LE TROISIEME CHANT DE L'HARMONIE IMITATIVE
l'Envoyé de l'Année Littéraire.
» VOTRE troisième chant est un badi- » nazt * où je ne trouve ni sel ni enjoué- » mené. On a vu quelquefois des bour~ » fons, pour amuser le peuple , contrefaire 3» les cris de divers animaux. »
l'Auteur.
A I R : Chansons, chansons,
Voosâyéx. tant de sel artique, L Qu'un autre à toit en revendique ;
Mais, franchement , De mon ignorance j'enrage , Qu'est-ce que c'est qu'un badinage
Sans enjouement?
Vos comparaisons ont quelque chose de malhonnête. Quel rapport y a-t-il efcftre *m bouffon et moi ? Quel rapport y a-t-il entre mes lecteurs et la classe du peuplo dont' vous parlez.»
« On a vu des musiciens sur un instru* » ment en imiter plusieurs. »
l'Auteur.
Est-ce plusieurs instrumens ou plusieurs cris d'animaux , que ces musiciens imitoient sur un instrument î
l'Envoyé de l'Année Littéraire:
«c Mais qu'un poète s'eflbrcc de nous ». faire entendre dans ses vers le bruit de r> divers métiers , le son de tous les instru- » mens , et les cris de plusieurs animaux, 99 il me semble que c'est dégrader un arc 9 divin, que de prostituer à ses niaiseries x> difficiles , qui font peu d'honneur même » à celui qui réussit. »
* 'i'Avtïor.
- Il esc certain que le ton de mon troisième chant doit être le ton dé la gai té. C'est tac tâche difficile que mon sujet m'impose.
Il n'est pas plus niais de s'occupera imiter collectivement le son de tous les insrrumens , qu'il n'est niais à David d'avoir Joué Dieu , dans lepseaume ijo , par la voix de tous les instrumens ; qu'il n'est niais à Boileau d'avoir imité la cresselle f t les cloches, et à Virgile d'avoir imité la trompeté ,- le tambour et la cymbale. Si Virgile n'a pas dédaigné d'imiter le bruit des marteaux , des Cyclopes, quelle niaiserie y a-t-ii d avoir imité le bruit du Taillandier. Quant aux cris' des animaux , il ne faut qu'ouvrir nos auteurs Latins , pour trouver mille exemples, d'imitations en ce genre. Vous me faites un crime d'avoir prostitué l'art de la poésie; sans doute vous faites un crime à Gresset d'avoir choisi un animal pour être le. héros d'un poème entièrement badin : sans doute vous
faites un crime àBoileau d'avoir fait unlorç poème badin également , le tout pour un pupitre où se cache un hibou. Mais que dirons mous de Virgile qui fait bourdonner des abeilles pendant l'espace d'un chant de ses Géorgiques ? Que dironsnous, de Virgile, qui fait un poëme entier sur le moucheron ? Mais , pour vous citer quelque choses de plus positif encore que ce dernier exemple, quel reproche ne feriezvous pas à Homère , d'avoir dégradé la langue grecque , en composant un poëme badin du combat des rats et des grenouilles ? c'est un petit genre , j'en conviens , mais tjirel est l'amateur , qui ne se fèroit pas un plaisir d'avoir , dans trois pièces séparées , des tableaux de Rubens, des tableaux de Tcsniere , et l'œuvre cbmplette de Calot*
l'Envoyé de l'Année Littéraire.
Vc Que dirai-je de celui qui entreprend » ce travail saas réussir ? jugez-en par
» ce morceau , où vous prétendez îmittf * l'artificier . »
l'Auteur.
Vous déclamez si mal, monsieur le Professeur , que je vais prendre la peine dé vous réciter cette tirade , en insistant sur les , J , multipliés , sur lés R , et sur les S, qui ont le son du Z ; et si vous n'entendez pas ce que j'ai voulu mettre dans mes vers , je n'entendrai pas non plus l'harmonie que vous m'assurez être dans tel ou tel vers de Virgile.
Si dç l'artificier fraudant le privilé^
J'entre dans un jardin qu'au même instant /'assiège £
Déjà la bo'ète éclate , et fardent serpenteau
£'élance en vacillant sur le front d'un ormeau i
Aux loix de Galilée un soleil réfractairc
Tourne autour de son axe au centre du parterre ,
Ses rayons divergens décroissent à Tentour
De son disque rougi qui s'éteint sans retour.
La£«rbe pat des jets d'agréables étoiles
De la nuit qui pâlît , court menacer les voiles y
Verticale , elle brille , et n'imaginez pas
Que sa fécondité lui donne le trépaé t ' '
Sa tombe est un trésor qu'avec peiné elle éptùst, Et semblable à l'oiseau que la fable éternise , Quand je ne l'attends plus ,je la revois encor Se consumer sans cesse en étincelles d'or.
l&st-ee un bouquet brillant que de moi l'on réclame ? En nappes dans les airs je déroule la fl<imme<. 9 Et contre Flore en pleurs secouant ses cheveux, En dépit de ses fers Vuicain vomit ses feux ; Tandis qu'au haut du ciel mainte agile fusée. Jaillit en se vouant de sa prison biisée , Ttiîne un sillon dans l'ombre et baissant tôt ou tard, S'arrête , éclate et meurt dès que son pétard part,
' l'Envoyé pE l'Année Littéraire; « Ce feu d'artifice n'est pas très- brillant* %»
. A I R : Monsieur U prévôt des Marchands*
A faire un joli calembourg v ;
Je vous prends , Maître , à votre tour ;
C'est vouloir , ( mais quelle malice 1 )
Pat un rébus délicieux ,
Tout en frondant mon artifice ,
Me jeter de la poudre aux yeux.
Il me semble au reste que ce morceaa * «
l'harmonie de la chose. J'en appelle à d'autres oreilles.
l'Envoyé de l'Année Littéraire.
. ce Je n'entends pas les deux premier* vers. »
Vous avez la conception difficile. Il me femble que le Poëte , qui veut imiter le .
bruit d'un feu d'artifice , peut très-bien dire qu'il va frauder le privilège d'un Artificier % et assiéger le jardin où il va disposer ses batteries.
» Les suivans sont roides, entortillés , » techniques , plus dignes de Chapelain p que d'un Maître d'harmonie*
l'Auteur.
Que ces vers soient techniques, c'est mon objet, et j'ai voulu qu'ils fussent tels , mais qu'y a-t-il de roide et d'entortillé dans ce distique ?
Déjà
Déjà la bohe éclate, et Tardent serpenteau S'élance en vacillant suc le front d'un ormeau, 8cc;
Je ne suis point un maître d'harmonie; Je ne suis pas non plus un Chapelain, Vos observations injurieuses sont plus dignes d'un GarafFe que d'un maître d'éloquence»
. l'Envoyé de l'Année Littéraire.
« L'Antithèse des fers et dtsftux de » Vulcain est mesquine. »
l'Auteur.
Racine a dit :
Vaincu , chargé de fers , de regrets consumé , Brûlé de plus de feux que je n'en allumai.
Si Ton a repris quelque chose dans ces deux vers , ce n'est pas le rapprochement des fers et des feux. En supposant que j'aie prétendu à l'antithèse , nos meilleurs Poètes en fourmillent , et Boileau luimême a beaucoup d'antithèses de mots»
ÀIX: ^iujfi-tôt que la lumitrt.
Vous n'aimes pas l'antithèse , Vous autres suppôts du goût ; Le Ciel , ne tous en déplaise , En a pourtant mis par- tout , Je croirois lui faire injure En la laissant à l'écart.
Ce qui plaît dans la Nature N'est point déplacé chez l'Ait.
Le Soleil avec la Lune Fait antithèse là- haut; Le froid fait dans sa rancune Antithèse avec le chaud h Le jour fit toujours im terre Antithèse avec la nuit ; Et le iilence aime à faire Antithèse avec le bruit.
Dans leur humeur inconstante ,
Les femmes font à Parts
Une antithèse frappante
Avec Messieurs leurs maris;
Mais l'antithèse éternelle
Dont par tout le monde on rit ,
C'est.. .Monsieur... quoi donc*... c'est celle
Des sots et des gens d'esprit.
Il y a , sans contredit , des antithèses de très-mauvais goût. Je n'en yeux pour preuve , que l'épitaphe de Pierre le Mangeur , qui professa dans son tems , la Rhétorique ? Non , la Théologie , et dont l'appétit excédoit encore le savoir.
Pctius eiam , qucm pctra tcgit , dictusque comestor Nunc , comedor. Vivusdocui, nec cesso doccre Moituùs , ut dicat qui me videt incincratum , Quod sumus iste fuit , eiimus quandoque quodhic est.
, Mais quand Boileau a dit :
L'un racuit vuide de sang , l'autre plein de séné.
Quelqu'affectée que soit cette antithèse , il ne l'a point crue déplacée dans un ou* vrage didactique.
l'Envoyé de l'Année Littéraire.
oc Un Bouquet qu'on réclame n'est pas » françois. »
l'Auteur.
On peut réclamer un bouquet comme ua
médecin»
H ij
l'Envoy* de l'Année Littfraire.
« Quel esc le sot qui a hasardé une pa- » reille locution ? »
l'A uteu a.
<?*$t la Fontaine.
Il en coûte à qui vous réclame , Médecins du corps et de l'ame.
O temsi ô mœurs! j'ai beau crier, Tout le monde se fait payer.
Et les Médecins de l'esprit, qui sont sans contredit, les Critiques, les Satyriques , &c &c. ont adopté la même méthode , témoin Panecdote dont l'Envoyé des Petites Affiches garantira l'authenticité.
A I R z Du serin qui te Jait envie.
Un Pâtissier , plein de courage , Mais peu connu dans son métier , Voulut à l'égal de le Sage , Percer plus loin que son quartier ; Enflammé du désir de plaire , Et sur- tout d'y mettre un bon prix , Un Jour , il vint à bout de faire . Des Pâtés d'Amiens à Paris,
Les avoir faits c'est quelque chose } Lui dit-on , mais ce n'est le kicx Dans les Affiches , er pour cause y }i faux prévenir le Public ; Que si plutôt tu les délivres , Pâtissier , tu manques ton but, * Pour les pâtés et pour les livres , Sans les Journaux , point de salut*
Or monPâttssier se tourmente; Le voilà dans tous les bureaux > Courant d'iEaque à Rhadamante * Et de Rhadamante a> Minos.
En vain il bavarde , il bavarde, On voudroit des échantillons».
Pour peu qu'à ses mains on regarde »
Ciac, on loi tourne les talons*
Ainsi frustré de l'espérance De se. voir au plutôt connu , Mon homme part de l'audience , Tout ainsi qu'il étoit venu ; Mais de son peu de réussite Devinant la cause en chemin > Il y retourne tout de suite Avec son ouvrage à la main.:
Hiij
Il étoit las , ne vous déplaise. •' • l " Mais les arbitres du savoir , Pour ne point vous offrir de chaise , Ont grand sain de n'en point avoir»
Ainsi dçbout et tête nue ; Il lui fallut de son pâté , Leur faire l'offrande ingénue Qu'on accueillit avec bonté.
Il fut en très-gros caractères Loué > sous les conditions De fournir plusieurs exemplairct Des nouvelles éditions :
Par rçconnoissance il insiste A publier depuis par-tout Que le plus mince journ: liste Est toujours un homme de go&t*
Si de cet éloge suprême
Ce journaliste étoit trop t/ain ,
Qu'il fasse un retour sur lui-même j
Il se rappellera soudain
Que cette feuille sans pareille ,
Si nécessaire au genre humain ,
Annonce aujourd'hui la merveille
Qu'elle enveloppera, demain»
' l'Envoyé de l'Année Littéraire.
» A l'entour de son disque n'est pat » franfois, »
Godeauadic:
Et ses enfuis , * l'entèur de sa taMe.
Je vous donne cette autorité pour ce qu'elle vaut. Mais une expression incorrecte ne prouve rien contre un ouvrage de douze cents vers. D'Olivet en a relevé plus de deux cents dans Racine , sans que la réputation de ce dernier en ait été effleurée. Que ne suis- je Raciue ? Que n'êtes-vous d'Olive t ?
l'Enyôyé de l'Année Littéraire.
ce La chute de soft pétard part , est » plus burlesque qu'expressive. »
l'Auteur.
Elle est burlesque quand un l'isole *e1l6
H iv
n'est qu'expressive à la suite du reste. Je me félicite de ce que ce jeu de mots imitatif a été trouvé avant moi par un homme
' qui a manié la langue avec délicatesse , et dont je me suis toujours fait gloire d'être l'admirateur et le disciple dans la carrière du Vaudeville, par M. Favart. Il avoir senti que , si les Commentateurs latins trouvent une beauté réelle dans la con-
, sonnance affectée de ces deux vers dont le sujet n'est pas plus noble que le sujec du nôtre:
Paxtuxiunt montes , nascctur ridkulus mus*
Sxpè cxigtius mus
Sub terris posuirque doraos
Vers, qui ne sont que du petit Virgile et du petit Horace , on pouvoit chercher le même effet en François, en rejetant également un monosyllabe à la fin du vers.
Je vous laisse maintenante décider, M* le Professeur , si la consonnanse â'ard , part , est réellement plus burlesque que
celle &*us 9 mus ; soyez juste > s'il se peut j une fois dans votre vie* Si vous vous obstinez à dire qu'une souris est plus noble dans un Poème sur les Géorgiques , ou dans un Art-Poëtique , qu'un pétard dans un Poème sur l'Harmonie, je prendrai dans mon arsenal de chansonnier une arme proportionnée à votre nouvelle attaque > et je vous répondrai sur l'air : Jean , ce font vos rats.
l'Envoya de l'Année Littéraire.
y> Je me dispense de parcourir les autres » métiers , tels que le forgeron , le ser- » rurier, &c. &c. &c. que vous avez » imité tout aussi heureusement que l'ar- » tificicr. »
l'AUTEUl.
Rideodo diccrc verum Quîd veut?
l'Envoyé de l'année Littéraire;
ce Voici pourtant quelques vers que j'ai v choisis comme les meilleurs* »
Vous leur ferez , Seigneur , En les louant beaucoup d'honneur.
l'Envoyé de l'Année littéraire.
Et mes flasques soufflets péniblement enflés » Ronflent en chassant l'air dont leurs flancs sont gonfles»
l'Auteur.
Et de deux ; je vous défie , puisque vous les trouvez beaux , de m' indiquer la source où j'ai trouvé cette imitation.
L'Envoyé de l'Année littéraire..
Et dans le lac dormant dont l'eau fume et frémit , Plongé yusques au bout , mon fer rouge gémit.
l'Auteur.
Puisque vous trouvez ce dernier vers passable , vous me ferez plaisir de demander au Journal de Paris pourquoi il le trouve mauvais.
I ml
lTSNVOyb de l'Année Littéraire. ;
Ma rigoureuse lime D'un clou d'abord meurtri rive en criant la cime*
Cela ressemble au ferri rigor , mais le Journal de Paris le blâme également,
Je soulevé un marteau que l'élégant Dclille > Précipite en cadence aussi-bien que Virgile , Et qui tombe en trois tems pour dompter le métal » En frappant mon tympan d'un tintamarre égal.
l'Auteur.
Les autres journalistes n'ont pas parlé de ces vtrs. Conticuêre omnes. ...
l'Envoyé de l'Année Littéraire.
• . .En bûcheron Aalé je frappe un coup Aardi, Et par l'explosion de ma bruyante haleine , Je crois Aâter le fer de ma Aache inhumaine*
l'Auteur.
Pour ceux-ci , je crois en avoir créé
Pharrtionîe ; mais y pensez-vous , de me citer par éloge ? . . . Quelle métamorphose ?
l'Envoyé de l'Année Lilteraire.
Cet antre du soleil essuyant le courroux , De son marteau tenace attaque à petits coups D'une pierre en repos l'inébranlable masse.
l'Auteur.
Et vous avez le front de trouver cela beau ! voulez-vous me permettre de demander aux Petites Affiches pourquoi elles ne sont pas de votre avis*
l'Envoyé de l'Année Littéraire.
Le cric s'accroche au poids qu'il soulevé aisément » Et triple à chaque tour son triste grincement..
Envoyé dû Journal de Paris , qu'en penfez-vous ?
l'Envoyé de l'Année Littéraire
Il promené en raclant son rapide rabot. « . *
C «jf 3
l'Auteur.
Vous vous taisez., vos accès vont sans doute vous reprendre : que je payerai cher cette citation paisible et admiratiye de vingt vers ï
l'Envoyé de l'Année Littéraire.
ce Vous faites passer en revue tous les » instrumens , et vous les caractérisez » dans des vers , où il n'y a point la moin- 3» dre trace d'harmonie imitative. »
Cette assertion trouvera des contradicteurs dans tous ceux qui liront , et surtout qui prononceront ma tirade sur les instrumens. Je ne vous citerai que deux passages, parce que je suis honteux de me citer sans cesse pour vous démentir.
La cymbale autoui d'eux froisse un double bas*//*.
Tandis qu'en saurillant une touche subtile Interroge i tirons le rympanon docile*
[ us 3
Je vous en lais juge , Monsieur. Tel esc le vers de Virgile :
Tinnitusquccic, ctmatris quatc cymbala circura.
N'est-il pas fait dans le même principe ?
et n'ai- je pas rendu dans mes deux vers sur le timpanon ce je ne sais quoi, que les Latins exprimoient par subsidtim 1
l'Envoyé de l'Année Littéraire.
«c J'ai remarqué la cressellc aigrelette , » que vous appeliez agréablement le subs-± » titut portatif de la cloche en retraite, »
l'Auteur.
* Sur quoi porte votre* ironie ? la cresselle est- elle portative ou non ? Remplace- t-elle ou non les cloches > et quand les remplacet-elle? N'est-cepas dans la semaine sainte?
La définition est donc juste. Je ne m'amuserai pas à vous citer mille définitions du . même genre placées par opposition.
l'Envoyé de l'Année Littéraire;
«s La dignité des cloches et de l'orgue 30 ne leur permet pas de se trouver à la » revue , et l'auteur va lui-même le« cher- » cher à l'église. »
J'aurois voulu que vous eussiez rappelle quelques vers de ces morceaux , comme ceux-ci.
Les bdttans balancés tomber et ttboniït.
Sous leurs voûtes d'airain que le vent engoufeé, Même après leur repos, murmure concenrré.
l'Envoyé de l'Année Littéraire*
J'oubliois le sifflet qui n'a point oublié I)c heurter par son vent mon front humilié.
ce Vous partez de-là pour accahlcr d'ira- » pçécationscet instrument innocent , trè** » utile même , et chargé au théâtre de » la haute police* »
Vous avez vos raisons pour plaider la cause du sifflet; j'ai mes raisons pour croire qu'il esc l'organe de l'impuissance et de l'envie. Il est faux qu'il soit chargé au théâtre de la haute police.
Un clerc impunément peut siffler Attila.
Les grimauds de collège , les garçons perruquiers , les oisifs de Paris peuvent siffler une pièce nouvelle , sans que cela prouve rien. Mais la haute et véritable police esc si peu convaincue de l'innoèerice de cet instrument , qu'elle envoie au corps-degarde, et souvent ailleurs , ceux de la moyenne et basse police , qui s'avisent d'en jouer dans le Parterre. Il y a voit chez les Athéniens , comme chez nous ô des cabaleurs , qui faisoient métier de faire tomber les pièces ; mais ils employ oient à cet effet les sifflets de berger. Les nôtres ont trouvé que ceux des chaudronniers étoicnt d'une harmonie plus insultante. Mettez
cette
rettc remarque dans votre sac , monsieur l'avocat du sifflet, c'est un trait d'érudition que vous placerez au besoin.
l'Envoyé de l'Année Littéraire.
» Si vous vous avisez de paroître au » théâtre, vous devez appréhender la ven* » geance du sifflet. »
l'Auteur.
A i R : On compteroit les diamansi
Pour l'avoir à commandement * Vous l'avez donc toujours en poche £ Le trait est brusque assurément , Et je vais craindre votre approche $ Votre plume et votre sifflet , Ayant une vertu pareille , .
Vous avez le double secret De blesser les yeux et l'oreille.
l'Envoyé de l'Année Littéraire.
» On vous doit, sans doute, beau* »» coupderéconnoissance pour nous avoir » révélé , fans fard , desfeercts sur l'origine
» et l'écho 9 qu'a coup sur on n'a lu nulle » part. Qui jamais eût pu deviner que » l'écho prie naissance la première fois » qu'il parla au milieu d'une forêt où il y 3» avoit un écho ? »
Votre ironie ne fignifie rien , indépendamment de ce que l'invention de ce petit épisode doit être compté pour quelque chose, il a mérité le suffrage du Mercure, et je vous dirai , de vous à moi , que M. le Comte de Buffon l'afpécialement distingué dans une lettre flatteuse dont cet illustre académicien m'a honoré. Mais que je suis étourdi,de vous cirer l'autorité d'un homme dont on a attaqué les immortels ouvrages dans l'arène même où vous me faites descendre aujourd'hui!
l'Envoyé, de l'Année Littéraire,
» A la fin du même chant on trouve ai va» véritable ménagerie , où vous pré-
tij«3
30 tendez nous faire entendre les cris de
a» divers animaux , tels que le lyon , le
» léopard , le loup , l'ours , le cheval , le
» bœuf, tkc. Soyez persuadé que dans f
» tout ce que vous dites de ces animaux r
» il n'y a rien qui puisse donner une idée » de leur langage. »
Assurément , Monsieur le Professeur , vous avez une manière de présenter les choses tout-à-fait honnête. Il ne tiendra qu'à un plaisant tel que vous de dire aussi que tous les ouvrages sur l'histoire naturelle , et encore plus tous les recueils .de fabulistes contiennent de véritables ménageries. Je pourrois, si je voulois employer le même genre de gaieté , corn* parer , peut-être plus justement, ces Journaux consacrés au découragement, des talens,à l'enceinte où le taureau le plus vigoureux est mis à mort , par les chiens de coûtes Us tailles , qui s'élancent à la
fois de leurs loges. Mais puisque nous eit sommes à parler de chiens , je veux vous prouver par les vers mêmes de mon Poème, où j'ai caractérisé cet animal , que j'ai approfondi son langage d'une manière imitât! ve» Voici le gros chien :
Chez l'avare Crésus , au combat du taureau »
Et sur les boulevards qui tordent saint Malo , Laissez comme Cerbère aboyer le Boul-doguc.
Voici le petit :
Mais du jeune barbet la voix est bien moins rojjifc , Et quand chez Pénélope Ulysse de retour Sourit au vieux témoin de son fidèle amour , Au devant du guerrier qu'il s'échappe, qu'il jappe.
Si c'étoit-là des vers latins", vous diriez , nouveau Scaliger: Entendez-vous , Messieurs > ces bat bon bere bor bo bout , ces happe appe à côté l'un de l'autre ? et vous auriez raison. Mais vous n'êtes pas plus Scaliger dans ce moment-ci , que vous n'étiez d' Olive t tout-à-l'heure. Vous dites que je n'ai pas réussi à donner uac
C«HÏ
idée du langage des animaux* Pouvez* vous nier que les verbes rugir , hurler t hennir , meugler , /wag/r , £#*r, frair* , aboyer •», japper , miauler , ne soient par euxmêmes de la plus grande Harmonie imitativê ? Si j'ai eu le talent d'encadrer ces verbes , en rapprochant relativement à chaque animal toutes les syllabes analogues à son cri , j'ai rempli une tâche pénible , à la vérité, mais je l'ai remplie* Soyez de bonne foi»
It parmi les moutons qui BêUnt pêlemite , Je force f agnelet d'essayer sa voix grêle.
Dites au moins , comme M. Jourdain": // y a du mouton là-dedans.
Vous vous donnez pour un censeur clairvoyant : regardez donc une seconde fois tous mes animaux passer en revue.
Homme de bien , qui voyez tant de choses , Voyez-vous point mon veau, dites-le moi ?
Je m'apperçois que c'est Tours qui fixe votre attention».
fiJ4Î
l'Envoyé de l'Année Littéraire
A peine en sa tanière a-t-on muselé l'Ouïs , Soyez sur que l'ingrat qui s'en souvient toujours , Même quand sur deux pieds il rrépigne]en cadence, Gronde et garde une dent à son maître de danse.
» L'ours est- il ingrat , parce qu'il » gémit et qu'il se souvient de sa captiva vite-? » <
Il est ingrat , parce qu'il garde une dent à son maître de danse. Vous faites semblant de vous méprendre sur cette plaisanterie , parce que Pépithete àiingrat est donnée à Tours par anticipation avant la fin de la phrase. Maïs on diroit fort bien : fermez la bouche à un critique , Tingrat s'en souviendra toujouts , même quand vous lui aurez fait connoître la valeur du pied & de la cadence en Poésie, et que vous lui aurez appris à faire des vers.
'J'espère , Monsieur , que vous n'oserez plus trop approfondir du tigre ni çiç l'ours*
l'Envoyé de l'Année Littéraire;
» On connoît ce beau, vers , où Virgile a» peint avec tant de rapidité la course » du cheval. »
Quadrupedante putrera sonira quatit ungula campum.
« Vous avez lutté contre Virgile »
» Vous, Monsieur de Piis! »
Ahri Virgile , pardonne à ton jeune rival , Je votidrois t 'égaler , quand ton Pégase agile , Traversant l'hexamètre au galop du dactyle Dans un vaste circuit de terretns labourés , Quatre à quatre en courant rnarquoit ses pas ferrés,
■» Il me semble , Monsieur , que vous » n'êtes pas si bonecuier que Virgile , et » que vous ne faites pas si bien galopas per les dactyles à travers l'hexamètre»
l'Auteur.
Il me semble à moi que vous avez tort de me rapprocher ironiquement de Virgile, lorsque j'ai fait , comme je le devais,
mon acte d'humilité par ces deux mots \ par* donne et je voudrois. le n'ai point fait galoper Pégase à l'aide du dactyle , par la raison que nos vers françois n'admettent point la mesure des vers latins , mais le vers
Quatre à quarte en courant marquoit ses pas ferrés »
fait , je crois , un certain effet , sur-tout f quand on le prononce avec le même soin que celui de Virgile. Je ne me piquerai pas , Monsieur le Professeur , de votre, petite remarque satyrique ; jusqu'à ce que vous m'ayez montré de vos vers , je serai dispensé de recevoir de vous des leçons à! Equitation.
A propos à'Ecuyer , savez-vous , Mons de l'Année Littéraire , que vous vous êtes presque rencontré , dans ce bon mot , avec
la Société de Gens de Lettres,
qui a imprimé une épigramme contre moi.
Cette épigramme dont les Étrennes du Parnasse m'ont fait présent au jour de Tan , est renouvellée , s'il en fût , de
toutes les épîgrammes anciennes où Pégase se trouve. Je ne me permettrai qu'une réflexion. Qu'est-ce que vaut une cpigramme , qui a besoin , pour arriver à son but , d'être lancée par une SOCIÉTÉ de Gens de Lettres? Quelle mauvaise société que cette SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES qui s'assemblent pour faire une cpigramme , et qui n'osent y mettre leur nom ! assurément il n'est pas extraor- dinaire que l'Encyclopédie soit l'ouvrage
d'une Société de Gens de Lettres ; mais il faut qu'on se soit mépris, pour signer ainsi une épigramme , PAR
une Société de Gens deLettres.
AIR: M. VAbhi , où allez -vous ?
Eh vite , eh vite , un errata »
Au bas de ce beau pamphlet là...; Au lieu de gens de Lettres , Eh bien?....
Lisez en toutes lettres ,
Vous m'eateodez bien.