CHAPITRE fix
Voilà donc des œufs en ‘aboïidañce, ——“h—" ss -
Les bontés toujours crôissantes des habitans de la vallée envers la dame étrangère inspiraient dépuis long-temps à célle-ci le désir de procus rer quelque jouisssance, et d'ajouter de nou. veaux bienfaits à ceux qu'elle leur avait déjà prodigués, Elle avait eu soin dé ménager ses œufs, et d’en faire une bonne provision : comme elle avait én outre quelques poules de plas qu’il ne lui en fallait, elle envoya la jeune Mrrthe chez toutes les femmee de la vallée pour lesine viter à venir la trouver le lendemain, qui était un dimanche. Elles s’y rendirent toutes en grande toilette, à l'heure de midi. Le vieux domestique avait placé une table et des bancs dans le petit jardin sous le berceau :elles s’as-
sirent la, en attendant la dame.’ Marthe ap-
porta un grand panier plein d’œufs, dont la multitude et la blancheur éclatante comme la neige étonnèrent les charbonnières. ‘ Voilà
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donc des œufs eu abondance, leur dit la dame, après les avoir saluées avec bonté ; si l’aspect de ces œufs vous cause,une surprise agréable si leur blancheur vous étonne, il faut que je vous montre aussi quels avantages on peut en retirer dans un ménage.”
Marthe avait allumé du feu dans un coin du jardin sous un rocher saillant ; elle y plaça une grande casserole pleine d’eau qu'elle fit bouillir. La dame cassa un œuf pour montrer comment il était fait en dedans avant de le jeter dans l’eau bouillante. Ces bonnes femmes exauwninèrent avec attention cette liqueur transparente comme le cistal, daus laquelle nageait le jaune, semblable à une petite boule d’or enchâssée dans de l'argent. Ensuite Ja dame mit dans l’eau autant d’œufs qu’il y avait da personnes présentes : sur la table était du pain
blanc, coupé en petites tranches et du sel.
Lorsque les œufs furent assez bouillis, la dame apprit à ses convives à les ouvrir ; toutes admi. rèrent comme la substance transparente de l’œuf était devenue blanche comme du lait, tandis que le jaune était devenu plus compacte. Il n’y avait qu’une voix sur cette nourriture icieuse, dans laquelle les femmes trempèrént leurs mouillettes, à l’exemple de la dame. ‘ Ces œufs, disaient-elles, présentent à la fois le couvert et le mêts, Quel beau mé- | | __ Jange
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labge de blanc et de jaune!—T'out y est si pur, si agréable à l’œil, qu’on le mange sans répugaance, disait une autre : et puis, un œuf est préparé à la hâte, sans art, sans apprêt ; même les malades ne pourraient rien trouver de plus substantiel et de moins cher,” Et toutes applaudirent.
La surprise augmenta, lorsque la dame fit fondre du beurre et y cassa des œufs. Comme le blanc entoure bien le jaune, murmuraïentelles tout bas, absolument de même que les reines-marguerites que produisent nes prairies.” La dame mit ensuite les œufs sur des épinards tout prêts à manger, et en servit aux charbonpières, qui trouvèrent parfait ce nouveau mêts, Les œufs furent ensuite accommodés de différentes manières, et 4 dame instruisit ces femmes non-seulement à les préparer afin d'y trouver une nourriture saine et variée, mais même à les employer dans la confection d’une foule de mêts.
Pour terminer ce petit repas, on servit un plat de salade. Cunon apporta dans une assiette des œufs durs qu’on avait fait cuire auparavant, afin de leur laisser le temps de se refroidir. Le bon vieux, pour s’ammser, les laissa couler sur les pierres. Les charbon.
nières, assises autour de la table, furent effrayées et jetèrent de hauts cris, parce qu’elles craignaient
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craignaient que les œufs ne fussent brisés et ne pussent plus servir : leur étonnement fut extrême lorsque la dame les dépouilla de leur coque, et qu’elles aperçurent qu’ils étaient durs au point d’être coupés en petites tranches.
C'était un prodige à leurs yeux. Ensuite la dame leur dit comment on faisait des œufs durs, et elle mit les tranches sur la salade: nouvelle joie à manger cette salade ainsi préparée.
Pour couronner cette petite fête, la dame fit présent à ces estimables mères de famille de plusieurs coqs et poules dont elle pouvait alors se passer. Cette générosité les toucha vivement ; mais leur bonheur fut au comble lorsqu’elles apprirent qu’une seule poule pouvait pondre plus de cent œufs par an. ‘* Comment plus cent œufs par an? s’écrièrentelles avec enthousiasme. Quelle immense ressource pour un ménage |” Avec ces poules les femmes répandirent la joie dans toute la vallée ; toutes les cabanes retentigent des éloges de la dame ; tout le monde remercia le Seigneur d’un don si grand et si utile.
Les poules continuèrent à occuper ces braves gens, quine se lassaient point de parler des avantages que ces bons animaux leur procuraient : on découvrait chaque jour quelque nouvelle qualité en elle. |
Les pères de famille furent surtout dans ’admiration
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admiration ‘du chant matinal du coq.:‘:ll -annouce,.disaient-ils, :l’approche :du jour, :et invite les:hommes à se -mettre:au travail, On ‘vittout autrement dans:la vallée depuis que Jles-coqs chantent matin, :et on se met avec -plaisir à l’ouvrage.—Sans doute, répondit le meunier ; mais:le. premier chant du coq vers -miauitannonce aussi aux réunions de jeu ou:de divertissement qu'il estitemps.dese sépareret de-prendre du repos. ” ‘Ici plusieurs charbon miers baissèrent les yeux, et:s’appliquèrent l'observation .du meunier.
‘Les mères de famille ‘furent tres-contentes d’entendres les cris-de:la poule après; chaque -œuf qu'elle avait pondu; cette annonce excita -toujours la joie. “‘-Deeette manière, disaient elles, :on :est tout de suite prévenu, et on peut ainsi s'emparer du petit don que ces utiles animaux ‘aous font. ” Ces braves gens répétaient souvent : Ces oiseaux ont été destinés -par le créateur à vivre dans la société del'homme, Ïlg reconnaissent très-hien la demeure de leur maitre, restent constamment autour d’elle, ne s’en éloignent jamais beaucoup, et aceourent:avec célérité des qu’on les appelle ; leisoir ls reviennent exactement, ‘et atteudent à :Ja porte ou aux ‘enêtres.de la maison le moment où on les fait rentrer. Nou-seulement ils offrent de grands avantages aux ménages, «mais ils
ils ne coûtent presque rien à entretenir. Ils se contentent de son, de pelures de légumes et de mille autres choses qui se perdraïent ainsi daus les maisons, Its parcourent les bâtimens du matin au soir, retournent tout-avec leur bec et leurs petites pattes, et cherchent ainsi à se procurer eux-mêmes leur nourriture, Il ra-
massent des milliers de grains qui, au temps de
Ja moisson et à l’époque où l’on bat les blés dans les granges, seraient perdus pour l’homme : les poules, en les recueillant, nous donnent des œufs en échange, La plus pauvre veuve qui ne serait pas à même d'entretenir un animal domeëtique, peut avoir use poule, et Fœuf qu’elle réçoit chaque jour est pour elle une. au mûre journalière.”
Les deux enfans de la dame apprirent de même de quel prix sont les œufs pour l’homme, ce qu'ils n’aaraiént peut-être pas si bien senti s’ils avaient continué à vivre dans l’opulence. Qu'ilsétaient contens, lorsque de -temps en tempsileur mère leur donnait au déjeûner un œuf battu dans du lait ! Combien de fois ils savouraient des mêts qu'auparavant ils préten-
daïent être fades, parce que l'œuf y manquait !
Qu'ils étaient reconnaissans envers Dieu de tout cela !
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|{l d'elle, le Seigneur vint les visiter tous par une Hé
ll cruelle épreuve, C'était au temps de la mois- Ë rs
| \ son, lorsqu'un orage épouyantable éclata sur la D né
| 11 vallée. Comme il ne soufflait aucun vent, le É. Dans | nuage électrique plana longtemps sur la con-
trée : le tonnerre mugit avec un horrible fracas, et, répété par l’écho des montagnes, il sem- À Lhive blait se reproduire à chaque instant : de larges : D! éclairs sillonnaient les airs, et le vaste horizon ressemblait à une mer de feu. L’eau tombait par torrent, et le petit ruisseau du meunier était devenu un largè fleuve. Tout le bas de Ù ul é Ja vallée était inondé, et on craignit un instant que le cours de l’eau n’entraînât quelques-unes des chaumières qui étaient les plus exposées. Les blés, les seigles et les avoines, qui étaient coupés, furent entièrement ravagés par la vio- Jlence de l’eau, Dans plusieurs endroits, des
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