UVRE
rlius, le Tieux citoyen, ne l'oserait penser : en s'avouant la bassesse de Rome, il criûndrait d'offenser TEn^e-» rcur et d'outrager la patrie :
Les RomaioB oe vous sont pas connus.
Tons les verrez toujours ardents à tous complaire. Leur prompte servitude a fatigué Tibère. Moi-MÂme, reyêtu d*un pouTotr emprunté, . Que Je rcçu« de Claude avec la liberté, J*ai cent fois, dans le cours de ma gloire passée, Tenté leur patience et ne l'ai point lassée. D'un empoisonnement vous craignez la nolrceurl Faites périr le frère, abandonnez la sœur; Rome, sur les autels prodiguant les victimes, Fussent-ils innocents, leur trouvera des crimes.
C'est de l'histoire, je pense; c'est même quelqae chose de plus. Et si Ton considère la quantité de personnages que la littérature française a fournis à la politique, l'on en trouvera peu qui puiss^it présenter 4itttant que Racine l'étoffe d'un grand dtoyen et d'un Téritable homme d'État.
GElfS DE LETTRES ET GENS DE BIEN.
La poésie dramatique française, ce fut une grande chose! Et les hommes qui amenèrent cette grande chose à sa splendide maturité n'ignoraient pas ce qu'ils avait liadt et ce qu'ils valaient. Lorsque Pierre
BBAUX-ABTS BT BBLLBS-LETTRES. 271
ComeiOe mourut, Jean Racine le mit à son rang dans la gloire. On lit peu, malheureusement, la prose de Racine. Puisque j'en ai Toccasion, je reproduirai ici ce portrait, également digne du modèle et du peintre. En louant Keire Corneille, Racine expose la belle conception qu'ils avaient l'un et l'autre de l'art dramatique. Rien ne peut éclairer d'une lueur plus yen* gérasse l'ignominie des théories et des œuvres de notre temps :
a Youf savez (i) en quel état se trouvait la scène a française lorsqu'il commença à travailler. Quel dé* c sordrel quelle irrégularité! Nul goût, nulle connaisc sanee des véritables beautés du théâtre. Les auteurs « aussi ignorants que les spec^teurs. La plupart des « sujets extravagants et dénués de vraisemblance. «Point de moeurs, point de caractères. La diction a encore plus vicieuse que l'action et dont les pointes « et de misérables jeux de mots faisaient le principal «ornement. En un mot, toutes les règles de l'art, a celles même de l'honnêteté et de la bienséance par- « tout violées.
« Dans cette enDemce, ou, pour mieux dire, dans ce « chaos du poème dramatique parmi nous, votre illus- « tre frère, après avoir quelque temps cherché le bon a chemin, et lutté, si l'on ose ainsi dire, contre le a mauvais goût du siècle, enfin, inspiré d'un génie
(1) Racine s'adresse, comme directeur de l'Académie, à Thomas CoraeiUe, élu d'oaa toole Toix ea remplacement d» «on frère.
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a extraordinaire, et aidé de la lecture des anciens, fit a voir sur la scène la raison, mais la raison accompaa gnée de toute la pompe, de tous les ornements dont a notre langue est capable; accorda heureusement la a vraisemblance et le merveilleux, et laissa loin der^ « rièrc lui tout ce qu'il avait de rivaux
« A dire vrai, où trouvera-t-on im poète qui ait a possédé à la fois tant de grands talents, tant d'exceltf bontés parties? L'art, la force , le jugement, l'esprit. <f Quelle noblesse, quelle économie dans les sujets ! tt quelle véhémence dans les passions! quelle gravité « dans les sentiments 1 quelle dignité et en même «temps quelle variété dans les caractères! Combien « de rois, de princes, de héros , représentés tels qu'ils a doivent être, toujours uniformes avec eux-mêmes, et a jamais ne se ressemblant les uns aux autres ! Parmi a tout cela, ime magnificence d'expression propora tionnée aux maîtres du monde qu'il fait souvent « parler, capable néanmoins de s'abaisser quand il a veut et de descendi'e îusqu'aux plus simples naïa vetés du comique, où il est encore inimitable. Enfm^ 0 ce qui lui est surtout particulier : une certaine éléa vation qui surprend, qui enlève et qui rend jusqu'à a ses défauts, si on peut lui en reprocher quclques- « uns, plus estimables que les vertus des autres. Per- « sonnage véritablement né pour la gloire de son « pays
a Oui, Monsieiur, que l'ignorance rabaisse tant a qu'elle voudra l'éloquence et la poésie, et traite les
BEAUX-ARTS BT BEUES-LETTRES. 273
« habiles écriyains de gens mutiles dans les Ëtats, « nous ne craindrons point de le dire à l'avantage des « lettres; du moment que des esprits sublimes, pas- « sent de bien loin les bornes communes, se distina guent, s'immortalisent par des chefs-d'œuvre comme « ceux de Corneille, quelque étrange inégalité que, « durant leur vie, la fortune mette entre eux et les « plus grands héros, après leur mort cett^e différence « cesse. La postérité, qui se plait, qui s'instruit dans « les ouvrages qu'ils lui ont laissés, ne fait point difa fîculté de les égaler à tout ce qu'il y a de plus conn sidérable parmi les hommes, fait marcher de pair «l'excellent poète et le grand capitaine... Yoilà, 4K Monsieur, conmie la postérité parlera de votre iUus- 41 tre frère. Yoilà une partie des quaUtés qui l'ont fait « connaître à toute l'Europe. Il en eut bien d'autres a qui, bien que moins éclatantes aux yeux du pubhc, a ne sont pas moins dignes de nos louanges, je veux tf dire homme de probité et de piété, bon père de faa mille, bon parent, bon ami... »
Noble louange, que la postérité, invoquée avec une si tranquille confiance, a ratifiée en tout, et qu'elle apphque à celui qui Ta donnée aussi bien qu'à celui qui l'a reçue I
C'est une sensation délicieuse d'écouter une tragédie de Racine, après qu'on s*est trempé pendant quelques jours dans les œuvres modernes. Il semble que l'on se
UVIBIT.
ptomèt» antcror d'une beUe et laimenfw aMki^iitore^ mtOÈ la magnificenoe des grands avbres régulâèrement Ikntés. L'air est salnbn, le ciel est pur, eil'^n prend fassurance de ne renoontrer ni xnatfvais mîafimea ni BUmvaises gens. A vrai dire, les auteovs n'aipaient rioi de bien tragiqae et ne représentaient pas beaucoup des dominatetm du monde* C'étaient plutôt de passables lecteurs, et encore ftllaît*il endurer une quantité d'intonations parisiennes* Ces artistes ont joué le drame; la prose moderne a eoidë de leurs lènes et gâté rinstmment* Néanmofte je ne peux dire qofA gté on leur sait |de ne point débiter d'impertinences et de saletés, de n'en point faire, de req^cter le public et eux-mêmes. J'ai savouré ce plaisir devema rare, et j'ai trouvé que les hommes à qui Ton pouvût jadis en quelque sorte le prodiguer, étaient plus grands et plus forts que nous.
LIYRE V
VBUX GOMFESSIOlfSt \
Je viens de recevoir la confession de deux dames* Je les ai rencontrées dans un lieu où elles fréquentent fort et parlent volontiers, toujours à dessein de se lEure entendre. Je ne dis pas q[u'elles se proposent de livrer leurs secrets, surtout d'avouer leurs péchés; néanmoins elles se confessent, et assez gravement. Le désir de piquer, le besoin d'étonner^ un fonds naturel d'impertinence, un certain goût du scandale, la naïveté aussi, parfois même un accident de sincérité, tout cela ensemble amène- au jour des indications précieuses ; on finit par attraper tous les secrets et par oûnnaitre tous les péchés, jusqu'aux péchés ridicules.
Ah I ce n'est pas beau ni honorable, une confession repentir et sans lumière ! et ce n'est pas gai non
S76 UVRB f .
plus, puisqu'enfin cette confession nons montre des maladies de l'àme et des malades entêtés à ne point guérir ; mais rien n'est plus instructif.
Quant aux dames en question, ces deux indiscrètes^ j'ai presque dit ces deux bavardes, se nomment, l'une, la SCIENCE, l'autre la philosophie.
Je ne garantis point leurs papiers. Sont-elles seulement parentes des deux antiques majestés que l'on a connues autrefois sous ces noms ? Je l'ignore.
Nous avons le portrait de la Science, dans Joseph de Maistre : une propliétesse sublime, sœur ainée de la Poésie dont elle inspire quelquefois et règle toujours les chants ; une reine couronnée de la mitre orientale, vêtue d'un manteau d'étoiles... Ce n'est pas du tout la personne que j'ai sous les yeux ! Celle-ci est petite, voûtée, habillée de cotonnades, chaussée de caoutchouc, chauve sous un bonnet de soie ; d'horribles besicles de myope couvrent ses yeux chafouins. Elle traine un attirail de compas, de cornues, de marmites ; ses poches sont gonflées de calepins qu'elle consulte sans cesse; elle prend le microscope pour regarder un bœuf ; elle parle, elle parle, elle parle ! Et sa prétention est de tout savoir et de ne croire rien.
Sa sœur, dame Philosophie, lui ressemble. Aussi laide, aussi myope, aussi ladre, aussi chargée de calepins, mais d'ime physionomie encore plus vaine et d'un caquet encore plus audacieux ; elle fait le métier de peser l'impondérable, de disséquer l'invisible, de
mesurer rinfini. La première prétend domier la lumière au monde ; celle-ci prétend lui donner la loi. Jusqu'ici, dit-elle, onm'a connu ni l'homme, ni Dieu: elle trouvera l'homme et elle trouvera Dieu. Elle a déjà découvert que Dieu et l'homme sont une même chose, et cette chose, ce n'est ni Dieu ni l'homme ; c'est... Mais nous entendrons ce beau secret de sa propre bouche.
L'endroit où je les ai rencontrées est la Revue des Deux-Mondes. S'il existe un magasin de confusion sur la terre, un lieu où règne en permanence la malaria qui étiole les intelligences et les cœurs, c'est là. Le génie moderne, essentiellement abêtissant, n'a rien ouvré de plus mortel que cet engrenage perpétuellement actif, qui tente l'esprit par les odeurs variées de la Uttérature, de l'art, de la science, par l'attrait victorieux de la frivolité, et qui, l'ayant saisi, le fait passer par toutes les températures, l'amollit à toutes les vapeurs, l'obscurcit à toutes les fumées, l'amincit sous tous les laminoirs, le broie sous tous les pilons, le triture, le divise, le mélange, le carde, et enfin le ré duit à n'être plus qu'une étoupe, sur laquelle toutes ]t's mauvaises dominations peuvent dormir leur insolent sommeil. Examinez à fond le noiurisson de la Rcvxxe des Deux- Mondes, vous trouverez un fumeur (Vopium aussi terrassé que le plus empoisonné des
(.!:iuois. Lorsqu'il vient de prendre sa dose, il semble
978 UTRB T.
Tivre. n a en tète une idée quelconque. Ce n*est pas toujours ridée de la veille ; mais enfin, il résoime, ou il récite, et son discours se suit. L'instant d'après, il n'y a plus une idée, ni une pensée ni une volonté entières ; c^est l'étoupe. N'importe qui peut apporter nlmporte quel fétiche et le poser sur ce coussin. Un despote cynique disait : a Si j'avais une population à punir, je la ferais gouverner par des philosophes. » Gouverne-la toi-même, ô despote I mais fais-la instruire par les Buloziens ; tu pourras la manger.
Et toutefois, la Revue des Deux-Mondes .n'existe pas sans quelque favorable dessein de Dieu. Pour qui n'y j^nètre qu'avec précaution, mimi de lumière et d'eau bénite, ce sabbat est plein d'enseignements. Sans doute on y entend de mauvaises chansons, on y voit des danses et des peintures hardies, on y est heurté par la négation, insulté par le blasphème : mais le profit est grand I II existe un dictionnaire des Apoh^ gùtes involontaires. Quel que soit le mérite de ce livre^ la Revue des Deux- Mondes vaut mieux. Jamais les anciens adversaires n'ont tant dit à l'honneur du Christianisme, n'en ont plus clairement démontré la divinité et la nécessité. Outre ses littérateurs et romanciers qui peignent sans le savoir, outre «es philosophes qui révèlent sans le vouloir, la Revue des Deux-Mondes met en besogne uxie multitude d'ouvriers sincères et maladroits. Us étudient bien les faits ; par conscience ou par indifférence, souvent ils les présentent bien. Seulement les uns ne concluent
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pas, les autres concluent contre les &its mêmes cpi'ib Tiennent d'établir. Prendre les faits et condnre, oa retourner les conclusions fausses, c^est assez pour tirer de la Revue une vaste et excellente apologie. Quelques hommes de bon sens y suffiraient. Us trou- Teraient de quoi amuser le public, en ajoutant les aveux dont les littérateurs purs, romanciers et poètes, sont prodigues touchant Tétat moral et intellectuel de nos générations éclairées. Impossible de mieux peindre le vide, le dégoût, Fennui, l'horreur du commun, l'impuissance d'en sortir. Chemin faisant, on n'aurait qu'à laisser la parole à ces brillants écrivains €t à ces fiers critiques pour donner encore la preuve que la plupart d'entre eux ne sont pas même médiocres. Babel de toutes les idées, Babel de tous les patois.
Mais venons à nos confessions; elles pouiraîoit foui^ nîr un chapitre du livre que je propose. La première nous dit honnêtement ce que la Science, aujourd'hui, sait, et ce quelle espère savoir de l'homme physique* La seconde nous dit comment la Philosophie élèvera eet être que la science étudie, et commant elle le fisra XMeu.
Ce ne fiit pas sans appréhension que j'^entrepris de lire un compte-rendu des plus récents ouvrages de physiologie. Du système nerveux; auteur, M. Paul de
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Rémusat. Je m'attendais à une exposition de philoso* phie matérialiste, je craignais un style précieux et barbare. J'entrai néanmoins. Quelle surprise agréable ! Un style clair, élégant sans prétention, des laits curieux, une pensée droite et modeste !
En fait de physiologie comme de psychologie, il n'est pas rare de rencontrer des gens qui ne savent rien, et qui prétendent expliquer tout. M. Paul de Rémusat questionne habilement ceux qui expérimentent, mais prétend ne rien savoir, et surtout se défend de rien expliquer. Dans les vastes excursions de la science moderne, qu'il escorte en curieux intelligent, il place stoïquement le poteau au-delà duquel elle se targue vainement de passer, et avec quelque succès qu'elle ait cru marcher, il montre qu'elle a fait peu de chemin. A rencontre de tant de psychologues qui aboutissent au matérialisme le plus dense, ce rapporteur qui ne sort pas de la physiologie, ouvre par sa bonne foi la po^e aux conclusions les plus spiritualistes. 11 l'ouvre, j'ignore si sa propre raison sait la franchir. On peut l'espérer, et il en parait digne. Je serais étonné que les faiblesses de la science ne l'éclairasseut point sur les défaillances de la philosophie. Alors, il se rendra attentif aux solutions de l'Église ; car, connaissant par cette science si avancée et pouitant si incomplète les merveilles de Dieu dans la natui*e et dans l'homme, il comprendra que le Créateur n'a pu vouloir nous laisser devant ce point d'interrogation que pose la superbe imbécile de nos docteurs.
lA SCIENCE. 281
La question qui s'ofiOre dans l'étude du « Système nerveux b est de savoir comment l'homme est fait, quels sont les agents de la volonté, comment la volonté se transmet à ses agents et les fait obéir. Les physiologistes annoncent un peu qu'ils sont en état de répondre à tout cela ; bien plus, ils croient pouvoir dire ce que c'est que la volonté elle-même. Quant à ce dernier point, M. Paul de Rémusat estime avec raison qu'il n'est pas de leur ressort et s'abstient d'y toucher. Quant aux autres points, il trouve que les expériences des physiologistes sont ingénieuses, mais encore trèsinsuffisantes, laissant obscures beaucoup de choses essentielles, fournissant beaucoup de contradictions, aboutissant à des desiderata probablement impossibles à remplir.
Il parait prouvé, dans fêtât présent de la science, que les nerfs, agents évidents de la volonté, sont de deux sortes : les uns avertissent le cerveau par la sensibilité, les autres exécutent la volonté que le cerveau leur transmet par suite de l'impression reçue. Gomment cela se fait-il ? Rien n'est moins clair; et si c'est bien le cerveau qui transmet la volonté, rien n'est moins sûr. Qu'est-ce que c'est que le cerveau ? 11 faudrait savoir ce que c'est que Tàme ! Toute la question se trouve concentrée dans cette cachette où le scalpel ne pénètre pas. On peut dire que malgré le scalpel et tous les engins d'étude, la vraie merveille de ce merveilleux
âSS UTRB T.
corps hnmskîit ne sera jamais eoimae. Lorsque la mort le met dans Fétat où il pent être Traiment étadié, Is Ivraie merveille n'y existe plus, elle est ailler rs. Gom.: ment appréeier les modificalioBs instantanées, les per^ torbations radicales que la mort opère dans le corps humain ? Le chimiste décomposant un corps en trouret-il les éléments, ou n'a-t-il pas plntôt détruit les élé* ments par lesquels ces parties qu'il analyse étaient assemblées et formaient sinon un seul corps, du moins un tout ? On a compté que certains insectes peuvent étendre et fléchir leurs ailes sept mille fois par seconde. Comment font-ils ? Quelle étude microscopique de l'insecte mort expliquera ce fait, où nous avons la preuve que le moucheron enferme plus de force de vie que le taureau ? 11 y a dans le corps de l'homme des parties aussi ténues que dans le corps de l'insecte, il y en a d'invisibles, et la plus invisible de toutes, qui fait tout, c'est la vie. Qu'est-ce que la vie ?...
Ce que Ton sait des parties même les plxis visibles et grossières de l'organisation est récent et se réduit à rien , quoique immense, a Une différence réelle a entre les nerfs qui transmettent la sensibilité et a ceux qui conduisent la volonté ou le mouvement, « entrevue quelquefois, n'avait jamais été clairement a établie. Galien faisait venir les uns de la moelle et « les autres du cerveau. 11 faut arriver non pas seulea ment à la physiologie moderne , mais à la physioa logie récente de ces quarante dernières années pour « obtenir quelques notions claires sur ces difScilea
« problèmes; et encore verrons nous que ces notions «sont restées incomplètes, et que bien des'choses, « comme disait Sénèque, se meuvent toujours dans les « ambres dun secret impénétrable. »
Une remarque qui fait invinciblement chavirer tontes ces études morcelées, c'est que Thonmie, dans l'innombrable variété des choses qui le composent, forme un tout, et dans ce tout, rien n'est inutile, quoique l'abondance du Créateur semble y avoir mis du superflu. Or, rien ne rend compte de tout. Quand même a le système nerveux d serait parfaitement connu, on ne connaîtrait encore que le système nerveux et pas l'homme. Si la force qui met les nerfs en mouvement vient, partie du cerveau, partie de la moelle, la moelle et le cerveau sont également néce^ saires à la vie complète. Que serait la moelle sans le cerveau? Que serait le cerveau sans la moelle? Qu'est-ce que la combinaison du cerveau et de la moelle, et que serait la combinaison sans le je ne sais quoi?
L'histoire des découvertes de la science est principalement l'histoire de ses déconvenues. Elle ne peut voir à peu près bien qu'une chose : la belle et mystérieuse immensité de l'ouvrage de Dieu; et cette seule chose qu'elle peut voir, la science, en général, refuse de la voir ! Or, faute de voir cela, où elle apprendrait pput-ètre tout ce que l'homme peut savoir en ce
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monde, elle rencontre à chaque pas des sphynx rail* leurs, qui véritablement la bernent et la jettent dans des abîmes d'obscurité et de ridicule. Elle marche, elle s'enfonce, elle allume des flambeaux, elle rencontre des guides sûrs, elle va toucher le but : un agent nouveau se présente, il pourrait tout dire ; il reste muet! La science le presse, point de réponse I Ou bien enfin il parle , et il parle avec évidence ; mais que dit-il? Il dit qu'on a fait fausse route I On se retourne. Une porte est là. Ouvrons, le jour va luire î Après bien des efforts, la- porte est ouverte : c'est une trappe, le système s'y engloutit.
a L'esprit se perd quand on songe aux complicaa tions infinies que présente cette science si nouvelle a et si peu coilnue (la physiologie). Les contradictions a y abondent, et on y voit se multiplier ces phrases si a fréquentes et toujours singulières, où une théorie^ a d'abord vraie et triomphante^ est renversée par une a autre meilleure, qui explique plus de faits, et qui, a à son tour, disparaît pour faire place à la première a démontrée de nouveau. Les nouvelles raisons sont a excellentes ; seulement elles sont diamétralement opu posées à celles qui avaient d'abord fait prévaloir la « théorie remise en honneur... »
Ainsi, on explique tout, on découvre tout; mais quand on a tout expliqué, on ne sait rien; et quand on a tout découvert, on ne voit rieni
C'est un fait acquis que l'électricité se rencontre partout dans le corps humain comme dans la nature
extérienre. Est-ce la même électricité? On ne le sait pas, et tous les résultats de tant d'ingénieuses expériences et de prodigieuses trouvailles aboutissent à ceci : a Rien ne saurait donc être précis dans cette « partie de la science , et il faut savoir beaucoup de « gré à ceux qui veulent bien s'y consacrer, car ils a ont grande chance de consacrer leur vie à collée- « tionner des faits dont les conclusions ne seront tirées c qif après eux... » probablement pour me rien^ conclure.
Et de quelle partie de la science n'en peut-on pas dire autant? 11 y a quelques années, un illustre chimiste, parlant aux élèves du lycée Charlemagne, s'élextit à l'extase en leur décrivant le progrès et l'avenir des sciences. Il annonçait des richesses et des droits nouveaux créés par les inventions de chaque jour; il pressais ses auditeurs d'apprendre sans doute à connaître le devoir, à aimer la vertu et à maîtriser les passions , mais aussi d'envisager en face ces vaillantes « forces de la nature que notre siècle a découvertes, c et qui, domptées par le génie, révèlent au monde «étonné qu'un ordre nouveau vient de naître, et c qu'une civilisation plus large, plus libre, plus indéa pendante et plus haute s'ouvre aux destinées de c rhumanité. s
Hélas! une chose est bien démontrée par ce paragraphe : c'est que la chimie, qui se préoccupe de découvrir les corps simples, n'enseigne pas à se défaire du style compliqué et ne rend pas modeste le vain e»-
iB6 U¥RE ^..
Ikrit de rbeouael Gependant la seienee moderne i^ grise paa tous les esprits^ et panai ceux-là même qi évitent de deauindex à Dieu la loraie mesure di l'homme, parmi les admirateurs sincères de la science^ beaucotq» résistent encore à juger de ses forces pu ses prétentions, et de ses dimensions par ses enflures. M. Paul de Rémusat dégonfle posément V&afhasa dn grand chimiste:
a n &ut |e résigner à l'incertitude et arriver âfeetle
< conclusion presque inévitable après une lecture éeB € livres scientifiques : une grande admiration poiur ce
< que l'on a déjà fait, un grand étonnement qu'il reste c tant à faire... Dans la physiologie surtout, la préda sion et l'exactitude des observations et des expériena ces sont plus grandes que la clarté des résultats.... c Notre génération ne connaîtra sans doute point
< l'explication véritable et claire des phénomènes de a la vie et du système nerveux, mais il n'en réaolke a pas nécessairement que la physiologie ne soit pas c une science avancée. Si elle n'a pu encore découvrir c la cause des phénomènes qu'dle décrit, les physieiem a connaissent-ils mieux la pesanteur, les chmmtes k a cohésion ou Taffînité, les pkHoMphea la nature de c Dieu et l'essence de l'àme ? »
On voit que M. de Rémusat ne se met pas en. peine ie uMs faire plaisir. Aussi franc dans ce dernier mot qu'il l'est ailleurs, il fait assez entendre de quds j^losophes il parle, et vers quelle philosophie il penche. Là-dessus, les catholiques pourraient lui dire oe qu'il
^ saura et ce quHl ne saura pas. Vais 21 n'est point ^ enchaîné dans le doute, et il Toh trop la miîft pour ^ n*ayoir point Tinstinct dn jour. Quand il aura plus -^ longtemps palpé ces ténèbres, les tronyant toujours ^ plus intenses, il tentera quelque fier effort pour s'en '-^ firer. Bisons lui seulement qu*â y a des philosophes ^- qui connseussent la nature de Dieu et l'essence de l'toie. Genx-là ne prétendent point avoir découvert ces mer- (t' veilles, mais les ont apprises de Dieu lui-même. Car ^ le créateur a daigné se révéler certainement à la créa- ^ tnre, afin que Thomme sût de qui il est, ce qu'il est, qa^e destinée fattend, quelle voie il doit prendre pour recevoir enfin la lumière et contempler &ce & lace la vérité.
Ego sum via et veritas et vita.
Dieu est un pur esprit, étemel, qui n'a pas eu de conmiencement et qui n'aura pas de fin. H est le créateur et le souverain maître de toutes choses, visibles et invisibles, et sa seule volonté, qui a tout créé, soutient tout. H a aussi créé l'honuoe, dans lequel il a abrégé Tumvers, et il lui adonné une àme, pour que la création toute entière , résumée dans l'homme , connût et aimât son Créateur. Les apôtres reçoivent la mission d'enseigner toute créature, parce qu'en cfTet rumversalité des choses créées est enseignée lorsque Thomme reçoit la connaissance de Dieu ; et ce commandement du Christ, dont la parole est matériellemeut exacte en tout, correspond à l'enthousiasme du prophète qui invite même la nature inanimée à louer Dieu.
UVRB Y.
C'est cette divine créaticm que la physiologie étudie dans l'homme et qa'elle ne comprend pas, parce «^ue n'ayant point trouvé Tàme sous sa loupe et au bout de son scalpel, elle ignore véritablement l'homme et l» â^^erveille de la vie. Tous les organes de rhonune so; y .S serviteurs de l'intelligence, qui doit elle-même recevoir sa direction et sa lumière de l'àme, éclairée de Dieu pour servir Dieu. Mais l'intelligence est une servante souvent révoltée et perfide, qui trahit à la fois Tàme et le corps. Alors l'inteUigence subit une diminution de lumière, et bientôt la nuit se fait. Dans cette nuit, l'ordre se renverse. La chair domine l'intclligonce livrée à l'orgueil, l'àme vaincue et devenue infidèle perd le sentiment de son origine, de ses droits, de ses devoirs, de sa destinée. Soumise à la matière, elle n'en connaît plus la condition subordonnée, ni la loi : elle l'adore et elle l'ignore. C'est là qu'en est la Science. Elle a des yeux, et ne voit point. Elle verra quand elle saura ce que savent les petits enfants du catéchisme : que Dieu a créé l'homme pour le connaître, l'aimer, le servir, et par ce moyen acquérir la vie éternelle.
Après ce bilan de la science positive, moins pressée de philosopher que de savoir au juste où elle en est, il sera curieux d'écouter la science supérieure, la Philosophie proprement dite, qui s'appuie sur le progrès des études physiques pour détrôner Dieu et diviniser
là SCIENCE. 289
rhomme. Gat en vain le savant du microscope et du scalpel avoue ses incertitudes et son impuissance : la Philosophie veut faire un dieu de cette créature qui ne se connaît pas elle-même, et qui voit le mystère de son être se cacher toujours dans des profondeurs plus obscures à mesure qu'elle s'acharne à le saisir. M. Scherer et M. Renan, docteurs en vogue de la philosophie a nouvelle, » nous mettront à même de donner à cette philosophie son vrai nom, qui est fort ancien; et ce nom nous livrera le fond de la science, osons dire le fond du sac philosophique. Faisons un peu d'histoire.
La vérité est une, elle repose sur des fondements immuables comme elle-même. Elle devra être vaincue dans le temps, en ce sens que la multitude des hommes pourront l'abjurer; mais ceux qui l'abjureront ne pourront la détruire. La défaite que subira la vérité ne sera autre chose qu'un voile jeté pour un instant sur des splendeurs toujours visibles aux regards des élus et destinées à un éclat éternel. Seulement, parmi les misères de ce monde, l'esprit humain ne sait et ne saura jamais à la fois ni toute la vérité ni toutes les raisons qui établissent la vérité. Là, sans doute, est le rôle providentiel de l'hérésie: Oportet hœreses este/ Dans son effort perpétuel pour envelopper la vérité de ces ténèbres auxquelles il devra ime heure de règne quasi absolu, l'esprit d'erreur con-
990 UYM y.
traint Tesprit de foi à implorer, à obtenir de Dieu les eOiisions de lumière qui éclairent davantage son ceu- Tie infinie. L'histoire de l'erreur est l'histoire au dé-
velf>ppement de la vérité.
L'erreur a aussi son unité : dans ses formes multiples, elle est toujours la révolte de la raison et de la volonté de Thomme contre la raison et la volonté de Dieu.
Pour reprimer cette révolte, ondoyante et variée comme les replis du serpent, l'esprit de foi n'a jamais (;t»s?é d'étudier ses transformatione sanç lionâirf . Les ayant disccruées, il les a attaquées et il les a vaincues. Souvent, comme aujourd'hui, Tesprit d'erreur s'est targué d'avoir enfin dérouté son patient adversaire. 11 a crié que les secAateurs du Christ ne savakart rien, n'étaient que des endormeurs de la pensée, et qu'il était la Pensée, lui. Les Gnostiqiies ont dit cela; Plotin et Porphîyre, Luther et Voltaire et mille autres l'ont dit; mais la réponse et la victoire n'ont jamais manqué.
Comme la vérité a ses faits certains et ses prmcipes éternels, l'erreur a ses principes mohilcs et ses faits supposés. Le sophisme s'établit toujours sur des traditions historiquement fausses, sur une science qui Ignore la nature, sur des notions que l'esprit accepte fi priori, mais que la raison n'éclaire point. Tels son^ les instruments de Terreur dans tous les temps, et cei^' > qu'elle emploie encore. Elle les dit nouveaux; tout att pins en a-t-elle remis à neuf quelqœs uns 1 Ils ne fe*
LA SCIESCS. 291
ront pas un autre office, ils n'auront pas une autre destinée.
Toute rhistoire nous montre l'apologétique victoiieuse.
Après quinze siècles, après avoir été vaincue, c'està-dire éclairée, malgré les dieux, malgré les sages, malgré les sophistes, malgré l'empire, et malgré les Barbares, tour à tour invoqués contre la vérité, lasse de tout frein^ la raison de l'homme, par la voix de Lsther, proclame son indépendance. Sans rejeter encore l'ordre surnaturel chrétien, elle nie l'Église infaillible et méprise les traditions : les apologistes des smîème et dix-septième siècles vengent l'autorité doctrinale et les traditions apostoliques ; on voit s'élever eetle grande école que résume Suarez, et l'hérésie, <]ai avait tant proposé d'étudier et de discuter, n'espère plus rien que de la force brutale. Contre la lumière, elle recourt à l'incendie. L'hérésie domina dans une partie de l'Europe, et elle affaiblit le sens moral des peuples même qui, selon l'expression de Joseph de Maistre, p«cvinreni à la vomir. A-t-elle vaincu, cependant ? Non. Elle a abjuré. Pour créer des ennemis au eatholieisme, elle a cessé d'être chrétienne. Bn tant ^'hérésie, c'est elle qui est vaincue. Mais mourante, eUe a/enfanté un fils phis redoutable qu'elle, et ainsi dUe suscite à l'apcdogétique de nouveaux combats.
La révolte contre l'ÉgUse devait aboutir à la révolte contre Jt-sus-Cbii^t et contre l'idée de Dieu. Elle y est
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arrivée. Le génie de Fénelon et la raison de Leibiytz pressentaient ces hommes téméraires qui, franchissant toutes les Oomes, devaient apprendre à douter de tgut. Dans ses lettres au duc d'Orléans, Fénelon voulut sauver les vérités premières de la philosophie et les principes essentiels de toute démonstration évangélique. II s'adressait à un complice de l'ennemi. Les princes entraient dans la conjuration antichrétienne
L'unité du monde étant hrisée entre les nations et dans chaque nation, le dix-huitième siècle fut ce qu'il devait être. Ouvert par les sectaires, fermé par les bourreaux. Mais les bourreaux rencontrèrent les mart}*rs, et les martyrs léguèrent leur sang aux reconstructeurs.
Sur les ossements des martyrs, le combat a recommencé. L'esprit d'erreur poursuit son œuvre et veut réduire les ruines en poussière ; l'esprit de foi poursuit son œuvre : il veut sauver ces ruines et reconstruire l'édiUce sur le plan agrandi que tracent les efforts mêmes tentés pour le détruire.
La lutte sera la plus ardente qui se soit livrée pour les grands intérêts de l'Humanité. Telles en sont devenues les proportions que cette lutte, sans doute, serait décisive, si rien pouvait être décidé dU monde et dans le monde autrement que par l'intervention personnelle du Fils de Dieu. L'humanité n'aura jamais dans ses mains toute sa destinée.
Là SCIENCE. 293
Les catholiques, fidèles à Dieii et à l'autorité infaillible de Dieu dans l'Église, affirment les droits et les devoirs de la vie surnaturelle, sans abdiquer en rien les légitimes prérogatives de la raison.
Le Dieu des catholiques est vivant; il est le principe de toute puissance, de tout droit, de tout devoir : la nature et ses lois, l'homme et sa liberté sont soumis à sa main créatrice et maltresse; au-delà même de la nature et de la raison, il enseigne à l'àme une destinée plus excellente, et il contraint l'humanité d'entrer dans cet ordre nouveau de gloire. U nous appelle, il veut qu'on obéisse. Accepter le' don que Dieu fait devient pour l'homme un devoir.
Ck>ntre les Catholiques s'élèvent ensemble les Protestants et les Rationalistes. Tout en proclamant l'indépendance de la raison, les Protestants ont voulu cependant sauver l'ordre surnaturel chrétien; mais le Rationalisme a fait de .cruels ravages dans les diverses communions de la prétendue Réforme I Les esprits les plus éclairés et les plus sincères n'y ont pas échappé; le Rationalisme a souvent détruit en eux jusqu'à la notion de l'ordre surnaturel.
M. Guizot voit la vie surnaturelle dans l'action providentielle de l'Être infini. Dieu, qui gouverne les choses et les hommes. Il croit même que, a quand Dieu « a créé l'honmie pensant et libre, il ne lui a pas livré € la décision de ce qui serait ou ne serait pas la vérité. € — La paix permanente des esprits dans une foi uni- « que n'est ni dans notre nature ni dans notre destinée.
SM U?RB ?.
« — Ij^ genre humain est voué an tra^wl et à la lutte € dans la recherehe de la vérité, nos pas au repos dans «le sein de la vérité. » Ces doctrines sont la négalMo radicale de la foi et mènie de la oertitude.
La philosophie pure fait un paade plus : die pousse jusqu'à l'idée chrétienne de Dieu, et jusqu'à diviniser l'Hunaiûté.
filtre le Oatiiolidsme et ses adversaires, k lutte a pour objet, d'abord, la notion du surnaturel.
Les Protestants ont logiquement perdu cette notkni. En vain donc ils veulent être chrétîetts, et leurs efforts pour défendre le Christianisme, c'est-à-dire pour maintenir quelque chose de Tordre qu'il a fondé , «mt au moins inutiles.
Les philosophes purs sont de deux sortes et se fivisent en deux classes.
Les modérés rompent avec le Christianisme, mais ne se déclarent pas ennemis. Us se disent simplement séparés. Laissant de côté, sans vouloir y toudier, la question de Tordre surnaturel, omettant les dogmes, et li^vant la morale à la critique de la raison, ils nieat qu'il y ait devoir pour l'homme d'aller aur<]elà des idées que la raison leur semble fournir sur Dieu, la Nature et THumanité. La raison et la foi aont deux Tsutes parallèles, disent-ils, qui aboutissent également au terme de la destinée humaine. Dieu gouverne l'univers, mais la prière est inutile et le ndraele une impossibilité, car les lois de la nature ne dHaigent pas. Bt les pkihêophee sépmréê saluent respectuensnneDt
LA SaBKCE. 21M(
rÉgBse, à conditlou de ne lui point obéir. M. Haviu se tient là ; cette théorie est juste à son niveau.
Plus logiques, les philosophes humanitaires nient à la fois, et la vie surnaturelle, qui est Tessenee du Catholicisme, et le Dieu personnel de la philosoi)hie séparée. Ils en font l'aveu sous une forme encore pudique, eelle du doute ; mais ce doute ne déguise plus rien : a Quand Thomme, ayant déchiré le voile et pénétré. « tous les mystères, contemplera face à face le Dieu a auquel il aspire, ne se irouvera-i-il pas que ce Dieu a n'est autre chose que l'homme lui-même, la conscienee « et la raison de THumaaité perfectionnée ? b
On a vu, par le compte rendu de M. Paul de Rému- Bat, jusqu'où l'homme « a déchiré le voiLe et pénétré les mystères. » Dans la même Revue, M. Scherer estime que c'est assez — à peu près — pour nier le Dàea vivant et p^sonnel et déiiîer l'hûmme. On y arrive par un mécanisme qui se résume en trois variétés « capitales et triomphantes. » L invention est de l'AUemmid Hegel, qui l'avait prudemm^it embrouillée de beau-, coup d'encre; maison a sala clarifier pour Xa eommodité des Français. Yoici do^ic la pensée vivante etéiemeik du philosophe allemand qui a trouvé... quil n'y a plus lien.
Première vérité de Hegel : a Le respect et l'inlietfigence des faits... Nouveauté immense I ce qui est a pour nous le droit d'être... La place de chaque chiMte
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constitue sa vérité. Nous nous préoccupons moins de ce qui doit être que de ce qui est. » L'on peut objecter que a la morale, qui est Tabstrait et l'absolu, trouve mal son compte à une indulgence qui est peut-être inséparable de la curiosité, » mais qu'importe ! Il est encore vrai que a les caractères s'affaissent pendant que les esprits s'entendent et s'assouplissent. » Mais qu'importe encore I
Seconde vérité de Hegel : a Une assertion n'est pas plus vraie que ^assertion opposée, et aboutit toujours à une contradiction pour s'élever ensuite à une conciliation supérieure... Cette décotioerte du caractère relatif des vérités est le fait capital de l'histoire de la pensée contemporaine... Au Moyen Âge, l'édifice reposait sur la foi à l'Absolu... Il n'y avait alors ni doute dans les âmes, ni hésitation dans les actes, chacun savait à quoi s'en tenir. L'erreur était toute id, la vérité était toute là. Aujourd'hui, rien n'est plus pour nous ni vérité ni erreur. Il faut inventer d'autres mots; nous ne voyons plus partout que degré et nuance... Nous admettons jusqu'à t identité des contraires... La vertu mO' dems se résume dans la tolérance, c'est-à-dire dans une disposition qui eût paru à nos ancêtres le comble de la £Gdblesse ou de la trahison. »
Enfin, troisième vérité : c La contradiction est le principe d'un mouvement, et ce mouvement n'est pas seulement l'évolution des choses, il en est le fond. C'est dtre que rien n'existe, et que l'existence est un simple deifenu. La chose, le fait n'ont qu'une réalité fugitive...
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^pii se prodnit pour être niée aussitôt qu'afiBrmée... Le vrai nest plus vrai en soi. p
Voilà le progrès philosophique I Yoilà où le courant de la Raison et de la Science, dirigent les esprits qui ne sont pas retenus dans le vrai par l'ancre du dogme catholique.
Le panthéisme et le scepticisme, deux synonymes du rien, sont au fond des croyances philosophiques modernes. C'est ce que déclarent d'autres confessions qui caractérisent les erreurs les plus communes de nos jours touchant les bases de toute religion : Dieu, l'àme, le devoir, l'immortalité.
Les modérés de la Philosophie démontrent que Dieu est l'infini vivant et personnel ; mais inconséquents avec cette notion de ]'Être infiniment puissant «t parfait, ils ne veulent pas que Dieu puisse faire des miracles, parce qu'il est trop sage pour suspendre les lois invariables de la nature, qui a pourtant reçu la loi de lui obéir. Quant aux thaumaturges, prophètes et mystiques, on les explique : /i C'étaient des gens qui vivaient dans un état de vision et d'extase voisin de la folie, d L'explication est sommaire, mais l'orgueil des philosophes n'en demande pas davantage pour se débarrasser de la grandeur de Dieu. Par un premier crime, au mépris de leur raison même, ils insolent la divinité dans un ciel étranger à l'univers et À l'homme ; par un second crime, ils interdisent à la
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dfmifé de ikaiiiir oe del smm lieu et et se fester au monde. Point de thaumaturges ! point d'i»pMs ! point de miraeles I Car les miracles réTélent Dieu, toujours présent, attentif et agissant. Au moyen des miracles. Dieu se fait connaître et se £Edt aimer. Les modérés de la Philosophie ne veulent pas de Faction particulière de Dieu dans la série des faits qui régissent les lois naturelles, parce qu'ils n'aiment pas BimL Ce qui fsit quwn ne croit pas les vrais miracles, disait Pascftl, cestk défaut de ckarité.
Mais il £rat xm^ progrès dans la philosophie. EHe aussi, elle entend la voix qui dit : Marche f marche t Les modérés ont isolé Dieu de la création ; les humanitaires s'avancent à leur tour contre ce Dieu relégué, et le suppriment. L'Absolu, l'Infmi, Dieu enfin, n^est jrilus qu'un mot qui exprime une abstraction. Il fnut bien marcher et donner du nouveau !
o L*Infini, dit Tun d'eux, n'existe que quand il c revêt une forme finie. Hors œtte forme finie. Dieu a n'existe pas. » Suivant un autre : « Dieu est c l'idée du monde, et le monde est la réalité de c Dieu. » ,
D'après ces théories, l'&me humaine n'est pfais qu'une manifestation partieBe de la vie universelle. On est plus ou moins homme, plus ou iDoins Dieu. U y en a un qui ne voit point de ndeen pour que Tàme d'un smvage soit inmortdle.
Le JBatioiialisme humanitaîve rqeMe d'ailleurs «u rang des croyances légendaires et l'eufer et le dèi.
lA SCIBNCB. 389
D-«près le fin Renan, a l'ennui du del des scolasc tiques serait à peine comparable à celui des coxkm temj^teurs oisifs d'une venté sans nuance, à m. laquelle chacun n'aurait pas le droit de donner le € cachet de son individualité, s Quant à Satan a plus malheureux que méchant, » il n'est que le symbole du génie du mal, et c'est au cœur de l'homme qu'il faut en chercher l'origine et la réalité.
Ce docte néglige de dire comment le génie du mal n'est pas méchant, et pourquoi n'étant pas méchant il est malheureux. C'est comme dans le corps humain: il reste des mystères I Les psychologues et les mytho*logues ne sont pas plus heureux que les physiologistes; le « système de l'àme » demeure indéchiffrable comme le a système nerveux, d Et, à ce propos, qui empêche la raison d'admettre que Dieu ait pu se rendre aussi intéressant à contempler face à face au sein de sa gloire, pour l'œil pénétrant de l'amour, que le seul corps humain est intéressant à étudier pour l'œil fatigué du physiologiste dans les ténèbres où grandissent, se multiplient et échappent ses merveilles ? Redisons le mot de Pascal : Ce qui fait qu'on ne veut pas comprendre le del catholique, « c'est le défaut de charité. »
A travers les mystères qu'elle évite d'aborder, et qu'elle éclairera quand elle sera de loisir, la Philose^ phie humanitaire nous conduit à cette conclusion: Les lois invariables de la nature entraînent dans oq mouvement de vie tous les êtres, et la résultante der-
SOO UYRE y.
nière de toutes ces forces est dans rHumanité, terme de toutes évolutions et de XovX progrès.
Néanmoins, il ne faut pas rire ! Gela veut dire que la créature vit de sa vie propre. Au fond de ce verbiage, il y. a la négation du droit, la négation du devoir, la négation de la responsabilité morale, et toute la société est ruinée par sa base. C'est l'oi^eil de Satan.
L'orgueil est puni par la folie. Nous voyons l'homme qui s'est fait Dieu tomber dans les aberrations de la métempsycbose, rouler dans les superstitions du spiritisme ; mais ce n'est pas tout le mal. Les erreurs de l'orgueil n'ont pas cours seulement parmi les purs philosophes. Le roman, le théâtre, le journal viennent à la suite , battent monnaie avec ces lourds lingots fondus par la philosophie, et frappent au coin souverain de l'erreur la pensée qu'il faut jeter dans l'esprit du peuple. C'est là qu'on voit les applications pratiques des idées de Hegel sur la transposition des faits, sur la nuance, sur l'identité des contraires, etc. L'bégelien Henri Heine a écrit tous ses livres pour nous faire connaitre l'hégelianisme dans l'usage de l'intelligence et de la vie.
Au point de vue social, l'autorité n'a pliîs de raison d'être, puisque Dieu est éliminé du gouvernement de rUnivers, puisque son nom n'exprime qu'une abstraction vaine, et n'est que la forme prête à disparaître d'un ordre d'idées disparues.
LA SCIBNGB. SOI
La famille est dissoute comme la société. Tout le système a moral d de Madame Sand se condense dans cette règle immorale : que l'amour sincère de la créature pour la créature expie les désordres passés, sanctifie la passion actuelle... et ne lie point pour l'avenir.
Ces pitoyables doctrines sont affirmées à priori, sans examen des ^ts historiques ou scientifiques aUégués conmie preuves de la religion chrétienne.
a La question fondamentale, dit M. Renan, sur la- « quelle doit rouler la question religieuse, c'est-à-dire a la question du fait de la Révélation et du surnaturel, «je ne la touche jamais; non que cette question ne a soit pas résolue pour moi avec une entière certitude, s mais parce que la discussion d'une telle question a n*e$i pas scientifique, ou pour mieux dire parce que a la science la suppose résolue. »
Ce docteur n'est pas controversistel Mais quoiqu'il y ait là un aveu d'impuissance, il faut reconnaître son adresse. En effet, l'unique moyen par lequel on puisse espérer de gagner quelque chose contre Dieu, c'est de refuser de Le recevoir dans l'histoire autrement que comme homme ou une idée humaine.
M. Renan a observé avec audace cette pratique ingénieuse, et a parfaitement prouvé que toute sa méthode est simplement une impertinence. Il ne l'ignorait pas avant de l'expérimenter; l'expérience
IJYBS T.
fttfte, U n*7 reooncara pas. Il sait tout ce que tolAre «a oionde qui veut être trompé.
L'erreur forme le milieu doctrinal dans lequel s'agitent les esprits et respirent les âmes au temps présent. La société sou&e de l'erreur ; elle se voit dévorée par aile et atteinte jusque dans les sources de sa vie, et toatefois c'est au milieu de l'erreur qu'elle veut vivre ; «Test à l'erreur qu'elle demande la direction, la lu- ■lière, le secours. Elle accepte tout de cette main qui n'a presque plus besoin de lui déguiser ses poisons» Le mal patent, l'absurde manifeste sont accueiUia comme autrefois les illusions les plus délicatement ourdies pour tromper la sincérité et séduire l'orgueil. On croit le matérialiste qui se vante brutalement de ne pas voir l'àme dans le corps humain, on admire le pédant qui s'accroche à la faute d'un copiste ou d'un fcoliaste pour ne pas voir Dieu dans les Évangiles^ Buis qui, par compensation, prétend découvrir la di* vinité en lui-même et en ses lecteurs ; Eritis sicuidiif Toujours le vieil appel du serpent, et toujours lea Qièmes prodiges I Livrée aux plus menacjantes misères^ entamée de toutes parts, et d^à en pleine dissolution, la société humaine répète avec une crédulité stupide la moqueuse parole de cet empereur qui se voyait dissoudre : « Je sens que je deviens Dieul a
lie libre examen a vérifié la parole de Royer Col-
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laid : c On ne ùl^asQ pas rhonune, on ne îM pas au
a scepticisme sa part ; dès qu'il a pénétré dans l'enc ftendement, il Ten^ahit tout entier. » Le sceptidâme a emporté le protestantisme tout entier sur le» terresde la philosophie séparée. La philosophie séparée pire-tendait retenir l'idée d'un Dieu infini en enfermant cet Infini dans un royaume d'indififêrenoe d'où il ne veut plus et ne peut plus regarder sa créature, et verslequel la créature à son tour ne peut plus ou ne veut plus monter : Il a fallu déloger de là, et le tationa- Usme alors prenant la conduite des âmes dévoyées^ les a précipitées dans l'abime où aboutissent tous les torrents de l'erreur humaine, l'abime de la négalioQ de Dieu, l'alrîme du néant, qu'une dérision de Satwa sait rendre encore plus absurde, en le proposant comme la déification de l'humanité.
L'Église catholique seule porte le drapeau de l'au^ tonte surnaturelle de Dieu. Les saignées habilement pdratiquées par le scepticisme dans tous les étangs qui eontenaient encore quelques flots de source sacrée, les font rapidement dériver vers le grand abime; bientôt ils seront à sec. Dès à présent, on peut dire qu'il n'y a plus d'hérésies particulières; c'est à choisir entre l'homme fait Dieu du Rationalisme et le Dieu fait homme du Catholicisme.
Qui vaincra?
a L'orgueil de l'homme, dit Donoso Certes, l'or-^ gueil de l'homme vaincra la miséricorde épuisée I »
U n'est pas possible d'écouler absolument cette som*