‹ Les odeurs de ParisChapitre 1 sur 71 · PARIS — ROME · texte numérisé non relu

PARIS — ROME

Paris est un «mplafiement célèbre, sur lequel 86 forme une ville eneore inachevée.

L*on tient que cette ville sera la merveille du monde, le triomphe de la science moderne, matériellement et moralement. Il faut que les habitants Y jouissent d*une liberté entière , et demeuren t dans le plus grand respect. Pour résoudre ce problême de toute bonne police, on a voulu d un côté favoriser la circulation des idées, de Tautre assurer la circulation des régiments. Un système d'égoutii très-savant, poiirvoit à ce double dessein. Les idées qui se trouveraient embarrassées dans les voies ordinaires, ont les journaux, les théâtres, les oafés, et encore d'autres moyens détournés. Quant aux régiments, si la voie était par hasard coupée, ils manoeuvreraient aussi bien sous terre, ce qui assure leur avantage. Car les idées de ce

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temps-ci ne sont pas faites pour tenir tète aux régiments, surtout lorsqu'elles les rencontrent où elles ne les attendaient pas. «

Néanmoins, comme il y a aussi beaucoup d'idées dans les égouts, où elles sont attirées par une pente naturelle, et comme rien n'est parfait en ce monde, il ne serait pas impossible, malgré l'abondance des lanternes, qu'un choc eût lieu. L'on pourra voir quelque jour la victoire toute infecte sortir d'un puisard.

Les égouts de Paris méritent qu'il s'y passe quelque chose d'illustre. Des personnes qui ont tout vu disent cpie ces égouts sont peut-être co qu'il y a de plus beau dans le monde. La lumière y éclate, la fange y entretient une température douce, on s'y promène en barque, on y chasse aux rats, on y organise des entrevues, et déjà plus d'une dot y fut prise.

Les rues de Paris sont longues et larges, bordées de maisons immenses. Ces longues rues croissent tous les jours en longueur. Plus elles sont larges, moins on y peut passer. Les voitures encombrent la vaste chaussée, les piétons encombrent les vastes trottoirs. A voir ime de ces rues du haut d'une de ces maisons, c'est

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comme nn fleuve débordé qui eharrierait les débris d'un monde.

Véritablement Paris est une inondation qui a submergé la civilisation française, et l'emporte toute entière en débris. Où l'emporte-t-il ainsi concassée? Moi, je crois qu'il l'emporte à la préfeeture de police, quelque victoire qui surgisse des égonts. Si de tous ces débris la préfecture de police saura faire une autre civilisation, je l'ignore. Ce que sera cette autre civilisation, qui le veut savoir, n'a qu'à lire Tacite et Pétrone,

Les constructions du nouveau Paris relèvent de tous les styles; l'ensemble ne manque pas d'une certaine unité, parce que tous ces styles sont di; genre ennuyeux, et du genre ennuyeux le plus ennuyeux, qui est l'emphatique et l'aligné. Alignement! fixel II semble que l'Amphion de cette ville soit caporal. Voilà un prodige du dixneuvième siècle, que nul autre siècle peut-être n'a vu : on a rebâti Paris, et quasi la France, sans qu'il se soit révélé un architecte. Jusqu'à Louis XVI, on eut presque une architecture par règne.

n pousse quantité de choses fastueuses, pompeuses , colossales : elles sont ennuyeuses ; il

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