, Y.
On voit à Pompeï, et nous en possédons les reproductions que nous devons à l’obligeance de M. le Conservateur Monaco, des stadères beaucoup plus volumineuses que celles précédemment décrites, elles servaient à la pesée d’objets pondéreux.
On rencontre aussi au Musée National de Naples des balances à un plateau et d’autres à deux plateaux.
La balance de G. Firmius Severus, comme celle trouvée par Toulouze, celle de Dalheim, celle de S. Maria di Capua, servait à peser de petits corps comme ceux que l'on manie dans l’officine des pharmaciens.
Notre oculiste ne se servait pas seulement de celte romaine pour le pesage de ses médicaments, puisqu’on trouve encore dans sa tombe les débris d’une autre balance mais cette fois à deux plateaux (planche II, fig. 9). Malheureusement il n’en reste que le fléau, les plateaux et les chaînes ou cordes qui les reliaient au fléau ont disparu. Le fléau est une tige en bronze longue de 27 x/2 centimètres, elle mesure au centre où elle est plus épaisse qu’aux extrémités, six millimètres. Chacune des extrémités légèrement ornementée porte un anneau où s’attachaient les chaînes ou cordes qui s’en allaient vers les plateaux. Au milieu de la
longueur du fléau, on voit encore un anneau, reste de l’appareil qui permettait de prendre en main ou de suspendre la balance.
La balance à deux plateaux était usuelle chez les Romains, non seulement on en retrouve plusieurs exemplaires au Musée National de Naples, provenant des fouilles d’Herculanum et de Pompeï, mais on les voit gravées sur un certain nombre de médailles des Empereurs Vespasien (66 ans après J.-C.), Gordien (an 238), Philippe (an 244), Dioclétien (an 284), Constance (an 305), Sévère (an 307).
On en rencontre aussi sur les peintures murales de Pompeï.