‹ Les odeurs de ParisChapitre 57 sur 71 · OT · texte numérisé non relu

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moBun et de mettre au pas vos esprits attardés. Vous l'attaquez. Quoi que vous ayez dit, sachez d'abord que j'honore son courage. G<»itie les vieux partis coalisés, il défend deux faiblesses : odle du gouvernement et celle de la démocratie.

d'àigremont.

Mais pas du tout. D'après Giboyer, les vieux partis sont tiii6 légion de eobmels san$ régiment, un état-fnqfor sans troupes (plaisanteries dès longtemps connues); le jour d'une levée sérieuse^ ils battraient le rappel dans le désert ^ ce qui signifie qu'ils ne lèveraient rien; donc la démocratie n'en a rien à craindre. Et comme ces gens-^â ne sont redoutâtes que pour les gouvernements qu'ils soutiennent^ le gouvernement qu'ils ne soutiennent pas n'a nul besoin de secours contre eux. Tout au plus peut-il désirer une vengeance. . . que votre auteur pouvait se passer de lui procurer.

GOUTCBISa.

Eh bien 1 mon auteur vous protège vousrmémes. 11 met à couvert de vos d^loraUes victoires le présent qui vous sauve et l'avenir qui vous transfigurera.

LS MABQUIB.

Mais pas do Umi. Quant aux vietoûrea, les eaux n'en peuvent pas remporter, cela Tient d*étre établi. Quant aux avantages que leur assurent le présent et l'avenir, le présent ne les sauve pas même des injures et des diffamations de vos moralistes; l'avenir ne leur promet rien d'aimable, s'il doit les transfigurer m Giboyers. ^

aOUTUBIEA.

Quoi t ee Gibojer si courageusement entêté de la plus noble des turlutaînes, vous ne le trouvez pas, au fond, plein d'adorables vertus?

d'aigbemont.

n est ceriainement le vertueux de la pièee; mais enfin, c'est une franche canaille, et nous ne sommes pas encore habitués...

On vous habituera. Tel est juatemmit le grand et saint travail de la muse démocratîqoe. La dé* mocratie effscera toutes les souillufes, comme elle brisera toutes les chaînes.

Ah! puissent les déchaînés se précipiter au baint L'espérez-vous?

commuEE.

Noos en sonunes sûrs. D'ailleurs, si Giboyer vous offusque, vous savez qu'il est réservé pour TAmérique. On a prévu vos scrupules et on les a ménagés. Le type, c'est Maxi^iilien. N'est-il pas charmant de tout point, ce petit Giboyer; n'estril pas vraiment un lis?

o'iîGUOlOirr.

Délicieux, frais, pur, doué d'une facilité d'opinion et d'un goût pour le cigare qui font bien deviner en loi son père inconnu; coulant sur les questions de famille, acceptant père, beau-père, gnnd'mère absolument comme on les lui donne; fils de fliboyer, fils de tout le monde. Impossible de nous présenter une pilule dteoeratiqne ;rins éouee à avmleri Mais que deviendnhi-a, cet aimar Ue enftnt qm sa trouve sufaîtement aesaisié ds tant de parents et de tant de rentes, pour leeeul

mérite d'avoir téhiè de minuit à six heares du mttin une opinion qu'il avait eue de midi à six heures du soir? A-tril un caractère? Qflfre-t-il une garantie? Je ne vois en lui qu'un Giboyer mieux tenu, tant qu'il n'aura pas mangé ses rentes. Saves-vous que le comte d'Outreville me parait autrement trempé, et que c'est lui qui est véritablement le noble jeune homme et le héros de l'aventure?

A mon tour de dire : Point du tout! Gomment ce sacristain de Carpentras, ce novice à cheveux plats, ce benêt vierge, qui « a l'air franc... comme un jeton! »

D'AIGREMOlfT.

Autre joli mot qui traînait un peu. Mais raisonnons. — -Otez la vile mimique et Thistrionisme, ce sacristain n'est qu'un ingénu de province. Sa seule infériorité devant le fils de Giboyer est de n'avoir pas encore trouvé un tailleur, de n'avoir pas eaoors € perdu la sainte ignorance du mal » et de croire encore en Dieu. Dans tout cela, aucun vice irréparable. Ce sacristain aristocrate hésite i se mes-

allier chez leridicule Maréchal, mais sa fierté s'ho* norerait de l'alliance de Gathelineau; sentiment suffisamment moderne pour un fils des Croisés. Toute la dot de Fernande ne le porte pas à fermer les yeux sur les pentes démocratiques de cette jeune délurée; il résiste à l'insolence despotique et d'aflleurs stupide du marquis d' Auberive, qui reai la lui finire épouser à tout risque; il ne sait pas feindre Tamour. Lorsque Maréchal a trahi, il se retire; lorsque Tamour est venu, il se jette tète baissée, dédaignant la fortune du marquis, dans les filets d'une coquette à laquelle il suppose des Tertus. Ce sacristain n'est donc ni si &UX, ni si avide, ni si lâche. Il se déniai* sera, il s'habillera. Donnez-lui huit jours pour prendre l'air de Paris, Yurbana frons, il écrasera ▼os Giboyers. Chrétien sincère, il les domine de toute la hauteur de son origine et de toute la dignité de ses croyances; libre penseur, pratiquant vos larges maximes, il lui reste l'avantage de son blason, •— et le petit Giboyer pourra regretter de lui avoir enlevé Fernande.

GOCTUBI£B.

AhfFil ,

d'aigesxort.

Ma iM^ Êàtm cher moûiskmr OsbêvifpiBty je «Mire qm je ne réponds de rîenl Femeade tient éè le nligioB dé r^eoir, dans laquelie je ae vom wiÊ0Êàe PMHwiroo éoiatte tos tentattoee. Eb4h»4pm «Qi héKM el me héionMt démocmBqiies scmi de bote? Située qu'ih B'aMVMi jamais que des « kiiaîoes • Irap wertueiiBes? Le jenne Gtbojèia poiiB, je Basais pas trop pouniacM; oiaîscetaaÉw lis a aassi du fiiaûer daasees racines, et beaacoaii; et eUa es4 cariesMe ei hardie; et poar une fille de dix-espt SBS, elle a biaotAt &ît d'embtasssr « oa ffOQom qui lai val

GOUTCBIEB.

n faat hJoaqttVUe es cempwMaatte paarfinir la ptèse»

i)*A]0asMoirr.

Jane dis fias non, mais elle ne s'y épaiffie paa. QueUa d&adéel A aMias que le tàùmfbuai §êUt Giboyer ne doive être toujours aimable et toujours

^ Acte IT, scène vi« — Acte Y, scène derniers.

ptetie, je ne ennatis yie Fenniide pour «& an. Toyes-YOBS, mouieur Gibeiigier^ poor qa'aae fimune trébucbe, fl n'est pes néfleastîm qu'elle aH été élevée au couvent, ni qu'elle soit de l'œuvre des Tabernacles. On peut glisser aussi trè»<iésastÊmamoÊmt dan les biblioéiriqBei, lofsopM Vau y fm toute seslfi trouver an jmna seotéiairs, pow Isa deomider ks Irares qa'3 donnendt i sa soeur «* Aini audeuMMseUe ittUe d'Êtau^es, i'uae das ia* nombrables atnées de Fernande Maréchal, iust par s'engager trop avec un cuistre nommé Saint-Preux, cousin germain du jeune Giboyer. Car elle n'est piis mm pluad'uBe iuveutmi toute preaiitee, cette aûnaUeFMiàaBdel— Et poiHr<qu'tt0 Ik^byenaie sa blancheur et êoa farfiim, cher monsieur GibasH gîer, U ne suffit pas que ses racines {dongent dans un iuaiîer riche; il fant encore 4{ue le ciel purette soleil biâlant rayennent siu* sa tète. Quant au &* mier, antour de vos lis U y en a. Dieu mereii Giboyer, d'Auberive, Mai^écbal, c'eat^nlire la tiuandaoe, radaltèreqmiiiue, rigmominteufle trahison* voilà de re^graisu Mais le ciel pur et le soleil vivifiant ful versent laiSMleur ot les adromes,oii s«nt

^ Acte m, soàoe v.

il8? Je ne Tois d'autre astre au^deaBos de «a jeunes plantes que la pipe du pèie Giboyer. Yos lis sont gras, mais pâles et inodores.

GOUTURIEB.

Monsieur d'Aigremont, vous avei soisante ans; vous ne vous y oonnaissez plus. Prenons un juge plus compétent de ce fier caractère de jeune fiHe. Que pensez-vous de Fernande Maréchal, monsieur lecomtef

us COMTE.

En vérité, vous m'embarrasses. Sur le théâtre, je ne vois pas des finnmes, je ne vois que des actrices, des êtres à peu près chimériques, et qui n'ont point d'existence pour moi, hors de ce lieu oik je les regarde avec une certaine curiosité douloureuse. Celle qui représente Fernande Maréchal est belle en son espèce. Je n'ai nullement s<mgé que ce ilitt un caractère, une âme, une personne enfin, et je ne me suis point draiandé si je l'aimerais ou ne l'aimerais pas. Que m'importe? Gela est totalement à part du monde où je chercherai ma femme. Qu'elle soit fille de vieille maison, bourgeoise, paysanne, ma femme certainement ne

sera rien qui reBsemble à cela. Je n'en sais pas plus sur le caractère de Fernande, que si l'ao* triée l'avaii mimé et dansé. Cependant une parole m'a choqué singulièrement. Lorsque Fernande apprend que son Giboyer décampe et va se trouver sans place, elle s'écrie : /e lui ai âté son pain ! Le propos me parait ignoble, et l'opposé de tout ee que doivent suggérer la délicatesse et l'amour. Je lui ai ôté son pain I Je ne sais pourquoi, mais j'affirme qu'une fenmie n'aime pas et n'aimera jamais l'homme envers qui elle se reproche un pareil tort, et dont le sort peut lui inspirer un pareil souci. Son /Mm/ Se propose-t^Ue de le nourrir, le soupçomie*t-elle de songer à cela? Ce crr^est d'une bassesse achevée I Si le jeune Giboyer l'entendait, et ne se désamourait pas à l'instant, je le tiendrais pour le plus fieSé pleutre qu'on ait jamais vu courir les héritières. Votre Fernande a les instincts d'une demoiselle de comptoir. Et quand M. d'Aigremont nous dit que c'est un lis inodore, je ne trouve pas : ce lis nourri de fumier garde une odeur de terrohr*

us MARQUIS.

Voili.

J'i^te que l'auteur place mb amoureux dans des oMidilious bien malaaineB et aniq^oâUques. Gibof er, Maréchal, le rieux Auberi^ quels angoB gardiens autour de ces jeunes gens! qudle pntrékctiaa de eentiments et de langage! QoeOes pei» pectives, enfin! Fernande ne aéra pas plutâi mar née que le roué septuagénaire lui ooniera des gaudrioles. Maréchal multipliera les basses aottî* ses, et Giboyer, toujours noble, apportera dans le salon sa pipe, ses turlutaines et son argot. Le premier sentiment que vos gracieux bâtards devront mettre en eommun sera le {dus complet mépris pour tout oe qu'ils se connaissent de pères et de parents. Sous oe rapport, la pièce oAe un spectacle aussi profimdémfiat disoracieux que piofondement immoral. Les vieux y sont tutoyés « redressés, moqués par les jeunes, et tous hîdeiix ou de cynisme ou de sottise. Etoomme rien n'an^ nonce que Haximiliea fiiboyer les vnuiUe «Epuiser, tout fait prévoir que sa maison deviendra promptement un terrain... propre à porter des lis.

Ul HABQOIS.

Bnivoi louaye. Qa'en dites-vous, monsieur Glbttngier?

coTmnuER.

XoMm à wir eomimê vcm tinÊtfvi$nl... G* paoTre jeune gunçon est plus arriéré, s'il sa pont, que yous-méme, et ne jouira jamais des grAoaa et des libertés du ménage démocratique. Hais je l'aurais cru plus disposé à goûter notre littératnra».. Tous diaiigex bien promptement d'airs, mon petit comte : au oommeneement de cet entietîni, tims noua trouvioE du bon.

us fioim.

Si je youa Inmyah du bon, ou plutdt du séduisant, je TOUS trqpiyais aussi du fiiux, et même du répugnant, lé m'apenoois parmolHnéme que Texameo ne tous est pas &yorable. le m'en réjouit; car œ tif tapage ai ce tromp^rœil dont j'étais à demi channé, pesaient sur ma cooseirace. A m»sora que je m'en délivre, votre succès me ftdi moîna pwr. le commence à trouver qu'en efet tout cela n'est point fort. Je commence à croire

que la raison et le bon sens public prëTaudront. Ce pamphlet animé n'est qu'un mille-pattes trèsagaçant; il n'a point de muscles, point de charpente osseuse, point de tête. On mettra le pied dessus et ce sera fini... Mais, messieurs, puisque nous avons entrepris l'examen des caractères, achevons, je vous supplie. Cette méthode va au fait. Mon oncle, que pénsez-vous du marquis d'Auberive?

LB MARQUIS

le l'ai beaucoup connu. C'était un vieux parent à moi. Riche, ennuyé, débauché dans sa jeunesse; impie par ton, pour imiter les gens de lettres qu'il nourrissait, admirait et méprisait; nul au fond, avec des manières assez dignes. On le nommait le comte Almaviva. Lorsque la Révolution éclata, il manqua l'occasion de racheter s» vie passée; il n'eut point l'honneur de combattre, on ne lui fit point l'honneur de le guillotiner. Il prit une sorte de bonnet rouge, le moins malpropre qu'il trouva, cacha sous une carmagnole un peu d'argent sauvé, et sut s'aplatir assez pour se faire oublier. Ce gentilhomme méritait d'être démocrate. On le vit dans les Mlons de Barras. Plus tard il devint

chambellan et je ne sais quoi encore, ohevaUer d'honneur de je ne sais quelle reine qui pourtant le chassa. Yers le temps de la catastrophe, un peu auparavant, il se fit prendre, conspiraillant avec quelques benêts blancs et rouges, les uns à peu près honnêtes, les autres tout à fait fripons. Dans cette belle compagnie il tenait le milieu. Un Imn de prison couvrit sa carmagnole et sa livrée. En 4846, il se proclama martyr. A ses anciens défauts il ajoutait la morgue aristocratique la plus intolérable et la jactance d'un victorieux. Le triple sot se croyait le restaurateur de la monarchie et de la religion , et prétendait ne pas se gêner envers ses deux obligées. Il possédait toujours son même clan de conspirateurs variés et avariés, où s'introduisaient beaucoup d'aigrefins. Tout cela le grugeait et se moquait de lui. Les Giboyors n'y manquaient pas : Giboyers blancs, Giboyers rouget;, Giboyers changeant de couleur à volonté ou portant les deux couleurs à la fois. 11 comptait sur ces athlètes pour se hisser au minist^ et appliquer enfin ses idées de gouvernement... Un mélange, une pfttée, un détritus de toutes les doctrines que l'ignorance, la suflBsance et la peur avaient introduites dans ce cerveau où rien n'en-

— ilO —

imi «atter et na tonait debout. Aristocrato et d^ moerito, voltairiea de cœur, dunéUen de drapeao; au fond» un imolent possédé de la débile manie de l'intrigue politique et de la fatuité des mauvaisss mœurs; mais par<dessus tout un sot. Quelque bonheur de repartie, aidé d'un masque goguenard, le faisait passer pour un Talleyrand méconnu, et il en était fier!,.. Un sot, je le répète, admirateur de Pigault^-Lebrun et champion des libertés de l'Eglise gallicane. Il nous faisait borleur. C'était le moindre de ses soucis; mais nous ne lui cachions pas que nous le trouvions en même temps trèa-ridieule, et il en éprouvait une douleur qui nous vengeait, hélas 1 sans le convertir. Lorsqu'il vit les principes romains dominer enfin dans la presse religieuse et dans la presse royaliste, les dernières i4[>parenGes de la raison parurent s'éteindre en lui. Il mourut assisté de (liboyer, devenu son commensal, méditanjt un mémoire pour persuader au pape d'excommunier Oéodat. Il détsetait Déodat, qui le mettait décidémwt k ,1a porte.

COUTURIEA.

£h i mais, de tout ce que vous venez de dire, il

rtedte que nous n'avons p%s m m»! touché notve maniais d'AuberiTe.

LE MARQUIS

Pardonne^moi, cher monsieur Gibaugier ; votre marquis d'Auberive est un plagiat, une caricature, et surtout une calonmk. Plagtot : c'est Figaro, mais eelte feîa tout craché. Caricature : un marquis de 9oixaiit»dix ans et de quatre-vingt mille livres de rente ne peut pas perdre la forme d'un gentilhomme : votre marquis se trémousse comme un valet de comédie et parle exactement la langue de Giboyer. Calomnie : vous donnez pour tj^ d'une classe actuellement vivante une figure qui a depuis longtemps disparu de cette classe-là, et qui n'y fut jamais aussi fréquente que le disent les misérables haines de la démocratie. Les corrompus de l'ancien régime ont été amplement punis du crime, d'ailleurs très-grand, d'avoir abandonné la loi de Dieu et la loi de leur ordre, pour vivre suivant les maximes de la libre pensée. Vous savez sous quelles mains tombèrent leurs têtes et dans quelles poches passèrent leurs biens; vous savez aussi quelle était la supériorité morale de Robes- ' pierre et de Fouquier-Tinville sur Almaviva. Ceux

— lis -

qui échappèrent et qui ne se convertirait point n'ont pas laissé de descendants. H y a ymgt ans que j'ai va mourir le dernier, plus qu'à demi des vôtres.

d'aigeemont.

Observez, monsieur Gibaugier, que le marquis d' Auberive, dont vous prétendez nous faire présent, est entièrement et résolument à vous, passe à la démocratie avec armes et bagages, déshérite son sang pour^enrichir le petit-fils de Giboyer.

COimiBISR.

Non, le marquis n'est pas démocrate pour cela, n montre simplement encore une fois qu'il est le vrai père de Fernande.

LE HASOCIS.

Ah I parlons de ce dada I

COUTUniER.

Mais certainement. Cette allusion, multipliée dans la pièce, y court comme un fil d'or par lequel la charmante en&nt est sans cesse rattachée à

ime illnstoe origine. Le fil reparaît toujours aveo me jovialiié plus hardie. Les esprits chagrins, les cléricaux, tranchons le mot, les hypocrites, affectait là*dessus de fausses pudeurs. Ils se détournent comme Tartufe devant les naïves épaules de Donne, fls disent que le cynique n'est pas comique, et que le rappel incessant delà mère adultère et défunte fait planer autour de la fille quelque chose de lugubre et de malpropre qui ne l'embellit pas. Allons doncl messieurs les prudes, mettez-vous au libre pas de la muse démocratique. Sa prétendue indécence amuse beaucoup le parterre, fl y a un roulement de rire toutes les fois que le marquis montre le bonnet de Georges Dandin sur le front oratoire du bourgeois Maréchal.

d'aigbsmort.

Joli métier, mons Gibaugier, que celui de moraliste dramatique et démocratique 1

GOUTURDSH.

Sachez, monsieur, que le moraliste purifie tout ce qu'il touche. Nous y allons rondement, nous autres. Assurés de la pureté de nos intentions.

nous regardons à pltin oeil, nous ptrkMis à pli voix. Nous TOUS laissons les regards indécis, les désirs craintife, les chastes vœux, et (fftoul) c cette € sensualité mystique qui est le dévergondage de

€ la vertu*. »

LE MÀEQUI8.

L*au(eur de Giboyer a sa mystique, nous en pourrons parler; mais assurément ce n'est point celle des chrétiens ni des chastes. En attendant que nous abordions ce sujet, la phrase que vous venez de lui emprunter me ramène à son style, qui est des plus grossiers, principalenfent dans les deui tôles ou la convenance et la distinction du langage seraient indispensables, celui du marquis et celui de la baronne. Le marquis est un vieux drôle qui tourne à la démocratie^ la baronne une aventurière, soitt Mais puisqu'ils mènent tout le faubourg Saint-Germain, puisqu'ils sont les chefs du parti légitimiste et catholique, il faut au moins que ce drôle et cette aventurière parlent la langue du pays et de la situation. Autrement, quel crédit pourraient^ils obtenir? Sans Texquise dignité du

I Acte I, sctee n.

langage et l'enquiae correction de là tonne, la baronne est particulièrement impossible. On passé au poète dramatique toutes les intraisemblance» matérielles; Totre auteur les a accumulées, je n'en dis rien ; mais la vraisemblance des personnes et des caractères est la première loi de Tart : elle est Ici Tiolée absurdement . Outre sa nauséabonde et insupportable manie de mauvais sujet septuagénaire, votre marquis parle comme Giboyer. Ce n'est pas un Yieillard, ce n'est pas un gentilbomme, c'est Figaro, et Figaro crotté. Il dit des gravelures à son domestique, il en dit à la baronne, il en dit d pàrte^ pour lui-même; il ne peut s'assouvir. Il ne se contente point de tirer du cercueil le souvenir des faux pas de la première madame Maréchal , il se moque de sa propre femme, morto aussi, et cela ^ur l'amusement de son valet de chambre '. Parfkit exemple de médiocre esprit très-mal placé, n dit à soft neveu, en lui montrant Fernande \ Faites'^n autant H lui a déjà dit : c C'est la plttU belle personne que je connaisse... j> tnen vante. »

< « Apprenez, monsieur Dubois, que quand on a eu le « malheur de perdre un ange comme Mme la marquise « d'Auberive, on n'a pas la moindre envie d'en épousa « un second. ^ YetBe*4aof à boire. » (Aetel, scène t.)

Gentillesse empruntée directement à Figaro. Giboyer peut se permettre ces hoquets de mauvaise littérature ; mais un gen tilhomme, un chef de parti I Le marquis annonçant à la baronne qu'il a trouvé le second exemplaire de Déodat, dont il va faire le rédacteur en chef de son journal, le définit : € Un € ^(M qui larderait son propre père d'épigrammes € moyennant une modique rétribution^ et le mange- < rait à la croque-au-sel pour cinq francs de plus. » Giboyer pourrait parler ainsi ; le marquis ne le peut pas. Si vous admettez conmie un trait de caractère que sa rage imbécile de faire de Tesprit le porte à se vilipender lui-même dans les gens qu'il emploie, il saurait du moins employer la langue des hommes bien élevés. Cette langue que vous ignorez a plus de hauteur que la vôtre et n'a pas moins d'énergie. La remarque s'applique davantage encore au langage de la baronne. Cette grande dame dévote, l'iyacle du grand monde, a le propos leste d'une soubrette. La longue scène du premier acte avec le marquis est une escarmouche de Frontin à Marton. Ce qui se dit de part et d'autre est également hors de caractère. On met bas le masque, on se renvoie la balle, on se méprise à cœur ouvert, on fait pacte en francs pica-

ros. Je nie qu*uiie femme, même une intrigante, à moins d'être authentiquée, voulù't entendre la moitié des grossièretés que celle^ se laisse dire« Elle accepte, elle répond, elle pousse. Le marquis ' lui fait compliment de ses yeux : € C'est bon pour « vous, mécréant^ de faire attention à ces choseslà. » Je suis étonné qu'elle ne l'appelle point vieux fripon. Elle le met sur le compte de la première madame Maréchal, où le monde entier doit savoir qu'il radote, et il ne manque pas de se répandre, n y a d'autres propos galants, comme celui-ci : € C'est un sot que vous voulez pour mari. — « Parce que? » Et : c Vous faites de moi tout ce « que vous voulez. — Ah! baronne, comme je € vous prendrais au mot si j'avais seulement € soixante ans. » De l'infection pure f

LE COMTE

Et la scène du troisième acte, où la baronne s'applique à enflammer le jeune comte d'Outreville en lui faisant rattacher son bracelet!... Et si vous aviez vu le jeul

LE XÂEQUIS.

Je l'imagine. Je n'ai pas suivi quelques années

le théftire sans voir cette acène*là plusieurs fm chaque année, et je sais de quoi sont capables les actrices qui jouent les rôles de dévote. En général elles y excellent par le contre-sens ; mais c'est ce qu'il faut pour enlever le public. Tartufe avec une mine d'honnête hoihme dérouterait le parterre. Le comédien prendrait moitié plus de peine pour n'avoir ni tant de plaisir personnel ni tant de succès.

d'aigremont.

Molière voulait qu'on jouât Tartufe en habit laïque; les comédiens l'affublent d'un costume demi-ecclésiastique. Ils savent bien ce qu'ils font,

LE MÀROUIS.

Faites attention à la mystique du théâtre. Le ihékire n*est pas un art ni une carrière comme les auti'es. On y trouve des applaudissements, de l'argent, de la renommée; tout cela n'est pas la gloire, encore moins l'honneur. Dans le vrai, la tribu comique est une tribu de bannis. Sur la petite porte de derrière, par où entrent les acteurs, il y a l'inscription de l'enfer : Lasàate; perdez l'espérance de ço^tir, perdez Tespérance

d'arracher Jama» de dcisas votre chair la oasaquè et le fard de rhisiriôn I De l'autre côté de la raoïpé oommenee rinaoœniUe. Là où tout le inonde eotre de plaiu^pied, le comédien ne pénétrera plus. On courtis^a son opulence, on rendra jui^ tice & ses qualités privées; il y aura toujours cela^ toujours un lambeau de cette casaque, toujours une tache de ce fard. L'un des acteurs de ffi* boyer brame après la croix d'honneur. Son ami»*» tion parait modeste. Il est vieux.^ honnête en son particulier, professeur de dédamatton^ auteur de diverses rimes décentes ; il ne peut cependant cueil* lir ce coquelicot qu'il voit fleurir, comme le « lis » dé mocratique^ jusque sur ses moindres fournisseurs» Le jour où un comédien, fût-il dix fois galant homme, attachera la croix d'honneur au gilet de Scapin, le grand chancelier pourra faire ses pa-* queU, rinsUtution sera morte. Bannis, vous dis-jci bannis à perpétuité! Or, de même que le carac-* tère de l'exilé est de soupirer après la patrie, celui du banni est de la haïr. Il y veut rentra, mais en triomphateur. L'exilé chassé. par la force et souvent par l'injustice, jse laisse pardonner; le banni, qui s'est éloigné de libre choix, ne pardonne pas. n en veut à Tordre dont il s'eet sépajré<

Il aime à lui lancer le sarcasme, à le difluner dans la représentation des conditions et des caractères qui en constituent davantage la force, et d'où son propre personnage est plus irréparablement écarté. C'est peut^tre pourquoi les rôles de chenapans hardis sont si abondants et si variés dans le théâtre moderne, depuis Figaro : ils excitent davantage la verve des comédiens, et par suite ils servent mieux la fortune du théâtre. Après ces Giboyer et ces Manon qui trépignent les sommités sociales, les rôles assurés de trouver des interprètes mordants sont ceux des grands seigneurs pervers, des gros bourgeois stupides, des honnêtes gens niais, des grandes dames hypo* crites et corrompues. Ces derniers caractères fournissent des vengeances, et les actrices les plus bornées y déploient parfois un art surprenant. Elles mordent, elles brûlent, elles ont des cafar« deries et des audaces qui font pâmer le parterre. Croyez que plus d'une, intérieurement, ne se contente pas de savourer sa gloire et rend hommage à sa vertu. Elle se dit : Je vaux mieux que ces femmes, je suis franche, j'ai mon âme sur le visage, moit... Cela doit se faire très-bien au Théâtre-Françi^, mais je suis persuadé que

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