‹ Les œuvres, augmentées d'un grand nombre de ses compositions nouvelles par ci-devant non imprimées (volume 2)Chapitre 21 sur 68 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Marot à Paris. — Sa maîtresse le reçoit mal. — De l'élégie à la satire. — Le rondeau de l'inconstance d'Ysaheau. — Vengeance de femme : Marot accusé d'avoir mangé de la chair en Carême. — La procédure en matière d'hérésie, crime ecclésiastique, cas royal. — Marot est mené au Châtelet. — L'épître à Bouchart et celle à Lyon Jamet. — Une geôle d'autrefois. — Intervention de l'évêque de Chartres. — « L'Aigle », prison ou hôtellerie? — L'identité d'Ysabeau-Luna : les critiques en désaccord. — Le Roman de la Rose. — François I" rentre dans son royaume; Marot est mis en liberté.

A ROT ne laissait pas certainement de prendre sa part des sentiments d'affliction qu'avaient répandus dans tout le royaume le désastre de Pavie et la prise du roi. Mais il était peut-être plus disposé qu'un autre à s'en consoler en pensant qu'il allait retrouver à Paris la femme aimée. C'était une compensation particulière dans la tristesse générale. Il ne cherche point à dissimuler ces sentiments dans l'élégie qu'il adresse à l'objet de ses feux et où il lui fait part de la blessure qu'il a reçue, où il lui parle du roi captif et de tous ces braves gens qui ont trouvé la mort sur le champ de bataille :

Mais que ne vaut d'inventer et de querre En cas d'amour tant de propos de guerre, l'en laifleray du tout faire à l'Efpaigne, De qui la main en noflre fang fe baigne...

Vie de Clément Marot. gB

Puis, revirement soudain, le poète se reprend tout à coup et continue :

Les dire, hélas! il vaut trop mieux les taire,

Il vaut trop mieux en un lieu folitaire,

En champs ou bois pleins d'arbres ou de fleurs,

Aller dicter les plaifirs ou les pleurs

Que l'on reçoit de sa dame chérie.

(Élégie I.)

Voilà donc cette liaison, qui n'avait été qu'ébauchée avant le départ du poète, qui ne lui avait donné que des espérances, reprise par lui sur nouveaux frais. Marot revient avec une ardeur nouvelle, surexcitée par une longue séparation. Il va être enfin payé de retour.

Hélas! il a compté sans l'humeur variable de la femme.

D'abord, on lui fait un accueil des plus froids, tellement froid que le poète ne peut s'empêcher de s'écrier sur un ton de reproche :

Mais ie cognois que ton amour de glace Près de mon feu du tout fe fond et pafife.

(Élégie II.)

Et, tout aussitôt, on trouve un prétexte de départ afin de s'éloigner de lui.

Cependant Marot garde encore des illusions. Et ces illusions vont servir de texte à une histoire d'amour qui se prolongera pendant vingt élégies (i).

D'abord le poète ne veut pas croire à son malheur, et il se trompe assez lui-même sur les sentiments qu'il

(i) Nous avons cité et citerons l'Élégie /, dans laquelle le poète

plusieurs passages de ces Elégies parle de sa blessure à Pavie, fut

en attribuant à celles-ci les nu- écrite postérieurement à VÉlé-

méros qu'elles portent commu- gie III, celle qui commence par

nément dans les éditions an- le vers :

ciennes des œuvres de Marot.

... . , , Puifque le iour de mon départ arnve... Mais nous n attachons a ces numéros, — qui d'ailleurs varient dans laquelle Marot fait ses dans plusieurs éditions, — au- adieux à sa maîtresse au mocune valeur chronologique. Il ment de partir pour la camest certain, par exemple, que pagne d'Italie.

inspire pour presser sa dame de lui accorder enfin le prix de son amour. Il lui raconte ses songes, où l'Amour lui apparaît et lui fait de belles promesses qui le consolent pour un temps (i). Puis le soupçon commence à lui mordre le cœur; alors il prodigue les serments de fidélité pour provoquer ceux de sa maîtresse. Il se mêle à cette histoire l'intervention d'un vieillard que nous ne nous chargeons point d'expliquer (2). Est-ce un mari, est-ce un rival? Nous ne saurions nous prononcer sur son rôle. Une autre fois il propose à sa belle un rendez-vous à la messe de minuit :

Pour à plaifir enfemble deuifer,

On ne fcauroit meilleur temps aduifer

Que de Noël la minuit & la veille.

L'obscurité d'une église est favorable aux amoureux; le chant des prêtres couvre leurs paroles et leur permet d'échanger de tendres aveux ; des mots on passe aux actes :

Puis les fervants par coups leurs dames baifent Et en baifant à elles ils fe deulent Pour avoir mieux...

(Élégie XI.)

Sur cette pente, l'imagination de l'amant ne s'arrête plus... Mais plus le songe a été charmant, plus le réveil sera cruel. Le poète, assuré bientôt qu'il ne pourra rien obtenir de sa maîtresse, l'accable de ses malédictions. Ce sont pleurs et grincements de dents. Il la traite de « defloyalle femelle », et il va jusqu'à s'écrier :

Fuyez du tout, fuyez la garfe fine

Qui foubz beaux ditz vn vray amant affine.

(Élégie XIV.)

Le dénouement de ce petit drame amoureux allait bientôt se produire, et ce dénouement devait être une catastrophe pour Marot. En effet, quand il vit que celle qu'il aimait se riait de lui et dédaignait son amour, il n'eut plus qu'une

(i) Élégie VI. (2) Élégie XII.

Vie de Clément Marot. 95

pensée : tirer vengeance de l'insulte. Il composa une chanson sur l'infidélité de sa belle :

Ma dame ne m'a poinél vendu,

Elle m'a feulement changé,

Dont ie me tiens pour bien vengé,

Car vn loyal a eftrangé

Pour vn aultre qui la diffame.

N'eft elle pas légère femme?

(Chanson XV.)

Mais dans cette pièce, il ne donnait point assez libre cours à ses ressentiments; il voulut mieux et composa le rondeau suivant où il déposa tout le fiel amassé dans son cœur :.

Comme inconftante & de cueur faulfe & lafche Elle me laifle. Or puifqu'ainfi me lafche, A voftre aduis ne la doif-je lafcher?

Certes ouy ; mais aultrement fafcher, le ne la veulx combien qu'elle me fafche.

11 luy fauldroit, au train que mener tafche, Des seruiteurs à iournée & à tafche.

En trop de lieux veut fon cueur attacher Comme inconftante.

Or, pour couurir fon grand vice & fa tache, Souuent ma plume à la louer f'attache.

Mais à cela ie ne veulx plus tafcher.

Car ie ne puis fon mauluais bruit cacher Si fûrement qu'elle ne fe defcache Comme inconftante.

(De l'inconstance d'Ysabeau.)

Il ne suffisait pas au poète d'avoir épanché dans ces vers sa mauvaise humeur. Pour que sa revanche fût complète, il fallait qu'elle fût un peu publique. Il mit cette pièce aux mains de ses amis. On se la transmit de proche en proche et elle arriva certainement jusqu'à la personne dont le poète faisait la satire. L'affront fut vivement ressenti et la belle n'hésita pas à user de représailles. Ce fut sans doute pendant ces temps de fête qui commencent aux Innocents et se prolongent jusqu'aux

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jours gras, que Marot mit cette pièce en circulation. Il est probable que notre poète n'avait pas beaucoup plus de sympathie pour « ce grand avalleur de pois gris, ce fouetteur de petits enfants et ce coltineur de cendres », pour « Caresmeprenant », en un mot, que n'en éprouvait Rabelais lui-même (i). On le savait, apparemment, et on le guettait pour le surprendre en révolte contre les lois ^e l'Église. Il faut croire que l'on était fort au courant des habitudes de notre poète, car on n'eut pas de peine à le découvrir en faute. Il avait commis le crime irrémissible de manger de la viande en carême, et il n'avait même pas eu l'hypocrisie de sa gourmandise (2).

Son ennemie s'empressa de le dénoncer à l'autorité ecclésiastique.

La procédure en vertu de laquelle on va poursuivre le poète est assez compliquée et réclame quelques éclaircissements. En effet, nous voyons d'abord Marot s'adresser à un docteur en théologie pour réclamer son indulgence, alors qu'il est enfermé dans les prisons du Châtelet qui sont prisons du roi, et ce, pour un méfait qui semble du domaine purement canonique puisqu'il s'agit d'abord d'une contravention aux lois de l'abstinence compliquée d'un soupçon d'hérésie (3). Or, tout d'un coup le tableau change, fort heureusement pour Marot, et le voilà transporté, comme par un coup de baguette, des prisons du roi dans les prisons de l'évêque de Chartres. Il y a là un enchevêtrement de juridictions que nous allons essayer de débrouiller, montrant d'après quels principes, alors

(i) Pantagruel, IV, xxix. de mettre en garde le juge du

(2) Dans son démêlé avec Ma- Châtelet, dans les excuses verrot, Sagon, rappelant plus tard sifiées qu'il lui présentera. Le ce détail, le déclarera digne des poète sent bien que l'accusation plus grands châtiments : d'avoir mangé gras en carême Pour ce qu'on dit & l'hiftoire eft certaine, "'est qu'un prétexte. Ce qui ^se- Dont on a eu cognoiffance trop tard, rait plus grave, ce serait d'être

Que tu mengeas en carefme du lard, convaincu d'hérésie.

Non pas caché, mais deuant tout le monde. ^^^^j y^^^^^ ^^ conteste-t-il

{Coup d'Essay. Responce de Sa- nullement le bien-fondé de l'ac-

gon a Clément Marot, édition de cusation. Il évite même avec soin

Lenglet-Dufresnoy, t. VI, p. 14.) d'en parler. Mais il se défend

(3) C'est du reste contre ce énergiquement d'être un sectasoupçon que Marot s'efforcera teur de Luther.

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admis, elles pouvaient se renvoyer ainsi la balle, c'est-àdire l'accusé, de l'une à l'autre. ^

A cette époque, les lois de l'Eglise sur l'observance du maigre et du jeûne n'avaient encore provoqué dans le peuple aucune résistance, et, jusqu'à l'introduction définitive du calvinisme en France, on ne rencontre aucune loi qui ordonne cette observance. C'est en 1 349 seulement que Henri II rendra un édit interdisant aux bouchers, rôtisseurs, poulaillers et revendeuses de vendre en temps de carême de la viande de boucherie, de la volaille ou du gibier, sous peine, à la première contravention, de cinquante livres d'amende, à la seconde du double, plus une peine corporelle. Mais, au temps de Marot, des prescriptions semblables étaient presque superflues.

D'après le principe admis par les anciens jurisconsultes, le roi réunissait en sa personne le double caractère de chef de l'État et de gardien, protecteur et défenseur de l'Église (i). C'est en vertu de cette seconde qualité qu'il pouvait faire des lois ecclésiastiques, c'est-à-dire des édits, ordonnances et déclarations pour donner autorité aux canons et aux règlements adoptés par les conciles et les faire exécuter dans ses États. S'appuyant sur sa première qualité, le roi a le droit de punir tous ceux qui causent du trouble dans son royaume en n'observant pas les lois qui y sont en vigueur ; du moment où il reconnaît une règle prescrite par l'Église, il a le droit de poursuivre quiconque y contrevient. Il doit veiller en outre à ce que l'ordre règne dans son royaume. Les doctrines des hérétiques portant atteinte à l'ordre public, le souverain doit les réprimer. Mais ce n'est point le souverain qui peut décider s'il y a hérésie ou non. L'hérésie est un crime ecclésiastique, et par suite c'est un crime dont la connaissance appartient aux évêques ou aux juges d'Église auxquels ils délèguent leurs pouvoirs. Le juge d'Église a la connaissance du crime d'hérésie pour examiner et déclarer sur quel point les opinions de l'accusé sont contraires à la doctrine de l'Eglise, et il peut frapper le coupable de peines canoniques.

(i) Delacombe, Recueil de ju- p. m. risprudence canonique, Préface,

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Mais si les actes commis ou les opinions soutenues par celui que l'Église a condamné causent un scandale public ou sont de nature à soulever le peuple et à l'exciter à la sédition, dans ce cas, le fait incriminé prend le caractère de crime royal dont la connaissance appartient aux juges séculiers, même contre les ecclésiastiques (i), et dans ce cas les officiaux sont obligés d'appeler le juge royal pour faire l'instruction avec eux. Après l'instruction achevée et la sentence prononcée sur le délit commun, l'accusé est renvoyé dans les prisons royales.

Enfin, nous devons rappeler un fait qui aide à expliquer comment l'action du pouvoir temporel se combina avec l'action du pouvoir spirituel dans la poursuite intentée à notre poète.

Le 17 mai i525, peu après la bataille de Pavie, le pape promulguait une bulle relative aux poursuites à exercer contre les luthériens. Le 10 juin suivant, par lettres patentes datées de Paris, Louise de Savoie ordonna aux gens du roi de prêter main-forte à l'exécution de cette bulle, afin d'extirper l'hérésie naissante dans toute l'étendue du royaume. Or, dans cette bulle on remarque le passage suivant : « Multi reperiuntur qui hujusmodi errores et dogmata imitarentur et publicarent et nonnulli hujusmodi erroribus infecti Sanctae Matris Ecclesiae praecepta contemnerent ac jejunia per ipsam Ecclesiam et Sanctorum Patrum Sanctiones indicta non observarent, ac aliqui, spiritu maligno imbuti, quadragesimalibus et aliis diebus quibus ex praecepto Ecclesias jejunandum erat, absque aliquà necessitate carnibus vesci veriti non fuissent. » Comme conclusion à ces prémisses, le pape engageai! le pouvoir séculier à traiter les coupables avec les dernières rigueurs dont la justice pouvait disposer : « Ultimâ justitiâ cohibere (2). » Les lettres patentes de la reine mère donnaient force de loi aux prescriptions de la bulle papale, et, désormais, manger de la chair en carême devenait un cas royal. Marot était coupable d'un crime prévu par ces dispositions.

(i) Delacombe, Recueil de ju- (2) Isambert, Ancienties lois risprudence canonique. Hérésie, françaises, t. XII, p. 233. 27, et Officiai, ig et 22.

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L'ennemie de Marot le dénonça, peut-être par l'intermédiaire de son confesseur, à certain docteur en Sorbonne qui avait autant à cœur de faire respecter les lois de l'Église que d'être agréable à une belle pénitente en servant ses rancunes.

Ce docteur en théologie s'appelait Bouchart. Il devait être un des plus solides piliers de l'Église catholique. A quelques années de là, dans les comptes de la maison du roi, il lui sera accordé une indemnité de 406 livres pour aller, en compagnie de trois acolytes de sa trempe, chercher à Toulouse le frère Vidal Becanis, religieux jacobin et inquisiteur de la foi et pour le ramener à Fontainebleau (i). "

Le docteur Bouchart examina l'affaire Marot et il n'eut pas de peine à reconnaître que le poète avait contrevenu à la bulle du pape, devenue loi du royaume. Une fois ce point établi et le fait étant patent, ce n'était plus à lui à poursuivre le coupable, c'était à la justice séculière à faire son œuvre. En conséquence, le lieutenant criminel donna l'ordre d'arrêter le nommé Marot, coupable d'avoir mis en péril la sécurité du royaume en mangeant du lard en carême :

Lors ce va dire un gros paillard, Par la mort bleu voyla Clément, Prenez-le, il a mengé le lard.

En effet, sans plus tarder, six estafiers vinrent, un beau matin, appréhender Marot en son logis :

Lors fix pendards ne faillent mye A me furprendre finement...

Par un surcroît de cruauté, pour ajouter à la honte du traitement, ce fut en plein jour et devant une haie de curieux qu'on mena le poète en prison :

Et de iour, pour plus d'infamie, Feirent mon emprifonnement.

(Ballade contre celle qui fut s'amye.)

Maître Clément fut conduit au Châtelet, prison du roi. (i) Arch. nat., J 962, col. i83.

100 Vie de Clément Marot.

Dans un premier mouvement de mauvaise humeur, le poète, qui sentait bien d'où partait le coup, composa la ballade dont nous venons de citer quelques vers. C'est toujours un soulagement que de donner libre cours à sa colère et de maudire ses bourreaux. Puis la réflexion lui vint; l'instinct de la conservation prit le dessus. Il avait pu croire d'abord que cette vengeance de femme n'aurait pas de suite ; qu'on avait tout simplement voulu lui faire peur. Au bout de quelque temps, il s'aperçut que les choses tournaient au tragique, qu'il était toujours en prison et il chercha à sortir du mauvais pas. Il songea que le meilleur moyen était d'attendrir ses /uges; et comme ceux qu'il était le plus urgent de se rendre favorables étaient d'abord les juges d'Eglise, il écrivit au docteur Bouchart. Ce fut six jours après son entrée en prison que cette lettre de supplication fut rimée :

Docte docteur, qui t'a conduit à faire Emprifonner depuis fix iours en çà Vn tien amy qui oncq ne t'offenfa?

(Épistre de Marot à Monsieur Bouchart, docteur en Théologie.)

On avait, sans doute, insinué à Marot que son crime était de s'être laissé corrompre par les idées nouvelles; aussi s'en défend-il de toutes ses forces en protestant de son orthodoxie :

Point ne fuy Lutherifte,

Ne Zuinglien & moins Anabaptifte.

le fuy de Dieu par fon fils lefus Chrift, le fuy celuy qui a faid maint efcrit, Dont vn feul vers on n'en fçauroit extraire Qui à la loy diuine foit contraire.

On voit que le poète va au-devant de tous les reproches. Il a bien envie pourtant de dire à ce vénérable docteur sous quelle influence celui-ci le persécute, de lui faire comprendre qu'il n'est pas dupe de ses intrigues et qu'il sait fort bien que, dans toute cette aventure, le nom de la religion sert à couvrir une vengeance de femme. C'était dif-

Vie de Clément Marot.

lOI

ficile à laisser entendre; Marot trouve pourtant le moyen de l'insinuer tout doucement :

... O Docteur catholique, Que quiers tu doncq? As tu aulcune picque Encontre moy? Ou fi tu prends faueur A me trifter deflbubz aultruy faueur?

le croy que non (i).

Cependant Marot se rendait bien compte que, du côté de Bouchart, il n'y avait pas grand'chose à gagner; aussi s'adressait-il en même temps à l'un de ses amis, un Poitevin, nommé Lyon Jamet (2). Et il lui envoyait l'épître où

(i) La mésaventure du poète peut s'expliquer par cette phrase de Stendhal qui résume ainsi son opinion sur les mœurs qu'il voit à Rome : « La plupart des actes du gouvernement papal sont une dérogation à une règle obtenue par le crédit d'une jolie femme ou d'un gros moine »

(Stendhal , Promenades dans Rome, t. II, p. 3oo). Ce qui était vrai pour Rome à l'époque où vivait Stendhal l'était autrefois pour tous les Etats catholiques oii l'influence de Rome était dominante. Devant les tribunaux ecclésiastiques qui existaient alors, le crédit de la « jolie femme » et du « gros moine »

devaient être tout-puissants, et c'est précisément ce que nous trouvons dans l'affaire de notre poète : une jolie femme, Luna, qu'il appelle ailleurs une « belle humble solliciteuse », et le gros moine dans la personne du docteur Bouchart.

(2) On connaît exactement très peu de chose sur ce Lyon Jamet et la plupart de ses biographes, notamment Dreux du Radier (dans son Histoire littéraire du Poitou) commettent à son en-

droit de flagrantes inexactitudes.

On sait par Marot qu'il était natif de Sanxay, en Poitou. Ce prénom de Lyon pour Léon semble en effet bien poitevin; Bonaventure des Périers commence sa XLVI' Nouvelle par cette phrase :

« Un tailleur de la ville de Poictiers, nommé Lyon, etc. »

On présume qu'il était né vers la fin du XV» siècle et qu'il appartenait à une famille notable, sinon noble, qui se fixa par la suite en Normandie. Nous avons retrouvé dans les o actes » de François I" un receveur ordinaire de Dourdan du nom de Pierre Jamet. Peut-être Lyon était-il son parent. Vraisemblablement, celui-ci vivait à Paris, et c'est ainsi qu'il connut Marot.

Il avait en tout cas de hautes relations à la cour, puisqu'obligé de fuir, vers i535, à cause de ses opinions, il se réfugia auprès de la duchesse Renée de Ferrare, que Marot venait de quitter, et devint son secrétaire.

Rabelais, dans sa 14° épître à Geoffroy d'Estissac, évêque et seigneur de Maillezais, en Poitou, écrit : « Il (le duc de Ferrare) n'a pu accorder avec le

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