‹ Les odeurs de ParisChapitre 61 sur 71 · IM · texte numérisé non relu

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société, vous venes de le dire, ^t encore éUbUe sur le principe ancien. Or, quel est ce principe ancien? Le droit divin, le droit de Dieu : principe chrétien, principe ecclésiastique. Donc, tous les tenants du principe ancien, queis qu'ils soient, 1 quelque degré qu'ils tiennent, sont gens d'Église, cléricaux. Ce vœahk n'étant pas de mise au théâtre, on ne l'a pas inscrit au front de la pièce. Un autre vocable eût encore mieux exprimé le dessein et le sentiment de Fauteur : il se dit tout haut dans la tabagie attenante au théfttre, et c'est le vrai titre : Les Calotins. Mais celui-ci n'était pas compatible avec toutes les pudeurs. On a donc donné à la pièce le nom de l'anti-calotin par excellence : Le Fih de Gihoyer^ un bâtard probablement peu baptisé, certainement très-affranchi des obligations du baptême; un sauvageon d'université qui n'a jamais été embarrassé d'aucune idée ni flétri d'aucun sacrement catholique, qui s'estimera bien marié à ne l'être qu'à la mairie, et qui se contenterait de l'autel de la nature. Voilà le vrai représentant du principe moderne, délivré de tout lien, de toute relation avec le principe ancien ; étranger à la vieille société, à ses traditions, à son culte, fait pour laisser tomber ce passé qui ne le

regarde en rien, pour le fouler aux pieds sans pi-, lié, sans colère, sans même daigner savoir ce que e'eai. TrouTei-vous tout cela si peu lié et si peu logique?

d'aigbeuont.

Non, vraiment; et tout serait fort clair, si la préface n'avait rien expliqué.

GOUTUailB.

Qui vous dit que l'auteur s'est expliqué dans le dessein d'éclaircir les choses? D'ailleurs, claires ou non, ses explications sont superflues autant que vos cri tiques sont vaines. Il vous a jeté cela par timidité naturelle, peut-être, ou pour se débarrasser de Timportunité de vos criailleries, ou pour couvrir une politique qu'il avait trop démasquée. Peut^tre aussi qu'il ne sait pas bien ce qu'il a fait, et qu'il ignore lui-même la portée de son œuvre. Ces curiosités sont creuses; il faut voir le but et le moyen. Or, le but est dair, le moyen puissant* Écoutez les applaudissements de la foule démocratique. Vous méprisez la foule, elle vous le rend bient Elle n'est que la foule, c'est vrai, mais vods

n'êtes que le petit nombrer Raisonnez, proteftteK, criez à la calomnie ; montrez vos vrais yisages et le wai visage de Giboyer, devant qui tout le monde et lui-même reculerait : qu'est-ce que cela fait à la foule? Tous, les honnêtes gens, et lui, le gredin, la foule vous veut voir non tels que vous êtes, mais tels qu'on vous dépeint pour son plaisir. Les masques deviennent les vrais visages. Giboyer monte au Capitole, et, — permettez-moi le style de l'avenir, — vous êtes rasés i

D'AiGaramiT.

J'en ai peur.

LB GOMTE.

Oht pour cela...

Rasés! vous dis-je... J'ai eu depuis un mois la fortune de voir travailler Giboyer sur difiérents théâtres ; j'ai senti le souflBe de la bête : elle est grande, elle est puissante, et les remparts qu'elle menace ne sont défendus que par ses soldats. Dans une discussion sur un pareil siget, l'on peut

emprimter de» mote-i^'en emprunte un à Voltaire : Eneore quelques années, et le principe ancien varra beau jeui

LE COMTE

Mon oncle, éies-yous de cet avis? ne pourronsnous pas combattre?

LE MARQUIS

Si faiti mais un peu moins qu'à présent. Toute la question est de savoir si Dieu donnera sa démission. Quant aux peuples, ils ont reçu la leur, et ils Font acceptée. Les rares individus qui refusent encore sont œ que nous sommes, des ganaehes. Rappelle-toi les noms que notre ami d'Aigremont prononçait tout à l'heure, et cherches-en un qui ait une action sociale comparable à celle de l'auteur de Giboyer ou de l'auteur des Ganaches.

LE COMTE

Quelle honte f

LS MAftQUIS.

Ah f oui* D'autant que l'importance de ces mes-

— iM —

sieurs, et d'une fbule d'autres, n'est pas dans leur mérite, mab dans leur médaille... Que la médaille soit retirée^ l'apostolat est fini, et il faat descendre d'un cran ou de plusieurs en matière d'alimentation intellectuelle. C'est ce qui ne manquera pas d'arriver à mesure que la démocratie montera. D'autres instructeurs nous a^irendront plus formellement les droits de la démocratie et nos devoirs envers cette reine. Et comme ces nouveaux instructeurs seront tout à fait ineptes, il y aura défense de répondre.

LE GOMTB.

Hais c'est la tyrannie la plus insupportable f ...

LI lUBOUlS»

Ohl la plus insupportable)... En fait de tyrannie, qui donc peut se flatter de savoir ce que le genre humain ne supporterait pas? Cette plus insupportable tyrannie ne sera que l'organisation de la liberté selon le principe moderne, telle que le monde en jouissait avant l'avènement du principe ancien qu'il s'agit d'e&pulser. On brouille un peu les chos^ et les noms pour le

service de la démocratie i Le droit divin^que ce savant Giboyer qualifie de principe ancien^ est d'une application sociale récente : il n'a pas quinie siècles d'exerdce. Jusqu'au moment où il fut implanté par le christianisme, l'histoire n'est pleine que des faits et gestes du droit humain, droit absolu de l'homme... sur l'homme. Ce droit avait organisé parfaitement la merveille où nous tendons : la démocratie couronnée.

' n'ÀioanioiiT* C'était Néron.

U KAEQUIS.

C'était Caracalla» c'était Héliogabale, c'était n'importe qui; et cela allait très-bien, avec des poètes, des gens de lettres, des acteurs, des tribuns, un sénat, des consuls, une armée très-brave, des magistrats très-savants ; avec le nom de la république sur les monnaies et la souveraineté du peuple dans les protocoles. Il y avait une égalité qui n'était pas un niveau, mais une succession de niveaux formant une parfaite figure de hiériurchie; seulement, le plus haut niveau s'arrêtait juste aui

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fabrique «ne «le o"'°P j,^ ,„„i eetle belle réuoilllK»»'»"""' . ,

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Mai» 1" liberté!

Sachom »cri«er quelque ch<»e. U lib«« est u„. .™ve.a« chrttieune, incompiUble avec les

nobles exigences de Tégalité. Sous TinflueDce de l'Évangile, la chrétienté était une confédération d'indépendances sacrées. .A la place de l'Empire, le christianisme avait constitué la foule des nations, libres dans cette atmosphère de justice générale qu'on appelait le droit des gens. Dans chaque nation, à la place de l'Empereur ou du proconsul, il y avait le roi, oii plutôt la royauté, puissance contenue, comme la clef de voûte est contenue par les différentes parties de l'édifice même dont elle fait la solidité. Liée à tout, la royauté dépendait de tout. Elle était la principale et non pas l'unique tête de la société. Le clergé, la noblesse, la magistrature, les corporations, la propriété formaient autant de tètes secondaires qui devaient obéir à la royauté, mais d'après une règle, en conservant leur indépendance légitime et leur permanence au rang hiérarchique qu'elles occupaient. C*était compliqué. Cet enche^^êtrement offrait plusieurs obstacles à la circulation des marchandises, des vaudevilles et de l'artillerie; mais la liberté vivait là-dedans 1 Le droit finissait toujours par trouver quelque vieux mur derrière lequel il pouvait soit combattre, soit attendre et rallier l'invincible petit

nombre des oœnn qui ne se sôumettaienl pu au ftdt accompli. 89 y a mis ordre! Depuis que je suis au monde, j'entends di^mter sur les présents que M a faits ou n*a pas faits à Thumanité. Je suis fixé, n nous a fait un présent que je connais bien : l'esprit de servitude. Seulement, il Ta enveloppé des couleurs de la révolte et lui a donné le nom d'Égalité. — Ah ! que c'était bien là le sobriquet que le duc d'Orléans, le grand parricide, devait prendre, et qu'une étonnante logique est au fond de tout! — Donc 89, sous son nom d'Égalité, a coupé toutes ces tètes, percé tous ces remparts, rasé tous ces vieux murs où le droit trouvait un refuge. Toutes les frontières sont renversées ou ébranlées; l'Empire universel se refait à vue d'ceil, des figures de la démocratie couronnée avancent la main sur la tiare, et Giboyer, admissible à tous les emplois, se croit, non sans raison , l'égal d'un honnête homme. Mais pour la liberté, elle peut se préparer à faire un long somme dans les catacombes.

D'AIOaKII(»T.

Si elle en trouve! Les catacombes de la Société moderne sont des égouts éclairés au gaz.

LB SAAQUIS.

Eht bien, la liberté conservera toujoui's son A&tmet asile : l'écha&ud.

LE COMTE

Messieurs, quelque chose en tout ceci n'est pas clair pour moi. Je vois très-bien que le principe Giboyer sacrifie la liberté, mais je me demande comment il sauve l'égalité. De qui l'esclave est-il régal? d'un esclave comme lui. Est-ce qu'égalité est synonyme d'esclavage?

d'aigeemont.

N'ave^vous pas médité les réponses de Giboyer à son garçon ?

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