DES JOURNALISTES
AIR: De la fête des bonnes gens, ( du Seigneur
bienfaisant,)
LE Courier Lyrique*
Confrères Journalistes ,
Plus de partialité»
Sur ces fronts un peu tristes
Faites briller la galté.
Un bon mot , un couplet drôle , Rendent mes lecteurs conten*.
- Jouez donc aussi le rôle >
Le tôle de bonnes gens*
Chœur des Journalistes,
Jouons donc aussi le rôle , Le rôle de bonnes gens.
( L'Envoyé des petites affiches a une peine de diable à prononcer le refrein . du premier couplet , mais il s'y fait ensuite, )
Le Courier LVXiQbi.
Il sort de maint pupitre Da vers dont l'bt ft k cst pas btau...
On n'en fait plus au. titre De Racine et de Boileau ; Mais morbleu ! dé Son Contrôle
Phcebus nous fît-il garans ?
Jouons tous , jouons le rôle Le rôle tle bonnes gens.
Chœur des Journalistes»
Jouons tous y &c.
le Courier Lvrique.
Avoues* le sans Feinte * Combien d'Ecrivains nàissins,"
Se taisent par là crainte De vous voir montrer les denti > Comme ils briseront la geôle
Qui captive leurs talens 9 Lorsque vous jouerez le rôle ,
Le rôie de bonnes gens.
Chœur deJ o u r haustes*
Lorsque nous , dcc. "
Le COU&I|^^YI^iqui«
Déclarez- vous apptces Des bons livres , s'il en sort ;
Et laissez tous les autres Mourir de leur belle mort.
Le grand art, sur ma parole, Est de nous montrer piquans ,
Sans nous départir du rôle ,
Du rôle de bonnes gens.
Choeur deJournalistes.
• Sans nous , &c.
VEnvoyè des petites affiches ne peut s'empêcher de remarquer que parole et rôle ne riment pas par» faitiment. ) ,
Le Courier Lyrique.
Vous lattes toujours grâce, Aux Auteurs qui sont puissans *
Cens de nom > gens en place ,
Amis , voisins ou parens 1 Mais ! c'est par- dessus l'épaule Que l'on suit ces jugemens....
Jouez de franc jeu le raie ,
Le xôle de bonnes gens.
Mij
Mo]
Choeur di Journalistes; Jouons, &c.
LeCOURISRLyRIQUI*
Le François énergique , Peut tout , dès que l'Auteur plaît :
Jusqu'au Poemc-Epique , Il s'élève du couplet $ Mais chassons a coups de gaule
La critique et les médians.
Ne jouons tous qu'un seul rôle , Le rôle de bonnes gens.
Chœur di Journalistes.
Ne jouons , &c.
L'Envoyé de l'Année Littéraire , qui avoit écouté aux portes pendant cette Ronde , rentra d'un air furieux , tirant de droite et de gauche celui-ci et celui-là pour avoir les moins indulgens dans son parti, mais on fut indigné de son acharnement 5 on .le hua , et on le fit sortir de nouveau.
Je ne sais comment M. de Fiis s'y prit ;
mais il trouva moyen de lui attacher derrière le dos Tépigramme suivante, pour l'instruction de tous les Littérateurs; elle est d'un vieux style., mais le sens en est vrai*
Avez grand tort , Prosateurs et Poètes , De vous douloir qu'on vous déchire tant ; Car si restiez au fond de vos retraites Clos et muets , douze mois seulement , Bientôt , corbleu ! verriez Critiques blêmes, Pantois et secs , à défaut d'aliment , Mordre et manger leurs poings premièrement * Et , par après , se dévorer eux-mêmes.
Tous les Journalistes coururent après l'Envoyé de l'Année Littéraire pour en prendre lecture ; si bien que M. de Piis demeura seul. Vous jugez bien qu'il ne tarda pas à se coucher, mais vous jugerez de même qu'il ne tarda pas à dormir > quand vous saurez que l'Année Littéraire avoit laissé son extrait sur son lit.
M. de Piis ne fit que rêver Journaux et Journalistes. Cela dévoie être. Il rêva
qu'il y avoit dans l'empire des Lettres un homme assez courageux pour solliciter la rédaction et la propriété d'un Journal apologétique. Il rêva que ce Littérateur Tayant obtenu , y recevoit toute? les ré?
clamations des Auteurs d'un mérite connu , contre la critique et contre l'envie. Il rêva que les autres Journalistes, pour faire tomber ce nouveau Journal , étoient bien vîte rentrés dans les bornes de la décence et de l'impartialité , en conjurant les Auteurs outragés de se défendre dans la même arène où ils avoient reçu l'offense. Ils ne s'écrioient plus : Que deviendront nos feuilles , si nous ne sommes pas snéchans ? Et Je public attendoit , pour les en croire sur tel ou tel Livre , que l'Auteur se fut disculpé dans le Journal apologétique. Ce nouvel Ouvrage périodique circuloit dans les cabinets des Littérateurs , et ceux-ci se disoient à eux-mêmes :
« Je peux donc consacrer enfin une par-.
» tie de ma fortune à faire imprimer mes
E'*4] j> Ouvrages , sans craindre que des Àris* s» t arques mal -intentionnés y portent dé- 30 sormais atteinte , en se liguant pour » me décrier , sans me laisser ensuite la o voie de l'appel. »
Fia du quatrième et dernier Dialogue*