‹ Les oculistes gallo-romains au 111e [troisième] siècleChapitre 25 sur 25 · SILEX · texte numérisé non relu

SILEX

On trouve encore dans la tombe de Polleius Sollemnis trois silex jaunâtres de 7 à 9 centimètres de long, grossièrement taillés de main d’homme et dont les formes se rapprochent de celles des plus anciennes haches de pierre, c’est-à-dire antérieures aux haches de pierre polie. M. le Président Aymard disait à la Société des Sciences du Puv : » On a trouvé aussi des pierres analogues dans les tombeaux » même de l’époque Gallo-Romaine, notamment dans le » cimetière exhumé par M. Vinay, à Corsac, près de Puy, » au bord de la voie romaine qui conduisait de cette ville à » Lyon. On croit qu’elles y étaient placées comme objets » sacrés ou amulettes. »

Cette opinion est absolument fondée. Pline parle de ces haches de pierre qu’on regardait à son époque comme de précieuses amulettes. Il dit à l’article Céraunie , liv. xxxvii, chap. li : « Sotacus distingue deux autres espèces de Cérau- » nies, une noire et une rouge, il dit qu elles ressemblent à » des haches, que parmi les pierres celles qui sont noires » et rondes sont sacrées, que par leur moyen on prend des >> villes et des flottes. On prétend qu’il y a encore une autre » espèce de céraunie extrêmement rare et recherchée par » les mages pour leurs opérations, attendu qu’elle ne se » trouve que dans un lieu frappé de la foudre. » Ces pierres de foudre ou tombées du ciel étaient recherchées, on en faisait des amulettes et des talismans. (Céraunie de /cepawoa foudre, pierre de foudre.)

Toiit silex trouvé dans une tombe, dit mon savant collègue et ami M. Van Bastelaer, ne doit pas être regardé comme une amulette : « s’il est unique, qu’il soit patiné ou » non, taillé ou non, c’est le silex à battre feu, fut-il même » dans la tombe sans le briquet. Ce silex accompagné du » briquet se rencontre fréquement dans les tombes franques, » c’était l’instrument familier du guerrier franc et l’on n’au- » rait pas voulu l’en priver dans l’autre vie. A une époque » relativement moderne, les Lapons en enterrant leurs morts » ne manquaient pas de mettre à côté d’eux une pierre à > fusil, afin qu’ils puissent s’éclairer dans les ténébreux » sentiers qui mènent à l’autre monde. »

Souvent dans les tombes franques on trouve le silex et le briquet dans une pochette de la ceinture.

Le silex est souvent un morceau de hache ou d’objet de silex taillé à l’époque de la pierre. Mais dans la tombe de Polleius Sollemnis ce n’est pas un silex à battre feu que l’on a trouvé, ce sont trois silex rares et précieux, ce sont les silex que Romains, Gallo-Romains et plus tard les Francs recherchaient avec ardeur parcequ’ils les croyaient capables d’éloigner les malheurs, de protéger les vivants et même les morts. Ce sont trois belles haches, bien conservées, appartenant à la période préhistorique.

Dans les fouilles nombreuses qu’il a faites dans le Hainaut, M. Van Bastelaer a rencontré des haches en silex comme amulettes, dans des tombes gallo-romaines et franques.

Dans ses belles études sur la Normandie souterraine, l’abbé Cochet rapporte qu’on a trouvé dans des tombes gauloises des hachettes en silex emmanchées dans des cornes de cerf.

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