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trouva moyen de remédier à ce mal, et voici
ce qu’elle fit. | Le meunier fut chargé de faire confectionner dans un yillage voisin ua grand tableau en bois de chène qu’elle fit noircir. Lorsque le tableau fut achevé, elle le fit suspendre à son cerisier, dans son petit jardin, et appela les enfans de l’âge de six ans et au-dessus. Elle leur annouça qu’elle voulait leur apppendre à lire, et leur exposa tous les avantages qui devaient en résulter pour eux dans la suite. Mais elle rencontra un puissant obstacle-dans l’exécution de sou louable projet. Les parens avaient besoin de leurs enfaus pour les aider dans leurs travaux ; ce qui empêcha ces derniers
après avoir vaqué à leurs devoirs religieux., Le roi Jean possédait huit à dix volumes, et Charles V se croyait fort riche avec neuf cent dix volumes ; ce qui était en effet un trésor, vu la difficulté d’avoir des livres. Après la mort de ce prince, sa bibliothèque fut dispersée et transportée en partie dans la Grande-Bretagne. Lorsque l'imprimerie fut inventée sous Louis XI, la bibliothèque du roi s'enrichit peu à peu; elle posséda tous les ouvrages imprimés en France; car le dépôt d'un exemplaire devint uae condition du privilége de leur impression. Sous Louis XIV, en 1684, on y comptait 49 mille volumes imprimés, et 10,500 manucrits De nos jours, cette bibliothèque renferme plus de 72,000 manuscrits, et peut être regardée comme le plus vaste dépôt des travaux littéraires et scientifiques des hommes de toutes les parties de la terre.
niers de se réndre aussi seuvent auprès deleur 4 à noble bienfaitrice qu’ils auraiént voulu, 11 % bé fallut donc 8e borner à ne le rassembler que Jo déux fois la semaine, le dinianche et le jeudi, \ in äinsi que les jours de fête. Alors, assis sur le ù fi gazoh vert, les enfans, le regard fixé sur le t& \ ge bléau, suivaient des yeux la dame qui y tragtit 4! Jo én gros cüractères les lettres de l'alphabet: La OO pl silencé le plus profond régnait dans ces réuni- #4 ons, La dame expliquait le son et la valeur ! +r de chaque lettre, et faisait répéter tout cela à tour à tour par chaque enfant ; de cette ma- , in nièré elle parvint, avec des peines incroyables, À} e à imprimer à ces jeunes mémoires les cornmen: . Cemens de l’art de la lectüré. N to Cépendant elle n’avançait pas assez vite se m lon ses désirs ; car plus d’une fois il fallut re- . « venir sur ce qui avait été dit däns les classés ni précédentes : rien ne la rebuta néarimoins ; d elle continua avec une rare persévérance son c œuvre méritoire, sûre de triompher un jour. *\ + Les pères de famille voyaient avec un sensible % plaisir les bontés de la dame pour léurs en ! j
fans, et étaient même, en quelque sorte, ja- f loux de ce que ceux-ci devaient être plus sa- f vans qu'eux-mêmes. Plüsiéurs semaines se L à passèrent, et la charitable maîtresse d'école se s rendit de plus en plus utile dans cette vallée, car elle ne borna pas ses soins à montrer à lire
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à ces enfans intéréssans, elle leür düüva on péu d’éduéation, forma leurs mœurs, développa leur jugemetit, féctifia leurs idées, leur inspira l’amour de Dieu ét de léuré parens, leur fit réciter des prières touchantés, et les changéa finsensiblement. De temps en temps, lorsqu’elle avait lieu d’être contente dè leur application, elle leur racontait quelques traits dé l'Histoire sainte. Avec quel intérêt ces päuvres petits écoutèrént l’histoire de ce Joseph, qui, vendu par $es frères, sut conserver sün intiocence dans un pays étranger, quoiqu’il Fût entoüré des chirmes de la séductioñ ! de ce Job sur lequel vinrent fondre coùp sur coup tous les fléaux, sans abattre son courageni diminuer sa coufiance en Dieu! de ce Tobié si célèbre par sa charité, ét que lé seigneur favorisa d’une manière particulière ! Ces germes de vertus étaient déposés datis ces jéuhes cœurs, et destinés à produire du fruit avéc le temps. *
La dame donna des soins particuliers aux jeuncs filles, auxquelles elle apprit à coudre, à faire des robes, à raccommodér le linge, à tirer parti dé mille choses auxquelles on ne fait p4s assez âttehtion dans un ménage. Bietitôt on se resseñtit dans là vallée de Phédreusé influence de la noble étrangère ; la propreté, l’ordre, l’obéissdnce, l’assiduité au travail déposètent
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de l’empressement que les enfans mettaient à guivre ses avis; tout prit un autre aspect dans cette solitude. Pénétrés d’une vive reconnaissance, les charbouniers se réunireut un jout de dimanche pour convenir entre eux de ce qu’ils pourraient faire pour causer quelque surprise agréable à leur hienfaitrice. Plusienrs plans furent proposés; mais aucun ne fut adopté. é
Quelque temps après, une @es poules de la dame couva, Marthe fut chargée de lui donner chaque jour de la nourriture. La dame montra un jour aux enfans le nid, et la yue de la multitude d’œufs qu’il renfermait les surprit singulièrement. ‘ Quinze œufs! s’écrièrentils ; les pigeons n’en pondent que deux, d’au tres olseaux cinq; comment la pauvre poule pourra-t-elle nourrir tant de petits ? ”
Au moment où les œufs allaient éclore, la dame voulut causer un nouveau plaisir aux enfans, et les fit appeler ; mais comme ce jour-là était un jour de fête, il se présenta aussi beaucoup de grandes personnes, Elle leur montra un œuf que la poule venait d’entr’ouvrir de son bec. Quel bonheur pour ces enfans à la vue du tendre poussin s’efforeant de sortir de la coque! La dame viat à son secours : alors la surprise redoubla, parce que le petit oiseau était déjà couvert partout d’un duvet jaune,
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qu’il ouvrait de beaux yeux noirs et marchait à l’instant même, tandis qu’au contraire les autres petits oiseaux, au moment où ils éclosent, sont dépourvus de plumes, aveugles et privés de l’usage de leurs membres débiles.
C’est une chose inouie, disaient les enfans, H n’y a pas au monde de semblables oiseaux ! ”
Lorsque, quelques jours plus tard, ia belle poule noire, avec sa crête de pourpre et suivie de ses quinze poussins jaunes, quitta pour la première fois son nid et se promena sur le vert gazon, les parens et les enfans ne se possédaient plus de joie. . ‘° Il est impossible de voir quelque chose de plus merveilleux, disait un charbonnier.—Ecoutez donc, disait à son tour la charbonnière, comme la mère appelle ses petits, et comme ses petits comprennent sa voix et la suivent. Il serait à souhaiter que vous autres enfans qui m’écoutez ici, vous obéissiez toujours aussi promptement que ces animaux, qui, pourtant, n'ont point laraison que vous avez.”
Alors un petit garçon, poussé par une trop grande curiosité, s'avança pour prendre. un poussin et l'examiner de plus près : le petit animal poussa un cri ; à l'instant la mère accourut, fondit, les ailes déployées, sur l'enfant, et se plaça sur sa tête. Le petit garçon, saisi d’épouvante, réclama le secours des assistans,
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car. la poule lui aurait crevé les yeux, s’il n’eût aussitôt donné la liberté à sun poussin qu'il tenait à la main. Le père, qui était présent, gronda beaucoup son fils, et la mère ne manqua pas de direaux autres enfans : ‘* Éxaminez avec quel zèle la mère vigilante défend ses petits ; les hommes pourraient même prendre leçon auprès d’elle.??
La poule avait-elle trouvé un bon morceau, elle poussait tout de suite un cri, et les petits accouraient; alors elle le laissait tomber de son bec, et le leur donnait à manger. Chacun était étonné que ces petits, qui avaient à peine cinq ou six jours, fussent déjà en état, non-seulement de courir, mais de manger eux-mêmes.
Le soleil venait-il à être couvert de nuages, aussitôt les petits se réfugiaient sous leur mère, qui les recevait et s’efforçait de les réchauffer.” C’est encore ce qu’il y a de plus admirable, disaient ces bonnes gens : car rien n’est plus curieux que d’apercevoir ça et là une petite tête percer sous les ailes de la mère, puis s’élancer hors de son asile, et se replacer dens un autre endroit.” Le meunier, dont l'habillement blanchi par la farine coutrastait d’une manière singulière avec les saies noircies par la fumée des bons charbonniers, reprit la parole :
‘* Quelle chose étonnante que ces oiseaux étrangers! Nous apercevons, il est vrai, Dieu dans
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dans toute la nature ; mais c’est à l’aspect de choses extraordinaires que sa toute-puissance; sa sagesse et sa bonté frappent particulièrement nos regards. Songez combien il est important que ces petit puissent à l'instant de ‘eur naissance courir et manger ; car si la mère était obligée, comme font les hirondelles, de donner la becquée à ses petits, elle ne pourrait y suffire. Combien il a été sagement établi par la nature que ces animaux suivent leur mère et obéissent à sa voix ; car s'ils se mettaient aussitôt à courir en tous sens, comme cela leur serait facile, la mère ne pourrait plus les rassembler, et ils se perdraient. Ce qui me surprend surtout, c’est de savoir où la poule prend le courage pour défendre ses perits a ec tant de chaleur. (Combien de fois j'ai pris de Phumeur en passant auprès des poules et en les voyant s'enfuir, quoiqu’elles dussent s’apercevoir depuis long-temps que je ne leur ai jamais fait de mal ; et maintenant cet animal timide est tout-à-fait changé : il se défend contre l’homme. Souvent je me suis amusé à les regarder se disputer pour un morceau, et com« comment celle qui a trouvé quelque chose de plus que les autres se sauve à toutes jambes, poursuivie par les autres qui cherchent à le lui enlever ; mais une fois devenues mères elles oublient leur ancienne gourmandise ; elles appellent
pellent leurs petits, et ne touchent à rien que ceux-ci ne sgient tous rassasiés, C’est Dieu qui a inspiré à la poule cette sollicitude qu'elle met à conduire ses tendres petits, à leur procurer de la nourriture, à les défendre contre toute espèce d’agression, et à les réchauffer sous ses ailes. Telle est la bonté de Dieu pour ces petits animaux : et comment désespérerions-nous ? n’est-il pas éncore plus occupé de nous? Ainsi donc courage, mes chers amis; toutes les œuvyres de Dieu sont narquées au coin de la sagesse: il étensl ses soins paternels sur toutes ses créatures, mais particulièrement sur l’homme, qui, à ses yeux, l’emporte infiniment sur toutes les poules et sur tous les oiseaux de lunivers ; car l’homme est le chef.-d’œuvre de la création; tout lui obéit dans l'univers, tout a été créé pour son usage, tous les animaux sont à sa disposition, et pour tout cela le Seigneur ne lui demande que son
amour et son abéissance à ses saintes lois : en-
core veut-il le récompenser de sa fidélité à marcher dans le chemin de la vertu. Quelle tendresse ! queile générosité ! ”
Ces réflexions du meunier firent une profonde impression sur ces braves gens, et en s’en retournant, chacun bénissait Dieu dans son cœur, et se promettait de se montrer de plus. en plus digne des bienfaits du Seignenr.
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Une des vertus que les charbonniers admiraient particulièrement dans la dame, ce fut son application coristante au travail. Jamais elle ne restait oisive, mais elle s’occupait toujours à quelqne chose- Lorsqu’on lui en fit observation, elle répondit avec beaucoup de justesse : Nous sommes tons nés par le travail, et nous avoos tous quelque tâche à remplir ici-bas. Malheur à celui qui dissipe son temps, et qui le perd dans une honteuse oisiveté! Ne connaissez-vous pas la beile parabole de l'Evangile, où il est dit que le serviteur qui a enfoui le talent que son maître lui avait config fut maudit et condamné aux tourmens ?
Pourquoi donc s’étonner si nous faisons notre devoir ? cela ne doit pas être autrement. L'oisiveté est la mère du vice, et la cause d’une
. infinité de désordres que l’on peut prévenir eu
s’occupant.? |
Ces paroles, soutenues par l'exemple, firent une profonde impression sur les babitans de la vallée, qui propesèrent plus d’une fais la dame pour modèle à ceux qui auraient été tentés de perdre leur, temps.
trangère entra dans la chanmière des charbonniers, s’informa de leur situation, de leur santé, de leurs besoins, les encouragea, leur donna de bons ayis, et les soutint dans leurs peines.
Un jour qu’elle était as sse à l’ombre de son cerisier,
Quelquefois la noble é- !!
cerisier, elle vit plusieurs pères de famillé s’avanter lentement, et porter quelque chose sur un brancard. Curieuse de voir ce que cela pouvait être, elle se leva, et fixa les yeux sur l’objet qu’on transportait ainsi du côté de sa maisonnette, Au même instant le meunier, qui était dans le secret, sortit de chez lui, et franchit rapidement le petit ruisseau. ‘ Madame, lui dit-il, je vous anvonce que les braves charbonuiers, voulant vous témoigner leur reconnaissance de ce que vousapprenez à lire à Jeursenfans,ont confectionné dans leurs momens de loisir un berceau avec des planches et lattes, et qu'ils se proposent de le placer ici dans un coin ; cette vigne sauvage et ce lierre qui errent ici le long de ce sapin vont être détachés et
appliqués sur ce berceau, et de cette manière
vous aurez tout de suite de l’ombrage.??
Pendant que le meunier exposait ainsi à la äame la cause de l’arrivée des charbonniers, ceux-ci étaient montés au jardin : ils déposèrent le berceau à l'emplacement qui lui était destiné. Cenme ils avaient en secret pris la mesure du local, ce berceau se trouva très-bien adapté dans ua coin du petit jardin, de sorte que la dame et ses enfans pouvaient s’asseoir sous ce charmant objet, et respirer toute le Journée l’air frais, avantage que ne leur offrait pas le cerisier.
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À l'instant, le meunier et les charbonniers le consoliderent, et le couvrirent de lierre et des branches nombreuses de la vigne: ce fut l'affaire d’une heure, et tout étant terminé, on eût dit que ce berceau avait toujours été là tant il convenait bien. La noble étrangère témoigna toute sa reconnaissance aux braves pères de famille qui lui avaient causé cette agréable surprise ; mais elle devait avoir plus de: plaisir encore.
Comme i} n'était pas possible d’avoir tous les jours de la viande fraîche dans cette vallée, Îles charbonniers trouvèrent un moyen de lui en procurer au moins plusieurs fois par semaine. Ils entourèrent d’une petite cloison en plaa-
ches un emplacement qui n’avait servi jusqu'à ce moment que pour y déposer les épluchures de légumes et autres objets qu’on jette dans un ménage sans y faire attention, Cette cloison fut. couverte, et on y logea des lapins, qui venant beaucoup à se multiplier, fournirent un aliment sain et assez copieux à la famille étrangère. Marthe, la jeune servante, fut chargee du soin de nourrir ces lapias, et d’amasser les herbes nécessaires pour leur entretien pendant Phiver. Quelquefois la dame, pour procurer un peu de récréation à ses enfans,. donnait à manger; dans la petite cour derrière la maison,
aux lapins et aux poules réunis ensemble, | C'était
C’était une chose bien agréable de voir ces animaux, confondus pêle-mêle, se disputer le morceau qu’on leur jetait; mais les poules étaient toujours les plas gourmandes, et se battaient entre elles, de sorte que les lapins ti. mides n’osaient souvent s’avancer. , Les :enfaus se privèrent souvent de plusieurs choses pour avoir le plaisir de régaler les lapins qu’ ‘ils préféraient aux poules voraces, |
Outre l’avantage de procurer à cette inté.
ressante famille uue nourriture continuelle, les lapins offraient encore celui de fournir des peaux qui pouvaient être bien utile à la famille, Ainsi cette dame savait tirer parti de tout, et elle améliora un peu son sort dans cette solitude. Ainsi devrait faire partout l’homme intelligent. La bonté de Dieu l’a abondamment pourvu de tout ce qui peut contribuer; à son bien-être ; il ne s’agit que de consulter la :nature,.et de montrer de la bonne volonté.
Quelques jours après un charbonnier vint tout haletant trouver la dame, et lui demanda la permission de lui amener: un petit animal qu’ilavait pris à la chasse: la dame y con.
sentit. Cet homme fut bientôt deretour, portant dans ses bras un jeune chevreuil qu’il offrit aux enfans.
Je laisse à juger au Mer du plaisir que ressentirent ces bons enfans à la vue du jali animal],
animal, qui dans satimidité, n’osait ni s’avancer ni reculer. La petite demoiselle en pleura da joie, et, courant dans sa chambre, elle y chercha-un rüban rouge qu’elle mit autour du cou de la pauvre bête pour emmener avec elle. Elle voulait le fäire coucher et manger avec elle, tant elle en était éprise ; mais la mère s’y opposa, lui faisant observer avec raison que la santé et la propreté exigeaient que l’animal couchât ailleurs.
Le petit garçon ne fut pas moins favorisé ; car un autre charbonnier lui apporta une cage dans laquelle se trouvait une pie. ‘lout le monde sait combien ces oiseaux deviennent:
familiers ; comment ils aiment à cacher tout ce qu’ils peuvent trouver, et avec quelle. volubilité ils répètent ce qu'ils entendent. Instruite par ces deux aimables enfans, cette pie se mit bientôt à parler, apprit plusieurs noms, une foule de mots, et causa en peu de temps beaucoup d'agrément àla dame et à toute sa famille. Le vieux Cunon lui coupa les ailes, et on la laissa ainsi courir dans le jardin ; quelquefois elle se mêla aux lapins et aux poules et augmenta le plaisir en se disputant avec elles.