‹ Les œufs de Paques de mes critiques, dialogues mêlés de vaudevilles [Pieces justifison, et sur l'Hermonie Imitative des langues Grecque, Latine et Françoise]Chapitre 13 sur 36 · L'AUTEUR · texte numérisé non relu

L'AUTEUR

A-r-on jamais fait un crime à Boileau de parler de lui-même , quand il en trouvoit l'occasion ; et quand il a dit au roi dans une Epîtrc , ces trois vers si singuliers:

Et tandis que ton bras des peuples redouté

Va la foudre à la main rétablit l'équité....

Moi i la plume à la main , je gourmande les ? ices.

A-t-on crié à l'égoïsme ?

l'Envoyé de L'Année Litterairi.

Jamais je ne sautois ', dans une étroite enceinte , -/fa devant d'un pupitre avec contrainte alfîs , Enthousiaste froid , coudre un mètre précis.

« J'ignore ce que c'est que coudre un » mètre précis. »

l'Auteur.

Ahl vous ignore^) M. le Professeur, kabemus confit ente m reum ; mais devriezvous ignorer que mètre est synonime dû .vers. Conhoissez-vous la première Elégie des Amours du Chevalier de Bertin , ce favori des Grâces et dMpollon * Je vous en citerai quelques vers , comme autrefois David jouoit de la harpe, pour déterminer Saûl à mettre sa pique en-bas, ou si vous aimez mieux une comparaison de la fable , comme Orphée jouoit un air tendre pour adoncir le portier des enfers*

De ces vers nombreux et sublimes , L'amour se riant à l'écart , Sur mon papier mit la main au hasard >

Retrancha quelques pieds , brouilla toutes les rimes. De -ce désordre heureux naquit un nouvel ait. Renonces ,• me dit- il , aux pénibles ouvrages , Cadences des mètres plus courts ,- &c.

Devriez-vous ignorer, M. le Professeur , qu'un vers qui a de la précision , s'appelle un vers précis? Devriez-vous ignorer que Boilcau a dit :

Dans mes vers recousus mettre en pièces Malherbe.

Si Boileau a eu la permission de recoudre des vers , pourquoi n'aurions-nous pas celle d'en coudre et d'en découdre ?

a Oui ; mais je crois qu' 'au-devant d'un y> pupitre est une faute contre la langue, il *> faut dire devant un pupitre. On lit , il 33 est vrai , dans Boileau : »

S'il ne se fait graver au devant du recueil.

« Mais au - devant signifie alors à la » tête» »

CP4l

l'ACTE U R.

Que vous avez mauvaise grâce à vouloir justifier Boileau ! Savez-vous bien , M. le Professeur , que je vous croirois sujet à favoriser. Cela n'est pas dans les bons principes de votre état. Un recueil n'est pas une. chose plus animée qu'un pupitre. Dire qu'au-devant signifie dans le vers de Boileau a la tête , ne prouve pas qu'il ne puisse avoir dans le mien la signification du mot en face » ou du mot vis-à-vis. Que vous me déplaisez avec votre partialité !

C'en est trop. A moi , chère ombre de Boileau ! Vous voyez bien ce Professeur ?

Eh bien ! s'agit-il de moi ?

Il ne pardonne point les endroits négligés ,

Ici le sens le choque , et plus loin c'est la phrase.

S'agit - il de vous ?

Chaque vers qu'il entend le fait extasier ,

Tout est charmant , divin > aucun mot ne le blesse*

BOILEAU, fouettant l'Envoyé , êtc* « La vérité n'a point cet air impétueux*

Je vous revois bien dit , M. le Proi fesseur. Au surplus , c'est Boileau lui* même qui vous fouette. Baisez les verges»

l'Envoy£ de l'Année Littéraire.

a Je vous félicite de ce que vous n'avez » pas besoin , en composant , de vous frotter » la tête , de frapper des pieds , de ronger » vos ongles y mais on se passeroit bien de » savoir tout cela. »

l'Auteur*

Oh ! vraiment , j'ai bien peur que vous

ne soyiez incorrigible* Quand Boileau a

dit :

J'ai beau frottée mon front , j'ai beau mordre mes doigts .

Qu'avoit-t-on besoin de savoir tout cela ?

Boileau ne l'a pas moins dit.

l'Envoyé de l'Ann£e Littéraire,

L'eau vive d'Hélicon gelé dans un cornet , Et Pégase franchit les murs d'un Cabinet.

• [ 9*1 ' « Ces figures sont peu justes. On ne y> met point à 1 eau dans un cornet, et on ne * monte point à cheval dans un cabïnet. »

l' A u t e u r. Allons, Boileau, faites encore votre devoir*

fi o I L e a u.

Horace tant de fois dans mes vers imité , Pour amortir le feu de sa rate indocile »

Dans Vencrc quelquefois sut égayer sa bile.

Trempe- 1- on sa rate dans un cornet ?

A I R : Vivt U vin , vive l'amour.

Eh ! quoi , selon vous on ne met Jamais de l'eau da*ns un cornet ?

Je veux là-dessus vous en croire ; Mais entre nous , il est notoire Que Zoïle feroit fort bien D'en mettre par fois dans le sien , Fout n'avoir pas l'encre si noire.

Je conviens avec vous que vous ne

montez

montez point sur Pégase dans votre cabî* net; mais quand Horace disoit dans sa première Epître :

Est mihi purgatum crebro qui petsonet aurem , Solvc senescentem mature sanus equum , ne Pcccét ad extremum ridendus , et Ilia ducat.

Eroit-il à cheval , ou non , dans son cabinet ?

l'Envoya de l'Année Littéraire.

« C'est le long de la GARONNE que » vous avez composé votre Poème. J'ïgno- » rois que la Garonne fut votre Perz> messe. »

Je n*ai pointdît que j'avois COMPOSÉ , mais seulement que j'avois COMMENCÉ mon Poème en Gascogne.

A I R : La danst n'est pas ce que j'aime»

Quand de Phébuson suit la trace»

i- On est poetc en tout pays j

r " Maïs c'est toujours près de Paris Que l'envie a son mont Parnasse i II ne sauroit changer «le place , Dans un fauxbourg, là -bas , là- bas , «Vers ces moulins , ne le voyez vous pas ?

l'Envoyé de l'Année Littéraire.

Apollon à Ncuilly me sourit en cachette , Et fimeur à Paris , là je me sens Poète.

Loin des petits auteurs et des grandes coquettes ; Je compose en ptein air , sans livre et sans tablettes, Zoïle n'est pas là , quand mon vers cherche à fuir, Et ma maîtresse est là , s'il m'échappe un soupir.

« Ce n'est pas quand le vers cherche à » fuir du cerveau du poëte , c'est quand Sa il est fixé sur le papier , que le censeur » l'examine. »

l'Auteur.

Non , Messieurs , non , vous n'attendez pas que les vers soient fixés sur le papier , pour en dire du mal. C'est un parti pris d'avance.

Tel on voit aux rayons du Soleil une

foule de sérpens lever la tête , tel , dès* la réputation naissante d'un Auteur , ou voit se dresser autour de lui l'essaim des Satyriques. On critique déjà les vers qu'il fait encore ; et il peut dire avec Boileau :

Je songe à chaque trait que ma plume hasaide, Que d'un œil dangereux leur troupe me regarde*

l'Envoyé de l'Année Littéraire.

ce Au reste , il faut réciter à sa maî- » tresse , quand on se promené avec elle , » des vers tout faits , et ne pas en faire* » Pour un soupir , qui peut échapper au t> Poète dans la composition , il y a bien » des heures d'ennui à essuyer pour sa «» compagne. »

l'Auteur.

Dire que ma maîtresse est là , n'est pas dire qu'elle est à mes côtes ...quand je com-» pose. Si vous commissiez l'amour «comme la haine , je vous demanderois , s'il ne vous

C ij

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%st jamais arrivé de travailler dans uty bois et dans une plaine , candis que votre compagne, un livre, ou de l'ouvrage en main y attendoit votre retour. Oh ! vraiment > j'oubliois 9 en yous faisant cette question, que nous allons nous promener tout différemment ; nous autres , de notre plein gré , et vous , parce qu'on vous y envoie; nous , avec des bergères , et vous autres , tout feuls.

l'Envoya de l'Année Littéraire.

«c De Neuilly vous nous menez sur le » champ de bataille , et dans' une ville prise d'assaut. Vous voulez nous faire entendre

Les rebonds 4c$ boulets , le sifflement des balles , Les bombes , les canons , les tambours , les tynv*

balles , Et le hennissement des chevaux hàlètans , Et l'écroulement sourd des crénaux chancelans , Des femmes , des enfans les clameurs inutiles , Et des vieillards cachés les prières inutiles > Et des glaives croisés le fréquent cliquetis ; Et des soldats meurtris les lamentables cris , . .

r toi i

Et le fatal ciaiion dé Talticie Bettonê ; Et dans la ville en feu la cloche monotone t Dont le funèbre airain par son timbre argentin. Tinte des assiégés le trépas trop certain*

î « Je vois là beaucoup d'hémistiches » ronflans , d'expressions bruyantes et » pompeuses , et fort peu d'harmonie* Je » ne sens point le mérite de cette cotis> sonnance meurtris et cris r qui , dans le » même vers , me pa-roît un défaut plutôt » qu'une beauté. J'en dis autant d'airain » et à* argentin* 11 me semble aussi que ces y> unrtia sont une affectation puérile pour » peindre un objet aussi terrible,. et que » tinter est là ua terme foible > et même j? trivial* »

l'Auteur.

Je Vous sais mauvais gré de n'avoir point cité les vers où je dis du poëte :

Atteignant le sublime au haut d'une montagne , XI entasse à son gré des yen audacieux , $t debout sut le globe il les déclame aux Dieux*. ,

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Je vous demanderai maintenants!, quand il s'agit de peindre le bruit de la guerre , l'harmonie musicale , et l'harmonie poétique ne résultent pas dés sons br ayons & pompeux. Vous dites que. vous voye\ dans tout cela forrpeu d'harmonie. Qu'importe, pourvu que les autres puissent en entendre?

Vous ne sentez point le mérite de cette consonnance , meurtris et cris dans le même vers. Je ne vous citerai point «e vers de Terehce :

Tœdet me haium formarum.... quetidianarum;

où les arum expriment la tristesse. Je vous citerai toujours Boilcau 7 dont vous n'approuverez probablement pas davantage ce vers fait à dessein.

L'ameutant tiïsttment uae chanson bachique . *

• Quand au tin tin , je vous renvoie à la note qui est à la fin de mon Poème. Le Journal de Paris trouve , comme vous , cette affectation ridicule; mais il ne trouve

pas J comme vous, à redire dans tous' les vers qui précédent. Au reste , je conviendrai avec lui et avec vous , que cette multiplicité de con sonna ne es pareilles est un défaut dans mes deux vers , quand vous m'aurez prouvé qu'elle n'est pas un défaut dans cent vers de Virgile et d'Homère.

Boileau n'a pas oublié les rimes Unes 9 en 'parlant de cloches. Tinter , est , selon vous une expression triviale ; si elle est triviale , je l'ai annobli du droit dont Racine a annobli le mot de pavé, ,

Baiser avec respect le pavé de tes Temples»

. .Du droit dont Montagne a dit que la peur nous donnoic tantôt des ailes 9 et tantôt nous clouoit les pieds. *

L'ENVOYÉ DE L'ANNtI LïTTïlUïîtï.

« Je né veux point aller avec vous au » milieu des tombeaux , pour y entendre » le'fquélette d'un riche tout rongé parles » vers qu'a prévenus l'orgueil, qui Vous

C io 4 ]

» demande une larme ? et pour vous voir en* » vironné de ces cadavres hideux , qui tous » demandent de pensera eux? L'horreur de - » ce spectacle n'est adoucie par aucun vers » harmonieux et pittoresque* »

Etes - vous donc bien persuadé qu'on vous en croira sur votre parole? je demanderai à tout le monde s'il n'y a point d'harrnonie dans ces vers :

* Et la Lune au travers des rougeatres vitraux , Sur le bronze poli des sépulchrales urnes , Rérléchissoit en paix ses rayons taciturnes*

Je demanderai s'il n'y a rien de pittoresque dans ces deux vers*

Je nesaurois, hélas ! voir plus long- tems souffrir Ces spectres affamés d'un peu de souvenir. '

Je demanderai s'il n'y a point de sentiment dans ces deux vers : .

Etranger , un instant , pense à moi par pitié , Parens , amis , enfant , ils m'ont tous oublie !

t tojr 1

tel est Cependant le ton qui règne da.ni le morceau que vous renoncez à parcourir.

Vous ne parlerez pas non plus de ma tirade sur les sépultures de campagne.

AlR? Faut attendre avec patience*

. Entre nous il se pourrait faire Que vous craignissiez les esprits , Pour traverser mon cimetière , Far la main je vous aurois ptis % Ayez du moins la contenance De Fteron et de ses recors , Ils avoient malgré leur jactance Plus peur des vivans que des morts.

c Ils disoient , avec Boileau , je crains peu les braves du. Parnasse ; mais Saint-Foix leur ferma la bouche plus d'une fois , car Saint - Foix n'aimoit pas les personnalités.

Fin du second Dialogue*

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