M A N C II E S A G 0 U T EAUX
La trousse de Polleius Sollemnis nous présente trois instruments qui méritent de fixer notre attention. Ils appartiennent à un type que nous avons fréquemment rencontré et que nous avons étudié déjà. Ses formes peuvent varier dans leurs dimensions, leurs détails, leur ornementation, sans rendre méconnaissable le type auquel elles se rattachent. Ce sont trois manches à couteaux, se terminant d’un côté par une spatule de forme elliptique unie par un col étroit et court à un manche rond et deux fois à un manche plat fendu à l’extrémité opposée pour recevoir l’insertion d’une lame de couteau.
Si le moindre doute pouvait exister à l’égard de la nature et des usages de ces instruments, je rappellerais que dans la séance du 12 Janvier 1865 de la Société des Sciences du Puy, M. le Vice-Président Aymard, en présentant à ses collègues les trois instruments dont je m’occupe, leur fit remarquer que dans les fentes que présentait l’une de leurs extrémités, on pouvait voir encore « des traces soit de lan- » cette, soit de tout autre appendice en fer ou en acier ».
Ions trois sont à deux fins, comme un grand nombre d’instruments de la chirurgie antique.
Nos manches modernes ne servent qu’à porter et fixer une lame tranchante, la plupart des manches des anciens servent d’un côté à porter le couteau, de l’autre ils se terminent en spatule, dont le rôle nous est bien connu. Tous
trois ont une forme originale, ils ne ressemblent pas à tous les autres manches.
Le plus intéressant (planche V, fig. 7 et 1) mesure 12 l/2 centimètres de long. La palette ou spatule proprement dite mesure 5 7-2 centimètres de long sur 7 millimètres dans sa plus grande largeur, elle se continue avec un manche plat long de 6 '/2 centimètres sur 7 millimètres de large. Un léger étranglement sépare ces deux parties. La spatule est effilée et ses bords sont minces, mais nous ne saurions pourtant la classer dans le groupe (pie Celse nomme Spatha acuta. Spatule pointue. Scalprum excisorium specilli formant habens. Bistouri ayant la forme d’une spatule. Sa pointe et ses bords ne sont pas assez pointus ou tranchants.
L’extrémité opposée est fendue comme le sont les manches à couteau, cette fente était là pour recevoir une lame de couteau, ou tout autre instrument si l’on veut. Mais en tous cas, c’est un manche, or un manche ne peut exposer ni à piquer, ni à couper la main qui le serre, il ne peut donc être ni piquant, ni tranchant, ce n’est donc ni une spatha acuta, ni un scalprum excisorium specilli formam habens.
La fente qui divise l’extrémité du manche mesure deux centimètres de long et se termine en recoquillant ses bords extérieurement, de sorte qu’ils forment de chaque côté un petit canal traversant l’épaisseur du manche. Ce qui rend cet instrument très intéressant, c'est la belle damasquinerie d’argent que nous voyons sur ces deux faces, dans toute leur étendue et même sur les bords de sa partie plate.
Le dessin de cette damasquinerie est élégant, l’artiste à incrusté dans le bronze des points isolés ou groupés par deux ou par trois, des cercles, des segments de cercle en argent. Cette incrustation n’est pas aussi compliquée que celle présentée par certains instruments de la trousse de
G. Firmius Severus, mais elle n’est elle nous montre avec l’habileté pei le haut degré de perfection qu’avait
pas moins gracieuse et 'sonnelle de son auteur, acquis l’art industriel à
cette époque déjà lointaine.
Le second manche (planche Y, fig. 4 et 10) n’est pas damasquiné, mais il n’est pas moins intéressant que le premier. 11 mesure 9 centimètres de long. La spatule est longue de 4 centimètres, dans sa plus grande largeur elle a 8 millimètres. Le manche mesure 5 centimètres de long sur
7 millimètres de large vers sa base, qui est fendue sur une étendue de 1 centimètre. La pointe de la spatule est assez aigue et ses bords sont minces. Le manche est ornementé
et nous présente une disposition que nous n’avons jamais rencontrée, un fil d’argent s’enroule en spirale autour de lui. De tous les manches à couteaux que j’aie rencontrés, celui-ci est le plus fin et le plus élégant. Le précédent est plus riche, celui-ci est plus artistique. Tous deux ont dû recevoir l’insertion d'une lame tranchante, elle était petite, car étroite et courte est la fente qui devait la recevoir. Mais n’oublions pas que nous étudions la trousse d’un oculiste et que ses instruments doivent être petits et délicats, comme l’organe auquel ils sont destinés. Je n’ai pas rencontré de manches à couteaux présentant une spatule plus fine que celle qui termine les deux instruments dont nous nous occupons et cette remarque est surtout vraie pour le dernier. En regardant cette spatule presqu’aigiie à sa pointe, presque tranchante sur ses bords, on comprend les services qu elle devait rendre à un chirurgien au cours d’une opération. Les sections par instrument tranchant ouvrent les vaisseaux par des plaies nettes et provoquent des hémorrhagies ; les sections faites par des instruments mousses arrachent, dilacèrent les vaisseaux sanguins, mâchent leurs bords et diminuent ainsi l'hémorrhagie, si elles ne l'empêchent pas coin-
plètement. En étudiant la trousse de G. Firmius Severus, nous avons indiqué cette manière de séparer les tissus au moyen d’instruments mousses.
Ce procédé que nous employons encore aujourd’hui est à diverses reprises signalé par Celse; il le recommande pour l’énucléation des chalazes, l’extirpation du ptérygion, des ganglions, des meliceris, des stéa tomes, des athéromes, enfin dans l’amputation du testicule. Il le recommande donc dans plusieurs opérations pratiquées sur les yeux ; il n’est donc pas étonnant de rencontrer dans la trousse des oculistes de cette époque des instruments merveilleusement appropriés à cet usage.
Quand on enlève un de ces kystes si fréquents autour et dans l’épaisseur des paupières, il faut s’efforcer de ne pas ouvrir la membrane kystique, la membrane d’enveloppe, si on l’ouvre d’un coup de bistouri son contenu s’échappe et la dissection de la poche devient plus difficile. Si l’on se servait pour détacher le kyste des tissus voisins, d’un instrument à bords mousses et minces comme l’étaient ceux des manches à couteaux antiques, on ne s’exposerait pas à ouvrir la poche kystique et l’opération en serait simplifiée. La pratique recommandée par Celse est donc rationnelle.
Le manche du scalpel servait encore, au cours des opérations, à un usage que je n’ai pas signalé. Je le trouve indiqué par Paul d’Egine au chapitre xiv, des Hydatites des Paupières : « Quelques uns avec le manche d’un scalpel » (specilli capitulo) mettent dans l’incision du sel pulvérisé » afin de dissoudre ce qui pourrait rester de l’hydatite. »
Le troisième manche à couteaux (planche V, fig. 2 et 5) est moins original dans sa forme que les deux précédents. Il a 9 y 2 centimètres de long, la spatule en mesure 4 sur 14 millimètres dans sa plus grande largeur. Le manche proprement dit mesure 4 centimètres de long sur 1 de large,
il est réuni à la spatule par une partie rétrécie ou col long à peu près de 1 y3 centimètre. Le manche présente à son extrémité une fente de 2 centimètres de long, dont les bords supérieurs se recoquillent sur eux-mêmes en volute formant ainsi un mince canal qui traverse toute l’épaisseur du manche. Cet instrument devait être destiné à recevoir des lames plus volumineuses, plus épaisses, plus larges que celles qui s’inséraient dans les deux manches précédents, car la fente est plus profonde, plus large, plus béante que celle des deux autres. La spatule est elliptique, son extrémité est assez arrondie, ses bords sont minces, mais l’acuité de la pointe et la minceur des bords sont moins accusés que dans les manches précédents. Celui-ci semble par ses formes se rattacher davantage à la chirurgie générale, les deux autres à la spécialité don t s’occupait Polleius Sollemnis.
Pour terminer ce que j’avais à dire de la trousse instrumentale de Sollemnis, je citerai encore deux débris d’instruments en ter, malheureusement si incomplets qu’il n’est guère possible d’en faire une étude bien sérieuse.
Le premier (planche Y, fig. 8) est la branche unique d’une pince à deux branches, s’entrecroisant et maintenues en rapport par un rivet situé vers le tiers supérieur de la pince. Elle se termine d’un côté par une olive, à l’autre extrémité on la voit se rétrécir et former une courbe ouverte en dedans. Elle mesure 5 centimètres de long.
Le second débris (planche V, fig. 9) est constitué par les mors d’une puissante tenaille, brisée au-dessous du rivet en cuivre qui fixait les branches l’une à l’autre. Il mesure 6 centimètres de long.
Je ne saurais dire les usages de ces instruments dont il ne nous reste que des fragments.
(Planche V, lig. 3.)
A côté des instruments de Polleius Sollemnis on trouve un o 1 ) j e t de forme discoïde, en pâte vitrifiée, disait M. le Président Aymard, en pâte d’émail, disait M. le Comte de Causans, plate d’un côté, convexe de l’autre, il est d’une teinte blanchâtre, mesure 29 millimètres de diamètre et 7 millimètres d’épaisseur maximum. D’après M. le Conservateur Lascombe, il parait être fait d’une pâte vitrifiée. Dans la trousse du chirurgien du IIIe siècle on trouve aussi une petite pierre noire, plate sur une de ses faces, convexe sur l’autre, elle a la grosseur d’un chaton de bague. Eug. Toulouse la regarde comme une amulette. « Nous avons, disait » M. le Président Aymard, à la Société des Sciences du » P u y, trouvé un disque à peu près semblable, mêlé à » d’autres objets usuels, dans nos fouilles des substructions » de la Villa d’Espaly et on en rencontre également dans » des tombeaux ». MM. de Causans et Lascombe le regardent aussi comme une amulette.
Amulette, du latin amuletum, de amoliri, détourner, écarter, débarrasser. Objet que l’on porte sur soi pour écarter des maladies, des malheurs, pour se préserver d accidents, pour se guérir. Telle est la définition de famille t te.
Les amulettes, avons-nous besoin de le dire, sont de
tous les temps et de tous les lieux. Les Egyptiens, les Grecs,
les Romains, les Gallo-Romains, les ont connues, ont eu foi en leurs vertus, nous les trouvons dans leurs tombeaux et leurs écrivains nous en entretiennent. Au moyen-âge, Guy de Chauliac y croyait encore et notre siècle si fier de son esprit critique n’est pas exempt de ce préjugé. Regardez autour de vous, les amulettes sont encore nombreuses, mais ceux qui les portent en gardent le secret pour éviter les railleries. Beaucoup de malades en se déshabillant, laissent voir cà leur médecin les scapulaires et les médailles qu’ils portent pour se préserver ou se guérir de maladies ou pour se mettre à l’abri d’accidents de tous genres. J’ai vu plus d’une amulette portée en breloque pour se défendre du mauvais œil, des maléfices ou du sort. Dans les Flandres bien des personnes ont dans leur poche, comme portebonheur, une patte de taupe.
La taupe, dit Pline, est l’animal le plus précieux aux magiciens. Le préjugé, on le voit, se perpétue. Et la corde de pendu, si recherchée encore de nos jours, n’est-ce pas une amulette?
Je n’en finirais pas, si je devais rechercher dans tous les règnes de la nature les objets que la crédulité publique a paré de propriétés surnaturelles. Les malades en ont à leur disposition un très riche catalogue. Quand les secours humains sont devenus impuissants, quand l’art n’a plus même d’espérance à donner, l’amulette apparait avec sa floraison de merveilleux et d’infinie consolation. Tant qu’il y aura des hommes souffrants, l’amulette leur sourira dans sa prestigieuse auréole.
Aux premiers siècles de notre ère, l’amulette est acceptée par les esprits les plus éclairés, philosophes ou médecins et son règne n’est pas terminé à l’heure où l’astrologie prend dans la médecine une place importante. Une superstition succède à l’autre, tant l’esprit humain a besoin
de surnaturel et de merveilleux. Les citations que nous allons faire, empruntées à des auteurs importants des premiers siècles, montreront combien était vive à cette époque, la croyance aux vertus des amulettes, même dans la thérapeutique médicale. Il n’est donc pas surprenant d’en rencontrer une dans la trousse de Polleius Sollemnis.
Les amulettes sont empruntées aux règnes animal, végétal et minéral, mais puisque l’amulette de Sollemnis appartient au règne minéral, nous ne nous occuperons que des pierres.
Pline va nous faire connaître quelles étaient les pierres amulettes les plus célèbres à son époque. Si nous attachons tant d’importance à 1 Histoire naturelle de Pline, si tant de fois nous y avons puisé et fait de larges emprunts, c’est que cet écrivain occupe une grande place dans l’histoire de la médecine. Celse, dont nous avons si souvent parlé, déroule dans son beau livre, de re medica , toute la médecine scientifique ancienne, et Pline, aussi brillant écrivain que Celse, est l’historien de la médecine populaire et superstitieuse. Ouvrez Pline ou Marcellus, son émule du Ve siècle, et vous y trouverez toutes les recettes, toutes les formules qui font encore de nos jours le succès des bonnes-femmes et des charlatans de tous genres auxquels très souvent encore les malades ont recours.
Voici ce que nous dit Pline en son Histoire naturelle:
« Cinædia. On employé aussi les lézards de plusieurs » façons pour les maladies des yeux. Les uns enferment un » lézard vert dans un vase de terre neuf, avec neuf de ces » pierres nommées Cinædia, qu’on a coutume d’attacher » aux aines en cas de tumeurs, ils font une marque à cha- » cime et en ôtent une chaque jour. Le neuvième ils lâchent » le lézard et gardent les pierres pour les maux d’yeux. »
Les améthystes. Les mages menteurs assurent que l’améthyste empêche l’ivresse. De plus si Ton y inscrit les noms de la lune et du soleil et qu’on les porte suspendues au cou avec des poils de cynocéphale ou des plumes d’hirondelle, elles préservent des maléfices. Elles procurent de quelque façon qu’on les porte un favorable accueil auprès des rois, elles détournent la grêle et les sauterelles si on récite une prière que les mages indiquent.
L’agathe. Celles qui ont l’apparence de la peau du lion ont, disent les mages, de l’efficacité contre les scorpions. En Perse avec des fumigations de ces agathes on détourne les tempêtes, les ouragans et on arrête le cours des fleuves. Mais pour qu’elles servent il faut les attacher avec des poils de crinière de lion. Quant à celles qui ressemblent à la peau de l’hyène, les mages Font en abomination, comme répandant la discorde dans les maisons. L’agathe d’une seule couleur rend les athlètes invincibles.
L’alectorie est une pierre que l’on trouve dans le gésier des gallinacés. Milon de Crotone la portait sur lui, prétendon, ce qui le rendait invincible.
L’antipather noire est favorable contre les fascinations.
L’arabique. Ceux qui en portent se guérissent des douleurs nerveuses.
L’aspilate. Les individus malades de la rate doivent la porter attachée avec des poils de chameau.
L’aspilate à couleur d’argent qu’on rencontre à Leucopetra, est bonne contre les dérangements d’esprit, quand on la porte en amulette.
L’apsyctos est bonne contre les froids.
Le baroptène ou barippe, si on le porte en amulette, produit des monstruosités.
La brontée éteint les objets enflammés par la foudre.
La daphnie est indiquée par Zoroastre contre l’épilepsie.
L’érotylos est vantée par Démocrite pour l’art de la divination.
L’eumécès mise sous le chevet donne des visions nocturnes qui ont le caractère d’oracles.
La galaetitis ou l’eucogée donne beaucoup de lait aux nourrices, attachée au cou des enfants elle leur donne beaucoup de salive. Elle ôte la mémoire.
L’héliotrope d’Ethiopie mise avec la plante héliotrope et aidée de certaines incantations rend invisible celui qui la porte.
L’hématite fait découvrir les embûches des barbares. Suivant Zachalias de Babylone elle a le pouvoir de guérir les maux des yeux et du foie, elle favorise les demandes adressées aux princes, elle est salutaire aux blessés perdant leur sang sur le champ de bataille.
Gagate. En fumigations cette pierre fait reconnaître l’épilepsie et la virginité.
L’ictérias est bonne contre l’ictère.
La liparée employée en fumigations, fait venir toutes les bêtes sauvages.
L’ombrie mise sur les autels empêche les offrandes de brûler.
Les pacanitides sont bonnes pour les femmes qui accouchent.
La sidéritis entretient la discorde entre les plaideurs.
La synochitis enfouie sous un arbre qu’on veut couper, empêche le tranchant de la hache de s’émousser.
L’ostracite rend impuissant tous les maléfices et particulièrement ceux des mages.
Les aétites attachées aux femmes grosses et aux femelles pleines, dans la peau d’animaux sacrifiés, empêchent les avortements. Il faut les porter jusqu’au moment de la parturition, autrement il y aurait procidence de la
matrice. Si on ne les ôte à ce moment, l’enfantement ne se fait pas.
La pierre samienne en amulette empêche l’avortement.
Le succin porté en amulette en collier, est bon pour les maladies du cou et des amygdales. Il est bon à tout âge contre la folie et la dysurie. Les croyances aux propriétés merveilleuses du succin ont bien dépassé le
temps où Pline écrivait, car S1 Eloi dit dans un sermon contre les superstitions qui régnaient à son époque « que nulle femme ne suspende de l’ambre à son cou. »
Le lyncurium porté en amulette guérit l’ictère.
La molochite préserve les enfants des dangers qui les menacent.
Jaspe. Tout l’Orient porte des jaspes en amulettes. Je ne manquerai pas de signaler en passant les mensonges des mages qui prétendent que cette pierre est avantageuse à ceux qui ont des harangues à faire.
Le diamant neutralise les poisons, dissipe les troubles d’esprit, chasse les vaines terreurs.
Le sandarisus. Des idées religieuses sont attachées à cette pierre, à cause du rapport qu’elle a avec les astres ; en effet elle est constellée et offre à peu près le nombre et la disposition des Hyades, c’est pourquoi les Chaldiens l’employent dans leurs cérémonies.
L’astroïtès. Ceux qui s’occupent des arts magiques assurent que Zoroastre en a célébré les vertus merveilleuses dans la magie.
La céraunie. Celles qui sont noires et rondes sont sacrées, par leur moyen on prend les villes et les flottes.
La cinadie est douée d’une vertu merveilleuse, elle annonce à l’avance l’état de la mer par sa teinte nuageuse ou pure.
La chélonie est l’œil de la tortue indienne ; de toutes les
pierres la plus prodigieuse. Les mages promettent que si après s’être lavé la bouche avec du miel, on la met sur la langue, on aura la science de l’avenir pendant un jour tout entier, à la pleine ou à la nouvelle lune, avant le lever du soleil pendant le décours, de six heures à midi pendant les autres jours.
Les chélonites qui ressemblent aux tortues. Les mages en promettent beaucoup pour calmer les orages.
La pierre Corail. Les aruspices et les devins de l’Inde pensent que c’est une amulette excellente pour écarter les périls. Le corail est pour eux un ornement et un objet de religion. Une branche de corail pendue au cou d’un enfant, passe pour le mettre en sûreté.
Et ce n’est pas seulement dans Pline, qui après tout n’était pas médecin, que nous lisons les propriétés merveilleuses de certaines pierres portées en amulettes, nous retrouvons dans les écrits de médecins illustres, Galien et Aétius, les mêmes croyances enfantines.
Galien rapporte dans son chapitre sur l’incantation et l’adjuration que « Aristote dans son livre sur les pierres, » dit, que si l’on suspend au cou ou que si l’on porte au » doigt une émeraude on n’aura pas l’épilepsie et il conseille » de la mettre au cou des enfants, afin qu’ils ne soient pas » frappés de cette infirmité. »
« L’onyx, dit Galien, mise au cou des enfants, aug- » mente leur salive. »
« Galien dit que la pierre Corail a une grande puissance ') contre les maux de l’estomac quand on la place sur cet » organe ou quand on la suspend au cou du malade. »
Nous lisons dans Aétius (Aetii tetrabibli primæ sermo): « Hieracites lapis et indiens. Liée à la cuisse droite du » malade, elle a la puissance de guérir les hémorrhoïdes. »
« Lapis Aetitès. Liée au bras et à la cuisse, favorise les » accouchements. »
« Le jaspe pendu en amulette guérit les maux d’esto- » mac et du ventre, il améliore les paralysies, il soulage les » douleurs, il aide les hydropiques. »
« La pierre gagate liée sur la tête calme les douleurs » les plus invétérées, si la femme en travail d’enfant, la » tient en main, l’accouchement sera accéléré. »
Nous lisons dans la matière médicale de Dioscoride : * « Vous prenez deux petits d’hirondelle qui n’ont pas encore » quitté leur nid et vous leur ouvrez le corps au moment » où la lune se lève. Ils ont dans l’estomac deux petites » pierres, l’une bigarrée, l’autre d’une seule couleur. Vous » enfermez ces deux pierres en ayant bien soin de ne pas » leur laisser toucher le sol, dans deux sacs faits de cuir de » vache ou de peau de cerf et vous attachez ces deux sacs » aux bras ou au cou du malade. Sa guérison est certaine, » il ne tombera plus du haut-mal. »
Je retrouve la même amulette, mais cette fois pour se préserver à jamais contre toute maladie des yeux, dans le curieux ouvrage écrit, sous le règne de Théodose, par l’aquitain Marcellus. Au milieu de recettes qui réflètent la science grecque et romaine, on trouve d’étranges formules où les amulettes et les enchantements jouent le principal rôle. Je vais en citer quatre prises au hasard dans le chapitre vm relatif au traitement des maladies des yeux.
« Pour que tes yeux ne soient pas chassieux, si tu vois » tomber une étoile, ou si tu la vois traverser le ciel, » compte vite jusqu’à ce qu’elle disparaisse et autant de » nombre tu auras compté, autant d’années tu ne seras pas » chassieux. »
« Voici un des principaux remèdes contre la lippitude : » écris sur une carte blanche le mot ov(3auc et attache-la
') avec un cordon de toile au cou du malade. L’ophtalmie » débutante sera merveilleusement et sûrement combattue » si tu écris le mot ÿvpÿapav sur une carte blanche et si tu la » suspens au cou du malade. »
« Fais ce remède contre les orgeolets : ôtes tes bagues » et place près de l’œil malade trois doigts de la main » gauche et crache trois fois en disant en même temps : » rica, rica, sero. »
« Quand tu verras ou entendras pour la première fois » chanter l’hirondelle, dirige-toi immédiatement vers la » fontaine ou le puits, lave tes yeux avec cette eau et prie » Dieu que tu n’aie pas mal aux yeux de toute l’année et » que les hirondelles t’emportent toute douleur des yeux. »
Voilà un Gallo-Romain de la fin de 4e siècle qui rappelle bien la médecine druidique.
Plus judicieux dans ses appréciations, Diodore de Sicile dit, fragm. xxxi : « Le peuple Rhodien, malgré son ardeur » guerrière, échoua dans ses entreprises et écouta des con- » seils insensés, semblables à ceux que suivent les hommes » atteints de longues maladies. Quand ils ont épuisé les » traitements prescrits par les médecins et qu’ils ne se » trouvent pas encore mieux, ces malades ont recours aux » aruspices et aux devins, quelques-uns mettent leur con- » fiance dans les enchantements et dans toutes sortes » d’amulettes. »
Les siècles passèrent sans enlever aux médecins leur croyance en la vertu des amulettes, puisqu’en 1363, Guy de Chauliac, qui fut pourtant un esprit très éclairé, croit encore à leur influence prophylactique sur le développement des calculs vésicaux.
« Hermès dit que l’image d’un lyon gravée en or très
» pur, le soleil estant au signe du lyon, la lune ne regardant » pas Saturne et ne despartant pas de luy, portée dans un » brayer ou baudrier de veau marin ou de lyon, préserve » du calcul. »